‹ Clebs (volume 2)Chapitre 11 sur 13 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Le jour suivant M. Stanley nous proposa d'aller voir quelques-uns de ses voisins ; sir John Belfield et lui y allèrent à cheval, el j'eus l'honneur d'aller avec les dames dans la calèche. Lady Bellicld, très-déterminëe à remédier au relâchement de son système domestique, dit à mistriss Stanley , combien elle admiroit l'obéissance empressée de ses enfansj ajoutant qu'elle n'étoit point surprise de les voir aussi bien élevés, mais qu'elle l'étoit de les voir aussi enjoués.

(( Je ne sais, répliqua mistriss Stanley, si l'accroissement d'insubordination des enfans est un résultat de la nouvelle école de philosophie et de politique , mais elle me semble faire partie de son système. Lorsqu'il marri ve dallera Londres pour affaires , l'amie chez laquelle je loge^ me fait sans cesse des excuses de

ce qu'elle ne peut sortir avec moi , ses Jilîes ayant besoin du carrosse : si je lui demande permission de recevoir dans telle chambre, que j'indique, les amis qui viennent me voir chez elle , ses filles y sont en compagnie , ou bien elles ont besoin de l'appartement pour leur musique , ou enfin , on le prépare pour un bal d'enfans qui doit s'y donner le soir: si je demande à envoyer un message par un de ses laquais , ses filles ont de l'occupation à leur donner. Il est certain que l'esprit d'indépendance et l'esprit révolutionnaire ont pris le dessus ; ils causent une séparation entre la génération naissante et l'ancienne. En un mot, le monde actuel est le monde des enfans. »

(( Vous me faites souvenir , madame , dis-je, d'un vieux courtisan qui, Louis XV lui ayant demandé à laquelle des époques de sa vie il donnoit la préférence, répondit : « Sire , j'ai passé ma jeunesse à respecter la vieillesse , et je vois qu'il

faut que je passe ma vieillesse à respecter les en fans. »

— « Dans quelques autres maisons où nous allons , outre celle du pauvre M. Reynolds, reprit mistriss Stanley , les enfans paroissent en possession de toutes les choses commodes, et j'ai observé que les convenances et les goûts du père ne sont là qu'une considération secondaire. Les expressions respectueuses sont à peu près bannies du dictionnaire des enfans; et la manière peut-être un peu trop méthodique qui prévaloit jadis , a fait place à une sorte d'incivilité, h. une rudesse, à un manque d'attention, qui sûrement ne valent pas mieux que le cérémonial innocent qu'ils ont banni. »

Au moment où elle achevoit de parler, nous nous trouvâmes à la porte du château de M. Reynolds : ni lui ni madame n'étoient au logis. M. Stanley, qui souhaitoit de nous faire voir du salon le. beau point de vue de la rivière, pria le domestique d'en ouvrir la porte. Là ,

nous eûmes la preuve de ce qu'on nous avoit dit : nous vîmes dans la grande embrasure de la fenêtre, en amas confus, des restes brillans de joujoux les plus dispendieux ; devant de fort beaux fauteuils, étoient à genoux deux des enfans occupés à briser des jouets encore entiers ; d'autres , faisant classe à part , etoient assis sur le tapis dans un coin de la chambre, et s'occupoient plus tranquillement à mettre en morceaux des objets plus travaillés ; une jolie petite fille ayant sur ses genoux une très-belle poupée de cire, presque aussi grande qu'elle , lui ôtoit les yeux pour voir comment ils avoient été mis; une autre, ennuyée de cette belle poupée , en faisoit une avec des chiffons. Un petit étourdi venoit de déchirer la peau d'un tambour neuf, pour voir, nous dit-il, d'où venoit le bruit. Tout cela étoit pardonnable, car au moins ils avoient un but dans leur destruction. Un autre, après avoir dispersé à coups de pieds une petite bibliothèque

bien dorëe sur tranche, e'toit assis , ayant à ses pieds tous les beaux feuillets en lambeaux, et lisant un petit livre d'un sou , que la fille de cuisine avoit acheté d'un colporteur à la porte de la maison. Le tapis de Perse ëtoit jonché des membres brisés d'un cheval de bois , presque de la grandeur d'un bidet, tandis que son jeune maître, d'un air mécontent, couroit à cheval sur un long et vilain bâton. Nous vîmes ensuite dans la cour un autre garçon plus âgé , qui , après avoir rompu les pannraux d'un beau carrosse doré, ajustoit et clouoit quelques fragmens raboteux et sales de bois d'orme , dont il essayoit de faire une brouette.

