AFFAIRES RE FRANCE
que tous les rois vos prédécesseurs ont honorée de leur estime et de leur btmté; que vous-même. Sire, avez daigné pi’otéger constamment ; qui, en rendant dans vos vastes États tous les services qu'exigeaient d’elle le devoir et la l'econnais.sance, s’est par là-même acquis quelque éclat; qui peutêtre aurait encore été et serait aujourd’hui plus utile à vos sujets, si au lieu de la tenir dans des alarmes et des perplexités continuelles en inspirant aux peuples d’injustes défiances de son institut et de ses principes , on l’avait laissé jouir de cette paix, de cette considéiation qui encouragent les vertus et les talents , et dès lors impriment, dans le cœur des citoyens l’amour et la confiance.
Prosterné aux pieds de Votre Majesté, j’ose. Sire, la supplier de jeter un regard paternel sur nos infortunes et de nous continuer les secours de sa protection royale. Nous ne cesserons de répandre, en présence du Seigneur, nos vœux les plus ardents pour la conservation de sa personne sacrée , pour la prospérité de son auguste famille et la félicité de sou règne.
Je suis , etc.
Signé : Laurent Ricci.
Lettre du cardinal de Luynes au P, Salvat , procureur de la province de Toulouse, à Paris, t76t '.
A Versailles, ce vendredy.
Le travail du comité et du conseil se fait, mon révérend Père, sans noti'c participation, ce qui est très-fâcheux; je sçay, comme vous combien tout est important dans cette matière; je fais ce que je puis , selon ce qui m’est possible , je n’ay certainement rien à me reprocher : je suis charmé de ce que les déclarations de vos PP. de Bordeaux et de Poitiers
■ Celle lettre, qui a rapport à la Commission du conseil , nous l'iniéroDs ici, quoiqu'elle ii'apparticnue pas au manuscrit de M. de Flesselles. Elle est extraite des archives du Gesù k Rome.
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DOCUMENTS. CHAP. IV
seront envoyées telles que la commission royale les a demandées; votre position malgré tout cela est bien délicate, mon cher Père, jar les circonstances; quoique je jæiise <jue votre cause est bien Ismne an fond, priez l)eaucoup et avec ferveur ; et comptez sur mon zèle poui’ vous servir.
Le cardinal de Luvnes.
2° Sur le P. Le F orestier.
Le P. Mathurin Le Forestier,, ancien provincial de France , après avoir publiquement réprouvé YHixtoire du peuple de Dieu, du P. Berruyer (en I7.'i.v), aurait, dit-on, dans le moment fatal (17(it ou 17(12), fait faire sous main, une nouvelle édition de ce fameux ouvrage, au mépris de la condamnation qu’en avait portée le pape Clément XIII en 17.18. C’est celte nouvelle édition qui aurait provoqué la ceusuie que la Sorbonne pnl)lia en 1702 contre le P. Berruyer.
Cette narration, tirée des libelles de l’épcHjue , est erronée dans tous ses points; voici la vérité : t° L)e 1742 à 1702, il n’y a pas eu d’édition nouvelle et comi)lète de V Histoire du peuple de Dieu'. Il est vrai qu’en 17.13-17.1.1 avait paru la seconde partie de Bermyer, ou Y Histoire du .\nuveau Testament; mais, au mois d’octobre 17.13 , les supérieurs des maisons de Paris signaient une déclaration dans laijuelle ils protestaient hautement que cette publication avait été faite à leur insu et contre leur volonté. En 17.17 parut enfin la troisième partie ou Paraphrase des Actes des Apôtres, que Clément XIll condamna en 17.18. 2“ Dès 17.17, le P. Le Forestier avait quitté la France, et habitait la ville de Rome; et cependant les folliculaires jansénistes n’avaient cessé de répandre sur son compte les accusations les plus mensongères. Averti parle provincial de Paris , le père général répondît, a la date
< Du moins en (raiiçais; car une traduction italienne des deux premières parties fut imprimée i Venise, en 1766.
