‹ Clebs (volume 2)Chapitre 9 sur 13 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

J'avais consacré le jour du dimanche à Londres à une retraite presque absolue , et cela, pour avoir observé, dans trop de maisons de cette bruyante capitale , une déviation sensible des devoirs que j'avois été accoutumé à remplir ce jour-là, et trop souvent (suivant les gens ) une exagération des deux extrêmes. Il n'en étoit pas ainsi à Stanley- Grove ; le sérieux y étoit sans gravité , et l'enjouement sans mélange de légèreté. La famille y paroissoit animée plus qu'à l'ordinaire , et il y avoit dans les occupations religieuses de la jeunesse, une variété animée par des intervallesd'uneconversation enjouée et utile , qui frappa particulièrement lady Belfield. Elle me fît remarquer que la difficulté de pd^ser le dimanche, d'un côté, sans mélange d'occupations et d'amusemens mondains, et de l'autre, sans

dégoût et sans ennui , étoit au nombre de ces choses désirables quelle n'avoit jamais pu accomplir chez elle.

Revenant de l'église un dimanche en nous entretenant du discours que nous venions d'entendre , miss Stanley me dit que son père n'approuvoit pas l'habitude qu'ont certaines personnes de critiquer le sermon ; il pense que le désir d'en faire apercevoir les défauts entraîne nécessairement celui de les rechercher, et que cela donne à l'attention une fausse direction , en portant l'auditeur à ne retenir que les passages qui {)euvent servir de thème à ses observations : c'est encourager en soi le talent de la critique au lieu d'une disposition d'esprit chrétienne. Si la composition en général et le principe sont bons , c'est là ce qu'on a d'essentiel à demander , sans s'amuser à épiloguer sur des défauts d érudition.

M. Stanley dit aussi que l'auditeur feroit bien d'observer si ce n'est pas lui qui dort, aumoint aussi so\jL\Qn\. qu'Homère

4o7 sommeille ( remarque dont la justesse se voit à l'église aussi souvent que dans l'occasion qui la suggéra), a L'esprit de critique , ajoute-t-il, est le plus mauvais esprit qui puisse nous accompagner en sortant de l'église, attendu que c'est le symptôme d'un esprit orgueilleux , et une preuve que , quelque bien que le sermon ait fait aux autres , il a été sans fruit pour le censeur. »

M. Stanley nous ayant rejoint , j'aperçus qu'il n'approuvoit pas que ses enfans écrivissent le sermon pendant qu'on le prononçoit. « Ce n'est pas, dit-il, faire tort au sermon qu'on vient d'entendre , que de supposer qu'il peut y en avoir d'aussi bons imprimés ; pourquoi donc ne pas lire le soir chez soi un de ces sermons imprimés , au lieu de celui dont vous auriez dû faire votre profit pendant sa prédication ? S'il est vrai que louie produit la foi y un sermon médiocre , mais partant du cœur de celui qui le prononce , soutenu, de toutes les so-

lennités du moment , qui rendent le sermon qu'on entend si diffe'rent du sermon qu'on lily peut faire plus d'impression qu'un discours mieux fait , mais lu froidement chez soi. Quant à le recueillir par e'crit dans l'église, cette action mécanique diminue nécessairement l'effet du sermon ; pour le spectateur , elle ôte de la dignité de l'ensemble , et présente l'idée d'un tachygraphe mettant par écrit le plaidoyer d'un jurisconsulte. Mais, pour que mes filles ne trouvent pas en ceci l'excuse du manque d'attention , continua-t-il, j'exige d'elles , comme partie de leurs dévotions du soir , qu'elles me rendent , en particulier dans ma bibliothèque , ce qu'elles ont retenu du discours. La certitude que cette répétition sera exigée d'elles , sert d'aiguillon à leur attention ; et cet exercice de mémoire non-seulement sert à la fortifier , mais il les accoutume à réfléchir sérieusement. )> A l'heure du thé , Mathilda (qui est