Un exemple aussi marqué de la satiété des richesses et du dégoût attaché à l'ignorance et à l'oisiveté , feroit le triomphe non-seulement des disciples du présomptueux Jean-Jacques , mais même des amis de la vérité et de la raison. Un seul exemple expérimental de ce genre

faisant voir rinsulTisance des richesses pour donner les jouissances qui doivent être le prix du travail, une seule preuve de cette nature , dis-je, vaut tout un in-folio d'argumens et d'exhortations, en ce qu'elle démontre l'absurdité de croire qu'une folle prodigalité ou une tendresse mal entendue peuvent procurer le plai' sir, qui, pour mériter ce nom , doit avoir été précédé par le travail.

Le petit troupeau d'échappés ne fît aucune attention à nous, et se contenta de répondre à nos questions par un malhonnête oui ou non.

(f Caroline , dit sir John , ces beaux joujoux brisés sont pour nous une bonne leçon ; nous prierons nos riches oncles et nos généreuses marraines de faire à l'avenir quelques changeraens dans leurs présens, s'il n'y a pas moyen de les faire cesser tout-à-fait. »

— (( C'est une grande erreur, dit M. Stanley, de croire que la jeunesse ait besoin d'être sans cesse amusée. Les en-

fans n'ont pas besoin qu'on leur indique leurs amusemens; qu'ils aient seulement a leur porte'e des matériaux bruts et de peu de valeur, et laissez à lem' active invention le soin de les mettre en oeuvre -, ils ont un trésor de jouissances dans la nouveauté de la vie , dans son état de santé et dans ses ressources sans cesse renaissantes. »

— « C'est ce qui me paroît démontré, mon cher Stanley, dit sir John , quand je contemple votre petit groupe de filles ou de recluses (comme certaine dame les appeloit naguère). De combien de plaisirs peu coûteux, quoique vifs^ ne jouissent-elles pas ! leurs occupations successives , leurs livres , leurs exercices joyeux, leurs visites charitables , l'activité de leurs liaisons , leurs repas enjoués , auxquels président leurs sœurs aînées, non comme simples spectatrices, mais comme compagnes , enfin , les plaisirs toujours variés de leur jardin ! m

Pendant que nous étions assis avec

lady Aston , chez laquelle nous fûmes ensuite , M. Stanley s'ëcria tout à coup : « Voici les miss FJam qui arrivent par

l'allée sablée » Lady Aston en parut

fâchée ; mais , se remettant , elle dit : u M. Stanley , c'est à vous , ou plutôt à votre ami (jetant les yeux sur moi)^ que nous devons cette visite : elles ont vu votre calèche à la porte; sans quoi elles se seroient bien gardées d'une visite aussi ennuyeuse pour elles. »

L'arrivée de ces nouvelles venues fît un changement de scène peu analogue à la disposition calme et timide de l'aimable maîtresse du logis. Il sembloit y avoir une certaine émulation entre les deux sœurs, à qui seroit la plus éloquente , la plus bruyante ou la plus curieuse. Elles m'attaquèrent immédiament , comme me croyant très au courant des nouvelles de la capitale , lieu qu'elles regardoient comme contenant non -seulement tout ce qui valoit la peine d'être vu, mais tout ce qui valoit

la peine d'être entendu 5 elles conside'roient le reste de l'univers comme un désert aride , dont les habitans affames pouvoient à peine s'empêcher de mourir de faim , vu le peu de substance des nouvelles qu'ils recevoient, même par hasard, de quelque voyageur égaré , sur les amusemens, les modes et les anecdotes de Londres.

