VISITE UES JÉSUITES DE BOLOOHE
heures après, plusieurs membres de la cour de l’archevéché arrivèrent , et intimèrent au recteur l’on Ire de les suivre. On le lit monter dans une voiture , escortée des soldats , qui le conduisit aux prisons de rorchevéché, où il fut enfermé dans une chambre. On l’en tira cinq ou sLx heures après, pour le bannir des États du pape. 11 se retira à Modène.
Le recteur à peine parti , le vicaire général fit assembler dans une chapelle les jeimes élèves de rhétorique et de philosophie. Ce qui s’y passa est rapporté dans une lettre de Francesco Fabris , l’un de ces jeunes gens. « Nous ne voulûmes entrer à la chapelle, écrit-il , qu’après avoir obtenu à grand’peine que nous y amèuerions avec nous nos h^moins. On ferma la porte, et on y mit des gardes. Le vicaire et le chancelier, assis pro iribunali, firent lire un discours par le notaire. En vérité , la chose me fit rire. Partie eu lisant , partie^ en discourant, d’après une feuille divisée en colonnes, et toute raturée , sans apparence de légalité aucune , on nous intima l’ordre de Son Éminence, en vertu des pouvoirs reçus par elle de Sa Sainteté , de sortir de la compagnie : nous défendant, sous les peines canoniques, de jamais y rentrer. Puis on demanda, à chacun en particulier, si nous acceptions la sommation. A cette question , l’un de nous tira un papier qui contenait une protestation souscrite par chacun, et il dit que nous ne pouvions obéir en consciénee à Son Éminence, si l’on ne nous montrait le bref*. J’étais le premier en rang, et je
* La protcatation était conçae en ces termes : « A l'intimation qui nous a été laite au nom du très-éminent et très-révérend seigneur cardinal archevêque de Bologne , comme visiteur apostolique, d'avoir à nous dépouiller de l'habit religieux de la compagnie do Jésus, à laquelle et à Dieu nous sommes liés par des vœux religieux , nous protestons que nous sommes prêts à obéir aiissilêt que le très-éminent et très-révérend seigneur cardinal arohevéque daignera tranquilliser notre conscience, touchant son autorité et son pouvoir en nous communiquant, pour une mûre délibération de notre part, l'original du rescrit pontifical qui ordonne la visite et qui doit nous forcer, malgré notre désir contraire et notre intention , non-seulement à quitter l'habit susdit et è abandonner notre profession religieuse , mais encore à quitter l'endroit où nous avons été placés par nos supérieurs. Mais jusqn’à ce que notre conscience soit tranquilliséo de ce côté, nous sommes persua-
SOCl'HENTS. CHAP. IX.
répondis : Mes sentiments se trouvent exprimés dans cette feuille. Après moi , tous les autres en dirent autant ; et le vicaire lut la protestation. Je ne saurais décrire l’attitude de tous CÆS personnages , en voyant que nous nous étions prémunis de cette manière contre ce coup que nous avions prévu. Le vicaire nous exhorta à obéir; car, dit-il, soyei certains que vous ne veirez jamais le bref. Je repris alors : Que Son Éminence soit j>er8uadée aussi que nous n’obéirons qu’après l’avoir vu. Alors il nous dit que nous serions conduits hors de Sainte-Lucie, et mis, en attendant, en lieu sûr. Nous, nous répondîmes : Nous sommes prêts. Nous mimes nos chaussures, m>s scolastiques et nos chapeaux; nous primes une chemise; et au milieu des applaudissements affectueux des séculiers, nous montâmes dans les voilures du cardinal, dont chacime était escortée par deux soldats. Il y avait une grande foule de monde autour de la maison et tout le long de la rue, jusqu’à la tour des Asinelli. Tous nous regardaient comme une sorte de pompe triomphale , et nous plaignaient. Nous fûmes conduits à Casa\alta, villa appartenant au séminaire archiépiscoped, et à peu de distance de Bologne, n
Le cardinal envoya dans cette maison quelques religieux d’un autre ordre, afin ipi’ils cherchassent, par tous les moyéns, à exciter ces jeûnes gens à apostasier de leur propre volonté. 11 désirait beaucoup qu’au moins un d’entre eux demandât de lui-même son renvoi , voulant cacher ainsi la violence qui leur avait été faite. Mais il n’eut ni ne put avoir cette consolation. Tous demeurèrent fermes , et résisU-rent à toutes les promesses et à tontes les menaces. Désespérant donc de les vaincre, il leur fit ôter l’habit par des soldats, et en renvoya sept d’entre eux en costume d’abbés dans les pix>- • «.
«lé» que Son Éminence elle-même trouTera juste noire protestation. Nous la faisons avec la plus grande humilité cl rénéralion , déclarant ne pouvoir autrement obéir aux susdits ordres. Ainsi l’exige de noua la puis,aance inviolable de no» vœux. » (Suivent les noms.)