EXÉCUTION DU BREF. — SOUMISSION DES JÉSUITES. — JÉSUITES DE RUSSIE
Lettre du duc d' Aiguillon au cardinal de Bemis.
Versailles , ce 23 novembre 1?73.
J’ai reçu la lettre, sans numéro, que Voire Éminence m’a fait l’honneur de m’écrire le 3 de ce mois, à Imjuelle était jointe h liste des ex-jésuites, tant français que coi-ses, qui se sont tiouvés dans les États du pape lors de la publication du bref qui a supprimé la société. Le roi , à qui j’ai rendu compte de ce que Votre Éminence me mande à cet éganl, est disposé à leur luMorder des pensions pour leur subsistance ; mais avant que de se décider sur ce point, il veut savoir si Sa Sainteté n’y a pas pourvu de son côté, ou si elle a pris quelques mesures tiour cet effet. J’attendrai l’éclaii'cisseinent que V'otre Éminence me donnera sur cet objet a\ ant que de faire passer à M. le duc de La Vrilliére la liste qui était jointe à la lettre de Votre Éminence. Au reste le roi consentira d’autant plus volontiers que les ex-jésuites français continuent de faire leur résidence à Home , où leur Age avancé ou leurs infirmités les retiennent forcément, que Votre ÉminencÆ rend un témoignage trés-avantageux à la sagesse de la conduite qu’ils y ont toujours tenue...
DOCUMENTS. CllAP. .K.
Je lui renouvelle toujours, avec le même plaisir, le sincère et inviolable atlachement avec lequel je fais profession clè l’bonorer très-parfaitement.
Le duc d’Aiguiuoi». (Inédit.)
JÉSHTES DE RUSSIE '.
Conduite de saint Joseph Calasani , fondateur des écoles pics , lorsqu'il rit .son ordre détruit par un bref d'innocent X ; lettres qu'il écrit i ce sujet, oft il recommande i ses religieux de ne pas se séparer et de continuer i vivre selon les règles de leur institut jusqu'il ce que le bref de destruction leur soit intimé par les ordinaires.
1“ Lettres de saint Joseph Calasanz.
Patri Paulo Mariœ Angeloni Scholarum Piafum,
Legi quod de suppressione scribis, certusque sum te maxime de nostra rcligioneex ejus amore dolere. Nihilominnsoportet divino adhærere placilo, nt'([ue æniinna commoveri : quantum in nobis est positum, mnliri , ut institutum religionis sitbsistnt. Itaquc videtis, niliil est immutandum ist/iic in vitœ nostræ observantia, ac religiosis moriltus, donec ffreve indicafur... Quod cum vulgabitur, secundnm novas, quœ a sumnio Pontificp formàhuntiir, constitiitioncs vivelis. Inlerca quidquid bic pro redintegratione fiet, ex intervallo per litteras cognoscetis, et Doniinus nobis omnibus aJsit.
Romæ, 31 martii 1646.
Servus in Christo, Joseph.
> Consulter l'ouvrage , chap. x , p 431 et .suiv. sur In ronduitc des jésuites do Russie; et à In p.ige 439, sur les comliliniis que le canlin.il Caliiii exigeait pour que le bref de suppression eût force de loi. Voir aussi nux pièces juslificatives, n* xvi, p. MO, l'encyclique envoyée à tous les évêques par la congrégation de abolenda societate Jesu.
JÉSIITES l»E RISSIE.
Autrt lettre de saint Joseph Calasanz, au f)ère ministre des école* pies, dans la province d'Aquilée.
Puto ad vos pervenissc casus de nostra Religione notitiam : siippressam videlicet esse, redactamque in Congregalionem sæcularein, queniailmodum superiorihus litleris accepistis, sub obedientia Ordiiiarii loci. Ua Deo placuit : esto in œternuin laudatus. Curnmoveri , ac perturbari isthic socii propterea non debent sed manere instituti in custodia, donec ab Ordinario loci Breve indicelur.
Romæ, 31 niaidii 161(i.
