‹ Clement 13. et Clement 14Chapitre 75 sur 89 · JÉSUITES DE RUSSIE · texte numérisé non relu

JÉSUITES DE RUSSIE

de l’empire russe, à cause des lettres écrites à Varsovie au nonce contre les jésuites, et qui lurent interceptées par les ministi-es de l’impératrice.

L’envoyé assura Sa Sainteté qu’on se rendrait indubitablement à son désii’, et que l’Église de Polosk aurait un archevêque du rite grec uni ; le cœur paternel du souverain pontife en ressentit un indicible plaisir, car il s’agissait de ti-ois millions de Grecs unis qui, se trouvant sans pasteur, se seraient peutréti-e retirés de l’unité , plutôt que d’embrasser le rite latin.

Quant au pallium de l’archevêque nommé de Mohilow et sa consécration. Sa Sainteté déclara ne pouvoir rien décider avant d’avoir reçu de Péterebourg la réponse à la lettre du H janvier, dans laquelle Elle offrait , ainsi qu’il a été dit, d’envoyer pour cela un nonce.

Ce délai fut une sage disposition du saint-père pour éviter de faire naître encore de nouveaux embarras.

L’envoyé continua à se présenter de temps en temps aux pieds de 8a Sainteté, selon que l’exigeaient les affaires qui lui avaient été confiées. Dans l’audience du 31 mars, le pape lui confia qu’il avait appris, par des rapports de Vai-sox le, que la lettre du H janvier avait été accueillie par l’impératrice a avec la plus grande satisfaction, » et cpi’il recevrait la réponse dans huit joms.

En effet, le saint-père reçut cette réponse le 9 avril , par la voie ordinaire de Venise; il la communiqua le 10 à la congrégation du Saint-OfBce, et l’affaire de l’envoi d’un nonce à Pétersbourg fut terminée.

Mp üoria, camérier, fit dire le même jour par Santini à l’envoyé do se présenter le lendemain à l’audience. Il y vint, et le pape lui fit lire la gracieuse réponse de sa souveraine , qui acceptait avec reconnaissance le projet d’envoi d’un nonce, pour la consécration de Bénislawski et la remise du sacré pallium.

U ne pouvait rien se faire de plus glorieux pour Rome;

IWMESTS. CHAP. X.

la mémoire du pn{ic Pie VI restera immortelle, lies siècles se sont écoulés depuis le triste schisme de Phoüus; et voici la première fois que le siège apostoliipie consacre en ce pays un évêque de sa communion ; et cette consécration tomlvait sur Bénislawski , qui a été jésuite , et se faisait dans l'église qui a été «iemièrement donnée aux jésuites, les frères de l’Observance en ayant été congédiés. C’est là le commencement d’une nouvelle ère dans les fastes ecclésiasti(pies de ce pays. D’après le zide de Bénislawski pour la suprématie des papes, en faveur de larpielle il a écrit par l’ordre du prince Potemkin; d’après la faveur dont il jouit près de sa souveraine, tant par le droit de .sa naissance que par l’attachement qu’il lui a prouvé , coth; souveraine étant elle-même très-disposée à cette heureuse réunion , on peut espérer que ce vaste empire , qui compte trente millions de sujets , est au moment de rentrer au giron de la sainte Église romaine. Que Dieu aide et protège cette grande entreprise 1

L’envoyé avait l’ordre formel de quitter Rome aussiWt que sa mission aurait atteint son but. Ayant donc terminé toutes les affaires qui l’y retenaient, tant celles que l’on connaît que cjdles qui sont secrètes, et qui ne sont connues avec certitude quedoPétersbourg, il résolut de se remettre aussitôt en route, ce (pi’il lit en effet le mardi 15 avril; mais il voulut auparavant baiser encore une fois les pieds de Sa Sainteté , et lui rendre d’humbles actions de grâces du don, qui lui avait été fait, d’un magnifique chapelet de lapis-lazzuli , monté en or, avec une médaille d’or, portant l’image de Jésus et de Marie.

