‹ Clement 13. et Clement 14Chapitre 76 sur 89 · TÉMOIGNAGES SUR LES SUITES DE LA SUPPRESSION · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES SUR LES SUITES DE LA SUPPRESSION

1“ Le R. P. Thein» écrivait en 1833 : « Le grand et terrible cliangement que nous remarquons depuis la fin du xviii* et le commencement du xix° siècle dans l’éducation de la jeunesse, tant de celle qui se destine au ministère des autels que de celle qui doit remplir diverses fonctions civiles de la société , ne peut s’attribuer qu’à la suppression de la société de Jésus. Ce fut cette suppression qui enU-alna le renversement de toute éducation chrétienne, à laquelle elle en substitua une tout athée , qui ébranla l’ÉgUse et l’État jusque dans leuis fondements. La destruction de cette illustre société fut suivie de celle des institutions les plus respectables et les plus saintes '. Elles tombèrent avee celle qui avait été leur plus ferme appui. *

* ( Note du R. P. Theiner.) Parmi lei nombreux témoignages des écriraina les plus distingués, tant catholiques que protestants, qui viennent A l'appui de ce que j'avance, je me contenterai de citer le passage suivant de U. Pierre de Joux : « On a aboli en France cette merveilleuse institution qui avait élevé le siècle brillant de Louis XIV, et qui régna longtemps sur l'opinion par l'ascendant unique des talents et des vertus. Cette congrégation renommée, tant qu'elle eut été debout , aurait prévenu le grand catacljrsme politique ;

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Et plus loin : a La blessure faite à 1 éducation de la jeunesse par la suppression de la société de Jésus était incurable... •

a Louis XV'l versa des lai*mes amères sur la secousse violente que l’éducation de la jeunesse avait soufferte par la destruction des jésuites, et accusa dans de généreuses paroles M. de Choiseul des maux qui s’en étaient suivis, b

— Le prince de Montbarrey n’est pas moins explicite, à sa manière, sim les effets de la suppression des jésuites : a Dès ce moment , l’éducation nationale fut remise nécessairement entre les mains de tous les grimauds subalternes soumis aux grands désorganisateurs. Les jeunes gens, entrant dans le monde, y arrivaient imbus de tous les principes de licence, et sans aucun frein qui pùt les arrêter. Tout fut dès lors perdu ; la ruine de la monarchie française fut prononcée, et l’époque de l’exécution fut ajournée au premier moment favorable, n ( Mémoires, t. III, p. 94. )

— Le duc de Lévis (p. 170 et 174) confirme tous oes Jugements en ces termes : « Puisque j’ai eu occasion de parler des jésuites, je dirai avec vérité que j’ai toujoure remarqué une prodigieuse différence, pour l’instruction, entre les pei'sonues élevées dans leurs collèges et la génération suivante. Ceux qui avaient étudié chez eux savaient tous le latin, et par consé»pient n’étaient pas absolument ignorants, au lieu que depuis, à la cour, sur dix hommes , il n’y en avait pas un qui entendit Virgile. Voilà, quantà la manière d’élever la jeunesse, un préjugé favorable pour eux. On voit quel vide avait laissé dans l’État la suppression de la société <le Jésus. L’éducation de la jeune noblesse, dont elle était pi-esque exclusivement chargée, fut partagée entre des séculiers, pour la plupart sans instruction , sans moeurs , imbus des principes philosophiques qui

«Ile était aux avant-poitei de Tordre social ; on ne poaxait le renverser sans anéantir préalablement la puissance morale qui le sontenait. Elle est tombée sous les coups d'une coalition abusée par de faux rensei^rnemeiits cl par l'esprit de parti, cette institution conservatrice ; mais avec elle tombèrent, bientét après, les ordres relipeni , le clergé séculier, les autels , la monarchie. » {Lettres svrVlttUie; 1. 1, p. 11».)— Hist. des Instit. eceles.\ 1. 1, p. 87*, *0*.

SUlTliÜ 1>E LA SLrPBESSlOS.

commençaient à se répandre, et des maîtres de pension , vils spéculateurs, plus occupés de leur fortune que de l’avancement de leurs élèves. Et que l’on ne croie pas que ce fut seulement en France que la destruction des jésuites fit un tort irréparable à l’éducation ; il en fut de même dans toute l’Europe. »

Dans son TMeau de l’Espagne moderne (t. I, p. 327) Bourgoing n’a pu s’emi)êclier de remarquer que, depuis l’expulsion des jésuites, l’éducation de la jeunesse n’a fait qu’empirer en Espagne , et qu’il ne se présentait que des sujets très-médiocres pour remplir leurs chaires. Tous les voyageurs, amis ou emiemis des jésuites, ont été obligés d’avouer que l^iiout où les jésuites furent renvoyés , .ils ne furent pas remplacés.

