Emplâtres au figuré
GLAUDINE À L'ÉCOLE 249
A Bresles, la dernière station avant Montigny, on commence à s’agiter un peu; dix minutes encore et nous serons là-bas. Mademoiselle tire sa petite glace de poche et vérifie l'équilibre de son chapeau, le désordre ‘de ses rudes cheveux roux crespelés, la pourpre cruelle de ses lèvres, — absorbée, palpitante, et l'air quasi dément ; Anaïsse pince les joues dans le fol espoir d’y amener une ombre de rose; je coiffe mon tumultueux et immense chapeau. Pour qui faisons-nous tant de frais ? Pas pour Me Aimée, nous autres, bien
sûr. Eh bien! pour personne, pour les employés de la gare, pour le conducteur de Pomnibus, le père Racalin, ivrogne de soixante ans, pour l'idiot qui vend les journaux, pour les chiens qui trot- teront sur la route...
Voilà la Sapinière, et le bois de Bel Air, et puis le pré communal, et la gare des marchandises, et enfin les freins geignent ! Nous sautons à terre, derrière Mademoiselle qui a couru déjà à sa petite Aimée, joyeuse et sautillante sur le quai. Elle Pa serrée d’une étreinte si vive que la frêle adjointe en a brusquement rougi, suffoquée. Nous accourons près d'elle et lui souhaitons la bienvenue de
l'air des écolières sages « ... jour, Almmselle !.… zallez bien, Mmmselle? »
Comme il fait beau, comme rien ne presse, nous fourrons nos valises dans l’omnibus et nous revenons à pied, flânant le long de la route entre les
- haies hautes où fleurissent les polygalas, bleus et
à mettre en couleur, nous courons devant et der-
Elles ont bonne touche toutes les deux ; ma sœur
lé | |
rose vineux, et les Ave Maria aux fleurs en petites. croix blanches. Joyeuses d’être lâchées, de ne pas. avoir d'Histoire de France à repasser ni de cartes.
rière ces demoiselles, qui marchent bras sur bras, unies ct rythmant leur pas. Aimée a embrassé sa, sœur, lui a donné une tape sur la joue en lui disant : « Tu vois bien, petite serine, qu’on s’en tire tout de mêmet » Et maintenant elle n’a plus d'yeux, d'oreilles que pour sa grande amie.
Désappointée une fois de plus, la pauvre Luce. s'attache à ma personne et me suit comme uncombre, en murmurant des moqueries et des menaces : « C’est vraiment la peine qu'on se brège ! la cer-« velle pour recevoir des compliments comme ça!
pendue à l’autre comme un panier !... Devant tous” les gens qui passent, siça fait pas soupirer! » Elles” s’en fichent pas mal des gens qui passent.
Rentrée triomphalc! Tout le monde sait d'où nous venons, et le résultat de l’examen, télégraphié par Mademoiselle; les gens se montrent sur leurs portes et nous font des signes amicaux. Marie sent croître sa détresse et disparait le plus qu’elle peut. US D’avoir quelques jours quitté l'École, nous la. voyons mieux en la retrouvant : achevée, parache-. vée, léchée, blanche, la mairie au milieu, flanquée"