CHAPITRE VIL
Lia maison de sir John Belfîeld étoit devenue pour moi une demeure pleine d'agrément. 11 sortoit peu le soir, non plus que lady Belfîeld. Pleureux l'un par l'autre, heureux dans leurs enfans, ils aimoient et cultivoient la société de gens sensés, et voyoient le monde bruyant le moins possible. Malgré cela , comme onlessavoit ordinairement che/y eux , ils étoient sujets aux incursions de certains ennemis connus sous le nom de belles clames , qui, craignant toujours d'arriver trop tût à leurs assemblées du soir, guettent sans cesse les moyens de se débarrasser des heures intermédiaires de ce pesant fardeau , le iemps , matière brûle rarement mise en œuvre chez elles, et qu'elles sont par conséquent toujours très-pressées de troquer contre
' 91 celui de leurs connoissances sédeataires.
Mais , comme celles-ci ne sont pas désœuvrées, l'échange n'esl pas égal , et, pour me servir de l'expression spirituelle d'un grand homme d'état, v. la réciprocité est toute d\tn côté, M et le troc est aussi désavantageux pour la partie casanière, qu'il l'est pour un pauvre nègre de recevoir des grains et des morceaux de verre en échange de son ivoire et de sa poudre d'or.
Ces incursions nocturnes, quoique assez souvent incommodes pour mes amis , m'étoient d'un grand secours, parce qu'elles me fournissoient les occasions de prendre une plus juste idée du beau inonde que je n'aurois pu le faire sans me répandre au dehors; chose oii je trouvois pour moi plus à perdre qu'à gagner. C'éloit apprendre chez soi la langue du pays ennemi.