2' Pour prouver l’influence que les jésuites continuaient à exercer à Rome sous Pie VI, même après leiu: suppression , M. le comte de Saint-Priest emprunte aux Mémoires du chevalier Bourgoing un récit fabuleux de la prétendue apothéose du vénérable Labre. « C’était un saint , selon le noble écrivain , ((ue les jésuites voulaient opposer à Palafox , dont leur parti venait d’empèchcr la béatification. » — Rien que de faux et de controuvédansce burlesque épisode que l’auteur semble avoir amené là afin de dérider le lecteur. Cependant M. de Saint-Priest a dit au fond plus vrai qu’il ne le pensait peutêtre , mais sous un point de vue bien différent. Au moment où la cause de Palafox, présentée depuis tant d’années à la sanction de la congrégation des Rites , allait être rejetée ou ajournée indéfiniment , on introduisait la cause de béatification d’une vénérable servante de Dieu , aussi attachée et dévouée à la compagnie de Jésus que l’évêque d’Osma semble, lui avoir été opposé; c’était la vénérable Marie-Anne de Paredès, appelée le Lys de Quito. Voici ce qu’écrivait à ce sujet, en 1781 , le profastant Christophe de Müit ( Journal pour l’Histoire de la littérature et des arts, t. X, p. 209 ) : a Entre

DOCOIENTS. CONCLCSION.

les griefs que Palafox a soulevés contre les jésuites , il a pré^ tendu que jamais ces rebgieux n’tasûent été w pu être des guides sûrs dans le chemin de la perfection. Or , dans le temps même où l’évèque d’Osma formulait cette accusation , vivait à Quito ime vierge vénérable, nommée Marie de Paredès, qui avait pour directeur et pour maître dans la voie de l’esprit un père de la compagnie de Jésus. Et cette pieuse vierge américaine, morte en 1674 , Pie VI vient de lui accorder, le 19 mars 1776, l’honneur d’un décret solennel où il déclare qu’elle avait praticpié dans un degié héroïque les vertus chrétiennes. » — C’est la môme Marie-Anne de Jésus de Pannlès y Florès, que N. 8. P. le pape Pie IX a mis deraièroment au rang des bienheureux, lë 20 novembre 1853.

3° A propos d’une nouvelle proscription dont étaient menacés les jésuites en 1828, un homme d’Etat traçait les lignes suivantes :

« On a écrit des milliers de pages en leur faveur et contre eux. Je n’ai pas la prétention d’y rien ajouter; je répéterai seulement. Mais c’est qu’il y a des choses qu’il est nécessaire de répéter, en France surtout. Machiavel a dit des Français de son temps « qu’ils étaient si préoccupés de l’avantage et du désavantage présent, que leiu* mémoire ne pouvait garder le souvenir des bienfaits ou des torts passés. » Il n’est pas absolument impossible que notre caractère ait changé; il n’est pas impossible non plus qu’il soit encore comme au temps de Machiavel. Je répète donc que la nouvelle expulsion des jésuites serait le plus magnifique témoignage du prodigieux pouvoir de l’absurde.

« On a dit qu’ils nuisaient aux intérêts de la religion : et qui a dit celai des hommes qui n’aspirent qu’à la ruine de la religion.

« On a dit qu’ils étaient ennemis des rois : et qui a dit cela? des hommes qui n’aspirent qu’à la chute des i-ois.

« On a dit qu’ils étaient ennemis de la charte : et qui a dit

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cela? des hommes qui la violaient ouvertement à leur détriment.

« On a dit qu’ils exerçaient ime influence pernicieuse dans l’État : et qui a dit cela 1 des hommes dont la funeste influence fait, depuis trente ans, tous les malheurs de l’État.

« On a dit qu’ils n’étaient pas tolérants : et qui a dit cela? des hommes qui sont animés envers eux de la plus coupable intolérance qui fut jamais : l’intolérance des hommes qui ne croient point.

« On a dit qu’ils étaient ennemis de la liberté : et qui a dit cela ? des hommes qui les chassent de leure églises, de leurs écoles et de leur pays; des hommes qui blessent à la fois, dans leurs personnes , la liberté religieuse , la liberté politique et la liberté cix ile. Ni la sottise de l’accusation', ni l’effronterie des accusateurs n’ont suffi. Ou savait bien qu’on était ti-ompé, mais on voulait l’être. Je sais bien que les habiles n’ont pas toqjom's été seuls, et qu’il s’est trouvé à la longue quelques centaines de bonnes gens qui ont fini par répéter candidement toutes leurs folies. Us avaient pourtant tenu pendant vingt ans un autre langage. Mais que fait cela? U n’y a pas si grand sujet de surprise. À quoi bon des fourbes et des hypocrites, si ce n’est à faire des dupes? S’ils étaient réduits à se tromper entre eux , le métier ne serait pas si Iwn (|u’il l'est devenu. Otez les faibles et crédules, vous ne trouverez plus un fripon qui veuiUe prendre la peine de dii-e une fausseté.

O Quand vous mettrez du prix à faire élever vos enfants selon les principes de la religion et de la constitution de l'État, c’est-à-dire chrétiennement et monarchiquement, ce jour-là vous voudrez encore des jésuites. Jusque-là, je ne nie point qu’il vous soit facile de vous en passer.

« Quand je haïrais et redouterais les jésuites autant que leur plus fanatique ennemi , je croirais encore que le maintien de la liberté de conscience serait d’un plus grand prix que leur expulsion. Comte de Peyronnet. »

BOCOJIEXtâ. CONCLl'SHIS.'

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