une fille charmante et douée d'un cœur vif, mais qui de temps en temps , emportée par l'impulsion du moment, oublie les convenances) dit « : Il me semble , mon père , que le docteur Barlow a été un peu froid aujourd'hui ; son sermon n'avoit rien de nouveau. » — « Mon enfant, reprit son père , nous n'allons pas à l'église pour entendre des nouvelles ; le christianisme n'est pas une nouveauté; et, quoiqu'il soit vrai que nous y allons pour notre instruction , il ne l'est pas moins que nous avons autant besoin de nous rappeler ce que nous avons su , que d'apprendre des choses nouvelles.

Les grandes vérités sont ce que nous reconnoissons tous, et ce que nous oublions tous ; nous les reconnoissons , parce qu'un aveu gc aérai de l'entendement coûte peu ; et nous les oublions , parce que leur souvenir obligeroit à beaucoup de devoirs pratiques. Croire , retenir, et agir d'après des véritJsuni- ¥erselles , indisputables , générales , est

la partie la plus importante de la religion; c'est ce qu'on néglige comme chose qu'on suppose très-facile , quoiqu'elle soit dans le fait très-difficile : il est plus utile de conserver dans le cœur une vive impression d'un petit nombre de vérités simples et importantes , que de discuter savamment cent points de controverse.

» A présent, dites-moi, Mathilda, si vous pensez réellement vous être souvenue et avoir pratiqué tous les préceptes que vous avez recueillis des sermons du docteur Barlow, l'année dernière? S'il en est ainsi, quoique vous ayez par- là un peu plus de droit de vous ériger en critique, vous vous y sentirez moins de disposition ; si , au contraire , vous ne l'avez pas fait, ne vous plaignez pas de ce que le sermon n'est pas nouveau , jusqu'à ce que vous ayez tiré des précédens tout le parti dont ils sont susceptibles; si vous l'aviez fait, vous y auriez puisé assez d'humilité, pour entendre avec docilité ce que vous savez déjà; au reste, quelque

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superflu que puisse avoir été le discours pour de profonds théologiens tels que miss Mathilda Stanley, il aura son utilité pour moi et pour d'autres auditeurs moins savans qu'elle. »

Mathilda rougit excessivement ; les larmes lui vinrent aux yeux; elle se sentit tellement accablée de honte, que, sans songer à ceux qui l'entouroient, elle courut se jeter dans les bras de son père, et lui dit tout bas que , s'il vouloit pardonner sa sotte vanité, il ne lui arriveroit plus de se croire au-dessus de l'instruction. Père tendre sans être aveugle, M. Stanley sortit avec elle ; Lucilla les suivit avec des regards pleins d'inquiétude et d'affection.

Pendant leur courte absence, mistriss Stanley dit : « Lucilla connoît tellement par expérience la vérité de l'observation de son père , qu'elle parle souvent nonseulement du plaisir, mais de l'avantage qu'elle retire de l'instruction qu'elle donne aux enfans dans son école j cette

instruction élémentaire l'oblige à recourir sans cesse aux premiers principes , et à se souvenir, avant toutes choses, des grandes vérités comprises dans les articles de notre foi, dans les commandemens, et dans la prière enseignée aux hommes par notre rédempteur. Cette simplilication constante de la religion f maintient en elle une plus grande humilité, fixe son attention sur les vérités fondamentales , et la rend encore plus indifférente à la controverse.

Au bout de quelques instans, M. Stanley et ses filles revinrent heureux et contens; Lucilla souriant comme unange de paix et d'union.