Affaires de frange.
du 5 août 1762 : « 11 ne faut rien croire de tout ce qu’on ilit , ou de tout ce qu’on écrit à Paris touchant Je P. Le Forestier t « qu’il n’aiu’ait pas souscrit de bonne foi à la déclaration pü- « bliée il y a plusieurs années par les supérieurs de Paris. » Interrogé dernièrement, le P. Le Forestier a assuré qu’il était prêt à affirmer par serment que sa première déclai'ation était conforme à la vérité, et de plus, qu’il n’avait rien fait pour répandre l’ouvrage publié alors'. » 3® Une autorité encore plus auguste vient ici proclamer l'innocence du P. Le Forestier. C’est Clément .XIII lui-même, dont les jésuites auraient foulé aux pieds les censures. Dans un bref adressé aux docteurs de Sorbonne , le zélé pontife les remercie des décrets qu’ils ont publiés contre plusieurs livres dangereux, entre auti'es , contre l’ouvrage de Berruyer ; puis il les avertit avec bonté que la censure contre ce dernier ouvrage était peu opportune ; «que ce livre avait été déjà condamné par Benoit XIV, son prédécesseui’, et par lui -même; et que depuis aloi-s il n’étâit plus défendu ni recommandé par personne. » 4® Enfin, le roman des 50 mille francs donnés à Bordelet est de l’invention de la fetùlle ecclésiastique janséniste^
I Voici te texte original latin de cette lettre extraite des Archiva du Gesù à Rome : a Quod Isthic dicitur ad creandam nobis inridiam , et Maturinum Germanum Le Foratier non bona flde snbscripsisae declaralioni olim Itaete a superioribus parisiensibus , nempe ediiionem Historice novi Tatamenti mis nec probantibus, nec consciis factam fuisse, non est credendnm ; pneaertim cum P. Le Forestier nu per de bac rc interrogatns , responderit sa cnm jnramento, si opus luerit, ronflrmatarum illud ipsnm quod oUm achl publico declaraxcrat, negaveritque se quidquam egisse, ut opus jam editum io vulgus spargeretur.
BOCDMENTS. CHAP. tv.
ACTES DES ÉVÉgtES DE ER.AKCE DANS LA CAL'SE DES
iÉSlTTES DE 1701 A 176o.
§ 1». -> Lettres des évéqacs au mi , au cliaucelier , etc. <.
Extrait de In lettre de Simon-Pierre de la Corée, évêque de Saintes, à M. le chancelier. (5 septemLre 1761)*.
Mo.NSEIG.\Em,
L’arrêt du parlement de Paris, qui vient d’être rendu contre les jésuites, cause dans nos pro\ inces une consternation
t On peut voir dans l'ourragc , cAap. iv, p. 106 et 140; et aux Pièces justificatives, n” I V, p. 510 , 617, è quelle source nous avons puisé ces lettres , documents d'uoe si haute importance dans la cause des jésuites, et documentf jusqu'à CO jour inédits et inconnus, dont on avait même révoqué l'existence en doute. [Histoire du pontificat de Clément XIV , par le R. P. Theiner , 1. 1, p. 4t.) Maintenant le doute n'est plus possible. Les copies authentiques de ces lettres que nous possédons dans le manuscrit de M. de Flesselles , rapporteur do la commission, ont été faites par son ordre sur les originaux eux-mêmes que le chancelier lui avait remis comme faisant partie du dossier de l'affaire des jésuites.
Ces lettres que les arrêts du parlement de Paris contre la société de l'institut de saint Ignace et surtout les fameux arrêts du 6 août 176t, avaient provoquées, commencent dès les premiers jours de septembre et se succèdent jusqu'au t*' décciiibre de la même année : elles ont principalement pour objet de défendre la doetrinc des jésuites contre les attaques des parlements, cl de recommander au roi ces religieux comme très-utiles à la religion et à l'État.
Parmi ces pièces, au nombre de 33, écrites par 19 évêques et par un vicairegénérat , quatre seulement ont déjà vu le jour. 1° Une lettre de Pierre de la Corée, évêque de Saintes; nous en donnons ici un court extrait; 1* deux lettres et mémoires de Jean de Caulet, évêque de Grenoble; l'on en citera aussi quelques passages; 3° une lettre de Félix-Henri de Fumet, évêque de Lodève, au chancelier; 4* une lettre de Joseph Vegnoli, évêque de Carpen- Iras. L'on donnera un extrait de cette pièce.
