S'il n'y avait pas unc sensibilité pareille
désireuse, et une inqualification pareille qui procèdent de l’unité éternelle, cette unité seraït un silence éternel, c’est-à-dire un rien, et il n’y aurait ni nature, ni créature, ni couleur, ni forme ; de même aussi il n’y aurait rien en ce monde sans ces trois sortes de vertus ou de qualités, et il n’y aurait pas de monde non plus.
Du Verbe éternel de Dieu.
12. L’Ecriture sainte dit, que Dieu a fait toutes choses par son Verbe, et que Dieu était le Verbe, (Jean, I.) Concevez-le ainsi.
13. Le Verbe n’est autre chose que la volonté exhalante de la puissance, une séparabilité de la puissance en beaucoup de puissances,un partage et une émanation de l'Unité, d’où provient la science, car dans une essence unique, où il ny a pas de divisibilité, qui n’est qu’une, là il n'y a pas de science, car si cela était, il n'y aurait qu'une seule chose qui le sût, c’est-à-dire soimême ; mais lorsqu'elle se divise et se partage, la volonté qui sépare, passe à la quantité, et chaque séparation opère en soi-même. |
14. Mais l’unité ne pouvant pas se diviser ni se séparer, la séparation demeure dans la volonté . exhalante de l’unité, et la volonté de l’exhalation ne produit que des variétés, par lesquelles la volonté éternelle, ainsi que l’allégresse et l’émanation s’inqualifient avec les sciences des formes infinies, ou de l'intelligence, c’est-à-dire avec une science éternelle, positive et sensible des puissances, où, dans la séparation de la volonté, un sens
ou une forme de la volonté voit, sent, goûte, odore et entend l’autre, et n'étant cependant qu'un effet délicieux, comme le grand lien de l’allégresse de l’amour, et l’être bienfaisant unique.
Du NOM SAINT DE JEHOVAH.
15. Les anciens Rabbins l’ont compris en quelque sorte, car ils ont dit, que ce nom était le nom le plus sublime de Dieu, par lequel nom on comprenait, dans le sens, la Divinité véritable, et cela est vrai ; car le sens véritable renferme la vraie vie de toutes choses, Le temps et l’éternité, le fond et le sans-fond, et c’est Dieu lui-même, c’est-à-dire la sensibilité, la saisissabilité, la science et l’amour véritable de Dieu, c’est-à-dire l’origine véritable dans l’unité virtuelle, d’où proviennent les cinq sens de la vie véritable.
16. Chaque lettre de ce nom signifie une puissance et une vertu particulières, comme une forme de la puissance agissante. L’I est une émanation de l’unité éternelle, inséparable, c’est-à-dire la sainteté douce, le fond du moi-même divin. LE est un triple I, où l’unité se renferme dans la Trinité, car l’I va dans l'E, et se prononce IE, comme un souffle de l’unité en soi-même. L’H est le Verbe, ou le souffle de la Trinité de Dieu. L’O est la circonférence, c’est-à-dire le fils de Dieu, par lequel le TE prononce avec l’'H ou avec le souffle, concevez de l’allégresse saisie de la puissance. Le V est l’émanation pleine d’allégresse du souffle, c'est-à-dire l'esprit procédant de Dieu. L’A est l’'émané de la puissance, c’est-à-dire la Sagesse,
un sujet de la Trinité, dans lequel la Trinité opère, et où la Trinité est manifeste. Ce nom n’est autre chose qu'une expression des trois sortes d'actions de la Trinité Sainte dans l’unité de Dieu, dont nous avons parlé plus amplement dans l'explication des tables des trois principes de la manifestation divine.
De la Sagesse divine.
17. La Sainte Ecriture dit, que la Sagesse est le souffle de la vertu divine, un rayon et une respiration du Tout-puissant. Elle dit encore, que Dieu a fait toutes choses par sa sagesse. Concevez-le ainsi.
18. La Sagesse est le verbe prononcé de la puissance, de la science, et de la sainteté de Dieu ; elle est un sujet ou un réfléchissement de l'unité insondable, un être dans lequel l'Esprit saint opère, forme et figure ; concevez qu'il forme et figure l'intelligence divine dans la Sagesse, car elle est le passif, et l'esprit de Dieu en elle, est l’actif ou la vie, comme l’âme dans le corps.
19. Elle est le grand mystère de genre divin, car en elle se manifestent les puissances, les couleurs et les vertus : elle renferme la divisibilité de la puissance, c’est-à-dire de l'intelligence ; elle est ellemême l'intelligence divine,c’est-à-dire la contemplation divine, où l'unité est manifeste : elle est le vrai chaos divin, qui renferme tout comme une imagination divine, où l’idée des anges et des âmes a été vue dès l'éternité, dans une ressemblance
divine ; non pas comme des créatures, mais dans une réflection, comme un homme se voit dans un miroir : c’est pourquoi l’idée angélique et humaine est découlée de la sagesse, et a été transformée en une image, car Moïse dit: Dieu créa l’homme à son image, c’est-à-dire : Dieu créa le corps, et lui inspira l’haleine de l’effluve divin de l'intelligence divine, de tous les principes de la manifestalion divine.
Du grand Mystère.
20. Le grand Mystère est un sujet de la Sagesse, d'où découle le Verbe respirant, ou la vertu active et désireuse de l'intelligence divine par la Sagesse, et d’où émane aussi l'unité de Dieu pour se manifester, car dans le grand mystère s’originise la nature éternelle, et on comprend toujours dans le grand mystère, deux essences et deux volontés.
