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CHAPITRE IX

SITPRESSION. — TABLEAU DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. — VISITE DE MALYEZZI. — INTIMATION DU BREF; PROCES DE RICU.

TABLEAU DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS ET DE SES TRAVAUX AU MOMENT DE SON EXTINCTION *.

La compagnie de Jésus, confirmée en 1540 par Paul III, comptait 233 années d’existence , lorsqu’elle fut supprimée en 1 773 par Clément XIV. Dès son origine , elle s’était répandue rapidement dans toutes les parties de l’univers, et n’avait cessé de prendre de nouveaux accroissements jusqu’au milieu du xviii* siècle. Ce fut alors, comme nous l’avons raconté ailleurs, qu’au signal donné en quelque sorte par Pombal, la société, chassée de Portugal en 1738 , se vit successivement expulsée de la plupart des États catholiques. Mais, de tous les désastreux effets qui suirirent ces expulsions, l’im des plus funestes fut la ruine presque totale des missions lointaines que les enfants d’Ignace avaient fondées au prix d« longs et pénibles travaux, et souvent cimentées de leur sang. Toutefois , jusqu’au moment suprême de l’extinction totale , quelques pères , apôtres dévoués , s’efforcèrent , réunis ou isolés, de continuer, malgré tous les obstacles, la grande

' Voir dans l’ouTrage, chap. ix, p. 357 ; et aux pièces juitificulives, n® xv, p. 557.

DOCüMENtS. CHAP. Ul.

œuvre des François Xavier, des Pierre Claver et des Alexandre de Rhodes. En Europe aussi , partout où on les laissa libres de travailler, les disciples de l’institut poursuivirent avec une ardeur non interrompue le cours de leurs travaux apostoliques. 11 convient de jeter ici un dernier regard sur ce qu’avait fait, et ce que faisait encore la compagnie de Jésus pendant les années orageuses qui précédèrent sa suppression définitive.

Déjà les missions, autrefois si belles, si nombreuses dans les colonies espagnoles et portugaises, n’existaient plus; les derniers apMres de ces contrées malheureustis languissaient ou dans les cachots de Pombal, ou sur la terre d’exil, également loin, pour la plupart, de lem’ patrie et de la région étrangère qu’ils avaient cultivée avec tant de fatigues et de bonheur. Toutefois , dans l’.àmérique du nord , au Canada , depuis peu domaine de la protestante Angleterre, les restes des hommes apostoliques venus flu royaume très-chrétien en ces terres lointaines, sans espoir désormais de successeurs, travaillaient encore , luttant vainement conti’e la mort qui devait les dévorer l’un après l’auti'e.

En Asie , la destruction , opérée de même au sein des colonies françaises et portugaises , allait entraîner la ruine de plusieurs missions dirigées par des pères de la compagnie do Jésus, et qui avaient dans ces colonies leur point de déjrart et leur appui. Ainsi les missions du Thibel et du Mogol étaient entretenues de missioimaires par les ji'suites portugais de Goa; celles du Bengale, par les pères portugais du Malabar et parles jésuites français de Pondichéry et du Carnate. Les missions d'Arménie , de Perse et des bords de la mer Caspienne étaient desservii“s par les jésuites de Constantinople.

Il en était à peu près de même à l’autre extrémité de l’Asie, au Tong-King,cnCocliinchinc, dans les royaumes de Siam, de Pégu, à Malnca, dans le Camlxxlge, où les missionnaires portugais venus de Goa ou de Macao avaient travaillé jus<iue- là à étendre le royaume de Jésus-Clirist parmi les infidèles.

TRAVAUX UE LA CuMPAONIB UE JÉSUS. 383

Faudra-t-il donc renoncer à ces œuvi-es autrefois si fécondes en fruits de salut pour des milliei'S d’idolAti'es et de barbares ?

Les parlements de France et la volonté despotique de Pomba! , il est vrai , en expulsanfles jésuites de la métropole, en les arrachant aux établissements des colonies , ont porté un coup mortel à ces missions lointaines , qui ne subsistaient guère que des subventions des princes catholiques de l’Europe et par les soins des jésuites.