« Si je n'avois pas peur, dit ladj Belfield , d'encourir le même blâme que mon amie Mathilda (souriant à cette aimable lille), je hasarderois de dire que le sermon m'a paru presque trop sévère. »

— « IS'ayez pas peur, madame, reprit M. Stanley. Quoique je désapprouve

celte critique légère et cruelle , qui con-^ damne un homme pour un seul mot, j'avouerai que toute discussion n'est pas nécessairement une censure; si loin de là , qu'il est très à sa place de discuter ce qui paroit être douteux , et je serois bien aisedeconnoiire vos objections. )>

— « Cela étant , répliqua-t-elle, du ton et de l'accent le plus modeste , maigre tout mon respect pour le docteur Barlow, je l'ai trouvé uu peu déraisonnable lorsqu'il paroit attendre une rectitude universelle de la part de créatures qu'il reconnoit en même temps pour des êtres déchus. »

« Peut-être , madame , dit M. Stanley, n'avez- vous pas saisi son idcQ, car il m'a paru être parfaitement d'accord non-seulement avec lui-même, mais aussi avec sa règle et son guide invariable qui sont les Ecritures. La sanctification ( si vous me permettez de me servir d'un mot aussi sérieux), quoique imparfaite, doit tout embrasser. Ce n'est pas tant de i'amélio-

ration d^une faculté quelconque , on d'une qualité , ou de l'humeur, que les ecclésiastiques entendent parler, lorsqu'ils disent que nous sommes régénérés en partie , au point que notre changement n'est pas parfait , que la sanctification n'est complète dans aucune partie , daùs aucune puissance de l'âme, ni aucune faculté , quoiqu'il y ait des progrès dans toutes. Celui qui veut sérieusement vaincre en lui le péché, sait connoitre laquelle de ses mauvaises inclinations , ou lequel de ses penchans domine encore; et c'est cet ennemi rebelle qu'il surveille, qu'il s'apprête à combattre et à subjuguer, moyennant la grâce divine.

La preuve de sa bonne foi ne consiste pas tant à éviter nombre de défauts qui ne lui causent point de tentation, qu'à vaincre celui auquel il est impérieusement porté par sa pente naturelle. »

Lady Belfîeld dit : « Mais n'est-il pas impossible de soumettre toutes nos facultés à cet empire absolu ? Supposons

qu'un homme soit très-emporté , et en même temps très-charitable; croiriez- Vous cet homme en danger de son salut ? »

— « Il n'est pas de ma compétence , madame, de décider là -dessus, reprit M. Stanley : Dieu ( c'est ainsi que s'exprime l'évêque Sanderson ) se réserve , comme souverain, le droit de scruter les cœurs; je ne puis savoir jusqu'à quel point cet homme résiste à son emportement, ni quels sont ses combats secrets pour le vaincre. Dieu, qui n'attend pas de nous la perfection, demande de la sincérité. Quoiqu'une vertu absolue et sans mélange n'appartienne pas . à notre état d'imperfection , nos eflbrls pour l'atteindre sont la seule preuve de la sincérité dont nous faisons foi. Si l'homme dont vous parlez ne veille, ni ne prie , ni ne lutte contre la passion de la colère, qui est son infirmité naturelle, je douterois qu'aucun de ses penchans fût réellement régénéré, et je craindrois

que sa cliarité ne fut plutôt sensibilité habituelle, quoique très-louable, qu'une grâce chrétienne. Il se complaît dans la charité , parce que sa pente naturelle l'y porte, et que cela ne lui coûte pas; il s'abandonne à la colère, parce qu'il y est porte' tout aussi naturellement , et qu'il lui en coûteroit beaucoup de chercher à la vaincre ; cela devroit le conduire à son propre examen, et il trouveroit probablement qu'aussi long-temps qu'il se laisse aller sans retenue à de mauvais penchans, sa religion est douteuse, lors même qu'il fait ce qui est bien. Le cœur est le siège de la vraie religion ; c'est le centre d'où doivent diverger toutes les lignes dune pratique pure. Le premier devoir et la principale affaire d'un chrétien, est de faire ses efforts pour que toutes ses affections ainsi que tous leurs motifs, leur but et leurs effets, soient soumis à la parole et à la volonté de Dieu. Ses passions déréglées, qui sont toujours susceptibles de produire le désordre ,