21. Savoir : l’une de ces essences est l'unité de Dieu, c’est-à-dire la puissance divine, la sagesse émanante. L'autre essence est la volonté sépararable, qui provient du Verbe qui respire et prononce, qui n’a pas sa base dans l'unité, mais dans la mobilité de l’effluve, ou de l’exhalation qui s’inqualifie avec la propre volonté, et avec le désir de la nature, c’est-à-dire avec des qualités, à l'exception du few et de la lumière, la vie naturelle étant comprise dans le feu, et la vie sainte dans la lumière, comme une manifestation de l’unité, par laquelle manifestation l’unité est un feu d’amour ou une lumière : et en cet endroit ou
en cette inqualification, Dieu se nomme un Dieu bon et miséricordieux, selon l’amour âere, ardent de l’unité, et un Dieu colérique, jaloux, selon la base ignée de la nature éternelle. |
22. Le grand Mystère est le chaos, d’où, dès l'éternité, sont découlées et devenues manifestes, la lumière et les ténèbres, c’est-à-dire le fondement du ciel et de l’enfer : car le fondement que nous appellons maintenant l’enfer, c’est-à-dire un principe propre, est la base et la cause du feu de la nature éternelle, lequel feu n’est en Dieu qu'un enflammement de l’amour ; et où Dieu n’est pas manifeste, selon l’unité, dans une chose, c'est une ardeur douloureuse. Cette ardeur de feu n’est qu’une manifestation de la vie et de l'amour divin, par lequel feu ardent, l’amour divin, c’està-dire l’unité, s’enflamme et s’aiguise pour une inqualification ignée de la puissance de Dieu.
23. C'est pourquoi ce principe est appelé le grand Mystère ou le Chaos, d’où proviennent le mal et le bien, c’est-à-dire la lumière et les ténèbres, la vie et la mort, la joie et la souffrance, la félicité éternelle et la condamnation, car il est le principe des anges et des âmes, et de toutes les créatures éternelles, tant mauvaisés que bonnes ; un fondement du ciel et des enfers, du monde visible et de tout ce qui existe ; tout était renfermé dans un principe unique, de même qu'une statue est renfermée dans un bloc de marbre, avant que l'artiste la scuipte ou la forme, quoiqu’on ne puisse pas dire du monde spirituel, qu'il ait eu un commencement, mais ilLest devenu manifeste
du Chaos, dès l’éternité, car la lumière a, dès l’éternité, lui dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise, de même que le jour et la nuit sont l’un dans l’autre, et que deux sont cependant en un ; il faut que je parle de chacun à part, comme s’il avait eu un commencement, pour réfléchir sur le principe divin dela manifestation divine, comment il faut distinguer la nature de la Divinité, d’où est provenu le mal et le bien, et quel est l'être de tous les êtres.
Du Centre de la Nature éternelle.
24, Par le mot centre, on entend le premier principe de la nature, c’est-à-dire le fond le plus interne, où la volonté propre, conçue, s’inqualifie avec une adoption du soi-même, comme avec une virtualité naturelle, car la nature n’est qu'un instrument de Dieu, par lequel la puissance divine opère, et qui, cependant, a une mobilité propre de la volonté émanée de Dieu : elle est le centre, le point ou le principe de l’adoption propre du moi-même, d’où provient quelque chose, c’est-à-dire d’où proviennent les sept qualités.
De la Nature éternelle et de ses sept qualités.
25. La nature n’est autre chose, que les qualités de l’adoption du désir propre né, lequel désir provient de la variété infinie du Verbe qui exhale, c’està-dire de la puissance qui exhale, où les qualités s'inqualifient avec l’essence : cet être se nomme être naturel, et il n’est pas Dieu lui-même, car
Dieu réside bien dans toute la naturé, mais la nature ne le comprend qu'autant que l'unité de Dieu s’infuse en même temps dans l’être naturel, et le rend essentiel, comme un être lumineux qui opère en soi-même dans la nature, et pénètre à travers la nature, autrement l'unité divine de la nature, c’est-à-dire l'adoption désireuse est incompréhensible.
26. La nature provient de l’amour divin et des sciences divines, et elle est une formation et une configuration continuelle des sciences et de l’amour divin : ce que le Verbe fait par la Sagesse, la Nature le façonne en qualités.
La Nature ressemble à un charpentier, qui construit la maison que l’esprit avait auparavant projetée en soi ; il faut le concevoir de même ici, ce que l'esprit éternel forme dans la Sagesse de Dieu, dans la puissance divine, et dont il se fait une idée, la Nature le forme en une qualité.
28. La Nature est, de son propre principe, un mélange de aP ue qualités, et ces sept quarts se varient jusqu’à l'infini.
29. La première qualité de la Nature est le désir qui produit l’astringence, l’âpreté, la dureté, le froid, et la substance.
30. L'autre qualité est le mouvement ou l’attract du désir, qui cause l’action de percer, de rompre, et de trancher la dureté, qui rompt ce que le désir a attiré, et le réduit en quantités ; elle est la cause de l’amertume, ainsi que la racine véritable de la vie, elle est le Vulcain pour faire du feu.
31. La troisième qualité est la sensibilité du brisement de la dureté astringente ; elle est le principe de l’angoisse et de la volonté propre, où la volonté éternelle veut se manifester, c’est-àdire, elle veut être un feu et une lumière, un éclair et un éclat, où paraissent les puissances, les couleurs et les vertus. Ces trois qualités renferment le fondement de la colère ct de l’enfer, et de tout ce qui est colérique.
32. La quatrième qualité est le feu, où l'unité paraît dans la lumière, c’est-à-dire dans un enflammement d'amour, et la colère est l’essence du feu.
33. La cinquième qualité est la lumière avec sa puissance d'amour, où l’unité coopère dans un être naturel.
34. La sixième qualité est le son ou le ton, ou l'intelligence naturelle, où les cinq sens opèrent d'une manière spirituelle, c'est-à-dire dans une vie intelligente, spirituelle.
35. La septième qualité est le sujet, ou la circonférence des six autres qualités, où elles agissent, comme la vie dans la chair, et elle s'appelle, à juste titre, la septième qualité, le principe ou le lieu de la nature, où toutes les qualités ne sont que dans un seul principe.
