ÉTAT DE LA COMADNIE DE JÉSUS
refuser leur vénération); le nombre de ceux qui, par les soins des missionnaires , ont été ramenés au sein de la sainte Église notre mère , et se sont réconciliés avec elle après une honteuse apostasie ; ou des âmes qui ont été déliv rées de la damnation éternelle et onvoyécs au ciel, comme on a lieu do l’espérer; enfin la liberté un peu plus grande dont nous jouissons maintenant pour l’exercice des fonctions catholiques, d’où il résulte que la religion, déprimée jusqu’à ce jour, commence à lover la tête. (Le prélat fait ici la relation détaillée du bien qui se fait dans chacune de ces missions. )
{Cdl. Lag.)
Cette lettre ayant été remise à Benoit XIV, le cardinal Valenti , sécrétaire d’État et préfet de la sacrée congrégation delà propagande, fut chargé, delà part du pape, de faire à l.'év(*‘(jue de Flaviopcdis la rt'ponse suivante : « Perplacuisse Sanctissiino et Sanctæ Sedi piaedictorura patrum(soc. Jesu) fen enUon et salutarem pro exaltatione sanctæ Matris Ecclesiæ zolum '. 1)
< Dans une lettre , du 4 mai 1769, que nous roprodnissns plus bas parmi les lettres des évoques à Clément Xltl , l’évôquc de Flaviopolis mentionne relie qu'il a adressée à Benoit XIV, le 13 arril 1754, et il y insère la réponse donnée par le cardinal Valenti, citée ci-dessus : « Que Sa Sainteté et lesaintsiége apostolique ont eu pour ti ès-agréable le zèle ardent et eFlicace desdits pères do la compagnie de Jésus pour l'cialtation do notre sainte mère l'Église. » Puis il ajoute :
« En un mot je puis dire, et sans crainte d'eiagérer, que ta religion catholique sera et|ioséc dans ces vastes royaumes du Nord, sinon à une ruine totale, du moins k dos dangers certains et très-avcnturcui, dans le cas où l'on retirerait de ces contrées les missionnaires de la compagnie de Jésus. Ils ont produit , avec un zèle inFatigablc, au prix de leurs sueurs cl de leurs, travaux, des fruits merveilleux , au grand contentement et à l'applaudissement de tons les catholiques ; dans les lieux les plus célèbres et dans les villes les plus populeuses, k Hambourg, le marché le plus fréquenté do la Saxe cl mémo de toute l'Allemagne, à Brème cl à Lubeck, villes impériales, à Allons, à Copenhague, capitale du Danemarck, à Friederichstadldu Schicswig, et A Friedcrichsladl du Jutland, AGIuckstadl,dansla ville ducale deSchwerin, et dans beaucoup d'autres villes et provinces voisines, où on les voit chercher avec des fktigues inconcevables et de longues courses les brebis dispersées de Jésus-Christ pour les ramener an bercail de l'Église, a
DOCT7UENT3. CBAP. III.
Lettre de l'archevêque de Compostelle, en Espagne, au P. Atha~
nase Ezterripa , recteur du collège de la com/uignie de Jésus,
dans la même ville.
Mon Rétérend Père,
J’ai lu avec un extrême plaisir la lettre que vous m’avez adressée : les remarques de Votre Révéreqce sont tout à fait judicieuses ; les exemples qu’elle cite en grand nombre, et qui ont une parfaite ressemblance avec ce que nous voyons de nos jours, démontrent clairement à quel point les ennemis de la foi et de la religion ont déjà réussi dans le dessein qu’ils ont de détruire, s’ils le pouvaient, ce bras puissant que le Seigneur a armé pour la défense de son Église , et pour mettre un frein à leur insolence et à leur erreur. Mais espérons tout de l'infinie miséricorde de notre Dieu , ce même Dieu qui nous l’a donné le conservera par l’aimable disposition d’une providence également pleine de sagesse et de force; et l’envie, ce monstre infernal , frémira de voir ses nouveaux efforts s’évanouir et se dissiper en cette occasion , comme en tant d’autres , dont votre lettre fait mention.
