CHAPITRE IV
Portrait de Ganganelli. — Son des lésoites. lauréat Rkcl, Général de la Compagnie, le fait nonuner cardinal. — 1.^ Ptailosopbea et les Janaématea espÊi'Cfit en lui. — I/enihoiuiasiiic des Romains. — Il court aprirs la popularité. — d’Alemb«rt et Frédéric II Jugent son arénemeni. — lai correspondance de« ministres espagnol» avec M. Aspuru et le chevalier d'Aaara, tous deux piénipoteotiaires d’Espagne à Rome. — l.e dcniicr mot de la diptuniatie du dix-huitiéme siècle. — l.e cardinal de BeinH, ainbasudeur de France près le Saint*Siégc. Pour complaire au Pape, U alernwic avec la question des Jésuites. — Le comte de Kauniia et le Pape. — Dén-tise faîte au Général de ta Société de Jt’*sus de se présenter devant lui. dément XIV et les puissances. — Sa lettre è Louis XV. ~ Ses motife d’équité en faveur des Jésuites. — Üépécbc de Choiseul au cardinal de fiernls, — Retins, poussé i bout, engage le Pape à promeiire par écrit au roi d’Espagne qi/n abolira, dans un temps donné, la Compagnie de Jésus. — Gangmcili diercbe A éluder ce second engagement. ^ Roda presse Axara d'agir. ^ Politique des cabinets \ht-&-vis du Saint-Siège. — Clément perd & Rome toute popularité. — t^es KrancUadns Boeotanpi ot Francesco. — La chute de. Cboiaeul rend qtvIqtM» espoir aux Jésuite». — I.e duc d’AiguiUou ut madame du Rarry se tournent contre eux. — Mmi d'Arpuru. — Monino, comte de Flodda Blanca, envoj'é ambassadeur à Rome. — > Il miimide, II domine Ciémeot XIV. — Leurs cnirevues. ^ Marie>Thérèse s’oppu»«‘ A la destruetion de la Compagnie avec tou» les électeurs caüioliqui’s d’AlIciuagnc. — Jose'^ Il la décide à condition qu’on lui laisena la |NX>priélé des biens de llnstilut.^Mane-Tliérèse se Joint A la maison de Bourbon.
— Procès intentés aux Jésuites de Rome. — Monsignor Alfaiü, leur Juge. — La succession des Pixanl. Le Jésuite et le «bevaüér de Malte.— Le Collège romain condamné. —Le séminaire romain mis en su^icion* — Trois cardinaux visiteurs.
— Les Jésuites chassés de leurs Collèges. — Le caidinal d’York demande au Pape leur Maison de Frascaii. — Ia; P. I.ecchi et la commission des eaux. — Le pamphlet espagnol et la répmise. — BenvenutI exilé de Rome. — Le cardinal Maivcui A Bologne. — La correspondance secrète avec le Pape de ce visiteur .ijtOHtoliquc des maisons de la Compagnie. — Précautions prises pour tromper le peuple. — Areux de l’archevêque de Bologne. — Le ne fiat tumultu» in populo.
Laurent Ganganelli, né à San-Arcangelo le 31 octobre 1705, était fils d’un médecin de campagne, et fut reçu jeune dans l’Ordre des Conventuels de saint François, connu sous le nom de Cordeliers. Il y passa de longues années dans l’étude et dans l’exercice des vertus sacerdotales. Sa figure n’avait rien de remarquable; elle portait seulement l’empreinte d’une rusticité étrangère aux belles formes italiennes. Néanmoins il était
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ingénieux et aimable, littérateur et altiste ; il cachait sous son froc une de ces âmes candides dont on pouvait facilement abuser eu lui faisant entrevoir au bout de ses concessions l’avantage de l’Église et le bonheur du monde. Ma'is un de ces pressentiments qui s’emparent avec tant de vivacité des imaginations romaines l’avait plus d’une fois, dans la solitude du couvent des Douze- Apôtres, bercé de l’idée qu’il serait appelé à recommencer l’bistoire de Sixte-Quint. Pauvre comme lui, tiordelier comme lui, il s’était imaginé que la tiare devait reposer sur son front. Cette penséesecrëte l’avait dirigé dans les principaux actes de sa vie : il essayait de se la dérober à lui-même, et cbax{ue démarche qu’il tentait le ramenait presque à sou insu vers ce dernier mobile de ses a.spirations. Au temps de la puissance des Jésuites il s’était fait leur ami. Cn 17&3, lorsqu'il professait au collège de Saint-Bonaventuie des Franciscains de Rome, on l’entendit, dans une solennité théologique qu’il présidait, et qui était dédiée à saiut Ignace de Loyola, s’écrier en s’adressant aux Jésuites r u Si j’avais pu croire ou même soupçonner qu’il me fût possible de prendre pour sujet de cette dissertation une branche de la science sacrée quiyous fût inconnue, aussitôt se seraient levés devant moi les hommes illustres de votre Coro|)aguie, dont le nombre et le mérite auraient dissipé tous mes doutes. S’agirait-il en eQetde l’interprétation de l’Écriture, ici apparaîtraient les travaux prépai atoires de Salmeron, là les commentaires de Cornélius, de Tirinus et des autres. S’agirait-il de l’histoire, je trouverais Biui (1), Labbe, Uardou'u), Cossart et le célèbre Sirmond avec leurs doctes enseignements. S’occuperait-on de controverse, ce serait Grégoire de Valentia avec la maturité de ses jugements, Suarez avec l’étendue de son génie, Vasquez
(1) Bini n'i jamab apparteM t la Sodélé de Jéw». 11 était thanoioe.
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avec l’âpre pénétration de son esprit, et cent autres. Enfin qu’il s’agisse de lutter corps à corps avec les ennemis de la Foi et de venger les droits de l’Église, pourrais-je négliger la vigoureuse argumentation de Bellarmin? Si je veux aller au combat muni d’armes de toute espèce et me promettre une victoire assurée, oublierai-je les livres d’or de Denis Petau, glorieux rempart élevé pour la défense des dogmes catholiques ? De quelque côté que je tourne les yeux, quelque genre de connaissance que je parcoure, je vois des Pères de votre Compagnie qui s’y sont rendus célèbres. »
Tel était le jugement que Ganganelli portait des Jésuites. En 1750, Clément XIII, à la recommandation de Laurent Ricci, Général de la Compagnie, songea à le décorer de la pourpre romaine. Ce fut le P. Andréucci qu’on chargea des informations d’usage. Ce Jésuite les fit si favorables que le Pape n’hésita plus, et que le Cordelier se vit cardinal par le crédit de l’Institut. A Lisbonne, les enfants de Loyola avaient fait nommer Pombal ministre; à Madrid, ils furent les protecteurs de don Manuel de Roda et du cardinal de Solis ; à Rome, ils mettaient Ganganelli sur le chemin de la papauté. Dans un autre temps et avec des esprits moins ardents pour l&s nouveautés sociales dont personne ne prévoyait les douloureuses conséquences, Ganganelli eût fait bénir son nom ; il aurait passé sur le trône pontifical en honorant l’humanité et en faisant aimer l’autorité apostolique. Mais ce caractère, dont la franchise expansive savait avec tant d’art se. servir de la dissimulation comme d’un bouclier impénétrable, n’était pas de trempe à défier les passions. Arrivé au faite des grandeurs, Ganganelli prétendait régner pour la satisfaction de ses songes intimes. Si l’orage qu’il avait cru calmer en temporisant ne l’eût pas poussé au-delà de ses vœux et de ses prévisions, il n’aurait laissé dans les annales de l’Église qu’une mé-
moire dont les partis opposés ne se seraient jamais disputé la glorification ou le blâme. Il n’en fut pas ainsi. Clément XIV avait consenti à faire tout ce que l’opinion dominante et les colères des princes de la maison de Bourbon exigeaient pour rendre à l’Église une paL\ alors impossible. 11 entra dans cette voie, que son électipii ouvrait ; il la parcourut jusqu’au bout plutôt en victime qu’en sacrificateur.
