SCENE V
Mad. DERNETTI, BELTON.
BELTON.
Du mystère , deux heures avant la noce ?
Mad. DERNETTI.
Cela vous étonne ?
Et me pique.
Mad. D F. R N E T t r.
Que voulez-vous ? Les femmes sont comme cela. Ohl elles ont des défauts cruels !
Et vous en convenez ? vous êtes modeste.
Mad. DERNETTI.
Vous 11e l’auriez pas cru ?
Je l’avoue. Il est des femmes à qui un peu de vanité sied tant, à qui elle est ^si pardonnable!
Mad. DERNETTI.
Moi, je ne me pardonne rien. J’ai un défaut capital, et j’en conviens de bonne foi,
Ali ! ali !
Mad. DERNETTI.
Quoi! vous n’avez pas remarqué ma îeger été, mon inconséquence? jamais je ne suis d’accord avec moi-même , jamais je ne sais ce que je veux.
Savez-vous que vous m’inquiéteriez, si j’étois moins sûr de vous ?
Mad. d E R N E t T 1.
Savez-vous que je tremblerois, si je çomptois moins sur votre indulgence ?
Ali! bon dieu! ceci devient sérieux.
Mad. DERNETTI.
Beaucoup plus que vous ne pensez. Je croyois vous aimer.* B E L T O N.
Moi, je vous en réponds.
Mad. DERNETTI.
Je me flattols de posséder votre cœur...
Il est tout à vous.
Mad. DERNETTI.
Bas du tout; nous n’avons fait qu’un rêve agréable, l’instant du réveil est venu , et le charme s’évanouit.
Voilà la lubie la mieux conditionnée-..
Mad. D E R N E T T I.
Tout comme il vous plaira.
Enfin , femme capricieuse et charmante , où voulez-vous en venir ?
Mad. D E R N E T T T.
A une conséquence toute simple- I>è ïïiàrfagc est une a beaucoup trop sérieuse pour nous , et nous resterons ou nous en sommes, si vous voulez bien le permettre.
B E L T O N J piqué.
Par exemple, Madame...
Mad. DERNETTI.
Non , nous ne nous convenons pas du tout 5 d’ailleurs , mon clier ami , je sais de vos nouvelles.
Quoi ! des liaisons sans conséquence , de pures bagatelles vous paroissent....
Mad. D E R N E T T T.
Des bagatelle? ! l’expression est heureuse ; un voyageur oit les choses en grand, et ne s’arrête pas aux details.
Un voyageur !
Mad. n F. n n E T t i , levant.
Rien n’est plus dangereux que la manie des voyages. E. e isole , elle flétrit le cœur ; l’habitude de ne voir que des objets nouveaux , fait qu’insensiblemeiit 011 se détache de tout.
Vous pourriez bien avoir raison.
Mad. DERNETTI.
On passe, on s’inquiète peu de ce qu’on laisse apres soi ; s’occupe-t-on, à cinquante lieues., de ceux qu’on a condamnés aux larmes , au désespoir ? On s’étourdit sur le mal qu’on a fait J on l’oublie. Ceux qui souffrent , ne l’oublient pas.
Je 11e crois pas. avoir à me Reprocher....
Vous ne le croyez pas ! Et votre voyage aux Glaciers? Eh la vallée de Chamoimi ? et le Montanverd ?
6b CLAUDINE DE TLORIAN,
B E L t o N , avec timidité , cherchant à la pénétrer •
Xe Montanverd.
Mad. DERNETTÏ.
Vous le connoissez, le Montanverd ?
b e L t o n , baissant les jeux , et balbutiant .
Oui, madame j’y ai passé.
Mad. DERNETTÏ.
Vous vous en souvenez ?
Je m’en souviens.
Mad. DERNETTÏ.
Et votre cœur ne vous fait pas des reproches!
De grâce, épargnez-moi.
Mad. DERNETTÏ.
Xa ruine de cette enfant n’est-elle à vos yeux qu’une chose sans conséquence, qu’une pure bagatelle ? Sa jeunesse, son innocence, ne devoient-elles pas vous la rendre respectable ? vous en êtes-vous , depuis , occupé un moment ? vous êtesvous informé de son sort ? avez-vous même pensé aux maux incalculables que vous avez accumulés sur sa tête ?
B e L T o N , avec timidité .
Elle est en effet malheureuse ?
Mad. DERNETTÏ.
Et sa misère est votre ouvrage.
Je l’en garantirai.
Mad. DERNETTÏ.
Je vous en ai prévenu.
Vous, Madame ?
Mad. DERNETTÏ.
Moi , qui ne lui dois rien.
Vous la connoissez donc ?
Mad. DERNETTT.
Je la connois.
COMÉDIE, 6l
Et sa conduite.
Mde. DERNETTI.
Eut toujours digne d’éloges.
Elle étoft sage ! Ah ! qu’ai-je fait !
Mde. dernetti.
Vous ne connoissez encore que la moitié de vos torts.1