Seruus in Christo, Joseph a Matre Dei.
Qui ne voit ici, d’après la décision de la sacrée congrégation des rites, que ni la conduite du Vénérable serviteur de Dieu qui défendit d'intimer le bref d’innocent à ses religieux, en Pologne, ni la doctrine qn’il approuvait, savoir, qxion ne devait rien innover et qu'on devait continuer n vivre selon l'institut, jusqu’à ce que le bref fût intimé par les ordinaires, n’ont enn)êclié Uenoit Xlll de p<irter b; décret d'béroïcité de ses vertus, le ti septembre 1728, et Benoit XIV de l’inscrire au nombre des Bienheureux.
2* Extraits du P. Boero , S. J., Osservazioni sopra l’istona
del Pontiiicato di Clemeute XIV..., /. //, p. {o^etsuiv.
On ne saurait douter que Catherine II, sidon la promesse qu’elle en avait faite en réponse au mémoire du P. Czerniewicz, n’ait écrit au souverain pontife Clément XIV, et qu’elle n’en ail reçu le consentement secret de laisser les jésuites en Russie dans le statu quo; les documents suivants en font foi.
Sous le pontificat de Pie VI , le comte Moûino éclata en plaintes amères et en menaces contre le pape, afin de le déterminer à porter un prompt remède aux progrès de 1& com-
TiOCI JIE.N'T3. CHAP. X.
jini,Tiie dans la Hussio. A p.'ine Cathorine II en fiit-olle inforinée, qu’elle t?cri\it la lettre suivante au roi d’Espagne :
« Je fais savoir à Votiv Majesté la résolution que j’ai prise de conserver l’institut des jésuites dans mes États, résolution à laquelle je me suis déterminée pour des motifs à moi connus. Kt Comme je ne me suis point oppost'-e aux intentions de Votre Majesté dans votre monarchie , à l’égard de ces mêmes religieux, j’espère que Votre Majesté voudra bien ne mettre aucun obstacle à ce que je fais en leur faveur dans mon empire. Je fais également savoir à Votre Majesté que , dans toute cette affaire , je n’ai rien demandé au pontife régnant, et que je n’en ai rien obtenu. Je n’ai fait que me servir des pouvoirs qui m’avaient été accordés par feu le pape Ganganelli. Je préviens donc Votre Majesté de ne vouloir faire à Sa Sainteté la moindre plainte à ce sujet, ni de lui causer aucun désagrément ; car je me tiendrais cela fait à moi-même, et je me veirais obligée de prendre sa défense, au risque même de ma couronne, s’il le fallait. »
Cette lettre fut publiée dans les feuilles du jour, et M. Linguet l’inséra comme authentique dans ses Annules, n* 7, p. 2(10, édition de Ijondres.
Nous avons un autre témoignage de cette concession de Clément XIV, dans une lettre pastorale de l’évêque de Mullo, au sujet de l’ouverture d’un noviciat de jésuites qu’il faisait dans son diocèse. Son décret commence ainsi : u Cum tantum fuerit, celeberrimœ memoriff, Clementis papæ XIV studium gratilicandi augustissimæ Itussorum imperatrici , ut D. N. clementissimæ majestatis suœ causa, bullam quæ incipit : Dominus ac liedemptor, in imperii sui ditionibus executioni mandare omiserit... »
Cette lettre a été imprimée à Mohilow et répandue dans toute la Russie : or pourrait-on croire que l’évêque de Mallo, comme l’ont avancé quelques ministres , eût menti publiquement et en face de Catherine elle-même? qu’il ait osé affirmer en toute sécurité que Clément XIV avait acconle à
JÉSIITES SE Rl’33IE.
l’impératrioe la rton-publicnfion de ce I)ref? On doit jouter que le iqêrae évéque, vers l’an 1797, certifia au P. Lustyg, de la compagnie de J^sus, que, du vivant mi^ine do Clément XIV, il eut entre les mains le rescrit du souverain pontife, où il était déclaré qu’op permettait la conservation des jésuites dans la Russie.
