II
qu'ils soient aussi peu disposés à instruire qu'à être instruits, ni à s'entr'aider réciproquement de leurs lumières sur un objet qui les intéresse tous également. » — « Dans toutes les situations de la vie, dis-je, nous voyons que les dispositions , les goûts , les penchans divers , lorsqu'on les met en activité , se déploient ; tandis que d'autres dont le germe existe également, sont étouffés, faute d'être mis au jour. » — « Il est certain, dit M. Stanley, que les connoissances qui restent inertes , sont susceptibles de déclin. Il est des sentimens dont l'existence ne s'aperçoit que lorsqu'ils sont excités. En un mot , les intérêts , quels qu'ils soient, dont on ne s'occupe point, font bien moins d'impression sur l'esprit que ceux qui se discutent dans l'occasion ; la communication est le grand levier d'un principe quelconque; les sentimens, ainsi que les idées, résultent souvent d'un choc imprévu. Les pensées qui ne se mettent jamais au
jour , finissent par se présenter bien rarement; tandis qu'un échange mutuel non-seulement les cultive, mais les fait naître, pour ainsi dire; et, quant aux affections sociales, je suis persuadé que les hommes s'aimeroient plus sincèrement par le maintien de cette espèce de liaison, et que la bienveillance ainsi que l'humanité y gagneroient beaucoup , parce qu'elle entretiendroit chez eux des égards mutuels pour leur bonheur éternel , et qu'elle les conduiroit plus décidément à se considérer les uns les autres, comme aspirant à la même immortalité, sur une même base d'espérance. »
A peine achevoit- il de parler, que nous entendîmes comme un chorus de voix de femmes adouci par l'éloignement et par l'ondulation de l'air. La petite troupe , placée sous le chêne , avoit achevé son joli repas et s'étoit rangée dans le même ordre de son arrivée. Elles se tenoient à une distance respectueuse du temple , et chantoient
à leur manière et avec simplicité le psaume 25e. de la belle version d'Addisson. Les demoiselles Aston le leur avoient enseigné , parce que c'étoit l'un des psaumes favoris de leur mère.
Le soleil couchant nous fit souvenir qu'il étoit temps de nous retirer ; mais, avant de quitter le temple , sir George Aston témoigna avec beaucoup de modestie le désir de voir la même société promettre , si Dieu nous conservoit la vie, de célébrer régulièrement à l'avenir cet anniversaire dans le temple de l'Amitié , qui , à cet effet seroit achevé sur un plan plus étendu , et rendu plus digne de recevoir de tels hôtes. Les dames y consentirent tacitement. Mathilda applaudit avec transport. Sir John Belfield et moi goûtâmes hautement la proposition. M. Stanley dit qu'il ne pouvoit qu'y souscrire de tout son coeur, parce que cela lui assureroit la visite annuelle de ses bons amis.
En reprenant le chemin de la maison,
T49 lady Aston , à qui je donnois le bras, et à qui je témoignai toute la satisfaction que m'avoit donnée une journée de ce genre, me répondit : « Après la Providence, nous devons à M. Stanley ce que nous sommes aujourd'hui , ainsi que ce que nous faisons. Vous reconnoîtrez la sagacité de son esprit quand vous saurez qu'il recommande ces petites récréations, bien plus pour mes filles que pour les siennes. Il dit que ses filles, étant vives de leur naturel et habituellement actives, n'ont pas besoin d'émulation pour leur donner du ressort ;(mais que, quant à mes pauvres filles, si timides et si passives, le soutien et la présence encourageante d'une société choisie sert à leur donner le degré de vie et d'activité nécessaire pour échauffer leurs cœurs et tenir leurs esprits en mouvement. »
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