36. II faut toujours comprendre deux essences dans ces sept qualités. Savoir : d’abord selon l’abime. Par ces qualités, on entend l'être divin, c’està-dire la volonté divine, avec l’unité émanante de Dieu, qui découle aussi de la nature,et s’inqualifie avec l'adoption de l’âcreté, dont l'amour
éternel devient sensible et virtuel, et pour.qu'il y ait quelque chose qui soit passif, où il puisse se manifester et être reconnu, dont il soit aimé et désiré de nouveau, comme la nature douloureuse et souffrante, qui, par l'amour, est changée en un royaume d’allégresse éternel : quand l'amour du feu se manifeste dans la lumière, il surenflamme la nature et la pénètre, comme le soleïl pénètre au travers d’une plante, ou comme le feu pénètre le fer.
37. La deuxième essence est la substance propre de la nature, laquelle substance. est douloureuse et soufirante, et elle est l’instrument de l'agent, car où il n’y a pas de souffrance, là il n'y a pas de désir non plus, pour en être délivré ou soulagé ; et où il n’y a pas de désir d'amélioration, là repose la chose en soi-même, et c’est pourquoi l'unité éternelle s’inqualifie par son effluve et par sa divisibilité avec une nature ; afin d’avoir une réverbération, par laquelle elle se manifeste, afin qu’elle aime quelque chose, et qu'elle en soit payée de retour de cette chose, afin qu'il y ait ainsi une inqualification sensible et un vouloir sensible. ,
Explication des sept qualités de la Nature éternelle.
38. La première qualité est le désir ardent qui ressemble à un aimant, c’est-à-dire la saïsissabilité de la volonté, où la volonté veut être quelque chose ; et où, cependant, il n’y a rien, pour en former quelque chose ; alors elle s’inqualifie avec
une adeption de son soi-même, elle s’imprègne et se saisit en quelque chose, et pourtant cette chose n’est qu'une faim magnétique, une astringence qui ressemble à une dureté, et d’où s’originisent aussi la dureté, le froid et l'essence. Cette impregnation, ou cet attract, se fait ombre soi-même, s’obscurcit totalement, ce qui est aussi le principe des tènèbres éternelles et temporelles : de cette âcreté sont provenus, au commencement du monde, les sels, les pierres, les os, et tout ce qui leur ressemble.
39. La deuxième qualité de la nature éternelle naît de la première, elle est l’attract ou le mouvement de l’âcreté, car l’aimant endurcit, et le mouvement brise la dureté, et c’est un combat continuel en soi-même, car ce que le désir saisit et change en quelque chose, le mouvement le brise, et le réduit en forme. De ces deux qualités résulte la douleur aiguë, c’est-à-dire un aiguillon de la sensibilité : car s’il y a un mouvement dans l’âcreté, la qualité est douloureuse ; et voilà la cause de toute sensibilité et de toute douleur ; car s’il n’y avait ni âcreté, ni mouvement, il n’y aurait pas non plus de sensibilité.
40. Ce mouvement est aussi un principe de l'air du monde visible, qui se manifeste par le feu, comme nous l’expliquerons plus bas.
41. Nous concevons donc que le désir est le principe du moi-même, afin que de rien, il naisse quelque chose ; il faut que nous considérions encore, que ce désir a été le commencement de ce monde, par lequel Dieu a réduit toutes choses
en essence, car il est le même désir, par lequel Dieu dit : Qu'il soit ; il est Le soif, qui a créé là, où il n’y avait qu'un esprit : il a rendu le grand myslére, qui est spirituel, visible et essentiel, comme on peut s’en convaincre par les étoiles, par le élémens et par les créatures. | 42. La seconde qualité, c’est-à-dire le mouvement, a été, au commencement de ce monde, le Séparaleur des puissances, par lequel le Créateur, c’est-à-dire la volonté de Dieu, a réduit toutes choses, du grand mystère, en une forme, car elle est le verbe émané impulsif, par lequel Je Dieu surnaturel a fait et réduit toutes choses en formes. 43. La troisième qualité de la nature éternelle est l’angoisse, c'est-à-dire le vouloir : ce vouloir s'est inqualifié avec l’adoption de la créature et du moi-même, la propre volonté étant dans la mobilité âcre, elle a de l’angoisse, c'est-à-dire de la sensibilité, car hors de la nature, elle ne peut pas être sensible ; mais elle devient sensible dans l’âcreté mobile, et cette sensibilité est la cause du feu, ainsi que de l’esprit et des sens, car la volonté propre, naturelle, devient par-là fugitive, et cherche du repos ; ainsi la divisibilité de la volonté procède de soi, et perce les qualités, d’où résulte le goût de l’âcreté, qu'une qualité goûte et sente l’autre ; elle est aussi le principe et la cause des sens, qu'une qualité pénètre et enflamme l’autre, afin que la volonté reconnaisse la cause de la souffrance ; car s’il n’y avait pas de sensibilité, la volonté ignorerait les qualités, elle serait unique, ct de cette manière la volonté prend en
soit la nature, en sentant en soi le mouvement âcre.
44, Ce mouvement est en soi semblable à une roue tournoyante ; mais il ne faut pas croire qu'il y ait une telle rotation, mais les qualités le présentent ainsi, car le désir attire en soi, et le mouvement sort de soi; la volonté ne peut donc, dans une telle angoisse, ni sortir de soi ni rentrer en soi, elle demeure une forme, qui veut de soi et en soi, c’est-à-dire au-dessus de soi, et audessous de soi, et elle ne peut aller nulle part ; mais elle est une angoisse, et le véritable fondement de l’enfer et de la colère de Dieu,car cette angoisse réside dans le mouvement ténébreux âcre.
45. De ce fondement est provenu, dans la création du monde, l'esprit de soufre, ainsi que la matière du genre sulfureux, lequel esprit de soufre est la vie naturelle des créatures terrestres et élémentaires.
