ÉTAT DE LA COMPAGNIE DE JÉSCS. 5S
l’étAt de mission eu milieu des hérétiqiios; il se loue beau* coup du zèle et du succès des missiuonaii'es jésuites :
Très-salm-père,
Votre Sainteté m’a recommandé de rendre compte, le plus tôt possible, à la sacrée congrégation de la propagande, du vicariat apostolique , qui m’a été confié par le saint-siège dans le Septentrion pour les royaumes de Danemarck et de Suède : poste que j'ai occupé pendant trente-deux ans. Elle a bien voulu m’envoyer, sous la date du 15 décembre, un bref rempli d’une onction toute divine et de cette bonté paternelle, ordinaire apanage du stiuverain pom oir que Votre Sainteté a reçu de Jésus- Christ. J’oIkMs avec un profond respect au commandement de Votre Sainteté, et ce devoir m’est d’autant plus doux que la moisson recueillie p<nir le céleste père de famille a été plus abondante dans le Septentrion. Ces contrées se disposent peu à peu à reprendre les sentiments de leur antique piété, comme Votre Sainteté pourra s’en convaincre par la relation abrégée que je lui transmets.
Et pour procéder avec onlre dans ma narration; l’année 1722 , le 10 décembre, qui tombait un jeudi , le pape Innocent XIII, d’heureuse mémoire, m’octroya, suivant les formes d’usage, les pouvoirs extraordinaires (}ui m’ont été accordés, avec le bon plaisir de la saciée congrégation de la propagande, pour 11*8 fonctions de vicaire apostolique ipie je devais remplir, soit dans les parties du Septentrion soumises au domaine temporel des rois et princes héréticpies, soit dans les villes libres du saint-empire romain-gemianique.
Dè*s lois, je me suis appliqué, comme l’exigeaitrimportance de ma charge, à considérer avec la plus grande attention quels moyens il serait à propos d’employer pour procurer le salut de tant d’Ames exposées à la séduction d’erreui’S impies, pour faire jeter la lionne semence de la foi orthodoxe et apostolique dans les esprits déjà livrés à l’hérésie, et faire produire à celte semence des fruits toujours plus abondants pour l’accroisse-
fiocujims. CHAP. ni.
ment de la gloire de Dieu. Ainsi donc, ayant tourné toutes mes pensées vers ce but, je ne décou\Tis aucun moyen plus eflicace et plus inlaillible que celui des missions. Je voyais d’ailleui-s avec ijuel merveilleux succès, avec quel zèle digne de tout éloge, ces ouvriers si capables, si habiles et si courageux, les missionnaires jésuites de la province du Bas-Hhin avaient toujours pratiqué et praticjuaient encore ces mêmes exercices. 11 y avait cependant une difficulté : les décrets des rois, gouvernements et peuples de ces pays ne permettent pas au vicaiiv! apostolique- de traiter en personne avec les missionnaires; il peut seulement veiller de loin sur eux comme d’un lieu d’observation, avoir l’œil à leurs pieuses fatigues, eji favoriser le bon succès, les consoler, les encourager, leur prêter son appui et leur accorder de très-amples pouvoire coname les circonstances le demandent.
Mais on peut dire qu’en cela les pères provinciaux de ladite province tiennent lieu du f icaire apostolique; c’est à eux surtout qu’on doit attribuer l’état si tlorfssant do toutes les missions du Septentrion, dans lesquelles les missionnaires jésuites travaillent sans relâche pour la plus grande gloire de Dieu. Ils les visitent h des époques tixes sans craindre la fatigue de longs voyages; aux ouxTiers qui y meurent, ou qu’ils rappellent, ils donnent sur-le-champ des successeurs non moins éminents en vertu, en doctrine et en z«de ; et aucun de ces hommes apostoliques n’a jusqu’ici trahi les devoirs de sa charge par une vie tant soit peu répréhensible.
Mais a>ant d’exposer plus en détail les heui-eux progrès de ces missions , et les bénédictions dont le Ciel ne cesse de les combler, il ne sera pas inutile de jeter un coup d’œil sur leur origine, leur situation et leur nombre.