4i7 demandent a être surveillées jusqu'au bout; il ne faut pas qu'il se croie en sûreté parce que les moins violentes sont en repos ; mais il peut ouvrir son cœur à l'espérance, lorsque celles qui étoient jadis dominantes sont devenuesdociles. »

— « Je sens l'importance de ce que vous dites, répliqua lady Bellîeld ; mais je sens aussi mon absolue incapacité d'entreprendre un tel ouvrage. »

— «Ma chère lady Belfîeld, dit M. Stanley, c'est là le sentiment le meilleur et le plus salutaire que vous puissiez éprouver 5 ce même sentiment de votre insuffisance vous fera recourir à la source de la puissance et de la force; il animera votre foi et votre prière : la foi, qui est le principe habituel de la confiance en Dieu; et la prière , qui est l'exercice de ce principe envers celui qui en est l'objet. »

— (( Mais, dit lady Belfîeld, le docteur Barlow a été si décourageant ! Il a semblé vouloir faire entendre que le combat du i. 27

chrétien avec le péché doit être soutenu jusqu'à la mort, au Heu que j'avois espéré que la victoire une fois gagnée , c'étoit pour toujours. »

— « La porte étroite, reprit M. Stanley , n'est que l'entrée de la religion ; le chemin étroit, est la carrière continuée. La vie chrétienne, ma chère lady Belfield, n'est pas un état de repos, mais une marche progressive. Il en est précisément de la carrière chrétienne comme de celle de la gloire de ce monde ; Jules César et saint Paul dépeignent leur état militant à peu près dans les mêmes termes : Nous délirions penser qui! tîy a rien de fait, tandis qu'il reste quelque chose à faire ; ainsi s'exprime le guerrier. Ne me considérant pas comme ayant atteint le but, oubliant les choses que f ai dépassées , et rn efforçant dat-r teindre celles qui sont devant moi, dit l'apôtre. Et il est bon d'observer que l'un et l'autre font cette observation abnégative i après des succès presque incroya-

blés. Tout comme iln'y avoit pas moyen d'arriver à l'héroïsme sans de grands efforts , de même le vrai chrétien ne se forme que par une route semée de difficultés. La nécessité de s'évertuer est la même dans les deux cas , quoique les objets vers lesquels on tend diffèrent aussi éminemment que les vanités de ce monde diffèrent des trésors de l'éternité.

» Ne croyez pas , je vous prie , ajouta M. Stanley, que je songe à m'ériger en censeur, bien moins encore en exemple; je participe aux corruptions que je déplore , et j'éprouve les défauts dont je gérais. Ce n'est pas seulement lorsque je porte mes regards au loin,que je suis persuadé, par ce que j'aperçois, de la prépondérance générale du mal; mais, quand j'examine mon propre cœur , ce que j'éprouve en moi confirme cette conviction ; je me sens coupable, non de simples foiblesses, mais de péchés. Je ne m'accuserai pas en hypocrite de péchés capitaux, vers lesquels aucune tentation ne

me porte , et dont je serois même garanti par des motifs inférieurs aux motifs de la religion ; mais je me sens humilié sans cesse par la découverte d'un mélange de motifs dans presque tout ce que je fais : tant de combats entre l'orgueil et l'humilité à laquelle j'aspire ; tant d'irrésolution dans mes desseins en apparence les plus fixes ; tant d'imperfection dans mes actions les plus louables; un tel manque de simplicité dans mes vues les plus pures! tant de rejetons nouveaux d'égoïsme, quand j'espérois que la plante elle-même étoit déracinée ; tant d'inertie pour mes devoirs; un coeur si froid, une si grande foiblesse dans ma volonté; tant de penchant vers la terre , dans les niomens même de mes plus vives aspirations vers le ciel; cet ensemble, comme vous voyez , ne présente pas l'idée de bien grands péchés à ceux qui ne sont pas doués d'un discernement chrétien ; et cependant il prouve démonstrative-

ment que la racine du pe'ché est dans le cœur, et que la dépravation naturelle corrompt les meilleures résolutions. »