46. Les sages payens, avaient, en quelque sorte, compris ce principe, car ils ont dit que le soufre, le mercure et le sel, constituaient toutes choses de ce monde : ils avaient par-là en vue, non-seulement la matière, maïs aussi l'esprit, d’où la matière s’originise ; car son principe ne consiste ni dans le sel, ni dans le mercure, ni dans le soufre, ils ne le croyaient pas, mais dans l'esprit de ces qualités, dont est composé tout ce qui vit, végète et existe dans ce monde, que cette chose soit spirituelle ou matérielle : car ils font, par le sel, allusion au désir âcre, magnétique de la nature ; et par le mercure, au mouvement et
à la séparation de la nature, par lesquels chaque chose est marquée et formée : et par le soufre, ils entendent la vie sensible, désireuse et végétative ; car l'esprit de soufre contient l’huile, dans laquelle brûle la vie ignée, et l’huile renferme la quintessence, c’est-à-dire le mercure sulfureux, la vraie vie de la nature, qui est une émanation du verbe de la puissance divine et du mour<ment, où l’on comprend le fondement du ciel, et la quintessence contient la feinture, c’est-à-dire le principe paradisiaque, le verbe émané de la puissance divine, où les qualités sont en équilibre.
47. Nous comprenons donc par la troisième qualité de la nature, c’est-à-dire par l’angoisse, l’âcreté et la douleur, c’est-à-dire l’action de brûler et de consumer; car si la volonté est établie dans une telle âcreté, cette volonté cherche toujours à consumer la cause de cette âcreté, car elle tend continuellement vers l'unité de Dieu, c'est-à-dire vers le repos, et l’unité pénètre par son émanation jusqu’à ce désir, et jusqu’à cette âcreté, et elle est ainsi une réunion continuelle pour la manifestation de la volonté divine ; si l’on le conçoit bien, et qu’on y veuille bien réfléchir, on trouvera toujours dans ces trois choses, savoir : dans le sel, dans le soufre et dans l’huile, quelque chose de céleste dans les choses terrestres ; car l’âcreté renferme l’âme d’une chose, et le désir contient la vie véritable du genre sensuel, et l'huile de soufre renferme l'esprit puissant qui provient de la teinture. Ainsi il y a toujours quelque-chose de céleste caché dans la chose ter-
restre, car le monde invisible spirituel s’est aussi insinué dans la création.
48. La quatrième qualité, ou forme de la nature éternelle, est le feu spirituel, où se manifeste la lumière, c’est-à-dire l'unité ; car l’éclat du feu provient de l'unité émanée qui s’est aussi inqualifiée avec le désir naturel, et le tourment et l’enflammement du feu, c’est-à-dire la chaleur provient de la consommation âpre des trois premières qualités. Ce qui se fait ainsi.
49. L'unité éternelle que je nomme dans quelques-uns de mes ouvrages la liberté, est un calme doux et agréable, semblable à un sentiment tendre; on ne peut pas exprimer quelle douceur il y a, hors de la nature, dans l’unité de Dieu ; les trois qualités de la nature sont âcres, douloureuses, et terribles ; et dans ces trois qualités douloureuses, réside la volonté émanée qui est provenue du verbe, ou du souffle divin, l’unité y est aussi renfermée. La volonté désire l’unité, et l'unité désire la sensibilité, c’est-à-dire le principe igné ; ainsi l’un désire l’autre, et quand ce désir s’élève, il est comme une explosion ou comme un éclair, comme si l’on frottait de l'acier contre une pierre dure, ou qu'on versât de l’eau mn. du feu, à parler symboliquement.
50. L'unité ressent dans ce regard la sensibilité, et la volonté reçoit la douce unité ; de cette manière l’unité devient un éclat de feu, et le feu devient un enflammement d'amour, car il reçoit de la douce unité, l’essence et la puissance.
. 51. Dans cet enflammement, la lumière perce
les ténèbres de l'impression magnétique ou de la saisissabilité, en sorte qu’elles ne sont plus reconnues, quoiqu'elles restent éternellement en soi dans l'impression.
53. Et ici naissent deux commencemens éternels, c’est-à-dire, 1°. l’âcreté ténébreuse astringente, et la douleur qui demeurent en soi-même, et 20, la puissance sensible de l’unité dans la lumière, dont l’Ecriture dit : Dieu, c’est-à-dire, l’unité éternelle, demeure dans une lumière, de laquelle personne ne peut approcher, car aïnsi se manifeste l’unité éternelle de Dieu par le feu spirituel dans la lumière, et cette même lumière est appellée Majesté ; et Dieu, c’est-à-dire l’unité surnalurelle, y est la puissance. Car ce feu spirituel reçoit de l'unité son essence, pour qu'il luise ; autrement le principe igné ne serait qu’une faim douloureuse, horrible et un désir aigu : comme il l’est aussi, quand la volonté se détache de l’unité, et veut vivre de son propre désir, comme les démons l'ont fait, et que l’âme fausse le fait encore.
53. Ainsi concevez ici deux principes, savoir : le premier dans le fondement de l’enflammement du feu, c’est-à-dire dans les ténèbres âcres, mobiles, sensibles, et douloureuses en elles-mêmes : et le deuxième principe dans la lumière du feu, où l'unité se met en mouvement et en allégresse.
54. Car le feu est une réverbération du grand amour de l’unité de Dieu : car l’allégresse éternelle devient ainsi sensible, et cette sensibilité de l’unité s'appelle amour, c’est-à-dire un enflammement ou
une vie de l'unité de Dieu, et Dieu s'appelle selon un tel enflammement, Dieu bon et miséricordieux, car l’unité de Dieu aime ou pénètre la volonté douloureuse du feu, qui d’abord est provenue du souffle du Verbe ou de l’effluve de l’allégresse divine, et la change en la grande allégresse, et cette volonté ignée de la nature éternelle, renferme l’âme des hommes, et aussi les anges ; voilà le principe et le centre.