* Cette lettre a été imprimée vers 1810 dans une collection de lettres en faveur des jésuites (in-8*. Paris), nsec la lettre de l'évèque de Lodève au chancelier , celle de l'étéque de Carpentras et plusieurs autres adressées à différents personnages.
gt^tK^rale. Cfi n’est point par une prévention favorable pour ces pères : ils éprouvent partout de la jalousie; mais quand on réfléchit sim l’utilité dont ils sont pour l’éducation de la jeunesse, pour imprimer aux personnes de toutes conditions les grands principes de religion, dans les différentes congrér gâtions établies en leurs collèges; la ressource dont ils sont pour les communautés l eligieuses, pai' les retraites et les instructions particulières ; les secours continuels qu’ils donnent dans les campagnes les plus abandonnées pai' les missions, où ils se livrent avec zèle sous l’autorité des premiers pasteurs ; on voit aisément (pie le coup mortel qu’on vient de leur porter va détruire tant de bonnes oeuvres, et les anéantir insensiblement...
Lettre de Jean de Caulet, évêque de Grenoble, au chancelier.
(13 septembre 1761.)
Mo.nseigneüb,
L’affaire qui fait l’objet de la lettre dont j’ai l’honneur de vous adresser une copie est si importante que je me crois autorisé à avoir l’honneur de mettre sous vos yeux les réflexions qu’elle renferme. C’est d’un esprit tranquille et impartial que part cette lettre, elle peut mériter à ce titre (pielque attention. Je serai infiniment flatté de celle que vous voudrez bien y donner.
Je suis, etc.
Siqné : J. Évéqüe de Grenoble.
Extraits des réflexions proposées au chancelier par l’éoêque de Grenoble',
... Je ne saurais. Monseigneur, être accusé d’aucune partialité pour les pères jésuites; je n’ai eu avec eux , dans nulle
* Ces réfleiioni que l’éTiqne de Grenoble présente au chancelier, et qnl dans le manuicrit remplissent plus de S4 pages in-ts, ne sont que la repre-
S0CUVENT8. CHAF. HT.
époque de ma vie , aucune de ces liaisons que l’on regarde comme particulières. Je me fais honneur d’avoir été élevé ihins l’université de Paris; c’est dans son sein que j’ai puisé ee grand principe d’administration que , si on viole à l’égard du moindre des citoyens les règles essentielles de l’équité naturelle, tous les autres citoyens, sons exception, doivent être dans la commotion et dans l’effroi par Injuste appréhension d’un traitement égal. J’y ai plus d’une fois entendu répéter que nous apprenons de la droite raison, comme de l’Esprit-Saint , que d’avoir un poids et un poids est la plus dangereuse de toutes les injustices. Or, fut-il de règle, qiii soit regemlée dans toutes les nations policées comme devant être plus inviolable que celle qui nous avertit de ne pas condamner un homme pour des faiites d’autrui. Le plan de confondre et d’identifler les sentiments des jésuites d’à présent avec ceux d’mi nombre d’auteurs dont les noms sont aujourd’hui à peine connus , et dont les ouvrages ne tiennent plus de place que dans les bibliothèques où l’on prend à tâche de tout réunir, et ou ils sont si peu lus qu’on les distingue de tous les autres par la poussière qui les couvre; ce plan, dis-je, est d’autant plus redoutable, pour chacun des citoyens, qu’étant mis en pratique coiiune il l’a été dans cette occasion, il n’est aucun de nous qui ne doive appréhender à raison d’un 81 quelconque qui le liera avec quelque homme pervers , de subir le dernier supplice. Éteindre un corps autorisé dans l’État , c’est un traitement encore plus extrême que de faire périrunhomme sur l’échafaud. — Or s’il est constant que tout homme non prouvé coupable, a droit à la vie; j’estime que tout corps quia été seulement toléré par une longue possession de son état, mérite de continuer à y subsister, à moins que la
duction parüelled’un Mémoire pluü étendu adressé par le même étéque i rnrtheTéque de Toulouse, Arthur Dlllon. Cette pièce a été imprimée sous le titre de Lettit de Mouseigneur l’évoque de à Monseigneur t’archevéque de I TOl. ûi-lï de Ï20 pages; Avignon, 1761.— L'on eu a d^jà cité un passage dans l'ouvrage au chap. ir, p. 106.
pluialité (le ses membres ne soit duement el légalement atteinte et convaincue de pi-évarication ; je dis la pluralité, pai'ce que s’il n’y en avait (pi’un petit nombre, le vice devrait être regardé comme personnel, et dès lors puni sur les seuls individus qui seraient trouvés coupables.