Il y a environ un siècle , presque tout le Septentrion demeurait sans culture et privé d'hommes apostoliques : les ressources manquaient pour leur entretien. Seulement, de temps en temps , les ambassadeurs du roi et autres princes catholiques y conduisaient quelques prêtres pour l’exercice
ÉTAT tZ LA COMTAGIHE DE JÉSUS.
privé (le la vraie religioQ. Ainsi les fausses ppinions, sucées avec le lait , s’affermissaient chaque jour par l'habitude et la licence publique, et l’erreur étendait sans cesse ses ravages. Enfin le zélé épiscopal et la noble munificence de Ferdinand de Purstenberg, de l’illustre famille de ce nom au duché de Westphalie, prince du saint-empire romain , dont le nom et la gloire ont rempli l’Europe entière, furent émus de compassion en présence de tant d’âmes perdues faute de missionnaire (pii dissipât leurs ténèbres, et vinrent efiicacement en aide â la religion catholique près de s’étaindre dans le Septentrion. Bien des fois, comme il Tavoile lui-même dans son acte de donation et dé fondation , en pensant à la ruine de tant d’âmes et aux moyens d’y apporter remède, il se répétait à lui-même ce mot de saint Paul : Quomodo credenl et guem non audierunt? Quomodo nutem audient «ne prœdicante? C’est pourquoi, embrasé de charité envers le piDchain, il poussa la liliéralitéjusqu’à donner en une seule fois la somme de H 7,000 ducats impériaux, destinés à établir des missions dans les contiées lesplnsreculéesde l’Orient, et particulière ment dans le Septentrion, sans parler de celles qui ont été érigées dans toute la Westphalie. Après les avoir ainsi fondées , l’an 1082 il les donna solennellement et en confia pour toujours le soin â la compagnie de Jésus, comme l’atteste une lettre , respirant une tendre charité, qu’il écrivit à la XII* Congrégation générale de l’ordre.
Le vicariat apostolique du Septentrion comprend d’abord les missions régulières et stables que dirigent les pères de la compagnie, dans la province du Bas-Rhin, et que j’inscris ici par ordre alphabétique.
La première est celle de Brême, ville libre de l’empire germanique et ville hanséatique. Elle est cultivée par deux pères.
La seconde est celle de Friederichstadt , dans le Jutland, péninsule danoise, également cultivée par deux pères.
La troisième, celle de Friederichstadt, aussi dans le royaume de Banemarck : deux pères.
D0CUVK«T8. CSAT, III,
La quatrième, celle de Gluokatadt„dqqs la même royaume : encore deux missionnaires.
Le cinquième est ,à Copenhague, ville capitale duDanemarck : deux missionnaii-es.
La sixième à Hqrabourg, ville hanséatique , et cité libre de l’empire romain , de plus très-commerçante. Cette ville, avea son territoire et Alloua en Pqnemarck, est conliée aux soins de quatre pères.
La septième à Lubeck , ville hanséatique et libre comme la précédente, dans la province d’Oldenbourg, au duché de Holstein : deux pères.
La huitième à Schwerin, principale résidence du duc de Méklcmbourg, également deux missionnaires.
Enfin à Stockolm , où le roi de Suède a sa cour, se trouve un seul membre de la compagnie , en qualité de père et de directeur spirituel de Son Excellence, l’ambassadeur d’Espagne.
Des prêtres séculiers remplissent la même fonction auprès de l’ambassadeur de l’empeieur et du loi de France. Dans la baronnie de Godens travaillent deux religieux de l’étroite observance de Saint-François. D’autres pèi-cs du même ordre, du couvent de Quackembourg, dans le comté d’Oldenbourg, appartenant à la maison royale de Danemai-ck , exercent aussi, à certaines époques de l’année, les mêmes fonctions apostoliques. On fera par la suite mention de File de Norstrand.
Maintenant que j’ai mis sous les yeux de Votre Sainteté toute l’étendue du vicariat confié à mes soins , et les missions soumises à ma juridiction apostolique , ce sera pour Elle une consolation peu” attendue d’apprendre les immenses progrès de la religion prêchéc de tous cêtés ; l’accroissement de solennité dans le culte divin ; l’éclat, la décence avec laquelle nous pouvons célébrer nos saintes fonctions, et le concours qu’elles attirent (c’est au point que , dans un climat si dur et si sauvage, plusieurs princes hérétiques ne peuvent leur