TRAVAUX DE LA COJCFAGMB DE JÉSUS
renouveler l’agitation du peuple qui s’était déjà un peu apaisée; et la blessure, qui déjà commençait à se fermer, s’est rouverte plus que jamais.
A quelles funestes conséquences ne s’exposerait-on pas si l’on resserrait dans des limites si étroites la lil>erté accordée par le bref? Et pour moi, que d'emlxirras dans mon administration pastorale, pour moi qui me trouve situé si loin de Home? Personne ne peut le comprendre mieux que Votre Sainteté. Cai- combien de fois n’est-il pas nécessaire de délibérer sur (juelque point, et de pourvoir aux nécessités spirituelles du prochain sans le moindre délai ! Quel remords de conscience, quelles angoisses et quels regrets pour les âmes nouvellement conquises à la foi, et quel triomphe pour les ennemis de la religion, si l’on rendait suspectes la doctrine et les qualités de chacun des membres de l’ordre supprimé! De telles médisances seraient injustes sans doute, mais elles seraient plus que sutlisanles pour causer de grands maux à la rehgion.
J’ai montré plus d’une fois et par les preuves les plus évidentes quelle est ma vénération pour le saint-siège , et particuliérement p)ur Votre Sainteté; mais 1e bien ilu troupeau qui m’est confié et ma conscience exigent que j’expose librement à Votre Sainteté ce que je no pourrais taire sans me rendre gravement coupable. Si j’écris , si j’agis, si je prie de la sorte , ce n’est pas ([ue mon clergé et les membres des autres onlres réguliers no travaillent point à la vigne ilu Seigneur ; si telle était ma pensée , je serais injuste et je leur ferais un outrage manifeste. La seule chose tjue je prétends et (jue j’affirme, r’est que mon clergé n’est pas en nombre suffisant; et les religieux des autres ordres, occupés à des soins multipliés et divers, conformément à leur institut , ne peuvent combler le vide que l’on ferait en rejetant les membres de la compagnie supprimée. Maintenant, si tel est l’état des choses dans cette capitale, cpie ne devra-t-on pas dire de la Hongrie? Tout le royaume apostolique était ense-
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veli dans la solitude et dans la di^solation, tant il avait été cruellement déchiré par les ennemis de l’Église , et accablé par l’hérésie ; les prêtres et tous les ordres religieux y avaient été chassés ignominieusement de leurs postes, quand la compagnie de Jésus vint heureusement au secours de ce malheureux pays, et qu’elle y promulgua et y répandit de nouveau la vraie foi. .\ussi la compagnie a été jusqu’à ce jour entoul'ée dans ses travaux évangéliques de tant de gloire et de vénération, que seule elle a pu suppléer d’une manière admirable au petit nombre des autres ouvriers.
Très-saint-père, ce n’est point un esprit de parti qui m’emporte; ma charge pastorale absorbe toutes mes pensées et tous mes soins. Je n’ai jamais craint que la compagnie, quand elle existait encore , opposât jamais à mes droits la force de ses privilèges. Je ne l’ai point abandonnée dans sa ruine , et dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, je me suis toujours ■pi’évalu de ses seiTices; car j’estimais autant que je connaissais les précieux avantages qui résultaient de ses œuvres pour le peuple chrétien.
Tels sont les motifs si graves et si justes qui m’obligent à me jeter aux pieils de Votre SainteUi pour implorer aide et w'coui’s. (Coll. V. G.)