‹ Clement 13. et Clement 14Chapitre 57 sur 89 · TRAVAUX 1)E LA COMPAGNIE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

TRAVAUX 1)E LA COMPAGNIE DE JÉSUS

Lellre du cardinal Christophe Migazzi ^ aixheoè<pte de Vienne) d Sa Sainteté le pajje Clément XI V.

Thès-saint-père, ,

♦ Ifc» •

Aussitôt que je reçus le bref par lequel Votre Sainteté atiolit la société de Jésus, je compris qu’en même temps que je devais me disposer à exécuter les ordres de Votre Sainteté, je ne devais pas négliger de pourvoir au bien du ti’oupenu que le Seigneur m’a confié. Car les membres de l’ordre éieint n’ayant cessé , tant qu’il existait encore, de produire les fruits les plus grands et les plus salutaires dans cette ville impériale et dans tout mou diocèse, j’ai senti qu’il était de mon devoir de faire tous mes efforts pour ne point Ijùsser périr d’un même coup avex les membres de cette société des biens si précieux. Us les avaient obtenus dans les prédications au peuple , dans les congrégations pieuses , dans l’explication du catéchisme, dans les missions, dans l’assistance pleine de zèle et de ferveur auprès des infirmes et des moribonds, enfin dans les œuvres d’une cbaiité ardente, dans les travaux pénibles et tüiyours couronnés d’un succès merveilleux , au moyen desquels les membres de la compagnie éteinte ramenaient dans le bercail de Jésus-Chi'ist les brebis égarées et infectées des erreurs perverses de Luther, de Calvin, d’Arius, de» anal)aptiste5 et des Grecs schismatiques. Et pour tout dire en peu de mots, ces mêmes membres se sont toujours montrés •

tels en toutes les œuvres propres à exciter la piété et l’esprit religieux dans les enfants , dans les jeunes gens , dans les adultes , et dans les pei-sonnes plus avancées en âge et déjà courbées vers la tombe : ils se sont aussi concilié, non par accident ou par quelque caprice populaire, mais par leur vertu, par leurs travaux et par leurs sueurs, la vénération et la confiance des personnes de tout rang et de tous les ordres de l’iitat. Cette estime constante et universelle , qui

DOCCMENTS. CUAP. IX.

est une preuve irréfragable d’un mérite non douteux, chacun peut comprendre aisément combien il sera difficile de l’arracher du cœur des fidèles, et <[u’on n’y parviendra ([u’après bien du temps. T,ar la plus grande partie du peuple et des pci-sonnes les* plus considérables se reposaient tranquillement sur ces religieux, en leur confiant leurs consciences : la fréijuentation des sacrements et le concours dans leurs églises, pour toaites sortes de cérémonies sacrées, étaient tels qu’il ne restait rien à désirer.

C’est pourquoi , sans tpie je m’étende davantage , Votm Sainteté comprendra aisément par elle-même , avec sa pixifonde sagesst', à quels mouvements, à quelles plaintes je devais m'attendre, ijuand le bref pontifical eut été notifié à cette capitale , et que je me fus mis en devoir de le publier. Telle fut'en effet la jiosition, l’angoisse , l’agitation des esprits et des consciences, qu’il ne semble pas possible de rien imaginer au delà. Cependant les membres de la compagnie donnèrent de si beaux exemples de modération et d’obéissance , qu’ils méritèrent l’admiration de tout le monde, de ceux mêmes qui auparavant leur étaient le moins affectionnés. Aussi, à les voir supporter avec tant de force et de grandeiu d’âme une telle calamité, un revers de fortune si déplorable, pei-sonne ne put douter tpie, ce ne frtt là l’effet d’une vertu parfaite, d’une vertu consommée. Tandis (jue ces événements et beaucoup d’autres s’offraient à mes yeux , je vis que le seul parti qui me restait à prendre pour apaiser en (juelquc manière les esprits bouleversés et les consciences agitées, c’était d’oidonner que les prêtres , qui dans la exnnpagnie étaient les ministres les plus accrévlités de Jésus-Christ et les dispensateurs les plus zélés des divins mystères , passa.ssent sans délai à l’état de clergé séculier ; et que , abandonnant les maisons et les collèges des jésuites, ils reprissent de nouveau ces fonctions sacrées, aux(pielles je les jugeais les plus capables et dans lesquelles j’étais contraint par la nécessité de les employer.