55. C’est pourquoi, quand une âme se détache de la lumière et de l’amour de Dieu, et qu’elle s'inqualifie avec un désir propre, naturel, il se manifeste en elle le principe de ces ténèbres et de ce tourment douloureux, et quand la colère de Dieu se manifeste, c’est alors le feu infernal, comme Lucifer nous en fournit un exemple : et tout ce qu'il est possible de penser être par tout dans la créature, se trouve aussi par tout hors de la créature, car la créature n’est qu’une image ou une figure de la puissance divisible de tout l'être.
56. Ainsi concevez bien quel est le principe du feu, savoir : le froid de l'impression, et la chaleur de l’angoisse, et le mouvement est le Vulcain. Dans ces trois réside le feu ; mais l'éclat de la lumière provient de l'assemblage de l'unité dans le principe igné, et tout le principe n’est pourtant que la volonté prononcée.
97. C’est pourquoi la vie de toutes choses réside dans le feu et dans la lumière, c’est-à-dire dans la même volonté, que ce soit dans les choses végétatives ou animées, n'importe, le tout selon que le feu a un principe soit éternel comme l’âme,
soit temporel, comme l’âme astrale, élémentaire, car le feu éternel est un tout autre feu que le feu temporel, comme nous le prouverons dans la suite.
58. La cinquième qualité est donc le feu d’amour, ou la puissance et le monde de la lumière, qui demeure en soi-même dans les ténèbres, et les ténèbres ne la comprennent pas, comme dit Saint Jean ; la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. Ou, le verbe est dans la lumière, et le verbe contient la vraie vie raisonnable de l’homme, c’est-à-dire Je vrai esprit. |
99. Mais ce feu est l’âme véritable de l'homme ; c'est-à-dire le vrai esprit que Dieu souffla dans l’homme pour une vie créaturelle : ainsi comprenez par le feu spirituel de la volonté, l’âme véritable, désireuse du principe éternel, et par la puissance de la lumière, le vrai esprit raisonnable, dans lequel l’unité de Dieu réside et est manifeste, comme Jésus-Christ dit : « le royaume de Dieu est au-dedans de vous, » (Saint Luc, 17.) Et Saint Paul dit: vous êtes les temples du Saint-Esprit qui demeure en vous.
60. Voilà le lieu de la demeure et de la manifestation divines, et de cette manière, l’âme peut être damnée, si la volonté ignée se détache de l’amour et de l’unité de Dieu, et qu’elle s’inqualifie avec sa propriété naturelle, c'est-à-dire avec ses mauvaises qualités. Reconnais ce principe, Sion, et tu seras délivrée de Babel.
61. Par cette cinquième qualité, on comprend le deuxième principe, c’est-à-dire le monde angé-
lique ou les trônes, car il est le mouvement de l'unité, où toutes les qualités de la nature ignée sont enflammées dans l'amour.
62. On trouve une comparaison de ce principe dans un cierge: un cierge contient tout pêlemêle ; et aucune qualité n’est manifeste à l’autre, jusqu’à ce que ce cierge soit allumé, alors on apperçoit un feu, une huile, une lumière, un air, et une eau de l’air : tous les quatre élémens, qui auparavant étaient cachés dans un principe unique, s’y manifestent.
63. Il faut de même méditer le principe éternel, car l'être temporel est émané de l'être éternel, c'est pourquoi chacun a la même qualité, excepté que l’un est éternel, et l’autre périssable, que l’un est spirituel, et l’autre terrestre.
64. Quand le feu et la lumière spirituels sont enflammés, conmme ils le sont d’éternité, il s’y manifeste toujours, et à jamais, le grand mystère de la puissance et de la science divines : car toutes les qualités de la nature éternelle deviennent spirituelles, cependant la nature reste au dedans de soi telle qu’elle est, mais l’effluve de la volonté devient spirituel, car l'explosion ou l’éclair du feu absorbe l’adoption ténébreuse, et il sort de cette absorption un esprit igné pénétré de l'éclat lumineux, et comprenez par cet effluve trois différentes qualités, savoir : la volonté ignée se porte au dessus de soi, et en avant de soi, c'est-à-dire il sort du milieu, comme d’un centre de l'esprit igné de la volonté, l'esprit oléagineux, c’est-à-dire l’être de l’unité de Dieu, qui ü
par le désir de la nature s’est inqualifié avec une essence ; et du dessous, c’est-à-dire de l’affaissement résulte l'esprit aqueux, c’est-à-dire la douceur, el le tout n'étant cependant qu'esprit et puissance, mais il en est ainsi de la figure de la manifestation, car il ne se fait pas de séparation.
65. Cette triple manifestation se fait selon la Trinité, car le centre où elle est, est le Dieu unique selon sa manifestation : au dessus de soi se porte l'esprit flamboyant de l'amour, et au dessous de soi se porte la douceur de l'amour, et au milieu est le centre, comme la circonférence, c’està-dire le Père, ou tout le Dieu selon sa manifestation ; et de même qu’on peut s’en convaincre par la manifestation divine, de même aussi on peut le reconnaître de la nature éternelle, selon la propriété de la nature, car la nature n’est qu'une réflection de la Divinité.
66. Il faut donc que nous connaissions encore la nature. Le coup d'œil de l’origine première du feu est une explosion, un principe salnitrique, où la nature se divise en une infinité de parties, c'est-à-dire en une quantité de puissances d’où sont aussi provenus les anges et les esprits, ainsi que les couleurs, les vertus et les quatre élémens au commencement du temps: car le tempérament du feu et de la lumière est l'élément saint, c’est-à dire le mouvement de la lumière de l'unité :
mais de ce principe spirituel, (qui est spirituel et non pas terrestre) proviennent les quatre élémens, de même que de l'impression du mercure igné, la terre et les pierres proviennent ; et de la
cinquième essence du mercure igné, le feu et le ciel, et du mouvement ou de l’effluve, l’air, et du brisement du désir par le feu, l’eau.