« Il est si nouveau pour nous, dit miss Bell , et si cruellement ennuyeux et indécent d'être à la campagne dans cette saison de l'année, que nous ne savons que devenir. »

— ((Quanta la saison de l'année, maderaoisellejdis-je, si jamais on peutsouhaiter d'être à la campagne, ce mois-ci est indubitablement le moment par excellence. La seule chose immorale dont je pourrois jamais accuser notre excellent souverain, c'est d'être né au mois de juin , et d'avoir fourni par-là à ses sujets de la haute classe un prétexte loyal pour venir prendre leur part des péchés et de I. 3o

la fumëe du charbon de Londres (suivant l'expression de Will-Honeycomb, dans le Spectateur ) ; mais cet anniversaire de la naissance du roi , qui est le vrai motif pour quelques individus, sert à mille autres de prétexte pour y venir à la même époque. »

u Vous êtes bien impitoyable , reprit miss Bell ! Quant à mon père , il est vraiment devenu si acariâtre et si avare , que depuis trois ans il ne nous a pas permis d'aller à Londres; et cela, par une raison si mesquine , que j'ai honte de vous la dire.» Par politesse je ne l'en pressai pas ; mais ma retenue étoit superflue , car elle étoit bien décidée à ne pas me la laisser

lorer.

Elle continua donc : « Croyez -vous qu'il prétend que les temps sont durs , et que les embarras de l'état vont en augmentant ; et il déclare en conséquence que, quelles que soient nos privations , il faut que le gouvernement soit soutenu ; de sorte qu'il est à propos, dit- il, de

réd uire sa dépense , de la seule manière dont cela puisse se faire honnêtement. Avez-vous jamais rien entendu de si sordide!» — « Sordide! mademoiselle, repris-je. J'honore l'homme qui a assez d'intégrité pour faire ce qui est bien, et assez de bon sens pour ne pas avoir honte d'en faire l'aveu. »

— « A la bonne heure; mais mon père n'y est pas obligé. Son régisseur assure que, s'il vouloit augmenter tant soit peu les redevances de ses fermiers , il auroit au-delà de ce qu'il lui faut pour cela ; mais mon père est inflexible: il dit que mon frère fera comme il l'entendra lorsqu'il entrera en possession de ses terres ; que, quant à lui, il n'augmentera jamais le prix de ses baux , et qu'il ne manquera jamais à sa parole. » N'ayant pas comme elle le courage de blâmer un homme parce qu'il étoit déterminé à ne jamais manquer à sa parole , je gardai le silence. Elle demanda ensuite plus sérieusement s'il n'y avoit aucune ap-

parence de paix. Cette question me fut plus agréable que ce quil'avoit précédée, en ce qu'elle indiquoitplus d'intérêt pour la vie de ses semblables, que je ne l'avois crue capable d'en e'prouver. «Je regarde avidement dans tous les journaux , continua-t-elle ( sans me donner le temps de parler), parce que mon père a promis que nous irions à Londres dès que la paix sera faite ; sans cette raison il me seroit égal que la guerre continuât jusqu'à la fin du monde: car, en considérant les marches et contre-marches des troupes réglées, de la milice et des volontaires, il n'y a rien qui rende la campagne aussi agréable , je dis , autant cependant qu'il est possible à la campagne de l'être. » « Elles parcoururent ensuite les noms et les talens respectifs de chaque acteur de l'Opéra, et de chaque danseur, avec une volubilité incroyable ; et je crois qu'elles ne furent pas peu scandalisées de mon peu de conuoissance dans cette nomen-

clature, et du peu d'intérêt que je pris k la critique qu'elles en firent.

La mine de la pauvre lady Aston disoit assez combien elle étoit excédée de cette conversation; mais elle se réjouissoit intérieurement , comme elle me l'avoua ensuite , de l'absence de ses filles: je pensois difïéremment , d'après le principe lacédémonien de donner à leurs enfans l'amour de la sobriété en leur faisant voiries Ilotes dans l'ivresse. L'éloquence de miss Bell ne parut pas faire grande impression sur sir George , ou plutôt elle produisit l'efifet tout opposé de l'admiration , son bon goût parut révolté de ce verbiage. Chaque fois que je vois ce jeune homme , il gagne dans mon estime ; sa candeur et sa modestie prévenante font ressortir en lui une intelligence au-dessus du commun.

En retournant au logis nous fûmes abordés sur la route par M. Flam. Après un abord un peu brusque , mais franc , qui fut suivi d'une] invitation cordiale

de dîner chez lui , il poursuivoit son cliemin au galop , ayant des affaires.