... Je ne m’accoutume point à voir établir un principe de destruction pour s’autoriser à agir contre celui r^ue l’on vent anéantir, dans le moment même que l’application de ce même principe v is-à-vis de tout autre qui serait à peu pi’ès dans le même cas, mais que l’on veut épargner, est sensiblement révoltant. Ce qui m’épouvante dans cette forme de procéder, c’est qu’elle ne respire que l’arbitraire, qui est le plus terrible des Uéaux de l’humanité.
En elfet , si mon concitoyen a été condamné sans être entendu, pour la faute d’autrui; quelle certitude ai-je d’échapper à cette fatalité? La sûreté de tous les individus qui composent un État consiste dans l’observation des règles visà-vis de chacun d’eux sans nulle exception. Si je vois ces règles méprisées, violées, vis-à-vis d’un de mes pareils, je me crois exposé A tons les instants à une égale infortune. Le moment de ma catastrophe est diCTéré, mais le fer est suspendu sur ma tête, ma vie n’est rju’un tourment prolongé.
Je ne traiterai point la question de savoir s’il est possible de réparer, sans se jeter dans des inconvénients de toutes les espèces , le vuide des collèges régis par les jésuites. L’impossibilité morale de le faire est un point qui paraîtra démontré à toute personne (pii voudra bien jeter les yeux sur tout ce qui doit entrer nécessairement dans la composition d’un pareil établissement pour être de queltpie utilité au public. Ceux ([ui voient possible le changement projeté dans l’espace de six mois , ne consultent qne ce que la chaleur de leur imagination leui' présente , et ils n’apprécient en aucune façon les inconvénients inséparables d’une nouveauté d’une pareille espèce.
Je me renferme dans un seul objet; c’est ce que j’ai appris
DOaTfEXTS. CHAP. IV.
par expérience. Ce devrait être à cette règle que l’on s’en rapportât. Depuis plus de cinquante ans que j’ai eu part, ou en partie , ou seul , au gouvernement de trois grands diocèses, j’ai connu très-particulièrement la conduite que les jésuites tiennent. Elle m’a toujours paru irréprochable. J’ai employé dans les fonctions du ministère plus, peut-être, de .3 tOO jésuites. Il n’en est aucun qui ne se soit aapiitté , sons mes yeux , de tous ses devoirs d’une manière au moins égale en bonté à celle de tous les autres religieux qui les remplissaient le mieux.
De ce qui me parait d’autant plus fort, que tout y est de ma connaissance, j’en conclus qu’une des plus grandes plaies que l’Église de France recevra, vme véritable plaie, si on interrompt les services qu’elle retire de ces religieux. A les juger le plus sévèrement, leur société est comme toüs les établissements humains. Tout peut n’y être pas parfait; mais ft les prendre dans leur ensemble , il y a plus à louer qu’à blâmer.
On fait un bruit étonnant de la mauvaise doctrine des jésuites. Mais que l’on interroge tous ceux qui ont été élevés chez eux , tous ceux qui , après être entrés parmi eux, en sont sortis pour raison d’intirmité, ou pour tout autre motif. Le nombre en est assurément bien grand , et nous verrons s’il en est aucun qui nous dise avec assurance que l’on lui ait inspiré les sentiments pernicieux et exécrables que l’on impute à ces religieux. Or, qu’est-ce cpi’ime doctrine qui ne se manifeste nulle part, et rpi’aucun de ceux à qui on l’attribue, n’a jamais laissé entendre êti’e la sienne ? C’est là ime forme si nouvelle d’enseignement, que de cela seul j’en in 1ère naturellement la pleine justification des jésuites. L’Écriture m’a appris que je dois reconnaître Yarbre au fruit qu’ü porte.
... La lettre manusaite se termine ainsi ; a Si je réclame les principes de l’équité naturelle en faveur des jésuites, je ne prétends pas qu’ils soient les seuls qui en retirent le bénéfice. Je veux que ceux qui sont dans le même cas (et comme on