67. Le mercure igné est une eau sèche, lequel mercure a produit les métaux et les pierres : mais le mercure brisé par la mort du feu a produit l’eau, et l'impression a causé la grande dureté de la terre, qui est un mercure grossier, salnitrique, saturnin. Par le mot mercure, il faut toujours entendre, dans l'esprit, le Verbe émané naturel, virtuel de Dieu, qui a été le séparateur et le modeleur de toutes choses ; et par le mot Saturne, il faut comprendre l'impression.
68. Dans la cinquième qualité, c’est-à-dire dans la lumière, l’unité éternelle est essentielle, c’est-àdire un feu saint, spirituel, une lumière sainte, un air saint qui n’est qu’un esprit. Une eau sainte qui est l’amour émanant de l’unité de Dieu : une terre sainte qui n’est qu’une puissance et une virtualité. Cette cinquième qualité est le vrai monde spirituel angélique de l’allégresse divine, et ce monde spirituel est caché dans ce monde visible.
69. La sixième qualité de la nature éternelle est le son, le ton, ou l'intelligence, car toutes les qualités deviennent manifestes dans l'éclair du feu : le feu est la bouche de l’essence, la lumière est l'esprit, et le son est l'intelligence, où toutes les qualités s'entendent l’une l’autre.
70. Selon la manifestation de la Trinité sainte, avec l’émanation de l’unité, ce son ou ce ton est le Verbe divin virtuel, c’est-à-dire l'intelligence de la nature éternelle, par laquelle intelligence, la
science surnaturelle se manifeste, et selon la nature et la créature, l'intelligence est la connaissance de Dieu, où la raison naturelle reconnait Dieu. Car la raison naturelle est un réfléchissement et une émanation de l'intelligence divine.
71. La raison naturelle renferme les cinq sens d’une manière spirituelle : et l’autre qualité, c’est à-dire le mouvement, le mercure igné les renferme d’une manière naturelle. La sixième qualité produit l'intelligence du son, c’est-à-dire le parler du verbe, et l’autre qualité est le conducteur, c'est-à-dire l'habitacle ou l’instrument du parler ou du son.
72. La puissance est douloureuse dans l’autre qualité, et elle est le royaume des délices dans la sixième qualité, il n’y a cependant pas d’autre différence entre la seconde et la sixième qualité, que celle de la lumière aux ténèbres, et elles sont l’une dans l’autre, comme le feu et la lumière, et elles ne diffèrent entr’elles qu’en cela.
73. La septième qualité est l’essence, c'est-àdire un sujet ou habitation des six autres qualités, où elles sont toutes essentielles, comme l’âme avec le corps ; et il faut principalement comprendre par là, selon le monde lumineux, le paradis ou la vie productive de la puissance inqualifiante, car chaque qualité se fait un sujet ou un réfléchissement de sa propre émanation, et dans la septièm ; qualité toutes les qualités sont dans le tempérament, c’est-à-dire dans une essence unique ; et de même qu’elles sont toutes émanées de l’unité, de même aussi elles rentrent toutes dans un prin-
cipe unique, et quoiqu’elles opèrent de différentes manières et dans différentes qualités, néanmoins il n'y a ici qu'une essence unique, dont la vertu s'appelle feinture, c’est-à-dire essence sainte pénétrante.
74. Ne croyez pas que la septième qualité soit la {einture, elle n’en est que le corps: la vertu du feu et de la lumière est la feinture avec le corps essentiel ; mais la septième qualité est l’essence qui pénètre et sanctifie la teinture, c’est pourquoi le paradis, c’est à-dire la vie productive spirituelle est dans la septième qualité ; concevez qu'il en est ainsi selon la puissance de la manifestation divine, mais selon la qualité de la nature c’est une essence du désir attiré de toutes les qualités.
75. IL faut surtout remarquer qu'on prend toujours la première et la septième qualités pour une, la seconde et la sixième pour une, ainsi que la troisième et la cinquième pour une, la quatrième seule est le point de séparation, car il n'y a que trois qualités de la nature, selon la manifestation de la Trinité de Dieu.
76. Savoir : la première est le désir qui est attribué à Dieu le Père, et il n’est qu’un esprit ; mais dans la septième qualité le désir est essentiel.
77. La deuxième qualité est attribuée à Dieu le Fils, c’est-à-dire la puissance divine qui n’est qu’un esprit dans le deuxième nombre ; mais elle est la puissance intelligible dans la sixième qualité.
78. La troisième qualité est attribuée à Dieu le Saint-Esprit, selon sa manifestation, et il n’est au commencement de la troisième qualité qu’un es-
prit igné, mais le grand amour est manifeste dans la cinquième qualité.
79. Ainsi l’effluve de la manifestation divine est, selon les trois qualités, dans le premier principe, avant la lumière naturelle, et dans le deuxième principe, dans la lumière, il est spirituel.
80. Voilà donc les sept qualités dans un principe unique, quitoutes les sept sont éternelles et sans commencement, et aucune d'elles ne peut être prise pour la première, seconde, troisième, quatrième, cinquième, sixième et dernière, car elles sont toutes également éternelles et sans commencement de l’unité de Dieu : il faut seulement le rendre intelligible à l'esprit, comment une qualité procède de l’autre, ce qu'est le créateur, et afin qu'on puisse méditer la vie et l’essence du monde visible.
Du troisième Principe, c’est-à-dire du Monde visible, d’où il est provenu, et ce qu'est la Création.
81. Ce monde visible est provenu du monde spirituel ci-dessus mentionné, c’est-à-dire de la puissance émanée de Dieu, il est un objet ou un réfléchissement du monde spirituel : le monde spirituel est le premier principe interne du monde visible, le monde visible est dans le monde spirituel.
82. Ce monde spirituel n’est qu’une effluve des sept qualités, car il est provenu des sept qualités virtuelles, et il est dans la septième qualité
il est dans la septième qualité dans le repos, c’està-dire dans le paradis ; ce repos est le Sabbat éternel, où repose la virtualité de la puissance divine.