Beaucoup de choses ont été dites et écrites, rpii ne sont pas vraies, et cela vient de ce que les négociations u’ont pas passé, comme à l’ordinaire, parla secrétairerie d’État, qui avait été expressément mise en dehors par l’impératrice, ainsi (|ue le firent aussi d’autres coure , au temps du pape Beizonico , jK)ur des négociations du même genre. C'est pour cette raistm d’exclusion que les lettres de créance de Bénislawskî ne furent jxis présentées au secrétaire d’État ; il lui fit, il est vrai , une

JÉSUITES DE RUSSK.

visite ie lendemain de son arrivée, mais par pure convenance, sans parler d’alfaii’es, et lui remit une lettre de recommandation, écrite par HlKr Garampi, nonce apostolique & Vienne.

Rome, 22 mai 1793.

Voici la copie de la lettre de l'impératrice des Russies è 8. E. le comte de Stackelberg , son ambassadeur à Varsovie , que vous m’avez demandée avec la plus grande instance :

a 2 mars 1783.

a Nous avons reçu, en même temps que votre rapport , la lettre que le pape nous a écrite, et qui est conforme aux eXplit cations que vous a données l’archevêque de Cbalcédoine, son ministre. Le pape s’étant montré disposé à satisfaire ê nos demandes en faveur de l’archevêque de Mohilow , et de son coacljuteur Rénislawski , nous agréons la détermination d’envoyer à notre cour son ministre, et nous lui avons répondu de la manière la plus amicale , comme vous verrez par la copie de notre lettre que nous vous communiquons. Eu remettant cette lettre à l’archevêque'de Chalcédoine, pour être envoyée à destination , vous ne manquerez pas de l’accompagner d’un compliment analogue, tant pour la personne du pape que pour son ministre. Vous ferez entendre que c’est par son moyen que doit toucher à son terme une affaire dont nous désirons tant le succès, et pour laquelle , quant à nous, nous sommes dans notre plein droit; que nous regardons l’envoi à notre cour d’un ministre du pape , comme une marque évidente d’amitié de la part de ce prince , et qu’il sera reçu avec toutes sortes de distinctions qu’accorde notre étiquette aux ambassadeurs et ministres des têtes couronnées ; que le choix de .sa personne ne pourrait que nous êtra extrêmement agréable , d’autant plus que ce ne serait que pour obtenir la perfection et le complément de l’œuvre. »

Telle est la lettre de l’impératrice. Pour quiconque a un peu de pénétration, il en ressort évidemment que cette souveraine , en condescendant ê cette puissante médiation et s’interposant eu faveur de Ms' de Cbalcédoine , n’a pas laissé de

WCniENTS. CHAP. X.

lui signifier, de la manière la plus sensible et la plus délicate, qu’il était admis, il est vrai, à cette haute mission, mais dans le seul but de solliciter le perfectionnement de l’œuvre; c’està-dire de sacrer évêque Bénislawski et de porter le pallium à Mp de Mallo, archevêque élu de Mohilow : ce qui revient à dire, Ms' de Chalcédoine ira à Pétersbourgpour faire honneur à un individu de la compagnie de Jésus, et à celui qui a soutenu canoniquement son existence et l'a aiTermie, en faisant ouvrir un noviciat , en vertu des pouvoirs qu’il a reçus par l’organe de la congrégation de la Propagande, avec la signature de Mp Borgia, secrétaire, qui par là restera célèbre dans les fastes de la compagnie. Et voici une étrangeté de ce siècle trèsétrange. Un archevêque et un nonce se trouvent honorés de dépenser plusieurs milliers de sequins pour sacrer évêque un membre de la compagnie, et donner le pallium à un prélat qui en a toujours été représenté comme tertiaire , suivant la langue de l’opinion abusée.

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