Je confesse que j’ai été saisi de compassion et d’horreur à la lecture des feuilles imprimées que Votre Révérence m’a envoyées, et que je n’ai voulu les communiquer à personne , sans examiner si cet horrible attentat est certain , si ceux qui ont subi le dernier supplice ont été véritablement atteints et convaincus de l’avoir commis. Pour ce qui regarde les pères, c’est à mon avis la chose du monde la plus étonnante , qu’avant d’avoir intenté contre eux aucune accusation, avant d’avoir dressé aucune procédure légale, on les ait, par sentence , publi(piement déclarés coupables, et, en conséquence, renfermés dans une prison, ce qui n’a pu se faire que dans la vue de leur faire leur procès. Mais quoi! le procès n’est pas encore commencé et le jugement est déjà porté, la sentence est publiée. Quand même ceux qui étaient coupables les
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auraient déclarés complices et fauteurs de leur crime, qiiand quelques-unes de leurs lettres eussent été interceptées, ne fallait-il pas faire de plus amples informations , ajourner, examiner, confronter ensemble les accusateurs avec les accusésj afin de constater si les dispositions par les«iuellesles coupables chargeaient ces pères d’avoir été leurs complices étaient véritables. La loi divine et naturelle rend ces voies de procéder si nécessaires, que toutes les nations de l’univers sont tenues de s’y conformer, et qu’un peuple serait regardé comme barbare, chez qui l’on trouverait des règlements, des tribunaux et des lois contraires.
Les jugements et les présomptions dont ces feuilles sont remplies devaient être iléduits de suppositions sûres et indubitables. D’où vient ()ue celles-ci étant au moins incertaines et ne paraissant encore soutenues d’aucune preuve, on reconnaît aisément le vide et le i>eu de solidité des conséquences qu’on en tire. Ce sont des raisonnements élevés les uns sur les autres, sans aucun fondement solide , de sorte que pour en éluder la force, il suffit de demander sur quoi tmt cela est-il fondé? J’ai toujours été persuadé de Tinnocence de pères qui sont maintenant dans les souffrances, et j’ai regardé les crimes lion ton les charge comme de.s imputations que la malice seule de leurs ennemis a forgées; mais encore , quand ils seraient en faute , la manière dont on a procédé contre eux ne laisserait pas toutefois d’être monstrueuse, et semblable à une messe mozarabitiue qui commence où elle devait finir.
On est de plus surpris de voir des ecclésiastiques ri'guliers soumis à la voix d’un crieur public, et déclai'és coupables par une puissauce séculière quoique revêtue d’une autorité respectable , sons qu’ils aient au préalable été privés du for qui est de leur compétence , et sans aucune des autres formalités nécessaires. Le cieur de l’homme est un abîme, il n’y a point de crime où il ne pnisse tomber; mais supposé ipie ces religieux fussent en fante , leur religion cesserait-elle pour cela d'être sainte T Malgré la perfidie de Judas, le reste des apôtres
IXtCrHENTâ. CRAP. III.
ne retinrent-ils pas toujours et leur nom et leur dignité? C’est pourquoi ces discoure outrageants que l’on répand de toutes parts contre une sainte société, sont pleins d’injustice et d’iniquiU'. Plaise à Dieu que tout tourne à l’avantage de l’innocence, et que le sage conseil de Lislwnne, sur de meilleures informations, soit le premier à la faire connaître. Si>yez persuadé de mon constant attachement pour la compa-" gnie, et du désir que j’ai de lui être utile, etc.
R. RarT. arch. et scign. de Coin/iostelle. Du ChAfeau d ’Kst , 22 février 17.')9. (Coll. Lag.)
Lettre de François Michel de Souzn, nrchevègite d’Evura,
• au P. général de la compagnie de Jésus.
Trés-Révére-nd Père ,
J’ai reçu avec toute la considération que je devais la lettre de Votre Paternité, qui m’a été remisti par le {«‘re recteur des collèges et de l’académie d’E\ora : le dérangement tle ma santé ne m’a pas permis d’y répondre sur-le-champ, comme je le désirais; maintenant qu’elle commence à se rétablir , je ne dois pas mettre plus de délai à l’accomplissement de mes désire.
Je suis sensible aux remerciements que me fait Votre Ratemité de la bienveillance que je témoigne à ses enfants. Ces remerciements sont la preuve de sa sollicitude et de sa bonté paternelle pour eux; mais je les regarde plutôt comme l’effet de sa politesse envers moi, que d’aucune obligation dont elle me soit redevable. Je dois l’avouer, j’ai moins droit à la reconnaissance de la compagnie qu’elle n’en a à mes bienfaits. Tout ce que je puis faire pour ses enfants , mon amitié , mes services , mes bienfaits ne sont , en quelque sorte , que ce qu’ils ont droit d’attendre. En leur accordant tout cela , je ne fais que leur renilre ce qui leur est dù , et
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et ce que je leur rends est peu de chose en comparaison de leur travail.