Les premiers jours de son exaltation furent consacrés aux fêtes et aux embrassements. Le peuple, qui se passionne toujours pour un nouveau Pape, se prit à célébrer celui que le Conclave venait d’élire. Les conditions débattues et acceptées restaient un mystère. Quelques esprits prévoyants pressentaient bien que tout n’avait pas dû se passer ^elon les règles ; mais contenus par le respect et par la crainte d’alarmer sans preuves irrécusables la conscience publique, ils se taisaient. Dans ce Pontife, enfant du peuple comme eux, les Romains aimaient à retrouver leur enjouement et leur finesse (1). Ils le saluaient de leurs cris de bonheur. Partout o(i il apparaissait dans son carrosse d’or etde velours, sa bénédiction ne tombait que sur des têtes pieusement inclinées. L’alTection remplaçait le respect. On le croyait clément de fait comme de nom ; chacun se fatigua à le présenter comme l’idéal de ses rêves. On lui fit subir la tyrannie de la popularité; les ambassadeurs se plaisaient à organiser, à soudoyer les applaudissements de la foule jxiur lui per-
(1) On cite encore de lui un jeu de mots qui fit rire tous les Romains, bons appréciateurs de ce genre d'esprit. En allant en grande pompe prendre possession de la basilique de Saint*Jean-de>Latran, Clément XIV tomba de la mule qu'il montait, et U tomba en descendant une rue, voisine du Capitole. C'était de fadieux augure pour l'avenir du pontificat Les cardinaux et les princes qui l'entouraient s'approchent pour le rassurer et pour savoir s'il ne s'est point blessé. Le Pape répondit en souriant: /Von abbiamo fontusione, mo confvnionr» i
CLSMBiT XIV
suader que les habitants du patrimoine de saint Pierre avaient autant de confiance en lui que le reste de l’Europe. Ganganelli ne voulut pas se rappeler que dans les acclamations dont il enivre un Souverain le peuple trouve une garantie de liberté pour les malédictions qu’il tient en réserve. L’enthousiasme et les tendresses des Romains sont aussi variables que leur climat, et dans ces moments de délire paternel ou filial, Pontife et Chrétiens, tous oublièrent cette grave parole du général tiollètta, l’un des écrivains révolutionnaires d’ilalie :
K La popularité et la clémence, dit-il dans son Histoire dn royatmie de ISnples{\.), sont un luxe de rois, tandis que la justice et la fermeté sont les seules mobiles du gouvernement. »
Au milieu des transports de joie dont les citoyens de Rome poursuivent toujoure le nouveau Pontife (2) , Ganganelli était radieux. On lui apprenait combien il est doux d’être Pape; sous le mensonge de cet enthousiasme, il tâcha de ne plus savoir à quelles conditions il l’était devenu. 11 s’imaginait que ses promesses dilatoires, que ses flatteries aux Souverains, que surtout sa bonne volonté en ])aroles lui permettraient de gagner du temps, et (ju’ ainsi il pourrait, à l’aide d’une sage tolérance, arriver à cicatriser les plaies de la Catholicité, sans avoir besoin de frapper la (Compagnie de Jésus. C.ette politique expectante, l]ui entrait si bien dans les vues de
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(t) Storia del rtame di IS’apolii del generale Pielro Coletia, libre sesto, p. 63.
(3) Daus uiir lettre au prélat Ceratit sur la mort (le Benutt XIV, lettre datée (lu 6 mai 1758, Laurent Ganganelli, encore simple cordelicr, s'ci* prime ainsi sur les ITomains : t Le peuple romain, qui s'élére et s'abaisse comme les floU de la Méditerranée et qui roudrait changer de Pape tous les ans, s'applaudit de ce que ceiui>ci, qui en a régné dix-neuf, vient enfin de mourir; mais laissons^lc se livrer & sa joie insensée. A>ant six mois, U sentira son malheur et ils'unira au monde entier pour pleurer son roalhéur.i
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Louis XV, ne convenait pas plus au roi d’Espagne qu'à Cboiseul, à Pombal et à d’ Aranda. Les Philosophes espé- •
raient en Clément XIV. Le roi de Prusse, Frédéric II, était leur maître et leur adepte ; mais Frédéric les connaissait de longue date. 11 disait souvent que, s’il avait une de ses provinces à punir, il la donnerait à gouverner aux Philosophes. 11 voulait récompenser la Silésie; malgré les prières et les menaçants sarcasmes des Enclopédistes, il y maintint les Jésuites. La détermination du roi de Prusse était irrévocable ; d’Alembert cependant l’associait à la joie que l’élection de Clément XIV faisait éprouver aux mcrédules, et le Iti juin 17ti9 il lui mandait (1) : a On dit que le Cordelier Canganelli ne promet pas poires molles à la Société de Jésus, et que saint François d' Assise pourrait bien tuer saint Ignace. 11 me semble que le Saint-Père, tout Cordelier qu’il est, fera uuo grande sottise de casser ainsi son régiment des gardes, par complaisance pour les princes catlioliques. 11 me semble que ce traité ressemble à celui des loups avec les brebis, dont la première condition fut que celles-ci livrassent leurs chiens; on sait comment elles s'en trouvèrent. Quoi qu’il en soit, il sera singulier, Sire, que, tandis que Leurs Majestés très chrétienne, très catholique, très apostolique et très fidèle détruisent les grenadiers du Saint-Siège, votre très hérétique Majesté soit la seule qui les conserve. »
Sous une forme légère, d’Alumbert révèle le dernier mot des Philosophes. Ce dernier mot, c’est la condamnation de Clément XIV, prononcée dans l’intimité par ceux qui, à force d’adulations, essaient de l’entrainer à sa mine. Le Pontife hésitait ; le 7 août de la même année, d’Alembert écrit encore à Frédéric 11 : u Un assure que le Pape Cordelier se fait beaucoup tirer la manche
(!,' Œuvres pkilosop^tiques de d'ÀUmiert, Corre»poadancet U xtiii.
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pour abolir les Jésuites (1). Je n’en suis pas éUmné. Proposer à un Pape de déUniire cette bravMnilice, c’est comme si on proposait à Votre Majesté de licencier son régiment des gardes. »
t’.es aveux si remplis de prévisions révolutionnaires et anticatholiqnes ne se faisaient qu’à; voix basse, on les gardait pour les rêves d’avenir. En face de l’opinion et du Saint-Siège on prenait d’autres allures : on faisait retentir les imputations les plus étranges contre l’Ordre de Jésus ; on l’accusait de saper les trénes et de perdi-e l’Église. Le Roi protestant n’était pas la dupe de ce concert d’animadversions, et, le 8 avril 1770, il répondait à d Alembert (2) : u La Philosophie , encoui'agée dans ce siècle, s’est foncée avec plus de force et de courage que jamais. Quels sont les progrès qu’elle a faits? On a chassé les Jésuites, direz-vous. J’en conviens, mais je vous prouverai, si vous le voulez, que la vanité, des vengeances secrètes, des cabales, enfin l’intérêt ont tout fait. » L’Encyclopédiste ne demanda pas la preuve, elle était surabondante pour lui; mais il n’en continua pas moins, avec ses adhérents de la cour, du ministère, du Parlement et de la littérature, à jouer le double jeu qui leur réussit si bien. <r
Les Philosophes resUieiit dans l’attente ; le Roi d'Espagne se livrait à la joie, car il avait le secret de Ganganclll. Le cardinal de Solis, d’Aranda et Azpuru y étaient initiés; mais on en fit un mystère aux autres secrétaires d État. C est ce qui explique la gradation d’intérêt qui se trouve à chaque page de leur correspondance avec Rome. Rome est devenue, comme au lendemain de certaines exaltations pontificales, le centre où aboutissent les projets, les espérances, les rêves les plus décevants. Chacun bâtit sur le nouveau Pape tout (i) Œuvra pkilotophiqufnUirAlemlKrt, CorrnpondaDcr, t. iriii
(3) Uiiem,
un système de révolution déguisé sous le nom de changements indispensables ou de progrès moral. On recueille ses moindres paroles, on épie son geste le plus indilTérent, on commente son sourire le moins expressif pour en tirer un argument en faveur des idées ou des ambitions que l’on met en avant. Ce n’est pas le Pape que l’on peint, chacun essaie de se peindre en lui. Roda, qui n’a point été appelé aux confidences de son maître et qui ne connaît pas encore l’acte signé par Ganganelli, n’ose pas se livrer à un espoir chimérique.