Cependant ces hommes apostoliques ne se laissèrent point altattre par ces cruels revers. Ils puisèrent dans leur zèle una nouvelle ardeur et de nouvelles l'essoiirces ; et, s’il ne leur fut pas donné , dans ces heiux« d’agonie , d’égaler les travaux et les succès de leurs préd('*cessein-s, ils surent du moins mourir comme eux, en combattant pour la gloire du Soigneur.

Plusieurs des anciens missionnaires avaient échappé aux satellites de Pombal : ces contrées Ijarbares étaient devenues pour eux plus hospitalières que la patrie. Aidés par d’auti-es ouvriei’s évangéliques, qui purent encore leur envoyer leurs frères d'Europe , ils reprirent ou continuèrent le travail do Ui conversion et de la sanctification des peuples de l’Asie. IFaprès les catalogues de la compagnie de Jésus de cette éptnpie ( I76i-I773) , nous voyons des pères allemands, italiens , français , unis aux missionnaires portugais que la fureur de Carvalho n’avait pu atteindre ; et tous ensemble se dévouant jusqu’à la mort au salut des âmes dans les Indes, au Tong-Ring, à la Cochinchine et jusqu’aux extrémités de l’hémisphère oriental.

Parmi ces héros de la foi et de la charité , nous signalerons le P. Nuntius de Horta; dans ces années de détresse il passa tle nouveau la mer pour retourner en Cochinchine auprès de ses chers néophytes. Plusieurs fois prisonnier pour la cause de Jésus-Christ, plusieurs fois il eut occasion de confesser le nom du Dieu sauveur. En 1768, il continuait son apostolat au milieu des persécutions et des embûches. Dans la même mission, le P. Lourehn, Portugais, avait pu conserver son

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poste de mathématicien et de médecin du roi de Cochinchine ; plus que tout autre il contribua alors à la conservation de cette Église désolée. Comme mathématicien, il avait succédé au savant P. Simonelli , itaüen ' et comme médecin il remplaçait le P. J. Ktefler, jésuite allemand qui languissait alors dans les cachots du Portugal. Vers la même ép(Hpie, en tTIS, à la veille de la destruction totale, un jésuite italien donnait ime nouvelle preuve que l’espiit de zélé et de dévouement apostolique vivait encore, et vécut jus<|u’à la dernière heure, dans le cœur des enfants d’Ignace. Ce religieux, encore jeune et appartenant h une des plus nobles familles d’Italie *, s’appelait Alexandre-Pompée Castiglioni. Le 9 décembre , il écrivait à la manjuise Castiglioni , sa tante , une lettre d’adieux, où se peignent les sentiments qui animaient le généreux missionnaire : aTrés-chére dame et tante, ne vous avais-je pas dit dans la dernière visite que je vous ai faite à Milan, au mois d’août passé, que vous ne me reverriez plus en ce monde t Voici l’accomplissement de cette parole. Je vais , je cours plein d’empressement et de joie , m’embarquer poui- le Tong- King , dans les Indes orientales , à plus de 7,000 lieues d’ici , pour chercher à gagner à Jésus-Christ les Ames de cos pauvres idolâtres; ou du moins pour donner ma vie, selon la parole du Sauveiu : Celui qui fierdra sa vie pour moi, la gardera/jour la vie éternelle; et plaise à Dieu que mes péchés ne me rendent pas indigne d’une si belle grâce 1... »

( Coll. V. G.)

Nous poimions citer plusieurs exemples de la même magnanimité chrétienne et apostolique dans les différentes parties de rinde, spécialement au fond du Caruate, du Maduré et du Maissour. Quelques héritiers du z<de de saint François

< Le P. Castiglioni était proche parent du cardinal Valenti Gontagn; né le 11 décembre 1736, il était entré dans ta compagmie en 1 758.— D'aprèa le Compendia istnrico del/' etpulsione de' Uesuili di Porlogallo, p. 405, II parait que le P. Castiglioni ainsi que le P. Candia, autre jésuite italien , étaient morts au Tong-King avant l'année 1778.

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