‹ Clement 13. et Clement 14Chapitre 61 sur 89 · VISITE DES JÉSUITES DE BOLOONE · texte numérisé non relu

VISITE DES JÉSUITES DE BOLOONE

les chanoines. Le recteur, voyant tout cet appareil, crut avec raison qu'on voulait en venir à quelque acte juridique, comme s’il avait eu le bref entre les mains. En conséquence , il protesta de la nullité de tout ce que l’on ferait. Le cardinal alors intima au recteur qu’il eût à licencier les jeunes gens dans les 24 heures, ou bien qu’il le déposerait. Le recteur répondit qu’on lui ferait grand plaisir en le déposant; mais que pour renvoyer les jeunes gens, il ne le pouvait en conscience, et il recommença à dire les choses déjà citées. Le cardinal, de son côté , continua à le menacer avec force , et enfin le congédia. Ensuite il fit venir près de lui le P. Agosti, naguère son théologien, et lui ordonna de prendre la charge de recteur; le père s’excusa, disant qu'il ne le pouvait en conscience.

L’affaire en resta là; mais, le lendemain matin, le P. Belgrado, pour la décharge de sa conscience, envoya au cardinal la lettre suivante : « Le recteur de Sainte-Lucie, humblement prosterné aux pieds de Votre Éminence, se dispose à lui communiquer les résolutions inébranlables qu’il a prises, puis(|Uft Votre Éminence a ordonné hier de les faire connaître dans le terme de vingt-quatre heures. Il sait et il comprend qu’elles ne seront point conformes aux désirs de Votre Éminence; qu’il doit,. par conséquent, encoiu'ir sa disgiAce, et se priver des effets de cette clémence et de cette bonté auxquelles cependant lui et ses subordonnés attachent tant de prix. Mais, dans une affaire où il s’agit de dispenser des vœux, de dépouiller des religieux de leur habit, de les renvoyer dans le siècle sans signification du bref original , .sans motifs , sans connaissance de cause , sans aucune indication des individus qu’on voudrait faire sortir , le recteur a jugé dtt son devoir de se faire violence , eu sacrifiant les bonnes grâces de Votre Éminence , plutôt que de sacrifier sa propre conscience et son propre salut avec la conscience et le salut d’autrui. Il est donc forcé de lui dire qu’il ne peut, en aucune façon, lui complaire dans ce qu’elle lui demande. Que Votre Éminence reçoive dans ces mots la véritable expression de ses sentiments , sans

DOOCJfENTS. CHAf. IT.

y ajouter une injonrtion nomellp, qui ne servirait qu’à ajouter une peine pour elle, et de la douleur pour le recteur de Sainte-Lucie. Quoitpi’il soupire ardemment aprùs le terme de son gouvernement, il doit toutefois faire observer que Son Éminence, no produisant pas les titres authentiques pour faire reconnaitre en elle le pouvoir de déposer un supérieur légitimement établi , de même le recteur de Sainte-Lucie ne peut se reconnaître dé-posé par elle. Ses légitimes supérieurs l’ont placé «lans ce poste, et Votre Éminence, pour le déposer, devrait daigner montrer les pouvoirs en vertu desquels elle agit et délie les sulwrdonnés du recteur de l'obéissance qu’ils lui doivent. Voilà ce qu’il déclare à Votre Éminence# en baisant sa pourpre sacrée , etc.

« Sainte-Lucie, 4 juin 1773. »

Ce fut la dernière lettre que le P. Belgrade écrivit et envoya au cardinal; je l’ai transcrite, ainsi que les précédentes , soit celles du canlinal, soit celles du recteur, sur une copie authentirpie , légalisée par le notaire public. Et, pour constater cette assertion, on peut lire la protestation suivante, écrite de la main môme du P; Belgrado. a Je, soussigné, affirme et proteste avec serment , s’il est nécessaire , que les pièces, billets et letti-es ci-annexés, sont les seuls véritables et légitimes écrits sortis de ma plume et adressés à Sa Sainteté et à Son Éminence. Tout autre écrit injurieux à Sa Sainteté ou à Son Éminence est faux, illégitime, supposé, et émané de quelque plume ennemie et calomniatrice de la réputation d’autrui.

t Modène, 2 juillet 1773.

a Jacques Beloraso, de la compagnie de Jésus. »

Le cardinal ne fit aucune réponse à la dernière lettre du recteur, et l’on demeura toute cette journée dans l’incertitude. Le lendemain , vers neuf heures, mie troupe de quinze soldats, appartenant à la milice urbaine, se présenta à la porte du collège. Deux d’entre eux se rendirent à la chambre du recteur ; un oiiicier y entra et lui fit de longs discours. Deux

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