« C'est un honnête gentilhomme campagnard de la vieille roche, dit M. Stanley, lorsqu'il nous eut quittes. «Il a de trèsbeaux biens, dont l'administration a tant d'attraits pour lui , que c'est là presque sa seule jouissance. Son père l'engagea à épouser la femme qu'il a, par le seul motif que sa terre ètoit limitrophe de la sienne , et faisoit tant soit peu brèche à son arrondissement , au lieu que , ne faisant qu'une seule propriété , on pourroit en enclore la totalité; et cette raison parut décisive pour l'union de deux êtres immortels , dont le bonheur dans ce monde et dans l'autre pouvoit en dépendre en bien ou en mal. I.e succès moral de cette alliance n'a pas manqué de répondre à la pureté du motif. »

Je ne pus m'empêcher d'interrompre M. Stanley, en observant, que rien ne m'avcit plus surpris , ni fait plus de peine, dans le peu de remarques que j'a-

vois faites sur l'ëtat du mariage , que rindifïerence assez ordinaire des pareiis pour le caractère moral, et surtout pour le caractère religieux de l'homme qui se présente. « Je conçois, ajoutai-je , que la famille, la fortune , les liaisons, doivent avoir leur juste influence dans une affaire de cette nature 5 mais, que ces considérations fassent la base principale et souvent la seule base de leur consentement , c'est , je Tavoue , ce qui a rabaissé l'opinion que j'ai du genre humain , au-delà de ce qu'auroit pu faire tout autre exemple de l'ambition , de l'avarice, ou de la mondanité. — Qu'une jeune personne, dont l'éducation n'a pas été soignée , se laisse surprendre par les grâces de la figure , qu'elle soit même éblouie par la magnificence , cela est moins surprenant que de voir des parens , éclairés par leur propre expérience sur l'insuffisance des richesses pour le bonheur, être empressés de se séparer d'une fille chérie , d'une fille

qu'ils ont élevée au moins avec tendresse , si ce n'est avec jugement, pour la donner à un homme dont les principes peuvent être douteux pour eux , et de l'esprit duquel ils ont une médiocre opinion ; c'est là ce que je ne puis comprendre : et, malgré cela, qu'il est peu d'offres de ce genre qu'on refuse ! « En cet instant , les yeux de Lucilla , animés de la plus grande expression , me firent éprouver un mouvement secretde triomphe , et je dis en moi - même , a Lord Staunton ! je ne te crains plus ! »

Les mauvaises suites d'un pareil relâchement de principes s'étendent au loin. Quand de jeunes personnes, entendent continuellement vanter le bonheur du mariage qui vient de se faire, de telle de leurs amies , avec un homme si riche , si magnifique , d'un rang si distingué; quoiqu'elles aient été accou' tumées à entendre condamner ce même homme sur la dissolution de ses mœurs, ou tout au moins lorsqu'elles le savent

dénué de toute pieté ; lors, dis - je , qu'elles entendent affirmer que ces choses - là ne sont pas considérées comme un bien grand obstacle au mariage :

quelle opinion se formeront-elles, nonseulement des maximes par lesquelles ce monde est gouverné , mais de la vérité de la religion que professent ces mêmes personnes i

Pour en revenir à M. Flam , on lui a fait dans sa jeunesse parcourir la carrière ordinaire de l'éducation ; mais il en a tiré si peu de fruit, que, quoiqu'il ait naturellement du tact dans l'esprit, je crois que depuis vingt ans il a à peine lu un seul livre , si ce n'est Burns Justice , et V Agricultural Reports. Malgré cela , lorsqu'il lui prend fantaisie de se distinguer, il entrelarde de temps en temps sa conversation de quelque phrase de latin de cuisine , qu'il pilloit jadis dans ses thèmes d'écolier ; il se pique d'intégrité , et il a de la bonhommie. Ces deux qualités font, suivant lui , le

sommaire et l'essence de la religion ; et , quoique je combatte cette fausse idée toutes les fois qu'il m'en donne l'occasion , je suis obligé d'avouer que , parmi ceux qui ont des connoissances plus étendues , il en est qui , sur ces deux points, feroient bien d'être aussi exacts que lui. Il se compare souvent à son ancien ami Ned Tyrrel ; et il est fier de montrer combien , sans se piquer de religion, il vaut mieux que lui , malgré toutes ses prétentions religieuses. C'est ainsi que nous devenons vains en nous comparant à ceux qui valent moins que nous , et mécontens lorsque nous nous comparons à des gens qui sont plus heureux.