83. Moïse dit, que Dieu a créé en six jours le ciel, la terre et toutes les créatures, qu’il s’est reposé le septième jour, et qu’il a commandé de se reposer ce jour-là. Ces paroles renferment un sens mystérieux : il eût bien pu faire en un jour l’ouvrage des six jours : mais peut-on parler de jour, avant que le soleil fût, car dans la profondeur il n’y a qu'un jour unique, mais le sens est contenu dans les paroles.
84. Moïse entend par l'ouvrage des six jours la création ou la manifestation des sept qualités, car il dit : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Le désir magnétique a, par le premier mouvement, imprégné et coagulé le Mercure igné et aqueux, ainsi que toutes les autres qualités : la partie grossière s’est séparée de la nature spirituelle, et la matière ignée s’est changée en métaux et en pierres, une autre partie en Salniler, c’està-dire en terre, et la partie aqueuse en eau: de cette manière le mercure igné de l'opération est devenu plus limpide, Moïse l’appelle le ciel, car l’Ecriture dit : Dieu demeure dans le ciel, car ce mercure igné est la force du firmament, c’est-àdire une réflexion du monde spirituel où Dieu est manifeste.
85. Cela étant fait, Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut. Là est devenue manifeste la lumière interne par le ciel igné, ce qui produisit dans le mercure igné une faculté de l’éclat, et cela
était la lumière de la nature externe dans les qualités où réside la vie végétative. :
86. Le deuxième jour Dieu a séparé le mercure aqueux du mercure igné, et il a nommé le mercure igné le firmament du ciel, lequel firmament se fit par le moyen de l’eau, c’est-à-dire du mercure. De là est provenue l’espèce mâle et l'espèce femelle, c’est-à-dire du mercure igné, l'espèce mâle, et du mercure aqueux, l’espèce femelle.
87. Cette séparation s’est faite partout et en tout, et cela afin que le mercure igné désirât de nouveau avec ardeur le mercure aqueux, et que le mercure aqueux désirât le mercure igné, pour qu’il y eût entr’eux un désir d'amour dans la lumière de la nature, d’où est provenue la conjonction : c’est ainsi que le mercure igné, c’est-à-dire le Verbe émané selon l'espèce ignée et aqueuse de la lumière s’est séparé, et c'est de là que s’originisent l’espèce mâle et l’espèce femelle de toutes choses, tant vivantes que végétatives.
88. Le troisième jour de la création, le mercure igné et aqueux est rentré dans la conjonction ou dans la copulation, et ils se sont conçus, où le Salniter, c’est-à-dire la séparation de la terre, a produit les plantes, l’herbe et les arbres, et où s’est fait le premier engendrement entre l’espèce mâle et l'espèce femelle. |
89. Le quatrième jour, le mercure igné a produit ses fruits, c’est-à-dire la cinquième essence, une vertu plus sublime de la vie (tels que les quatre élémens) qui est cependant dans les élémens : de cette vertu ont été faites les étoiles : car
de même que l'impression du désir a réduit la terre en une masse, laquelle impression rentre en soi, de même aussi le mercure igné a été exaltant par l'impression, c’est pourquoi il a renfermé le lieu de ce monde par la constellation.
90. Par l’ouvrage du cinquième jour s’est manifesté l'esprit du monde, c’est-à-dire l’âme du grand monde ; dans la cinquième essence, comprenez la vie du mercure igné et aqueux, où Dieu a créé tous les animaux, les poissons, les oiseaux, les reptiles, chacun de sa qualité du mercure divisé.
91. On voit par là, comment les principes éternels se sont mus, selon le mal et selon le bien, selon toutes les sept qualités, selon leur émanation et selon leur conjonction ; car là ont été créées des créatures mauvaises et bonnes, c’est-à-dire selon que le mercure, le séparateur, s’est formé en un être, comme on peut le voir aux créatures bonnes et mauvaises : et toute vie est cependant issue de la lumière de la nature, c’est-à-dire de l'amour de la nature, c’est pourquoi toutes les créatures s'aiment selon leurs qualités de cet amour émané.
92. Le sixième jour Dieu a fait l’homme, car fe sixième jour s’est manifesté l’esprit de la vie du mercure igné, c’est-à-dire du fond interne, lequel homme Dieu créa à sa ressemblance, de tous les trois principes, en une image, et il lui inspira le mercure intelligent igné, selon le principe interne et externe, c'est-à-dire selon l'éternité et selon le temps, pour une âme vivante raisonnable; et dans ce principe animique planait la
manifestation de la sainteté divine, c'est-à-dire le verbe vivant émanant de Dieu avec l’idée éternellement reconnue, qui avait été reconnue dès l’éternité dans la sagesse divine, comme un sujet ou comme une forme de l'imagination divine.
93. Celle-ci fut revêtue de l’essence du monde céleste, elle devenait un esprit intelligent et un temple de Dieu, une image de la contemplation divine, lequel esprit fut dohné à l’âme pour époux; de même que le feu et la lumière sont des conjoints, de même aussi il faut l’entendre ici. Ce même principe divin pénétrait et poussait au travers de l’âme et du corps, et cela fut le paradis véritable de l’homme, qu'il perdit par la prévarication, lorsque le principe du monde ténébreux et le désir faux eurent le dessus en lui.
94. Moïse dit, que Dieu s’est reposé le septième jour de tous les ouvrages qu'il avait faits. Or Dieu n’a pas besoin de repos, car il a opéré dès l’éternité, et il n’est qu'une puissance agissante, c’est pourquoi l'esprit est caché dans les mots; çar Moïse dit, que Dieu avait ordonné de se reposer le septième jour. Le septième jour fut le vrai paradis (spirituel) c’est-à-dire la teinture de la puissance divine, qui est un tempérament, qui a pénétré dans toutes les qualités, et qui a opéré dans la septième, dans l’essence de toutes les qualités.