— (( Le vrai chrétien , dis- je , quand M. Stanley eut cessé de parler , tire des motifs d'humilité de la chose même qui excite l'orgueil d'un esprit irréligieux. A la vue de quelque atrocité dans autrui , l'homme qui n'est que moral s'enorgueillit d'en être exempt ; tandis que l'homme religieux se sent humilié en voyant la corruption de la nature à laquelle il appartient , de cette nature qui est capable de tels excès, et dont il sait qu'il n'est garanti lui-même que par la seule grâce divine. J'ai souvent observé que la comparaison sert d'aliment à l'orgueil du mondain , et de mortification au chrétien. »

La pauvre lady Belfîeld eut l'air de reprendre courage en voyant que son ami M. Stanley n'éloit pas tout-à-fait aussi parfait qu'elle l'avoit craint. « Heu-

reux ceux, s'ëcria-t-elle en regardant Lucilla, que l'innocence de leur vie recommande à la faveur divine ! w

— i( L'innocence, reprit M. Stanley, ne peut jamais être mise en avant comme motif d'acceptation, attendu que la chose n'existe pas ; l'innocence exclut la ne'cessité du repentir, et là où il n'y a pas de pèche' , il n'est nul besoin d'un sauveur. Ainsi , quelque soit notre e'tat, lorsque nous nous comparons à d'autres, l'innocence ne sauroit nous rendre acceptables sans anéantir le grand plan de notre rédemption. »

— « Une chose m'embarrasse, dit lady Belfield , c'est que les gens les plus pervers , lorsqu'il m'arrive de causer avec eux , nient la doctrine de la corruption humaine ; doctrine dont on croiroit que leur propre nature devroit leur confirmer la réalité; tandis que le petit nombre degcns de bien, qui sembleroient presque y faire exception , soutiennent péremptoirement son existence. Mais, si la

chose est vraie en effet , la miséricorde divine , dans son immensité , aura égard à la fragilité des foibles et aveugles mortels ; un sauveur si clément n'exigera pas de créatures infirmes une obéissance si rigoureuse. »

— « Que ce que je vais dire, ma chère lady Belfield , ne vous offense point , reprit M. Stanley; la rectitude de votre conduite vous met à l'abri de toute allusion personnelle; mais il est nombre de chrétiens qui, tout en parlant avec vénération de Jésus-Christ comme du sauveur des pécheurs, ne le considèrent pas suffisamment comme 720^^5 délivrant du péché ; ils le regardent plutôt comme ayant adouci les commandemens de la loi , et absous ses disciples de cette conduite stricte qu'ils considèrent comme une partie onéreuse de la religion; ils se flattent que le grand but de l'Evangile a été de les délivrer de ce fardeau ; et c'est en supposant cette délivrance, qu'ils le regardent généralement comme un don

de miséricorde. Un christianisme aisé et auquel nous pouvons obéir, moyennant une profession de foi générale et en observant quelques règles prescrites ; un christianisme qui n'exige aucun sacrifice de la volonté, ni l'amendement de la conduite , voilà , je vous assure , le système prùné, en vogue ^ voilà la religion de cette classe nombreuse de gens qui désirent sauver les apparences et se soustraire aux réalités , qui espèrent tout dans l'avenir sans vouloir renoncer à rien ici-bas , et qui regardent le ciel comme un bon héritage , après qu'ils auront toutefois tiré la quintessence des biens de ce monde, n

Lady Belfield , avoc beaucoup de modestie, répliqua : u J'ai liontc, je Pavoue, d'en avoir tant dit sur un sujet qui passe ma portée, et que je ne suis pas dans l'usage de discuter. Sir John se contente de sourire, et semble résolu de ne pas venir à mon secours; croyez cependant, mou cher monsieur, que ce que j'ai dit

ne vient pas de présomption , mais du vif désir de m'instruire. Je ne hasarderai plus qu'une seule observation sur le sermon de celte après-midi : le docteur Barlow a parlé de la mort de Jésus-Christ comme présentant des leçons pratiques -, mais , quoique je l'aie toujours considérée sous un point de vue général , comme la hase de notre salut , j'avoue que je ne vois pas d'une manière aussi claire son utilité morale et instructive. »

