‹ Clebs (volume 3)Chapitre 2 sur 18 · DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

DE L'AUTEUR

JL A résidence de mes ancêtres est située au nord de l'Angleterre , et ce fut au printemps de l'année 1808 que je m'en éloignai pour la première fois, décidé à faire enfin une tournée long-temps projetée. Je pris en partant la résolution de mettre par écrit, pour peu que le sujet en valût la peine , les incidens et les conversations auxquels je pourrois avoir part. Je suivis ce plan avec exactitude, et, à mon retour, je me fis un amusement de l'examen et de l'arrangement de mes observations.

Revenu au lieu de ma naissance , je prêtai mon manuscrit à un ami.

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moyen le plus court de lui communiquer mes remarques et le résultat de mon voyage; j'eus soin en même temps de modérer son attente en lui représentant que la distance de ma demeure en Y\ estmoreland , à celle d un ami en Hampsliire , n'étoit pas de nature à produire de grandes aventures , et en le priant de se contenter des détails journaliers d'une vie ordinaire, variée seulement par la différence des habitudes et des caractères de ceux avec qui j'avois eu des rapports.

Au bout de quelques jours il me rapporta mon manuscrit , et me pria sérieusement d'en permettre rim pression, m'assurant que selon lui il en résulteroit un grand bien, non-seulement pour les jeunes gens placés dans une situation sembla-

xxiij ble à la mienne , mais aussi pour la généralité des lecteurs.

Je lui représentai mon défaut de loisir; mais il m'offrit de se charger de l'ouvrage, et de me dégager de tout travail ultérieur. Il partoit pour Londres, où il se proposoit de rester ])lus de temps qu'il ne lui en faudroit , disoit-il, pour Timpression du manuscrit.

Me voilà donc, comme auteur, réduit à l'excuse rebattue de ceux qui publient ce qu'il serait peut-être plus prudent de ne pas mettre au jour :

la prétendue irnportunilé de leurs amis. Excuse pour l'ordinaire dénuée de vérité, et qui n'a pas moins été mise en avant depuis les jours de Jean Faustus, jusques à ceux de Ccelebs !

Mais , soit que j'aie été déterminé

par mon ami ou par ma vanité, je me permets toutefois de croire qu'un motif supérieur à la vanité et même à Tamitié, a essentiellement décidé mon consentement.

Je lui envoyai donc mon manuscrit chargé de toutes ses imperfections, et je l'accompagnai d'une lettre dont l'extrait suivant servira de conclusion à ces remarques préliminaires.

« Je vous envoie avec mon manuscrit la permission de le faire imprimer, si vous persistez à y voir de l'utilité; mais , en le publiant, je crains que vous ne m'attiriez la censure spéciale de deux sortes de critiques. Le lecteur de romans le rejètera comme insipide; le lecteur religieux le mettra de côté comme ouvrage frivole ; l'un le taxera de trop

de sévérité, l'autre d'une légèreté répréhensible. Il est à désirer que les lecteurs de la première esj)èce se contentent de la réponse courte et générale que voici :

« Si mon principal but avoit été de m'attacher à des détails qui ont pour unique objet Vaiiiusenieut , peut-être qu'il n'eût pas été difiicile de produire un ouvrage plus conforme au goût de ceux qui préfèrent des compositions de ce genre ; mais il n'entre nullement dans mes vues de plaire à cette classe de lecteurs.

))La société dans laquelle j'ai le plus vécu, pendant ma tournée, consistoit principalement ( sauf l'accession de visites imprévues) dans la famille d'un gentilhomme de campagne, augmentée par la réunion de quelques-uns de ses amis ; nombre trop

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limite pour être susceptible de beaucoup de variété ou de grands mouvemens. La plupart d'entre eux passant habituellement leurs jours dans le cercle tranquille et régulier d'une vie domestique, et se trouvant placés dans des situations faciles , le tableau qu'ils présentent est plus favorable à la réflexion qu'à la description; et dans le fait , mon séjour au milieu d'eux n'a été nuancé par aucun événement marquant. Point de scène pathétique , ni de circonstances faites pour émouvoir ma sensibilité ou celle d'autrui en les racontant. La maison de mon ami ressemble au gouvernement d'un souverain pacifique; on s'y trouve mieux qu'ailleurs, mais les annales n'en sont pas brillantes. Les époques de })onheur dans la vie ne sont pas toujours celles qui donnent de l'éclat

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