Enfin , je ne crois pas que l’on puisse donner sur cette affaire une preuve plus authentique que celle que je vais ajouter. 11 existe une lettre originale du marquis Ordogno de Rosalès, noble milanais; on y trouve le témoignage que Joseph II avait vu de .^es propres yeux la lettre écrite par Clément .XIV Catherine lî. Je vais transcrire littéralement cette pièce sur l’autographe rpie j’ai entre les mains :
«R. P. Panizzoni, comme Votre très-digne Révérence désire que je lui expose tout ce qui s’est dit !i Milan sur l’existence de la compagnie de Jésus en Russie, lorsque arriva dans cette ville Joseph II , de glorieuse mémoire , je me fais un devoir de lui donner les plus précises informations, et je suis heuleux de pouvoir me rendre à ses vœux avec la plus gi’anile satisfaction ; car il n’est rien , dans tout ce rpi’a déclaré cet . illustre monarque, qui ne vienne également confirmer qu’un corps religieux aussi distingué est const»rvé légitimement et avec les approbations nécessaires, à l’avantage au moins d’une partie, (juoique très-peu considérable, du monde catholique. Je dois la pi-évenir qu’à la cour de S. A. U. le sérénissime archiduc Fei’dinand,gouvei'neiu’ de la Lombaixiie autrichienne, où j’avais l’honneur de me trouver fréquemment, il s’éleva plus d'une fois de sérieuses questions sur la légalité et la légitimité de l’existence des jésuites qui s’étaient réunis dans un coin resserré de la Russie , malgré la suppression émanée du saint-siège. Quant à moi , j’ai cru invariablement, pour bien des motifs qu’il est inutile de rappeler ici , qu’on ne devait avoir aucun doute sim l’existence canonique des jésuites; ce sentiment favorable fut toujours le mien , quoique le sentiment contraire fût devenu plus commun à Milan.
BOr.l’ME>aS. CHAP. X.
« U nVtait plus qupstiim de celle affaire, depuis longtemps, loi-s de l’arrivée de Joseph II. L’archiduc Ferdinand se l’étant rappelée, et désirant sans doute s’en éclairer davantage , il en fit part au monaripie, sou livre, qui jwusait seul, s’il le voulait, lui faire connaître le véritable état des choses. Ce prince, sans attendre qu’on l’inteiTogeAt , assura (ce sont ses propres e.\pressious ) que le marquis de Rosalès avait raison. Il déclara, eu outre, i|ue les jésuites pouvaient non-seulement rester en Russie, selon la forme légitime de leur coiqis , puisque le bivf du souverain pontife sur la suppression de la compagnie n’y avait pas été publié, comme dans les autres pays , mais aussi et bien plus encore , parce que le même souverain pontife avait écrit à l’impératrice une lettre cpi’il avait vue lui-méme, et par laquelle il lui accordait le pouvoir de conserver dans ses États la compagnie de Jésus.
« L’archiduc Ferdinand eut non-senlement la bonté de me communiquer cette décision si conforme A ma manière de voir et de parler, mais il m’avoua qu’il avait dû lui-même changer de sentiment; car d’apivs le récit et les ciiconstan- . ces signalées pai- Joseph U, il ne lui était plus possible de ne ’ pas partager mon avis. Voilà ce que je puis certifier en toute sincérité à Votre Révérence, en même temps que je lui ivitère l’assurance de ma coitsidéralion très-distinguée, a Parme, 3 avril 1799.
a Matthiei' OnDOGNO be Rosalès. a Que penserait-on maintenant sur l’existence de ce même bref de Clément XIV, si on le trouvait confirmé par le témoignage de M«r Garampi lui-même , qui alors remplissait les füuctions de nonce à Vai-sovie? Il en est pourtant ainsi Je possède une histouv qui a pour titre : Les jésuites de Itussic , ou Mémqires historiques, ajiologétiques , critiques et diplumatiquet sur l’exisletice constante et actuelle de la compagnie de Jésus dansfempirede /iussie. F.lle est écrite par l’archiprêtre Ferrari de Mantoue, homme d’une fidélité histori(jue à toute éprem e, et auteur de nombreux ouvrages. Voici ce qu’il rapporte n la
IKJl'lTES DE RrsSlE.