— c( Je conçois, reprit M. Stanley, qu'un grand but de la mort de notre rédempteur, a été de nous racheter de la punition encourue par le péché; mais je suis bien éloigné de regarder cet objet comme le seul avantage qui en dérive. Je regarde sa mort comme une source abondante d'instruction et comme le plus grand encouragement possible à la vertu pratique , et cela , de plusieurs manières : la mort de notre rédempteur nous démontre la valeur infinie de nos âmes, en faisant voir le prix inestimable

donné pour leur rachat, et en nous excitant ainsi à de plus grands efforts , pour assurer leur bonheur éternel. Elle doit produire en nous une véritable horreur du péché , et surtout nous convaincre de la haine de Dieu pour une chose dont le pardon a exigé un pareil sacrifice. Si donc sa mort produit cet effet, elle nous porte conséquemment à la repentance et à une crainte toujours plus grande de violer les engagemens que nous avons pris si souvent de mener une meilleure vie; ensuite, la contemplation de cet étonnant événement doit produire dans nos cœurs un tel sentiment de reconnoissance et d'obéissance , qu'il pourra nous empêcher de retomber dans de pouvelles offenses. De plus, est-il un motif plus pui . ,ant pour prod«ire en nous la charité pour autrui et la disposition à pardonner? Tout ce qui tend à augmenter notre amour pour Dieu , doit nous disposer à une augmentation d'amour pour nos semblables. Nous ne

pouvons converser avec aucun homme, nous ne pouvons recevoir de faveurs d'aucun homme, et, de plus, nous ne pouvons recevoir d'offenses d'aucun homme pour lequel notre sauveur ne soit pas mort ; le souvenir des souffrances qui ont acheté le pardon' des plus grandes souffrances, tend naturellement à nous en faire pardonner de légères, j)

Lady Belfîeld dit : « J'avoue que Je n'avois pas aperçu d'utilité pratique dans un événement que j'avois cependant toujours considéré avec respect comme une expiation du péché. »

— (( Parmi ces effets salutaires, répliqua M, Stanley , j'observerai , de plus , que toutes les considérations humaines réunies ne pourroient pas nous inspirer autant que celle-là l'indifférence pour les vanités de ce monde et pour l'attrait des plaisirs illicites. Nul motjf humain ne peut être aussi puissant pour soutenir l'âme dans ses épreuves, ni pour pro-

duire la résignation aux afflictions; car, quelles sont les épreuves et les afflictions qui ne disparoissent pas devant les souffrances attachées à l'auguste événement dont nous tirons notre soutien? La contemplation de ce sacrifice sert aussi à avilir les richesses, à rabaisser le pouvoir, à anéantir Tambition. Nous sortons de cette contemplation avec un esprit préparé à supporter les défauts des autres, à soulager les besoins et à pardonner les torts de nos semblables ; nous y puisons pour nous-mêmes le sentiment d'une plus grande humilité , un esprit plus soumis, un mépris plus déterminé de tout ce que le monde appelle grandeur, que tout ce que la lecture de la philosophie ancienne, ou les professeurs de la morale moderne pourroient nous inspirer. »

Pendant celte courte discussion , sir John observa le plus parfait silence ; sa physionomie n'indiquoit ni contradiction ni impatience; mais elle étoit se-

4^9 rieuse et pensive j excepté seulement lorsque sa femme se trouvoit un peu embarrassée ; alors il l'encourageoit par un sourire affectueux , écoutant comme un homme qui n'a pas encore bien pris son parti, mais qui trouve le sujet trop important pour être rais de côté avant de l'avoir examiné mûrement et de bonne foi.

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