Je me fais un plaisir d’apprendre à Votre Paternité que la conduite de ses enfants , dans ce diocèse , a toujours éUi si conforme à la sainteté de leur état, que jamais je n’ai entendu la moindre plainte et le moindre rapport à leur désavantage ; au contraire, je les ai toujours trouvés d’une vertu consommée, pleins de sagesse, d’une foi saine, de mœurs pures, irrépréhensibles dans l’enseignement; des coopérateurs dont le zèle toujours attentif et infatigable m’aident beaucoup à remplir les fonctions de mon ministère pastoral, de sorte que je ne puis les voir sans douleur, dans l’orage qui s’est élevé conü-e eux, exposés aux rigueurs d’une fortune contraire. Daigne le i^igneur changer les gémissements de ses serviteui’s en joie ; la mienne sera à son comble si je puis avoir le bonheur de voir bientôt la compagnie recouvrer sa première tranquillité, et jouir en tout d'une paix jiarfaite. Je prie Dieu de nous accortler cette fa\eur; j’offre aussi mes services li Votre Hévérendc Paternité ; elle peut compter en tout temps sur mon attachement et ma promptitœle à la servir. Je lui souhaite de longs jours et une bonne santé pour le bien et l’augmentation de toute la compagnie , etc.
A Evora, G octobre l7o8. F. Michel, arcfi. d'EvoraK
( Coll. Lag. )
Hequète présentée au roi d'Espagne, par l'évéque de P(mij>elune, pour obtenir un terrain inculte en faveur du collège des jésuites situé dans cette ville... (4 juillet 1753.)
Sr»E,
L’évéque de Pampelime , respectueusement pi-osterné aux
< Nous omettons ici la lettre d'un prélat portugais , l'éréque de Tipasa IR parlibus. Cetto lettre diOfére peu pour le fouO de celle de l'arcbevéqué d’Eïora.
DOCUMENTS. CHAF. III.
Qi
pieds de Votre Majesté, déclare qu’il y a dans ladite ville principale de son diocèse un des plus célèbres monuments du royaiune de Navarre; savoir une chapelle de saint Ignace de Loyola, fondateur de la compagnie de Jésus, bAtie dans l’ancienne citadelle de ladite ville, au même lieu où Ignace combattant alors vaillamment sous les étendai"ds des rois catholiques, glorieux ancêtres de Votre Majesté, pour la défense de cette même citadelle, fut heureusement blessé et renversé par teire par un secret jugement de la divine providence , qui le destinait dès lors à enrôler de nouveaux soldats , et à le\ er sous le très-tloux nom de Jésus des troupes qui, supérieun-s aux armées les plus nombreuses de terre et (le mer, sont uniquement employées à défendre la religion et à comlwttre l’hérésie ; et dont les soldats, appliqués les uns à former publbiuement la jeunesse, les autn'S A rendre l’usage des sacrements plus fré(pient, d’autres à travailler constamment dans les missions, quelques-uns à donner les exercices spirituels, devaient contribuer tous de concert A procimer le bien du monde entier, et à inspirer A tous les peuples l’obéissance (pi’ils doivent A Dieu et aux rois (pii tiennent sa place. Ce sont ces troupes d’où l’on a vu sortir tant d’hommes éminents en sainteté dignes d’être placés sur les autels; tant de martyrs qui ont illustré l’Église par l’effusion de leur sang; tant de savants cpii, par leur érudition, ont été l’ornement des académies, et dont les écrits, également remplis de la plus saine doctrine, d’onction et de sagesse, enrichissent tout(‘s les bibliothèques; tant d'hommes supérieurs <pie l’on a vus avec admiration, dans les cours et dans les palais des rois, et qui, par l’éminence de leur science, de leur piété et de la sainteté de leur vie, seront toujours jugés dignes de la vénération de tous les pays du monde ; mais ils n’ont paru nulle part avec plus d’éclat que dans les vastes États de Votre Majesté. Or, tant de biens précieux, c’est à l’éminente sainteté du grand Ignace, c’est A son zèle industrieil.x, c’est à sa rare prudence que l’on en est redevable; M ils ont tous comme pris