page 61* de cette histoire : « Le P. Czerniewlez communiqua au nonce Garamjii l’humble supplique qu’il avait faite à la cour, ainsi que la réponse qu’il en avait reçue du ministre, et voilà pourquoi Tune et l’autia? out.été trouvées parmi les mémoires et anecdott's de ce même nonce. Quand bien môme ces pièces ne me seraient point parvenues de Saint-Pétersbom*g par un canal aussi fidèle, elles n’en seraient cependant pas moins dignes de foi, car c’est de la propre main du nonce qu’elles ont été transcrites.
a Je ne sais moi-môme, et je ne connais personne qui puisse me dire si l’impératrice écrivit après cela, ou fit écrire au pape au sujet de cette résolution arrêtée de vouloir conserver ses jésuites; mais je sais qii’à cette époque il circulait de main en main une réponse que l’on disait venue de Rome au nonce pontifical de Varsovie, et dans laquelle on lisait ces paniles précises ; a Jesuitac in iis regionibus pertna- (I nebunt in sMu quo, cum habitu, privilegiis et regulis usque « ad novam decisionem. »
s Dans les mémoires de Garampi, on trouve que cette résolution pontilicale fut, par le môme nonce, communiquée en copie authentique non-seulement à l’évôqne de Vllna et à son suffragant, mais expédiée également, comme il convenait d’ailleurs à la cour impériale de Pétersbourg. Il est certain, comme le fait rcmanpier le môme nonce dans ses mémoires, après avoir enregistré ce fait, il est certain fjue le rescrit en question venu de ,Rome se trouve et dans la chancellerie épiscopale, et à Pétersbourg, dans les archives de la chancellerie impériale. D’où je conclus, en signalant ce qu’a voulu taire Garampi, qu’il enistera certainement encfire ailleurs. Et comment ne pourrait-on pas le trouver dans les protocoles de la nonciature de Cologne , et dans les registres de la congrégation de la propagande? S’il n’y était pas, il faudrait donc dire ou que des malveillants hont dérobé, ou qu’il s’est égaré dans les jours de la révolution. . ' a Un de mes amis, homme de mérite et de probité, que
DOCU3IENT8. CHAP. X.
je ne dois pas nommer pour le momeiil , mais certainement d'une loyale impartialité, et qui lut longtemps, et jusqu’à la mort du cardinal Garampi, honoré de la confiance de ce prélat, reçut de lui-méme les pièces que j’ai transcrites, et qui sont en tout semblables à celles qui tne sont venues de Saint- Péterebourg ; il vit lui-même et copia d’autres mémoires semblables sur cette affaire , écrits de la main du même cardinal. Cet ami me les a communiqués, et je m’en servirai dans la suite pom appuyer ma thèse. »
Venons-en maintenant au pontificat de Pie VT, qui nous fournira encore de plus précieux docniments, revêtus au moins de trois approbations formelles.
lo Le souverain pontife Pie VI v enait à peine d’être élevé à la chaire de saint Pierre, que le P. Czerniewicz, supérieur des jésuites de la Russie, écrivit en date du 15 octobre 1775, une lettre au cardinal J. B. Rczzonico, secrétaire des mémoriaux ; il y inséra un mémoii'e pour Sa Sainteté , qu’il informait de la protection que Catherine II accordait aux biens et aux personnes de la compagnie , ainsi qu’à la religion catholique ; il concluait ainsi :
« Sinat Sanctitas Vestra exorari ut ad eximendum scrupulum reliquis, qui nobiscum sunt juvenibus, haberi a nobis possit indicium ahquod, ex quo intelligatur saltem non displiccre Sanctitati Vestræ , quod Nostri in his regionibus, ubi breve promulgatum non est , prislinum societatis Jesu statum retineant. » Ce père savait fort bien que les ministres des cours, et surtout celui d’Espagne, mettraient tout en œuvre auprès du souverain pontife, afin qu’on ne changeât en rien les dispositions de Clément XIV. Et eu effet j’ai lu sur celle affaire une longue pièce de Monino, dans laquelle il fait comme de coutume au souverain pontife les protestations et les menaces les plus violentes ; c’est ce qui détermina le P, Czerniewicz à ne demander à Sa Sainteté qu’un témoignage de son agrément. Bien plus , afin de ne lui créer aucime entrave, si jamais sa lettre venait à être interceptée.