« Que voulez-vous que je vous dise, écrit-il d'Aranjuez au chevalier d’Azara le 6 juin, sur les nouvelles que j’ai reçues du grand théâtre du Conclave, puisque déjà acta e$t fabula. On a donc dérogé au proverbe : Plus de Sixte- Quint, plus de Franciscains. Tout le monde maintenant sera dans l’attente des premières démarches du nouveau Pape. Nous verrons. Combien de prélats tomberont à terre, et combien d’autres relèveront la tête pour se montrer tout étonnés d’un coup si inattendu. Monsignor Alfani et Guarantello retourneront à leurs bénéfices. Monsignor Macedonio espérera le chapeau, et combien d’autres avec lui. u
Le 13 juin. Roda s’exprime ainsi : « Vous devinez sans doute la joie qui règne ici pour l'élection du Pape. 11 n’en a pas été de même en France. Au moins Fuentès nous écrit-il des lettres empreintes de tristesse et de mauvaise liumeur sur Ganganelli. Nous verrons ce qu’il fera, car c’est là ma règle. Je ne doute poinlqu" Azpuru ne soit l'auteur de tout cela. Dans votre avant dernière lettre vous donniez déjà quelque aperçu. Pour moi je n’ai pas eu plus de part dans son exaltation que dans celle du grand-visir. Mon amitié et ma cx)rrespondance avec lui pendant que j’étais à Rome, et qu'il a voulu continuer par lettres, est certaine et notoire, et ç’aura été la source des bruits qui courent et dont vous me parlez. Vous sa-
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, vez tout ce que j’ai écrit sur ce point. Quoi qu’il en soit, je me réjouis qu’il ait été fait Pape plutôt que beaucoup d’autres à qui l’on pensait. Qu’on le laisse en paix pour ce qui regarde son Ordre et son école, j’espère que pour le reste il sera condescendant, à moins qu’on ne vienne à lui tourner la tête. »
Ceux qui ont le secret du pacte conclu le 16 mai entre Solis et Ganganelli ne cachent pas leur joie; les autres s’inquiètent de cette confiance qui leur paraît reposer sur de vagues assertions. Don Ruys de Campoinanës s'adresse à son tour à Nicolas d’ Azara, et le 18 juillet le célèbre fiscal lui mande « pour ce qui concerne le Pape, je m’en tiens comme vous à l’expérience. Rome et sa cour ont des intérêts très opposés aux nôtres. Par conséquent c’est une erreur de prétendre qu’ils agissent contre ce qui leur est favorable. La plupart de leurs affaires sont comme soutenues et attachées par des épingles; c’est pour cela qu’ils se prévalent de finesse. Notre art devrait consister à ne pas demander chose qui ne fût absolument juste et nécessaire à laquelle le Pape ne pût résister et puis agir avec fermeté. »
Don Joachim d’Osma, le franciscain confesseur, se charge de solliciter, de presser la cause de Palafox ; c’est un moyen que la cour d'Espagne a cru trouver pour frapper au cœur la Compagnie de Jésus. Ses autres adversaires de Madrid lui font une guerre plus ouverte, mais moins acharnée. Le 12 septembre Roda, qui n'a pas l'enthousiasme de la foi en Clément XIV, écrit à Azara : « Ce que j’attends de bon de Rome est si peu de chose que je préfère penser qu’on ne fera rien. Tous écrivent des merveilles du Pape, racontent des conversations intimes qu’ils ont eues avec Sa Sainteté, des témoignages de respect qu'ils en ont reçus; vous seul seinblez ne pas voir de ces belles choses, puisque vous ne m’écrivez rien de semblable. 11 parait que les projets
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dont le Pape s’occupe sont en grand nombre, lie que je voudrais, c’est que les uOtres avançassent un |>eu. »
A peu de semaines d’intervalle Roda gronde; il s’irrite, et le 31 octobre il s’exprime en ces termes à son confident diplomatique de Rome : « Vous êtes heureux eu vérité de rester simple spectateur, de n’avoir pas de rôle dans cette comédie qui, par la force même des choses, devra se terminer en tragédie. La France, qui jusqu’à ce jour a consenti à toutes nos résolutions et a approuvé nos condescendances, commence à s’éloigner de nous, bien persuadée que nous sommes joués, que Rome ne veut autre chose que mener à bon terme ses propres affaires, et le Pape celles de son école, de son ordre, en négligeant, en sacrifiant même nos intérêts communs.
« Les Jésuites profitent de l'occasion, et travaillent sur tous les terrains par eux-mêmes, ou par leurs émissaires. Ils connaissent mieux le Pape et ses ministres que nous ; ils feront en sorte que le Pape n’ait pas la liberté d’agir, ou du moins feigne de ne pas l’avoir, sans s’exposer à un schisme.
« Si mon senliiflent prévalait, on aurait déjà coupé court à toute négociation avec Rome, on aurait mis la main à l’œuvre qui nous importe tant, sans faire aucun ca.s du Pape. Avant de demander, faisons-nous prier plutôt, et qu’ils viennent nous chercher eux-mêmes. »
Le .schisme était en germe dans ces paroles ministérielles. A Rome, ainsi que le dit don Manuel, les ambassadeurs et les Cardinaux du parti des Couronnes avaient établi une Babel : c’était un prodige de confusion, et le 5 décembre, il traduit ain.si sa pensée à Nicolas d’.\zara. «Vous voilà spectateur'en face de ce théâtre où sont représentées les farces les plus ridicules. Regardez et riez, prenez pitié des acteurs qui finiront par se faire siffler. »
Étudiée au point de vue de la diplomatie prenant seé
CLÉJUENT UV
ébata dans ses correspondances intimes, c’est une déplorable chose que Thistoire. Mais afin que les enseignements ne soient perdus ni pour Rome ni pour le monde catholique, nous ne devons rien omettre de ce langage qui s’est peut-être plus d’une fois renouvelé.
Clément XIV avait voulu, à son avènement au trône, renouer des relations diplomatiques avec la Cour de Portugal. Carvalho, marquis de Pombal, fut aussi dur, aussi insultant que les ministres de France et d'Espagne. Le 26 décembre 1769, Roda raconte comment Pombal accueillit la demande du Pontife, et quelles furent les conditions faites : « Sur ce qui regarde la nomination de Monseigneur Conti comme Nonce en Portugal, l’Ambassadeur m’a dit qu’il ne croit pas que ce soit une conséquence que les dülférends se soient arrangés entre cette Cour et celle de Rome, ni que Carv.alho se désiste pour cela de ses engagements. Almada, dès les premières audiences qu’il eut de Sa Sainteté, écrivit que le Pape désirerait avoir un Nonce à Lisbonne ; que Carvalho répondit : Le Portugal ayant son ministre à Rome, il était juste que le Pape eût le sien à Lisbonne; que, sur cette réponse, le Pape envoya la liste dans laquelle il proposait Coiiti en premier lieu, croyant qu’il serait bien accueilli à raison de sou antijésuitisme, et que la réponse faite au Pape fut : Que Sa Sainteté envoie ici celui qui lui plaira davantage; qu’à peine cette réponse parvenue à Rome, on publia l’élection de Conti; qu’il va partir pour le Portugal, où il remplira les fonctions de Ministre du Pape, sera traité avec de grands égards, et agira de ■parfait accord avec le chargé d’alfaires de Paris ; mais (jue tant que la Compagnie de Jésus ne sera pas détruite, all'aire la plus importante de toutes, on laissera les autres de côté. »
Ainsi le salut des ânies, les besoins de l’Église, l’honneur du Pontificat suprême, tout doit passer après la
suppression des Jésuites. C’est le delenda Carthago de ces Gâtons de contrebande qui essayaient leurs armes sur I^nstitut de Loyola, afin de les diriger plus sûrement contre la Papauté. Ils ne détestaient qae le Jésuite, ils ne voulaient frapper que lui ; mais, dans le secret de leurs rêves, le disciple de saint Ignace n’était qu’un moyen. Lorsqu’on 1767, Roda pousse son cri de : guerre aux Jésuites I et qu’il triomphe de l'opération césaréenne faite à la Compagnie, on l’entend dans le post-scriptwn d’une lettre au duc de Choiseul, son ami, s’écrier, le 17 avril : « Succès complet. L’opération n’a rien laissé à désirer. Nous avons tué l’enfant; il ne nous reste plus qu’à en faire autant à la mère, notre sainte Église romaine. »
Ecrases l’infâme I tel était le mot d’ordre que, dans les accès knpies de sa verve bouffonne. Voltaire donnait à ses adeptes. Ce cri de ralliement retentissait au-delà des Pyrénées. Don Manuel de Roda, ministre du Roi catholique, le renvoyait en écho au duc de Cboiseul, ministre du Roi très chrétien, et la Compagnie de Jésus voyait tomber sur elle les coups qu’on dirigeait contre la Religion. Les Pères de l’Institut, proscrits de tous les royaumes gouvernés par des princes de la maison de Rourbon, s’étalent retirés dans le comtat Venaissin. La France les en chassa par les armes. Les Jésuites espagnols, errant sur les mers, trouvaient un refuge en Corse ; le duc de Choiseul s’empara de cette Ue, et il en expulsa ces exilés. Ils ne jouissaient de quelque repos qu'à Rome ; Ganganelli à son tour va leur prouver que la ville éternelle n’est pas toujours un lieu d’asile. Us s’étaient épuisés au service de l'Église, et un Pape leur refusait la sécurité. Lassh non dabatur requiex.
• A peine Clément XIV fut-il élu, que Remis succéda au marquis d’Aubeterre. Ambassadeur de France près le Saint-Siège, et fier de la gratitude officielle que lui lé-
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moigaait le Pape, ce Cardinal croyait partager le fardeau des aiffûres. Par aflectioii pour Clément XIV, ou par un sentiment d’équité en faveur des Jésuites, on le voyait se porter médiateur entre les impatiences espagnoles et les insolences de Pombal. Le Souverain Pontife se montrait bienveillant pour tous, il demandait à étudier mûrement la question ; Demis se chargea d’obtenir des délais. Pendant ce temps, on éloignait du Vatican les Cardinaux qui avaient dirigé les aifaires sous Rezzouico. On isolait Gauganelli, on lui persuadait en le flattant qu’il devait à sa politique de conciUatien, ainsi qu’à sa connaissance des hommes, de gouverner, de tout voir par hii-même. On l’entourait peu à peu de Prélats hostiles à la Société de Jésus, on tendait des pièges à son amour de la paix, on l’amenait à rompre insensiblement avec ceux qui auraient éclairé son équité naturelle.
Ces sourdes manœuvres que, sous la protection de Demis et d’Azpuru, les ambitions ou les haines locales pro|>ageaieDt à l’ombre de la tiare, n’échappèrent point an comte de kaunitz, ambassadeur de Marie-Thérèse, lAi Ift juin 17dt), Kaunitz, au nom de l’Impératrice, se présente à l’audience du Pape. Dans l’intérêt de l’Église, il lui recommande d’avoir égard au vœu de sa Souveraine, qui ne consentira jamais à laisser détruire l’Ordre de Jésus. Clément promet de faire ce qu’il pourra, et deux fois dans quarante jours il refuse de recevoir le Général des Jésuites venant le complimenter pour les fêtes de saint Louis de Gonzague et de saint Ignace.
