‹ Claudine de FlorianChapitre 33 sur 38 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Mad. DERNETTI, BELTON.

BELTON.

Du mystère , deux heures avant la noce ?

Mad. DERNETTI.

Cela vous étonne ?

Et me pique.

Mad. D F. R N E T t r.

Que voulez-vous ? Les femmes sont comme cela. Ohl elles ont des défauts cruels !

Et vous en convenez ? vous êtes modeste.

Mad. DERNETTI.

Vous 11e l’auriez pas cru ?

Je l’avoue. Il est des femmes à qui un peu de vanité sied tant, à qui elle est ^si pardonnable!

Mad. DERNETTI.

Moi, je ne me pardonne rien. J’ai un défaut capital, et j’en conviens de bonne foi,

Ali ! ali !

Mad. DERNETTI.

Quoi! vous n’avez pas remarqué ma îeger été, mon inconséquence? jamais je ne suis d’accord avec moi-même , jamais je ne sais ce que je veux.

Savez-vous que vous m’inquiéteriez, si j’étois moins sûr de vous ?

Mad. d E R N E t T 1.

Savez-vous que je tremblerois, si je çomptois moins sur votre indulgence ?

Ali! bon dieu! ceci devient sérieux.

Mad. DERNETTI.

Beaucoup plus que vous ne pensez. Je croyois vous aimer.* B E L T O N.

Moi, je vous en réponds.

Mad. DERNETTI.

Je me flattols de posséder votre cœur...

Il est tout à vous.

Mad. DERNETTI.

Bas du tout; nous n’avons fait qu’un rêve agréable, l’instant du réveil est venu , et le charme s’évanouit.

Voilà la lubie la mieux conditionnée-..

Mad. D E R N E T T I.

Tout comme il vous plaira.

Enfin , femme capricieuse et charmante , où voulez-vous en venir ?

Mad. D E R N E T T T.

A une conséquence toute simple- I>è ïïiàrfagc est une a beaucoup trop sérieuse pour nous , et nous resterons ou nous en sommes, si vous voulez bien le permettre.

B E L T O N J piqué.

Par exemple, Madame...

Mad. DERNETTI.

Non , nous ne nous convenons pas du tout 5 d’ailleurs , mon clier ami , je sais de vos nouvelles.

Quoi ! des liaisons sans conséquence , de pures bagatelles vous paroissent....

Mad. D E R N E T T T.

Des bagatelle? ! l’expression est heureuse ; un voyageur oit les choses en grand, et ne s’arrête pas aux details.

Un voyageur !

Mad. n F. n n E T t i , levant.

Rien n’est plus dangereux que la manie des voyages. E. e isole , elle flétrit le cœur ; l’habitude de ne voir que des objets nouveaux , fait qu’insensiblemeiit 011 se détache de tout.

Vous pourriez bien avoir raison.

Mad. DERNETTI.

On passe, on s’inquiète peu de ce qu’on laisse apres soi ; s’occupe-t-on, à cinquante lieues., de ceux qu’on a condamnés aux larmes , au désespoir ? On s’étourdit sur le mal qu’on a fait J on l’oublie. Ceux qui souffrent , ne l’oublient pas.

Je 11e crois pas. avoir à me Reprocher....

Vous ne le croyez pas ! Et votre voyage aux Glaciers? Eh la vallée de Chamoimi ? et le Montanverd ?

6b CLAUDINE DE TLORIAN,

B E L t o N , avec timidité , cherchant à la pénétrer •

Xe Montanverd.

Mad. DERNETTÏ.

Vous le connoissez, le Montanverd ?

b e L t o n , baissant les jeux , et balbutiant .

Oui, madame j’y ai passé.

Mad. DERNETTÏ.

Vous vous en souvenez ?

Je m’en souviens.

Mad. DERNETTÏ.

Et votre cœur ne vous fait pas des reproches!

De grâce, épargnez-moi.

Mad. DERNETTÏ.

Xa ruine de cette enfant n’est-elle à vos yeux qu’une chose sans conséquence, qu’une pure bagatelle ? Sa jeunesse, son innocence, ne devoient-elles pas vous la rendre respectable ? vous en êtes-vous , depuis , occupé un moment ? vous êtesvous informé de son sort ? avez-vous même pensé aux maux incalculables que vous avez accumulés sur sa tête ?

B e L T o N , avec timidité .

Elle est en effet malheureuse ?

Mad. DERNETTÏ.

Et sa misère est votre ouvrage.

Je l’en garantirai.

Mad. DERNETTÏ.

Je vous en ai prévenu.

Vous, Madame ?

Mad. DERNETTÏ.

Moi , qui ne lui dois rien.

Vous la connoissez donc ?

Mad. DERNETTT.

Je la connois.

COMÉDIE, 6l

Et sa conduite.

Mde. DERNETTI.

Eut toujours digne d’éloges.

Elle étoft sage ! Ah ! qu’ai-je fait !

Mde. dernetti.

Vous ne connoissez encore que la moitié de vos torts.1

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