jiSl'ITES DE Rl'SSIE. 459
il la confia h l’abbi^ Charles I$on\ enuli , qui , comme je l’ai dit ailleurs, vivait à la cour du roi de Pologne , et ce dernier eut soin de l’envoyer à Home , par une voie sûre et secrète. Or voici la réponse précise qu’il reçut de Son Éminence , le 13 janvier 1773 : « Admodum reverende Domine, Pergra» tæ mihi fuerunt litteræ tuœ , ex quibus humanitatem tuam erga me et Glementem XIII , Felic. Recordat. percepi, gralias tibi ago maximas et grato animo tibi respondeo. — Libellura tuum pro munere meo SS. D. N. pontifici Pio VI , ostendi et perlegi. Precum tuarum exitus, ut augura et exoptas, felix \ et intérim tibi, reverende Domine, observantiam meam erga tui mérita constanter confirmo. — J. U. card. Hezzonico D Cette r<![)onse parvint à son adresse par le même moyen que le mémoire; l’abbé Félix, auditeur du cardinal Rezzonico, y joignit pour l’abbé Uenveimti une lettre dans laquelle on lit ce qui suit : « Son Éminence n’a vu aucune dilDculté à présenter la supplique , car elle était fort bien conçue; aussi a-t-elle été accueillie avec beaucoup de bienveil» lance , comme je puis le certifier. Cependant le suppliant n’en peut espérer d’autre témoignage, que celui qui pouira paraître peu significatif et qui est renfermé dans la lettre cijointe de Son Éminence le cardinal; on en comprendra le motif, sans que j’aie besoin de le signaler. » — Telle fut sa réponse. On ne doit nullement s’en étonner, d’après ce que nous avons dit auparavant, car dans de telles circonstances, il était impossible de rien obtenir de plus. Mais c’était plus que suffisant, pour ceux qui ne demanilaient qu’un signe quelconque d’approbation de la part du souverain pontife.
t» Il existe une approbation bien plus explicite donnée par Pie VI, vivœ vocis oraculo, en date du 12 mars 1783, à Monseigneur Jean Bénislawski , coadjuteur nommé de l'arcbe-
> Ex autogr.
OOCÜXEXTS. CHAP. X.
YÔque de Mohitow ; c’était un religieux de la compagnie de Jésus, homme tout à fait recommandable par sa rare piété , èelon ^a^ eu du R. P. Theiner 11 fut au commencement: de 1783 envoyé à Rome par Catherine, avec la recommanda- Tion expresse que , sans parler de rien au nonce de Varsox ie , ni au cardinal secrétaire d’État, il eût soin d’obtenir immédiatement du pape que l’évéque de Mallo fût créé ai-chevéque de Mohilow , que lui-méme fût institué son coadjuteur, et enfin que Sa Sainteté confirmât tout ce qui avait été fait Jusqu’alors à l’égard des jésuites de la Russie. 11 fut accueilli avec beaucoup de bienveillance par le souverain pontife , qui d’abord paraissait fort disposé â tout accorder. Mais peu ile jours après, il dut clianger de sentiment, grâce aux notes menaçantes des coui-s étrangères. Heureusement il put se consoler à la nouvelle tpie Catherine 11 acceptait un nonce apostolique pour Saint-Pétei-sbourg, comme elle l’en assurait dans son message. 11 donna audience à Bénislawski ; il accoi-da avec beaucoup de bonté les deux premières demandes de la reijuète ; mais quant â la troisième qui concernait les jésuites. Sa Sainteté s’excusa de ne pouvoir dans les circonstances actuelles, expr'dier un bref, ou un rescrit qui exaspérerait les ministres des cours étrangères. Rénislawski répondit qu’il n’avait point d’instructions particulières pour demander un bref , qu’il se contenterait d’une approbation vivw vocis oraculo. Ce témoignage fublargement accordé, car Sa Sainteté répéta trois fois : Approbo, approbo, approbo.