95. La teinture a pénétré la terre et tous les élémens, et elle a teint toutes choses ; là fut le paradis sur la terre, et dans l’homme ; car le désir était caché, de même que la nuit est cachée dans le jour : de même aussi était cachée la qualité colérique de
la nature dans le premier principe, jusqu'à la chute de l’homme, où l’inqualification divine de la teinture se retira dans son propre principe, c'est-à-dire dans le fond interne du monde lumineux, car la colère s’exalta et obtint le dessus, et voilà pourquoi Dieu a maudit la terre, car sa malédiction est une retraite réelle, comme si la puissance de Dieu agissait dans une chose par la vie et par l'esprit de la chose, et qu'il se retirât ensuite de cette chose par son action ; cette chose est alors maudite, car elle opère dans sa propre volonté, et non pas dans la volonté de Dieu.
De l'Esprit du monde et des Elémens.
96. Nous pouvons fort bien contempler le monde invisible spirituel par le monde visible terrestre ; car nous voyons que la profondeur du monde produit continuellement du feu, de l’air et de l’eau, et qu'il n’y,a ni repos ni discontinuation de ces productions, et qu'il en a toujours été de même du commencement de ce monde ; mais il nous est impossible d’en trouver une cause dans ce monde externe, car la raison dit: Dieu l’a voulu ainsi, et elle en reste là : ce qui est vrai, en effet ; mais elle ne connaît pas le créateur, qui ne cesse de créer, comme l’archée véritable ou le séparateur, ce qui est un effluve du monde invisible, c’est-à-dire le verbe émané de Dieu ; que je nomme le mercure igné.
97. Car ce que le monde invisible est dans une inqualification spirituelle, où la lumière et les ténèbres sont ensemble, le monde visible l’est dans
une inqualification substantielle : les puissances qu’il faut comprendre dans le monde interne spirituel du Verbe émané, il faut aussi les comprendre dans le monde visible, dans les astres et dans les élémens, mais dans un autre principe aussi d'un caractère saint.
98. Les quatre élémens proviennent de l’archée du principe interne, c’est-à-dire des quatre qualités de la nature éternelle, et ils ont été ainsi exhalés au commencement de ce temps par le principe interne, et établis dans une essence et dans une vie propres virtuelles, c’est pourquoi le monde externe s’appelle un principe, c’est-àdire un sujet du monde interne, un instrument du maître interne spirituel, lequel maître est le Verbe et la puissance de Dieu.
99. Et de même que le monde interne spirituel a en soi une vie intelligente de l’effluve de la science divine,” ‘où sont compris les anges et les âmes : de même aussi le monde externe a en soi une vie intelligente, laquelle vie est dans les pur sances émanées du monde interne, et cette \vie externe'ne peut pas porter son esprit au-delà du point où elle est établie, c’est-à-dire dans la constellation et dans les étoiles.
100. L'esprit du monde est caché dans les quatre élémens, comme l’âme est cachée dans le corps, et cet esprit n’est qu'un effluve et une vertu efficace du soleil et de la constellation, sa demeure où il inqualifie ; il est spirituellement entouré des quatre élémens : l'habitacle spirituel est d’abord une vertu magnétique de l’effluve du monde in-
terne, de la première qualité de la nature éternelle, et ceci est le principe de tous les sels et de toutes les vertus, ainsi que de toute formation et de toute substance.
101. Il est encore l’effluve du monde interne, qui est émané de la deuxième forme de la nature éternelle, et il est de l’espèce ignée, c’est-à-dire une source d’eau sèche, où l’on comprend le principe de tous les métaux et de toutes les pierres, car elles en ont été créées. J’appelle ce principe, le principe igné de l’esprit du monde, car il est le principe de toutes choses, un séparateur des puissances, un modeleur de la forme, un principe de la vie extérieure, selon le mouvement et selon la sensibilité.
102. Le troisième principe est la sensibilité du mouvement et de l’âcreté, c’est-à-dire un tourment spirituel de soufre du principe de la volonté angoisseuse de principe interne, d’où proviennent l'esprit et les cinq sens, savoir : la vue, lPouïe, le tact, le goût et l’odorat, c’est-à-dire la vraie vie essentielle, d’où se manifeste .le feu, c’est-à-dire la quatrième forme.
103. Les anciens sages ont appelé ces trois qualités, le mercure, le soufre et le sel, selon leurs matières, qui en sont engendrées dans les quatre élémens, un tel esprit se coagulant ou se rendant substantiel. Ce principe renferme aussi les quatre élémens, ils n’en sont pas non plus distincts, ou une chose particulière ; ils ne sont que la manifestation de ce principe spirituel, c’est-à-dire ils sont une habitacle de l'esprit, où l'esprit opère.
104. La terre est l’émanation la plus grossière de cet esprit subtil : après la terre c’est l’eau, après l’eau l’air, après l’air le feu ; tous ces élémens proviennent d’un principe unique, c’est-àdire de l'esprit du monde, qui prend sa racine dans le monde interne.
105. Or la raison dira : pourquoi Dieu a-t-il fait une telle manifestation ? C’est parce que le monde spirituel s’est inqualifié par là avec une forme visible figurée ; afin que les puissances internes fussent figurées et visibles. Et pour le faire, il fallait que l’être spirituel s’inqualifiât avec un principe matériel, pour pouvoir se rendre sensible ; et il fallait une telle séparation, afin que cette séparation désirât toujours son premier principe, c'est-à-dire que l’interne désirât l’externe et l’externe l’interne.
106. Il en est de même des quatre élémens, qui, intérieurement, ne sont qu'un principe unique, où il faut que chacun désire l’autre, et cherche le principe interne dans l’autre, et l'élément interne est distinct en eux, et les quatre élémens ne sont que des qualités de l’élément partagé, c'est pourquoi il y a une grande inquiétude et un grand désir entr’eux, et ils veulent toujours rentrer dans le principe unique, c’est-àdire dans l’élément unique, où ils ont du repos, car l'Ecriture dit : toutes les créatures désirent et se tourmentent à côté de nous pour être délivrées de la vanité, à laquelle elles sont sujettes malgré elles.