On ne cessait de répéter au Pape que rien n’avait tant nui aux Jésuites que la bienveillance éclatante dont son prédécesseur les entoura. Une fois assis sur le trâae apostolique, Ganganelli crut devoir tenir une tout autre conduite. II se montra si hostile à la Compagnie, qu’il ne voulut jamais adresser la parole à aucun des Pères ; et lorsqu’il en apercevait quelques-uns se prosterner sur
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soii passage pour recevoir sa béuédiclion, il affectait de détourner Ja tète, il interdit aux ofllciers, aux serviteiu^ du palais tout rapport, toute communication avec les Jésuites. Ces mesures ne désarmaient point les adversaires de l'Institut. Plus elles étaient rigoureuses, plus elles alimentaieut le soupçon üxe et tenace qu’il agissait aiusi par politique. Afin d’arriver au Pontificat suprême. Clément XIV s’était écarté du cbemiii de la vérité. 11 apprenait à ses dépens que les ruses diplomatiques ne laissent au Pape qui les emploie qu’un appui U ompeur. 11 dissimulait pour obtenir des délais; mais de quelque voile qu’il essayât de couvrir ses pensées, il y avait à Rome des yeux pour pénétrer dans cet abîme ; et Azpuru écrivait le 3 juillet au comte d’ Aranda : u Le Pape veut nous jouer ; mais il ne faut pas que le Roi se laisse prendre â ses finesses. Sa haine contre les Jésuites est une véritable supercherie ; c’est pour gagner du temps qu’il emploie toutes ces petites ruses. En attendant il cherche un moyeu honorable iM>ur sauver à tout prix l’existence des Jésuites. Sa Majesté doit donc persister plus que jamais à demander en termes formels la destruction de l’Institut et se refuser à tout arrangement, u Dans un Bref commençant par ces mots : Cœle»tiutn munerum thesauros. Clément XIV, le 12 juillet 17ÜU, areordait des indulgences aux Jésuites missionnaires. 11 disait : u Nous répandons volontiers les tiésors des biens célestes sur ceux que nous savons procurer avec grande ardeiH' le salut des âmes, et par leur vive charité envers Dieu et envers le prochain, et par leur zèle infatigable pour le bien de la Religion. Comme nous comprenons )>armi ces fervents ouvriers dans le champ du Seigneur les Religieux de la Compagnie de Jésus, et ceux surtout que notre bien aimé fils Laurent Ricci a dessein d’envoyer cette année et les années suivantes dans les diverses Provinces pom' y travailler au salut des âmes,
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nous désirons aussi très certainement entretenir et accroître par des faveurs spirituelles la piété et le zèle entreprenant et actif de ces mêmes Religieux. »
A la lecture du Bref accordé selon la coutume et dans la teneur ordinaire, les cours d’Espagne, de Naples et de Parme font entendre les plus vives protestations. Elles réclament contre cet acte, qui n’est pas un témoignage de la bienveillance du Pontife, mais un usage immémorial. Elles s’étonnent que la secrétairerie romaine ait suivi en faveur de la Société de Jésus le protocole adopté. Les Jésuites étaient condamnés au tribunal des Couronnes, ils n’avaient plus de justice, plus même d’indulgence à attendre du Saint-Siège.
Don Manuel de Roda signifie en ces termes , le 15 août, la volonté de Charles lil à Nicolas d’Azara : « On ne saurait croire quelle rumeur a occasionné le Bref du Pape en faveur des Jésuites missionnaires; des copies en ont été répandues, non seulement à Madrid, mais dans toute l’Espagne. Ceux qui pensent bien, se sont indignés et vomissent des injures contre Rome ; mais ceux du tiers-ordre triomphent et poussent avec le Bref le même cri que provoquait la Bulle de la Croisade. Plusieurs ministres voulaient que le conseil suprême le supprimât ; mais on leur a répondu qu’il semblait plus expédient de n’employer que l’insouciance et le mépris, afin que le Pape ait égard à notre modération, et s’engage d’autant plus vigomeusement dans la juste et prompte extinction de la Compagnie. Je tiens pour certain tout ce que vous me dites sur cette affaire, mais je laisse encore courir les choses. Cette transaction ne se fait pas par mes mains, autrement je raccourcirais tellement les limites du temps, que l’on viendrait bientôt à savoir si le Pape procède tout de bon, et si ses ministres agissent avec énergie. »
Clément XIV était débortlé : la trwmtction dont parle
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Uoda ne remuait plus un secret; on allait, à force d'afr fronts, faire expier an Pontife le pacte du iC mai. Gnnganelli cliercliait à s'insinuer dans les bonnes grâces de Gliarles 111 et de Joseph 1''. U déférait à leurs vœax, il exauçait la moindre prière; il suspendait les effets du Bref par lequel son pn’tdécesseur avait excortiinunié le duc de Panne; inaâs ces avances cordiales ne désarmaient point les colères dont la Société de Jésus était l’objet. Le Pa[)e sentit si’bien .sa ])08ition, que ntoins de six mois après son exaltation il écrivit k Ixtuis .W :
U. Quant à ce qui concerne les Jésuites, je ne puis ni blâmer ni anéantir un Institut loué |>ar dix-neuf de mes prédécesseurs. Je le puis d'autant moins qu’il a été confirmé par le sa'mt C.oncile de Trente, et que, selon vos maximes françaises, le C.oncile général est ad dessus du Pape. Si l’on veut, j’assemblerai un Concile général où tout sera discuté avec justice, à'cbarge et à décliarge, dans lequel les Jésuites seront entendus pour se défendre ; car je leur dois, ainsi qu’à tout Ordre religieux, équité et protection. D’ailleurs la Pologne, le roi de Sardaigne et le roi de Prusse même m’ont écrit en leur faveur. Ainsi je ne puis, par leur destruction, contenter quelques princes qu’au mécontentement des autres. » Personnellement Louis XV entrait dans cette idée de justice que le Pontife suggérait. Le Roi de France et le Pape étaient convaincus que l’Église, assemblée en courile, ne sacrifierait jamais la Société de Jésps aux exigences des incrédules. Ainsi Canganelli échappait à la responsabilité du' pacte signé avant son élection. Ce plan .avait l’assentiment de tous les esprits sérieux , mais il n’allait pas .aux emjiorteinents de C'Jiarles lli, à l’insoiKiance de ChoLseul et au voeu des Philosophea. 4.e août 17GP, le ministre de Louis XV faisait part au cardinal de Remis de ses projets ultérieurs ; il le pressait d’en rinir avec la Compagnie de Jésus. Choiseul,
WO ' ClÉMEHT' XIV
dans cette dépAche, disait avec sa légèrtté habituelle :
« Je ne pense pas r 1* qu’il faille confondre la dissolution des Jt^snltes avec les autres objets en contestation, desquels il ne faut pas même parler à présent. Le seul objet actuel est la dissolution. Tous les autres objets s’accommoderont d’eux-mêmes quand il n’y aura plus de Jésuites.
(I 2” Je ])eiise avec le roi d'Espagne que le Pape est faible ou feux : faible, tfttonnant d’opérer ce cpie son esprit, son cneur et ses promesses exigent; faux, èn chercliant à amuser les Couronnes par des espérances trompeuses. Dans les deux cas, les ménagements sont inutiles à son égard; car nous aurons beau le ménager, s'il est faible, il le sera encore davantage quand il verra qu’il n’a rien à'eraindre de nous. S’il est faux, il serait ridicule de lui laisser concevoir l’espérauce que nous sommes-ses diqtes. Ce serait l’être, monsieur le Cardinal, d’attendre que le Saint-Père etlt le rxtnsentemént de tous les princes catholiques pour l’extinction des Jésuites : vous sentes combien cette voie entraîne de longueurs et de difficultés. La cour de Vienne ne donnera son consentement qu’avec des restrictions et une négociation avantageuse. L’Allemagnele donnera avec peine; la Pologne, excitée paria Kussiè, pour nous faire niche, le refusera; la Prusse et la Sardaigne (j’en ai connaissance) en useront de même. ‘Ainsi le Pape ne parviendra sûrement pas à réunir cê consentement de princes, et, quand il nous avance ce préliminaire, il nous traité comme des enfants qui n’ont aucune connaissance des hommes, des affaires et des cours.
« Mais, lorsque le S«int-Père ajoute qu’au consentement des princes il faut ajouter cehii du Clergé, il se moque réellement de nous. Vous savez aussi bien que nous. Monsieur le Cardinal, que ce consentement du Clergé ne pourra se donner dans les formes qu’en assem-
ET tES jtsilTES.
blant un Concile, et que de fait cette assemblée ne peut avoir lieu dans aucun pays catholique, soit par la volonté des princes, soit par celle du Pape ttiGtne.