M*!'' Rénislawski attesta, sous la foi du serment , la vérité de cette approbation verbale, donnée à la société des jésuites de Russie par Pie VI ; il en laissa au P. Czemievicz œpie aulhenti<iue munie de son sceau. Nous la transcrivons ici sur la pièce originale.
> Vicende delta Chiesa Cattolka nella la Polonia t nella Russia. Lugano, 1843, p. 49i.
JÉSUITES DE HLSSIE.
Ex audientia SS. D. nostri Pii PP. VI habita anno 1783 die 1 (12) mensis martii.
Cum ab augustissima Impératrice totius Rossiœ Cathariiia II ob tractanda negotia Archiepiscopatum Mohiloviensem, coadjuloriam ejusdem Arcbiepiscopatus et approbationem Jesuitarum concementia , Honiam ad SS. D. nostrum Pium PP. VI missus fuissem, exposui Sanctitati Suæ statum jesuilaioim confurmitei' iastituto suo viveutium , et quod sibi ad statum hune suum consenandum , de mandate ejusdem augustissimæ imporatricis , praqKisitum generalem elegerint. Quibus auditis SS. Duminus uoster et statum illorum et electiouem præpositi geueralis factam benigne conlinnavit, repetitis ter vicibus dicondo : Approbo, approbo, apprqbo. De hoc \ ivæ vocis oraculo fidem plenissimam facio , manumque meam et sigillum appono.
Dalum Polociæ, mensis julii die 13 (24) an. 178b. — iLoco sigilli.)
JoilAN'XES BeNISLA^ SKI ,
Episcopus Gndareusis, coadjutor arcbiepiscopalus .Mohiloviensis, eques ordinit S. Stanislai, manu pr.
3» Vers le m/'ine temps , le vénérable serviteur de Dieu » Joseph-Mai’ie Pignalelli avait résolu de se rendre en Russie pour prendre l'habit de la compagnie de Jésus ; il voulut com sulter auparavant le saint-père Pie VI, qui l’engagea à exécuter son dessein , et lui assura qu’il reoonndissait les pères comme de véritables jésuites. Nous avons, en témoignage de cette réponse de Pie VI , le serment de l’abbé Louis Mozzi , perstmnage aussi illustre par sa piété que par son érudition. Voici ce qui est rapporté en propres termes dans la vie du serviteur de Dieu : « Le P. Pignatelli avait formé le dessein de se rendre en Russie; avant de l’exécuter, il se présenta à Pie V’I , et le supplia de lui dire sincinement s’il regardait les
DOCl MESTs. CUAP. X.
jésuites de Russie comme dé véritables jésuites, et s’il lui conseillait d’aller dans ce pays prendre l’ancien habit de la compagnie. Le saint-père lui répondit tju’il pouvait y aller, qu’il en était content ; qu’il se revêtit donc de l’habit de la compagnie en toute sûreté de conscience , car il considérait les jésuites comme de véritables jésuites; et la compagnie existant eu Russie , H la considérait également comme y existant légitimement. Le P. Pignatelli me tint plus d’une fois ce langage , et il me promit de m’en donner par écrit une attestation confirmée par serment. Et moi, je jure devant Dieu que j’ai entendu plusieurs fois, de sa bouche même, ce que je rapporte ici. »
Le P. Theiner pourra objecter qu’à Ces pièces il en oppose d’autres qui les démentent ou les détruisent ; ce sont d’abord deux lettres du cardinal Ckji-sini : l’une au vicaire apostolique de Breslaw , l’autre à l’archevêque de Prague ; et puis ijuatre brefs de Pie VI adressés aux cours de France, d’E.spagne, de Portugal et de Naples.
