‹ Claudine à l'écoleChapitre 52 sur 58 · PE PO I NE · texte numérisé non relu

PE PO I NE

tres et se penche souriant, montrant ses crocs : « C'est toil Qu'est-ce que tu veux ? Mon cœur? Je te Le donne! » Je pensais bien qu'il était déjà ivre.

— Non, Monsieur, j'aimerais bien mieux une chaise pour moi et d’autres pour mes camarades. On nous abandonne là toutes seules, avec les simples mortelles, c’est navrant.

— Ça crie justice, tout simplement ! Vous allez vous échelonner, assises sur les degrés, que les populations puissent au moins se rincer l’œil, pendant que nous les embêterons avec nos discours. Montez toutes!

On ne se le fait pas répéter. Anaïs, Marie et moi nous grimpons les premières, avec Luce, les Jaubert, les autres porte-bannières derrière nous, embarrassées de leurs lances qui s’accrochent, s’enchevêtrent, et qu’elles tirent rageusement, les dents serrées et les yeux en dessous, parce qu'elles pensent que la foule s’amuse d’elles. Un homme — le sacristain — les prend en pitié et rassemble complaisamment les petits drapeaux qu’ilemporte; bien sûr, les robes blanches, les fleurs, les bannières, ont donné à ce brave homme l'illusion qu’il assistait à une Fête-Dieu un peu plus laïque et, obéissant à une longue habitude, il nous enlève nos cierges, je veux dire nos drapeaux, à la fin de la cérémonie.

Installées et trônantes, nous regardons la foule à nos picds et les écoles devant nous, ces écoles aujourd’hui charmantes sous les rideaux de ver-

dure, sous les fleurs, sous toute cette parure frissonnante qui dissimule leur aspect sec de casernes. Quant au vil peuple des camarades restées en bas debout, qui nous dévisage envieusement, se pousse du coude, et rit jaune, nous le délaignons.

Sur l’estrade, on remue des chaises, on tousse, et nous nous détournons à demi pour voir l'orateur. C’est Dutertre, qui, debout au milieu, souple’ et agité, se prépare à parler, sans papier, les mains vides. Un silence profond s'établit. On eëñiouu, comme à la grand'messe, les pleurs aigus d’un mioche qui voudrait bien s’en aller, et, comme à la grand’messe, ça fait rire. Puis :

Monsieur le Ministre,

Il ne parle pas plus de deux minutes; son discours adroit et brutal, plein de compliments grossiers, de rosseries subliles (dont je n'ai compris que le quart, probablement) est terrible contre le député et gentil pour tout le reste des humains; pour son glorieux Ministre et cher ami — ils ont dû faire de sales coups ensemble — pour ses chers concitoyens, pour l’institutrice, « si indiscutablement supérieure, Messieurs, que le nombre des 4 brevets, des certificats d’études obtenus par lesélè ves, me dispense de tout autre éloge ».…. (M! Sergent, assise en bas modestement, baisse la tête sous son voile), pour nous-même, ma foi: « fleurs portant des fleurs, drapeau féminin, patriotique et sé-

1 on dti ve et de SE el ©

GLAUDINE À L'ÉCOLE

duisant », Sous ce coup inattendu, Marie Belhomme perd la tête et se cache les yeux de sa main, Anaïs

renouvelle de vains efforts pour rougir, et je ne peux pas m'empêcher d’onduler sur mes reins. La foule nous regarde et nous sourit, et Luce cligne vers Mol...

«. . . . de la France et de la R‘oublique! »

Les applaudissements et les cris durent cinq minutes, violents à faire bzit dans les oreilles ; pendant qu’on se calme, la grande Anaïs me dit:

— Ma chère, tu vois Monmond?

— Où donc?... oui, je le vois. Eh! bien, quoi?

— Il regarde tout le temps la Joublin.

— Ça te donne des cors aux pieds?

— Non, mais vrai! Faut avoir de drôles de goûts! Regarde-le donc! Il la fait monter sur un banc, et il la soutient! Je parie qu’il tâte si elle a les mol

lets fermes.

— Probable. Cette pauvre Jeannette, je ne sais

pas si c’est l’arrivée du ministre qui lui donne tant

d'émotion! Elle est rouge comme tes rubans, et elle tressaille… — Ma vieille, sais-tu à qui Rabastens fait la

cour?

— Non.

— Regarde-le, tu le sauras.

De vrai, le beau sous-maître considère obstinément quelqu'un... Et ce quelqu'un, c'est mon incorrigible Claire, vêtue de bleu pâle, dont les beaux

ANRETT

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