U Quand je vous al mandé de déclarer au Pape que les ministres du Roi se retireraient, vous sentez que cette menace est comminatoire, et qu’elle doit vous servir pour que le Pape vous prie de rester, et pour qu’il vous engage à écrire au Roi pour rester, et ii vous faire valoir auprès de Sa Sainteté. Je finirai rhisfoire des Jésuites en mettant sous vos yeux un tableau qui, je crois, vdns frappera. Je ne sais s’il a été bien fait dè renvoyer les Jésuites de France et d’Espagne ; ils sont renvoyés de tous les États de la maison de Bourbon. Jé crois qu’il a été encore plus mal fait, ces moines renvoyés, de faire à Rome une démarche d’éclat pour la suppressibn de l’Ordre et d’avertir rRurope de cette démarche. Elle est faite ; R se trouve que les Rois de France, d’Espagne et de Naples sont en giierre onverte contre les Jésuites et leurs partisans. Seront-ils supprimés, ne le seront-ils pas? Les rois l’emporteront-ils? Les Jésuites auront-ils la victoire? Voilà la question qui agite les cabinets et qui est la source des intrigues, des tracasseries, des embarras de toutes les cours catholiques. Eu vérité, l’on ne peut pas voir ce tableau de sang-froid sans en sentir l’indécence ; et, si j’étais ambassadeur à Rome, je serais honteux de voir le P. Ricci l’antagoniste de mon maître. »
Le Général des Jésuites, né k Florence, avait peutêtre droit de se mettre eu opposition avec un prince étranger qui, après avoir banni les Jésuites de son royaume, conspirait pour les faire proscrire des États pontificaux ; mais, à coup «ûr, Ricci n'aurait jamais insulté le fils et l'héritier de son souverain. Ghoiseul n’avait pas craint d’outrager dans ses vertus le Dauphin (1),
(i) On lit dans VRiitoire dé France pendant le dix*hu(tiéme siecCe, t. it,
(j^ue la France pleurait encore, lorsque cet homme d’État adressait à Bernis l’ inconcevable .lettre dont nous venons de citer deux fragments.
. Cette dépêche troublait la quiétude de Clément XIV, elle inquiétait Bernis. Elle lui laissait entrevoir la possibilité d'abandonner son ambassade de Rome, où il s’arrangeait une vie de faste, de plaisirs décents et de bienfaisance artistique. Le Cardinal n’hésita plus. Louis XV sollicitait un ajournement à la haine toujours activé de Charles 111, il l’obtint; mais Bernis, Azpuru, Orsini et les quelques Cardinaux ou Prélats marchant sous leur bannière comprirent que les efforts seraient toujours stériles auprès du Pape tant qu’ils ne l’auraient pas entraîné au-delà de ses intentions les plus secrètes. 11 fallait le prendre pai’ ses idées de justice. On fit surgir procès sur procès contre les Jésuites ; on les attaqua en détail afin de les perdre dans l’esprit du .Pontife qui devait les juger. Clément XIV voyait enfin que sa mansuétude n’était pour lui qu’une décevante illusion, et qu’elle l’exposait aux reproches des Cours. Bernis le consolait
dans ses amertumes ; il avait de douces paroles à verser /
p. H, ptr LacreleUe : t Peodant lei déliaU <ur te* Jtaoites, il (le DiupliiD) lie leola qu'on effort en leur fireur. Il fit remettre lu Roi on mimoire qui exprinuit les pk» vIGi grieb contre le dnc de Choiseul, et rdrélnil ou suppouil ut intrigues arec quelques chefs du Parlenient pour opdrer la dlsulaiion de cette Soeiélé. Le roi eu parut frappé et fit pendant quelques jours un accueil réfère à son ministre. Hais celui-ci fut bientdt instruit par la marquise de Pompsdour des mojem qu'aralent'emplajés contre lui ses enoemis. Il osa se plaindre avec eraportemeut du Dauphin et de set obnseil- Icrs ; il vint trouter ce prince pour lui démontrer la fausseté des déhonrintiont dont il s'était rendu l'organe, et lui porta le défi de la haine en loi adressant ces paroles : t Je pots être condamné nu malheur d'être Toire s sujet, mais je ne serai jamais f otre senlteur. *
Après une telle inaolnice, il est difficile de s'eiptiqaer l'étrange passage de la lettre oé ('.hoiaeul déclare qu'il serait hoateut de soir le P. Ricci l'antagoniste de son maître.
sur ce cœur ulcéré. 11 le conduisait àl’abluie en essayantde couvrir de fleurs le chemin qui y aboutissait. Tandis que Pombal et Choiseul, d’un cété, Monino, Roda, Grimaldi et le duc d’Albe, de l’autre, ne cessaient de presser l’extinction de la Compagnie, l’ambassadeur de France, qui peut-être ne cherchait que des expédients poiir la retarder, engagea le Pape dans une démarche qui allait l’accélérer, (’.harles 111 avait dénoncé au éabinet de Versailles les lenteurs du Cardinal diplomate. II accusait sa bonne foi,'il exigeait son rappel , il menaçait Rome. Beriiis ne trouva qu’un moyen de conjurer cet orage : il supplia le Souverain Pontife d’écrire au roi d’Espagne. Clément XIV, harcelé, vaincu par tant d’obsessions, et espérant y échapper encore, se résigne à demander du temps pour opérer là suppression de l’Inâtitut; mais, en la reconnaissant indispensable, il ajoute que « les membres de cette Compagnie àvaient mérité leur ruine par llnquiéludc de leur esprit et l’audace de leurs menéeâ.»
Le 20 avril 1770 le cardin.al de Bernis se glorifie du coup de m.ittre qu’il a exécuté. Pour rentrer en, grâce auprès de Choiseul et des Plûlosophes, il dit : j< La question n’est pas de savpir si le Pape ne désirerait pas d’éviter la suppression des Jésuites, mais si, d’après les promesses formelles qu’il a faites par écrit au roi d’Esjwgne. Sa Sainteté peut se- dispenser de les exécuter. Cette lettre que je lui ai fait écrire au Roi catholique le lie d’une manière si forte que, à moins que la cour d’Espagne no changeât de sentiment, le Pape est forcé malgré lui d’achever l’ouvrage. 11 n’y à que sur le temps qu’il puisse gagner, quel<iue chose; mais les retardements sont eux-ihèines limités. Sa Sainteté est trop éclairée [M>ur ne pas sentir que, si le roi d'Espagne faisait imprimer la lettre qu’elle lui a écrite, elle serait déshonorée si elle refusait de tenir sa parole et de supprimer une Société de la destruction de laquelle elle a promis
cl£^t XIV
(le comuiuuiquei la }>lau, et dont elle regarde les meiubres (MIOium; dangereux, inquiets et brouillons. »
Clément XIV était lié. Avec son caractère qui fuyait le bruit et qui se serait si heureusement- contenté d'une digne oisiveté sur le trône, on savait qu’un peu plus tôt ou qu'un peu plus tard on le contraindrait à tenir cet engagement solennel. Mais cette ceititude ne suffisait plus à l’activité des Ministies espagnols. Ombrageux et tenaces, toujours en déCauce des autres et d'eux-uiéines, ils se faisaienl un point <f honneur et un titre de glaire de ne pas laisser un débris survivant à l’édifice 'de la Compagnie de Jésus qu’ib ^avaient abattu. Bon Manuel de Roda reprend la plume, et il pousse Azpuru dans la voie que Chailes 111 veut qu’il suive à Rome. Ce prince a écrit à Clément XIV pour presser la destruction des Jésuites. Sa lettre est pleine dé menaces ét d’amertume. Gaugaiielli supplie Azpuru delà tenir secrète; le 15 janvier 1770, Roda lui mande ; u- Quant à ce que vous m’écrivez sur l’obligation (|ui vous a été faite, malgré la prièie que vous adressait le Pape de ne point montrer aux autres Ministres )a letUe de Sa .Majesté ; et quant au jnofoiid chagrin qu’en a ép*-ouvé Sa Sainteté, je réponds :
A votre place, j’aurais gardé le silence. Mais il parait (|ue vous en avez écrit au Père Confesseur ; ce dernier l’a révélé au Roi, et Sa Majesté a. fait éclater une très vive indignation, non contre vous, mais contre le Pape. »
A la même date le P. d’Osma, qui a le secret de (Jrarles 111, écrit du Pardo à Nicolas d'Azara « Votre lettre fait que les gens d’ici se cassent la tète sans frapper sm* le clou. Laissons-les dire puisqu’ils nous laissent faire, et ce sera une Uès boniu; chose si vous dites vôusniéme ce que disent les autres. »
La Cour de Home, ordinairement si habile à déuouér les fils d’une intrigue diplomatique, ne savait que'l'é- < pondre & ce feu croisé de correspondances et de manœu-
ET i£5 J^^TES.
vres. CléuMOi XIY ne dé«olajt, om passait suLitemsut à des mouvements de joie îDexplicable. Pallavicini, sô^ secrétaire d'État, ne se mêlait d'affaires que le moins possible. 11 ne savait que ce qu’on voulait lui fmre savoir ; il ne voyait que les salariés des Ministres étrangers ; et, ancien Nonce à Madrid, il se proyait tenu par la. reconnaissance à servir la cause de (lharles Hl. Le Père commun des fidèles ne recevait que sur jvréscntatiou des .iinbassadeurs. Pour être admis à son audience, il fallait donc se laisser marquer de l'estampille diplomatique, être ennemi (le la Compagniê de Jésus, tout au moins impie ou athée. Bernis avait beau protester de sou zèle contre les enfants de saint Ignace j ce zèle n’était pas assez couronné de succès pour endoinnir les soupçons dn.lloi d’Espagne et des Ministres ; et, le 24 avril 1770, Roda s’explique en ces termes .