Nous observerons en premier lieu que ces documents étaient déjà très-connus, et qu’aux yeux de tout homme instruit et judicieux , ils n’infirmaient ni ne détruisaient ceux ijue nous avons allégués. Quant aux deux lettres du cardinal Corsini, préfet de la congrégation de obolenda societate, on ne peut en conclure sinon qu’il était mal informé , (pi’il condamnait sans preuves les jésuites de Prusse ; et, qui pluS estj qu’il jugeait lui-même l’intimation locale du bref nécessaire, puisqu’il engageait l’évêque de Breslaw et l’archevêque île Prague à le notifier aux pères de la compagnie de leur diocèse.
Du reste l’on sait comment les ji-suites de Prusse s’étaient comportés Cn cefe circonstances critiques , et comment le roi Frédéric leur avait obtenu du pape lui-même la faculté de demeurer m statu quo. Les deux lettres du cardinal Ckirsini partent donc d’un faux supposé.
Que dirons^nous des brefs de Pie VI? Le R. P. 'l heiuer
JK:iL’lt£S DE RUSSIE.
aftirmc (t. H, p. 506) ipie, pour démentir la fable impudente Ae l’approbation verltale des jésuites de Russie, que Bénislawski prétendait lui avoir été donnée pai’ le pape , le pape même, pendant que Bénislawski était encore à Rome , se vit dans la triste nécessité d'expédier ces brefs aux cours, protestant hautement contre le bruit faussement répandu d’une approbation quelconque de sa part, et annulant les actes de l’évêquè de Mallo. Or les brefs adressc-s aux rois de France et d’Espagne sont datés du 29 janvier 1783; le bref expédié à la reine Marie de Portugal porte la date du 20 février ‘, et Bénislawski n’était arrivé à Rome que dans les premiers jours de mai’s, et c’est au 12 mars 1783 qu’est rapporté l’oracle vivœ vAeis de l'approliation. Il est donc faux que Pie VI ait eu en vue, dans les brefs du 29 janvier et 20 février, de démentir un fait qui n’était encore ni arrivé, ni par conséquent publié.
3” Extrait d’une lettre du P. Michel Orlowki, de la compagnie de Jésus, ex-provincial de Prusse, écrite en juillet 1779.
L’illustrissime et révérenilissime évèiiue de Culm écrivit à Rome, demamlant s’il pouvait permettre que , dans son diocèse, les jésuites restassent dans le même état, comme ils avaient toujours été, comme ils étaient encore en ce moment. La congrégation cliargée spécialement de cette affaire par !?a Sainteté répondit qu'il leur était permis de rester comme ils étaient. Le même évêque, l’année suiv ante, écrivit de nouveau à Rome pour demander la même chose , et reçut la même réponse. Il renonvela encore sa demande la troisième année ; mais cette fois il ne lui fut rieu répondu : d’où" cet év iV[ue conclut qu’il ne devait plus rien demander, mais s’eii lenié aux déux premières réponses de Rome. Cependant il a
* Le même bref, en changeant seulement les noms et les personnes, fut envoyé plus lard, le 11 avril, àa roi des Deut-Siciles : mois ce n'était U qu'une affaire de chancellerie qui pouvait plus ou moins tarder d.ins l'envdi d'un bref déjà composé ét signé.
IXXLilENT». aUP. X.
f ail enregistrer dans les archives de sa chancellerie épiscopale toute cette correspondance avec Rome ; et m’ayant un jour invité à dîner, il se fit apporter ces pièces , me les montra et me les lut toutes.
a* Mémoire et réponse de la cour de Russie, au sujet des jésuites
de ses États. (Gazette de Cologne du mardi 9 mai 1 780.)