Tout ce qui lui importe relativement à sa femme et à ses filles , c'est qu'elles ne l'endettent pas; et il est si généreux, qu'elles ne sont jamais dans le cas de le faire : à tous autres égards, elles se conduisent à leur fantaisie. Elles le tourmentèrent cependant, il y a quelque

temps , pour leur laisser passer deux ou trois hivers à Londres ; la mère lui donnoit à entendre qu'elle répondait du succès. Il consentit à en' faire la spéculation ; mais l'essai échoua. Il exige actuellement que , jusqu'à des temps plus heureux , elles n'aillent plus à aucun des lieux où l'on s'atïiche en quelque sorte pour vouloir se marier, tels que Londres , Brighton , ou Bath. Il dit qu'il est très-dispendieux de courir toutes ces foires et tous ces marches , d'autant plus que ses filles ne lui restent pas moins sur les bras. Il est décidé à essayer s'il réussira mieux par contract privé, et sans tous ces frais de voyage, qui exigent, par-dessus le marché, tant d'ajustemens et de colifichets nouveaux. A l'avenir elles tenteront la fortune parmi les spéculateursde province ; et, pourvu qu'elles lui donnent des gendres dont les biens soient libres , qui paient régulièrement leurs dettes , qui ne dépensent pas audelà de leur revenu , qui n'oppriment

pas leurs fermiers , qui ne boivent jamais de vin de Bordeaux , qui haïssent les Français, et qui aiment la chasse, il n'en demandera pas davantage. Je ne pus m'empècher de dire combien la conduite du père , malgré tous ses défauts, nie paroissoit préférable à celle du reste de la famille. « J'avois cru , ajoutai-je , qu'il n'cxistoit plus de semblable caractère ; quoiqu'il soit mauvais, religieusement parlant , et par conséquent , moralement défectueux , il est néanmoins, sous le rapport politique , si précieux , que je ne serois pas fâché de voir reparoître ces gentilhommes campagnards j hors de mode, pourvu qu'ils fussent tant soit peu corrigés et moins ignorons. »

— cfFautede religion, toutesses bonnes qualités, dit M. Stanley, ont un vice inhérent; son bon naturel est si peu dirigé par le jugement, qu'en faisant du bien aux individus, il fait toi tau public. Comme son collègue en magistralupe , je suis près-

que sans cesse oblige' de m'opposer à ses idées; et ses imprudences font d'autant plus de mal , qu'elles sont d'une nature à le mettre en crédit parmi les petites gens. Il est parfaitement persuadé que la liberté de s'enivrer de temps en temps est la meilleure récompense du travail journalier ; et il prétend qu'il est de l'ancienne bonhomie anglaise de griser périodiquement les marguilliers les jours de fête , quand même leurs familles devroient en souffrir le reste de la semaine. Nous avons , lui et moi, régulièrement dispute à toutes les foires annuelles du village, parce qu'il prétend que mon refus de leur laisser commencer la foire le dimanche est une usurpation sur leurs droits, et leur dérobe un jour qu'ils pourroient ajouter à leurs plaisirs, sans préjudice de leurs profits. Il autorise tous les farceurs ambulans , les charlatans et les joueurs de gobelets , à donner leurs spectacles : il dit que c'est charité de le faire ; mais sa charité est si peu

prévoyante, qu'il ne s'aperçoit pas que, tandis que ces vagabonds fournissent parlà à leur entretien pour la journée, leur train de vie insouciant ne leur permet pas de songer au lendemain ; et que ses propres ouvriers dépensent , dans ces amusemens défendus, l'argent qu'ils ont gagné à la sueur de leur front, taudis que cette dépense est le moindre incon^vénient qui en résulte pour leurs filles.» Nous fumes de là voir M. Carlton, qui, dans deux ou trois conversations précédentes , m'avoit paru être un homme de beaucoup de sens , et ayant le poli du beau monde. Sir John se fit un plaisir de renouveler connoissance avec le mari , et lady Belfield d'être présentée à mistriss Carlton, dont elle estimoit tant la façon de penser, et dont la douceur étoit faite pour fortifier l'inclination que les détails de sa vie lui avoient inspirée.

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