« Nos affaires à Rome, écrit- il d’Aranjuez à Azara, sont pour moi un mystère. Voilà pre.sque un au qu’.on parle de la destruction des Jésuites ; ou la donne mèius comme certaine ; mais nous n’en avons vu ici ni le plan ni le dessein tpi’ on avait promis de nous envoyer, afin que l’on sût s’il serait agréé par les Monarques. La Cour de Vienne a déclaré ne pas s’opposer à la suppression ; elle y souscrit même avec plaisir. 11 paraît toutefois qu’ou ignore cela à la Secrétairerie d’État de Rome. Je sais de source certaine que Choiseul est fort irrité contre Bemi.s ■et contre les procédé.s du Saint-Siégo, persuadé qu’il est que tous veulent nous jouer. Le duc de Chjîseul a écrit à l’Ambassadeur de France à Madrid une lettre fulmioaute dont celui-ci a fait usage en disant que Choiseul avait raison. Avec tout cela les Ministres de notre Cour s'en tiennent toujours aux belles paroles et aux promqsws flatteuses.» , * ‘
Chaque année, le Jeudi saint, les Souverains Pontifes promulguaient dmra la Basilique de Saiiit-Piure la Ta-
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nieuse bulle i/i cœna Domini (1). Clément XIV eft ïait>le sacrifice. Cette concession est une marque de’ la faibleste de Ganganelli : il a cédé sur un point essentiel, la diplomatie le salue du titre de grand homme, ttoda écrit d’Aianjue* à AzpUru, 1" mai : « Je reconnais comme digne de tous éloges l’esprit et la vigoureuse fermeté du Pape dans la résolution qu’il a prise d’abolir l’antique usage de la publication de la bulle in cornu Domini. Cet acte m’a paru plus héroïque et plus méritoire en son genre que ne le serait celui de la destruction des Jésuites. J’en ai ressenti un plaisir extrême, pareeque cette Conduite montre quel est le caractère du Pape, son désir de conserver des rapports d’une parfaite harmonie avec les Cours, et sou courage pour accomplir dé grandes choses. Cela fait espérer qu’il remplira ses promesses au sujet des autres affaires, bien que les ennemis du Pape s’effor-
(i) La Balle ht cana Domini tire sou nom du jcadl saint, jour uaqud cHe se promalgoait autrefois. Ouelques auteurs rapportent son origine à Mardn V, en 4430 1 d*autres à CMment V, on m^me à Boniface VIIL Jules 11 lui donna force de loi ; Paul 111 cl Pie V se réscnrèrenl à eux aeuU rabsohiUoB des censures qu’elle contenait, excepté an seul article de la mort. Os censures regardent priiicipalcinenl l'bérésie, la proLeclioa accordée aux hérétiques, la falbilicaüou des Bulles, et àulres lettres apostoliques, les matrrals trailemcnls exei eés contre les Prélats, les entreprises .xunlre la juridiction ecclésiastique, la piraterie, les fournitures d*ames aug Sorrasimt, etc. Grégoire XIII y ajonta l’appel au fdtur Concile. On y lit anisi quelques articles qui louchent aux limUes tk*» deux pouvoirs, consoie la défense d’imposer des tributs snr Us biens de l'Eglise, et qui plus est, de créer de noufeanx impt'ds h, la charge du |>enple. Ce sont surtout ces articles qnl fuient cause des réclamations que là Bulle excita dans presque toutes les cours, et qui la firent n^eter en Espagne, en France et en AUemsgne. Celte opponlkin ailalt toujours croissant Jusqu’à ce qu’enSa Clément XIV en suspeiidit la promnlgatJov, exemple suht par ses socces- ’veurs juM)u'à nos jours. Cependant comme les clauses de ceUc butle exigent une *révocatioD formelle pour eu faire cesser les effets, révooalioa qui u’a jamais eu lieu, les tribunaux et les cnngréguliuirs romaines la supposent toujours en vigueur quant aux dispositions spirituelles.
DigTfizTrrby C.‘>
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cent de le peindre comme un homme timide, irrésolu et de peu de cœur, y . '
Le Sacré Collège ne témoignait pas autant de joie que les Ministres des quatre Cours. Pour lui Ganganelli ne s’élevait point Subitement au rang des héros parceque le Pape venait de commettre une lâcheté. La suppression de la bulle était un avant-coureur des autres concessions. Les C.ardînaux, dont la discrétion dans les affaires de l’Église et de l’État est ;devenue proverbiale, ne craignirent pas de faire éclater leur mécontentement Ils ont pour maxime traditionnelle d’adopter au moins en public la politique des Souverains Pontifes. Clément XIV allait si loin tout d’un coup, qu’ils refusèrent de s’^assoCier à un acte qu’un besoin de vaine popularité ou d’impossible conciliation avait seul pu conseiller. Le 8 mai, daus'la correspondance de Roda avec Azara, on lit : « Je ne m’étonne pas des plaintes, des douleurs du Sacré Collège en voyant la décision prise de ne point publier la bulle in cœna Domini, et cela sans le consenteinent-tles Cardinaux, sans môme les avoir prévenus, fxî Pape a très bien fait, n
On avait semé la discorde entre le Pontife et les Cardinaux ; on l’exploitait au détriment du Saint-Siège. .\près avoir saturé Ganganelli d’éloges imposteurs, les Ministres reprirent leur œuvre de destruction; et, le J7 juillet, Roda mande à d’ Azara : « Nous apprenons de Rome que tout ira an gré de noüe Roi, comme on nous le disait l’an dernier, que la Compagnie de Jésus sera tuée, et que d’autres grandes choses s’accompliront. Nous les espérons, nous y croyons de toute l’ardeur de notre foi, quoique jusqu’à présent nous n’en apercevons aucun indice. » - ^
Quelques jours plus tard, le 31 juillet. Roda esi)èrc encore ; mais ses espérances sont grosses de menaces : « Vous me dites, écrit-il de Saint-Ildephonse à Nicolas
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d'A^ra, qu’à Vièmie, à Florence, à Venise on a plvis fait de démonstrations contre Home depuis un au que nous pendant lés dix années qui ont précédé, La' même cliose est vraie du Portugal, ou Jusqu’à ce jour nous n’avons pas vu un seul de ces édits si noml)reuxj)ul)liés dans le même sens, Nous seuls restops les malus dans la ceinture, sans rien faire, attendant tout notre salut de l’amom' du Pape, qui nous veut l>eaucoup de bien et qui a promis de |daire au Roi en toutes choses. »
Ces flatteries n’ont pas produit l’ effet qpe Roda eu espérait. Le Pape temporise; le Kiinistie espagnol revient à son naturel, et, le 28 août, il s’écrie dans uue lettre à d’Azara : u Oui, vous le dhes très bien ; tout est mystère. Je commence à croire que ce Pontificat passerp* tput entier, et on n’aura fait autre chose que de donuer honiies paroles et courtois saluts à tout le monde. Voilà r pourquoi je m’tdTermis toujours de plu;i en plus dans la pensée que cette occasion est la plus favorable jiour agirpar^uous-mêmes, sans rien demander à Rome, nous contentant d’échanger avec le Pape des compliments, et encore et toujours des- compliments. »
Alors comme aujourd’hui c’était le dernier mot de la diplomatie. Ou voulait bien ramasser au pied de la Chaire de Pierre les verges qui devaient battre les Catholiques ; on essayait de transformer l’autorité du successeur des .Vpôtres eu instrument d’oppression ; mais à la première résistance du Pape ou dédarait déjà qu’on était prêt à agit pai' süi-mèine. Le concours exigé u’ét&it donc qu’une humiliation pour le Saint-Siège. Clément XIV n’osa pas s’en apercevoû’.
La France et fEspagne le laissèrent respirer pendant (pielques mois : néanmoins comme si la persécution de-, vail toujours .s'acharner sur ce vieillard couronné, Pombal et Tauucci repriieut en sous-ceuvre les intrigues dq Choisetil et d’Aranda. Ils n'àvsient pas'l’iasolem^ élé-
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gauce ÿ leurs maîtres ; ils fureut grossiers dans leurs procédés. Ces derniers outrages iiritèreul le peuple romaiu. Le Pape détestait le prestige des cérémonies religieuses, il ne gouvernait qu’à contre-cmur. Le dégoût des hommes lui -faisait prendre les affaires en mépris. Il n'avait pour confidents que deux Religieux de son couvent des Saiuts-Apâtres, Uuontempi et Francesco, qui l’isol^ent sur le trône, afin de pouvoir mieux le domiuei au profit de leur haine monastique et des passious de tous les ministies de la maison des Bourbons. ' Clément XIV écartait du Vatican les Cardipaux et les Princes. Ou lui persuadait qu’il n’avait pas besoin de conseils, ^ , et ou lui interdisait par des flatteries la possibilité d’en " réclamer. Tauucci était l’ennemi personnel du Sainte Siège; pour humilier le Pape qt le peuple romain dans ^cet orgueil d’artiste qui fait une des globes de la ville ^éternelle, le mbiistre napolitain ordonne tout d’un coup de dépouiller te palais Farnëse des marbres qui enri- < cbissent ses galeries. Ou transporte à Naples l'Hercule, le Taureau Farnëse et d’autres monuments. Léopold de Toscane suit l’exemple de Tanucci. 11 enlève la Niobé à la villa Médicis, et, sans tenir compte des doulems de Ganganelli, Princes çt Ministres se coalisent pour jeter à sa vieiUesse tous les aijronts.