Les vues de l’impératrice de Russie, à l’égarxl des jt^suites établis dans la Russie Blanche, s«inl développées dans un mémoire de Saint-Pétersbourg , présenté à Varso\ ie , le 23 novembre par S. E. M. le comte de Stackelberg , à
Mgr Arclietti, nonce du pape à Cologne, et accompagné d’une lettre de ce ministre.
Voici la teneur du mémoire ; « La protection efficace et éclatante que l’impératrice a accordée de tout temps aux individus île la communion de l’Eglise romaine doit a\oir convaincu le saint-siège des bonnes dispositions de S. M. I. jtour ses intérète. C’est surtout à l’époque de la réunion de la Russie Blanche à son empire qu’elles se sont fait remar.jner pai-ticulièremenl : pour lors, autant que dans la suite, la cour de Russie a eu la satisfaction de prouver à celle do Rome sa condescendance , autant qu’il a pu dépenihv d’elle. An moment où il importait de donner une forme régulière tant au spirituel qu’au temporel des provinces rc\ endiquées, S. M. I. écoutant uniiiuement ses principes d hiunanité et de. tolétance,ne s’est pas permis d’attenter sur la liberté de conscience de scs nouveaux' sujets; au contraire, elle désira de la leur ‘conserver dans un degré qui leur devait faire gmlter tout le bonheur d’ètre transportés sous son sceptre bienfaisant. De là les privilèges d’immunité conscru's, ou accordés aux ecclés’.ashqucs, aux ordres religieux et aux instituts établis pour l’éducation de la jeunesse ; leur jouissance n’élait point attathée à d’autres conditions qu’à celle d’une fidélité inviolable
JlisCITES DE lU'SSlE.
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et do l’observation exaote de tous les de^oil•sde lions sujets; et tant iju’il n’y avait pas de reproche à leur faire de ce ciMélà, ils devaient se reposer sur la saintebi de la parole de S. M. 1. et sur la validité de ses promesses solennelles. C’est par des preuves non équivoques que les sujets catholiques romains de l’impératrice ont constaté jusqu’ici leur fidélité; et, par mi attafthement sincère à leui-s devoii-s, ils sesoht acquis les droits les plus sacrés aux avantages qui leur avaient été accordés. L’instruction de la jeunesse a été de ce nombre i abandonnée, comme par le passé, aux soins de ces religieux (les jésuites); le gouvernement a remarqué avec satisfaction le zèle qui animait leurs travaux et les succès qui les ont tou* joux’S couronnés. Aurait-il été juste de priver d’iuie institution aussi précieuse les habitants de la Russie Blanche 1 Ils doivent cependant l’ètre dès que ces religieux seront mis hors d’état d’exercer leur ministère, ou , ce qui revient au même , dès qu’il ne sera point pourvu à temps à la continuation de leim exîsteqcÆ. L’exemple des autres pays prouve que dans aucun on n'a />« les reinjj/acer. Eh ! pourquoi nous priver présentement de ceux qui, parmi tant d’autres ordres , ont voué tous leurs soins à l’éducation de la jeunesse , et par conséquent au bien public ? Par ce principe de tout^ouyernement indé/mdant , qui n’est responsable à personne des arrangements qui lui paraissent les plus convenables poru? son administration intérieure, l’impératrice ne peut point admettre des sentiments étrangers sur ce qui con\ ient au bien de son empirci Dès qu’elle a daigné une fois approuver tout ce que l’évèque de la Russie Blanche a jugé à propos d’instituer pour l’utiiité des écoles dans ces provinces-là , et pour la permanence d'un établissement si utile à la jeunesse , Sa Majesté ne peut que désirer que le saint-siège , bien loin de trouver dans le mandement de révêipie de Mohilow aucune chose qui soit préjudiciable à ses intérêts , le regarde pluWt comme n’ayant pour but qu’un airangement/wrfictth'eret domestique, fait par l’autorité et de la pleine connaissance de S. M. I. C’est sous ce
DOCCKENTS. CUÀP. X.