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Je i'us bientM fortifié par l’espi'rancc que rette mesul'e ii’était pas l’objet d’une prudence humaine, mais qu’elle m’avait été dictée d’en haut par le Pèir des lumières. Car encore que la douleur amère dans laquelle cette capitale fut plonf^éepar la ruine de la compagnie, n’ait pas été guérie par cette mesure (et elle ne le sera certainement pas de si tét), toutefois elle s’est un peu calmée quand les citoyens et les autres ordres virent qu’ils pourraient recourir aux membres de la coliipagnie, même après sa suppression, et se prévaloir de ceux qui, tandis que la compagnie existait encore, avaient si bien mérité de l’Église par les actions les plus glorieuses.

Une semblable mesure fut certainement opportune et convenable pour arrêter à leur source les calamih-s dont nous étions menacés , et pour écarter des malheurs imminents. Mais dans le com’t intervalle qui a suivi la publication du bref, j’ai trouvé que Jeux des prescriptions principales (ju’il renferme me causent beaucoup d’embarras; et si je n’obtiens pas de Votre Sainteté la permission de les interpréter d’après ma manière de voir, conformément aux exigences actuelles , je crains que le salut des âmes et l’intérêt public de cette ville ne viennent à en souffrir beaucoup.

La première de ces prescriptions est celle-ci : « Les profès et ceux qui sont déjà élevés au sacerdoce, et qui, dans la crainte de n’avoir pas de quoi vivre honnêtement, soit par le défaut ou la modicité de leur pension , soit par l’embai’ias de SC procurer une retraite, ou qui, à cause de leur grand àgo et de leurs infirmités, ou par quelque outre motif juste et raisonnable, ne jugeront point à propos de quitter les maisons ou collèges de la société, ceux-là auront la liberté d’y demeurer, à condition qu’il leur soit pour toujours interdit de prêcher et d’administrer le sacrement de pénitence aux personnes du dehors. » Très-saint-père , une partie de ceux qui , soit dans la crainte de n’avoir pas de quoi vivre honnêtement, soit à raison le leur mauvaise sanié, soit enfin pour d'autres

DOCUMENTS. CHAI'. IX

motifs, sont demeiués dans les maisons et dans les collèges qui auparavant appartenaient ü la compagnie , remplissaient, au grand avantage de la religion , l’office de confesseurs et de conseillers fidèles auprès des citoyens et des personnes du plus haut rang; ils présidaient dans leurs églises à des œuvres diveises destinées à ranimer la piété et l’esprit religieux. Maintenant , si Votre Sainteté ne me permet yias de les employer dans les mêmes fonctions sacrées , alors même qu’ils hahitent le même collège et la même maison, je me verrai privé d’ouv riers du plus grand mérite sans avoir personne pour les remplacer, et il ne me restera (ju’à gémir et à me plaindre d’avoir si peu d’ouvriers, quand la moisson est si alK)ndante. Je ne cesse , il est vrai , de prier lé Maître de la moisson ; mais encore il faut bien du temps et bien des secours pour (jue les successeurs prcKluisent le môme fruit que cæux qui les ont précédés. Et alors même que , par un bienfait signalé et vraiment extraordinaire du Dieu de inist'ricorde , l’ordre actuel des choses humaines ne serait pas liouleversé, il est impossilde ([u’en si peu de temps les nouveaux ouvriers qui sucoéderont aux anciens soutiennent ces œuvrts si nombreuses, par lesiiuelles, ainsi que tout le monde le sait, la compagnie de Jésus , pourvue de moyens innombrables, par un exercice et une expérience de plusieurs siècles, est parvenue à cet état où elle était dernièrement au miüeu de nous. Bien plus, pour l’éducation de Ja jeunesse, dans les c.olléges, il faut encore choisir coux (jui en étaient chargés aiqmravant ; et iwurcela il faut rappeler ceux qui ont été dispersés, il faut les faire rentrer dans les maisons d’où on les avait contraints de partir. Or, comme il est d’usage ici que de U>ls maîtres soient déjà pi-êtres, il serait difficile et pi'mible pour eux , et pfjur moi , ainsi' que pour tous, il serait fort gênant, que ces maîtres dussent s’abstenir d’écouter les confessions et de prêcher au peuple , lorsqu’ils seraient destinés à cet emploi , non point par leur propre choix , mais par l’ordre du supérieur.

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