A ces sujets de mécontentement intérieur se Joignit la disette, suite inévitable d’une mauvaise administration. Le Pape vit s’évanouir cette popularité dont les pre- ' miers transports avaient été si doux à sou âme. Les Pères de l’Institut pensèrent que cette situation rameuerait le Pontife -à des idées plus justes, et que tous ensemble ils pourraient encore travailler ^ la gloire, de l'Église. Ils étaient si complètement eu ddiprs du mouvement dés, affaires que le P. Garnier, ancien Provincial de Lyon et alors .Vssistant de France par bilérbu, éciir vait à Rome, le 6 mars 1770 : u Les Jésuites savent qu’on
sou
CLÉtiKMT XIV
sollicite leur abolition; mais le Pape garde un secret iini)énétrable sur cette affaire. Il ne voit que leurs ennemis. Ni Cardinaux ni Prélats ne sont appelés au Palais, et n’en approchent que pour-les fonctions publiques, n •Et le 20 juin de la même année le P. Garnier mandait encore à ses frères : « Les Jésuites ne s’aident point ; ils ne savent, ils ne peuvent même s’aider, et les mesures sont bien prises contre eux. Ou répand ici, comme à Paris, le bruit que l’affaire est finie, que le coup est iwrté.
Ce fut dans ce moment que là chute du duc de Choisenl vint ranimer toutes les espérances des amis de la C.ompagnie. Après avoir été, jusqu’à la môrt de madame (le Pompadour, le plus obséquieux courtisan de celte femme, il ne voulait plus saluer en madame du Barry les déplorables caprices de Louis XV. 11 flétrissait celte^'’ courtisane qui le dédaignait. Don Manuel de Roda, qui voit des Jésuites partout, en pressentit dans cette impure intrigue, et, le 9 mai, il fait ainsi part de ses api>réhcnsions à d’Azara : « Nous savons l’affaire de la nouvelle maîtresse de France et quels en ont été les fameux intro- (facteurs, et toutes les autres intrigues. Le pauvre Choiseul se trouve abandonné dé la cour. Tout le reste est Jésuite du quatrième vœu. Ils sont plus puissants à Paris maintenant que jamais. »
C’était ainsi que, dans ce tcmps-là, d^à on accusait les enfants de saint Ignace proscrits de tenir entre leurs , mains les rênes du gouvernement. Le duc de Choiseul fut précipité par son orgueil du faîte des honneurs. Le 2à décembre 1770, il jirit la route de l’exil, et le duc d’ Aiguillon fut appelé à lui succéder. Le nouveau ministre avait toujoure aimé, toujours d.éfeudules Jésuites.
11 arrivait dans un moment opportun ; car le peuple, las des prodigalités de Choiseul, applaudissait à sa disgrâce, tandis que les courtisans, les traitants, les parlemen-
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uirea et les Philosophes regrettaient avec fracas leur protecteur. D'Aiguillon avait des vengeances à exercer contre la cour judiciaire : il la punit en la dissolvant, comme elle-même avait dissous la ^iété de Jésus. Il fut sans pitié pour les magistrats qui s'étaient montrés inexorables pour les Jésuites : il proscrivit les prescripteurs. Mais, dans cette rapide révolution, la main des Pères, depuis longtemps bannis du royaume, ne se fit pas, plus sentir de près que de loin. D' .Aiguillon et le chancelier Mau^ou avaient d’autres vues. Madame du Barry, et c’est un hommage indirect quelle rendit à la vôrtu des Jésuites, madame du Barry ne songeait nullement à reconstruire l’œuvre que sa devancière avait brisée. Cependant à la nouvelle des changements qui s’opèrent dans le ministère et à la cour, le Pape juge que quelques mois de répit lui seront accordés. Louis XV ne voyait plus l’impérieux Ghoiseul lui dicter des ordres; d’ .Aiguillon ne devait lui faire aucune violence sur ce point. Le Roi et le ministre ne demandaient pas mieux que de laisser au Pape sa liberté d’action ; mais il fallait ménager Charles d’Espagne. Afin de le consoler de la di.sgrâce de Cho’useul, d’ Aiguillon consent à faire cau^
. commune avec les •ennemis des Jésuites. pouvoir l’avait tenté. Pour désarmer les méfiances du cabinet de Madrid, il veut lui donner des gages. Charles 111 soupçonnait depuis longtemps le cardinal de Bemis de ti^ deur dans ses poursuites. D’Aiguillon lui en fournil la preuve, en livrant à Pignatelli, comte de Fuentès, aniha.ssadeur d’E.spagne à Paris, les dépêches de 1 anjliessadeur de France à Rome. Quand cette lâcheté fut consommée, Charles 111 et le duc d’ Aiguillon concertèrent . un nouveau jilan de campagne.
Le Pape avait obtenu -un sursis; il crut avoir partie gagnée. Se persuadant que son système d injustice calculée et de mauvais vouloir officiel envers la (.ompagnie
CtÊMElTT XlV
trompait les ennemis 3e l’Institut, il alTocta de lui faire de légAres blessures dans l’intention de le préserrer de la mort, romme Pilate qui faisait battre de verges le Sauveur afin de lui éviter le supplice de la croix, f.ette pensée était si bien enracinée dans son esprit, qu’en 1772 il la révélait à Jean- Charles Vipera, l’une des lumièreside l'Ordre des Franciscains conventuels, l’ancien confrère et l’ami de Ganganelli. Vipera, d’un air consterné, disait au Papé t « Dois-jé croire< très Saint-Pére, ce que la rumeur publique répand partout; c*est que, dans peu de temps, la Société de Jésus sera détruite, £t détruite par un Pontifo sorti de la famille de .saint Frapçoisf — ftassurez-vous; lui répondit Clément XIV avec assurance, non, elle ne sera pis sacrifiée; mais il faut que les Jésuites soient abreuvé^ de douleurs. Vils, veulent être sauvés. »
Ces détails, que nous empruntons aux (iommentaires inédits sur la suppression de la Compagnie,, par le Père de Cordara, indiquent bien que Ganganelli reculait d^evant rdccomplissement de l’teuvre dont il s’était chargé. Sa vie entière se consumait II éluder la fatale jiromesse que le cardinal de Solls lui avait arrachée avant son exaltation. D’un seul trait de plume il pouvaitTccomrer le comtat Venaissin et la principauté de Bénévent ; néanmoins il aimait mieux réster dans la ligne du devoir (jue de rendre à l’Église ses domaines envahis. Il savait que Clément Xlll faisSît payer chaque année aux Jésuites, chassés du Portugal, douze mille écus romains destinés à pourvoir à leur existence. I.c trésor public était obéré, Ganganelli cherchait tous les moyens de le soulager; il voulut cependant qu’,\nge Braschi, administrateur des finances pontificales, continuflt le subside. Lè Pape ne ' témoignait qu’une craiiite, c’était que sa charité envèrs les proscrits de Pombal ne fût connue des ambassadeurs portugais ou espagnols. /
by Gc?Ogle
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Angfi Brascjii, qui, quatre années plus tard, succédera ati pape CJénient sous le nom de Pie VI, garda religieusement le ,secret de cette bienfaisance pontificale. Mms en face des hésitations de Ganganelli et de la disgrâce die Choiseul,le roi d’Espagne ne peut plus contenir son impatience. Roda se charge d’en transmettre l’expression aux plénipotentiaires d’EspJgne près le Saint-Siège; le 2t» janvier 1771 il mande du Pardo à Azpura’:
« Je he doute qias de ce que vous dites, avec tant d'assurance, de la fermeté du Pape dans scs promesses. Je crains pourtant qu’à Paris, à l’occasion de la chute du ministère, on né change de manière de voir au sujet de la de.struction de *la Compagnie, puisqu’il est certain que le parti de la favorite, très dévoué aux Jésuites, est triomphant de la chute de Choiseul et de son cousiii Praslin. Le cardinal de Befnis n’était pas même, lui, ami de Choiseul, et dans le cœur il était tout à fait partisan des Jésuites. Aussi désormais devrons-nous peu compter sur tics services ; tous ceux qu’on a obtenus de lui jusqu’à ce jour ont été attachés à force d’ordres pressants, et grâce à de vives réprimandes. Si la cour de Paris \ient à se refroldir,*et si par hasard eflb s’emploie en faveur des Jésuites, le Pape se trouvera bien embarrassé ; et je ne serais pas étonné de voir encore de nouveau les Jésuites à Paris, et dans le palais même du Roi ' très chrétien. »
l.e 26 mars, Roda qui ne cesse d’écrire pour presser Azpuru et Azara, redoute de voir madame’du Barry prertdre parti en faveur des Jésuites. Celte femme n’osa pas leur faire cette injure, et le Ministre' espagnol put encore espérer. ,
fl Je he doute pas, dit-il à Azpunt,que le Pape maintienne et remplis.se sa parole ; je n’en ai même jamais douté ; mais vous savez ce que sont les Cours. Celle de France se plaignait des relatas, et à présent, quoiqu’elle
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ne montre pas avoir changé d’opinion, on peut craindre. Notre Roi a négligé de fortifier son cousin dans son ancien projet. 11 agit dans ce sens; j’espère que cela arrêtera les cabales qui se midtiplient à la t.oûr de France, parcequ elles craindront de déplaire au Roi d Espagne.
Au reste, il est avéré que les Jésuites ont joué un- grand rôle dans le palais. Comme notre souverain est assez formel, constant, sobre de promesses et très .exact à les accomplir, il n’a pas un seul instant douté du Pape. Les motifs qu’on lui alléguait lui plaisaient, comme vous avez pu le voir par les reconventions faites. ^Depuis que Sa Majesté comprit que la cause des retards avait pour mobile de préparer Sa Sainteté à l’exünction des Jésuites simulUnément avec la cause de notre vénérable Palaftw, le Roi a senti que l’idée était bonne<et il s’est tranquillisé beaucoup. » •
Palafox et les Jésuites, la béatification de l’un, la de^ triiction des autres, tel est le double but que pourstu.t Charles 111 avec un acharnement dont il sermt difBcile de trouver un autre exemple dans l’histoire. D Aranda laisse aux Ministres sous ses ordres le. soin de traduire la pensée d» maître; lui, se contente de l’inspirer.
12 mars, la duBarry et le duc d’ Aiguillon font leur avec (’.harles 111. Ce jour-là Roda rassuré s’explique ainsi avec Azpuru : a 11 est certain.que jusqu’à cette heure il n’y a point eu à Paris de nouvelle manière de voir contraire à nos ardents projets de détru'ire la t,ompagriie ; le Roi de France vient d’affirmer à notre souverain qu’il s’en tenait fermement à sa dernière résolution; qu’il demeurera uni à Sa Majesté dans les instances adressées
au Pape. » . , j'
Ijp. « avril, la haine contre les Jésuites l’emporte dans le cœur de Charles 111 sur le respect qu il affecte de porter à la mémoire de Palafox. Palafox, c est 1 épij gramme et l’intermède jetés dans cette affaire si déplo- T
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rableniPiU conduite. Roda notifie d’Aranjiiez les dispcisitions royales. « Sa Majesté- a aussi éprouvé de la joie dea assurances que vous lui donnez, au sujet du prompt avancement dé la cause de notre vénérable Palafos et. aussi de celles qui regardent l’extinction des Jésuites, affaire que Sa Majesté désire par dessu's toutes les autres. L’empressement avec lequel le Roi soupire après le jour de cette suitpression promise par Sa Sainteté est tel quê chaque mois de retard lui parait un siècle; etj’éprouvèrais moi-môme un grand déplaisir si les peines que sè • doiine le Roi restaient sans effet. »
('.ha([ue courrier apportait tantôt à Thomas Azpi^u, tantôt à Nicolas d’Azara des supplications ou des menaces. Iâi ténacité espagnole était aux prises javec la lenteur romaine qui, chez Ganganelli, se compliquait d’un remords. Le h juin 1771, C.harles III lui fait plus explicitement que jamais rappeler cette promesse qu’on l’accuse d’oublier. Azpuru, devenu évêque, convoite la’ pourpre. 11 a des ménagements pour le Pape, des circonlocutions et des échappatoires afin' de forcer Charles ' ’■ d’Espagne à une inaction impossible avec son caractère.
Le prince ordonne à Roda d’écrire à Azpuru et de gour- * mander d’un seul coup les irrésolutions du Vatican et l’apathie de l’ambassadeur espagnol. Roda obéit :
« Je crois, dit-il,. qu’etltre souverains il ne s’est jamais vu de négociation telle que celle relative k l’extinction des Jésuites. Tous les princes de la maison de Bourbon l’avaient demandée au Pape. Sa Sainteté l’oITrit rondement, sans aucune condition, et elle promit de le faife bientôt. Puis après elle a mis des conditions ; mais louteil se .sont aplanies. Le Pape a renouvelé ses promesses, assurant toujours qu’il les réaliser.àit bientôt ; mais ce cas n’arrive jamais, et on n’en voit même aucun signe. Je surs vr.aiment étonné de ce que le ministre de notre cour ne manque jamais de phrases eV de circonlocutions pour
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Mo^sxépéier toujours 1^ nrêiiie «h^se dans chacune de S63 Icllres^ et. cela sans honte, sanarien conclure, exagé- 1 aiU la sécurité et ht certitude dès paroles du Pape. ».
Üe grave Charles 111 .â fait alliance avec madame du Barrj. l^ouis XV est rentré sous un joug humiliant; ses anibassadeurs et oeux. de-Naplés ont été mis aux ordres (Je l'Espagne; Roda, écrivant de l’Escurial à Azpuru, le 5 octobre 1771,(iQnstate le fait en chargeant ce dernier de féliciter les Caidinaux de Beruis et Orsini :
« Le. Roi,. ainsi parle Roda, est très content de la promptitude* que vous avez mise à exécuter l’ordre qu’il vous avait intimé de renouveler ses instances sur la si ardemment désirée suppression des Jésuites. ll.atémoiaussi sa satisfaction pour l’ayis que vous ayez donné aux déux Cardinaux de pousser l’ affaire de leur côté avec aveé la même diligence, au nom de leurs Cours respectives. Sa .Majesté attend avec une profonde inquiétude la réponse que fçra Sa Sainteté i votre Mémoire et aux instances des.deux Cardinaux. »
'Ce .Mémoire^ dont nous avons 1‘ original entre les mains, lie produ'isit et ne devait pfodniré aucun effet. Il parle de' justice et de salut pour. l’Église, tout en exigeant la (lestruction dp la C.ompagnie de Jésus. Ganganelli était plus avancé que l’évêque Azpurp. Il n’ignorait pas que ce n’était point dans l’espérance d’arriver à être plus étpiitables et plus dévoués à la Chaire de Plërre que les Cours Je soumettaient à la torturé ; il garda donc le silence.
« Peu importe, disait le'Mjnistre espagnol à l’Ambassadeur dans sa dépêche du 10 octobre, peu importe que le Pape ne réponde pas au Mémoire quç vous lui avez présenté pour la suppression ; il suffit qu’il y pense, et qu’il ’ l'exécute aussitôt expiré le terme par lui fixé. Cependant, pour la satisfaction du Roi, il serait bon que le Saint- Père répondjt. Je ne saurais vous exprimer le désir (jue montre Sa Majesté de voir cette affaire arriver à son
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terme ; elle la considère comme U'uno extrême ijnportance,' £n tittèndant elle se contente des ëspérances et des assurances que lç.Pape lui donne du prochain nf?; coniplissenjeiit de ses promesses, d . • • V vJ. . ' .
Ce Roda, dont chaq^ue trqit plante trahit tuie colère intérieure, va sans ce^ d’.^puru h .K'iad, comme pour stimuler leur zèle, que semble attiédir Tatmoçphérq ro-. maine.. Azara reçoit de lujj à.ia date dn 24 déçetnhre, une lettre ainsi conçue ; k Je. ne vois pas que nos affaires avancent ; ét cependant nous devons erpirc qu’eHes vont bien, L’i^aire de Palafox commencé à s’emhroùpler. <Jn nous demande un million de 'documents. . On^ attribue tout cela, k un certain Ferez,’ Trihit^’re, qiiu paraît avpbi donné un vote maticieu.x, Il s’agit m'ainteii^t de- le. lui faire payèr. Mais en attendant cTesC 1^ cause -^i en. souffre, et le Pape aussi, qui a fixé ce tehne î la siipprçssion de la Compagnie'. Ce sera un nouveau p^tçxte' pour lui de retarder l’aGcoitqtlissëip^t dé ses promesses tant de fois renouvelées. » '
C’était, le succès de la force qui se préparait contre la conscience publique. La conscience ppbllqne.flt comiue font toujours les bonnètes gens4 .eDe.se laissa gâjrotter, dans de timides bienséances.* Lés ^urbons se hâtaient de mener à bonne fin sur' la Compagnie de Jésus çettç opération c^saréenne qu’ils n’avmest obeorè tent^ qtt’çn partie. Les adversaires de l’Institut possèdent ïa puisr sance et l’audace, ils en usent; et ce ,qiç suirrendra éteruellement les esprits qui réfléchissent, ce ne sera pas cette audace, mais le silence gardé par le? ^é.suites. au milieu de cette crise. On 1^ riches 4iu-Klel4 de toute mesure ; on a prétendu qu'ils entassaient des tré-,. sprs incalculables sur chaque point du globe. Dans Jeure Missions, en Espagne, eu France, k Rome, partout, ils exercent, dit-on, une mimique influence sur les hommes qui les approchent j ds disposent de moyens inconnus
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l>mir arrlvnrji Ipups fins; le Sacré Collège, la prélature, les princes romains sont des séides qui marchent ou s'arr'étéiit ail signal donné. La Société de Jésu^ a entre les mains mille leviefs pour battre en brèche ses ennemis, etdtins cette complication d'événements, à travers ces correspondancèâ secrètes où tout se dit, dans le pèlemèle dç ces pamphlets et de ces dépêches ofiicielles où Ja calomnie se met si parfaltemenf à F aise, on ne rencontre aucun actè de résistance de la part des Pères. Ils sont assaillis de-toûs côtés comme' Une place qui commence i être démantelée, et ils restent dans l’inaction.
Si jamais occasion s’ est présentée de fairfe usage de leur, influence et de leurs richesses, c’est à coup sûr Ta plus'favorable, la seule qui ferait excuser l’intrigue. Eux qui savent tout, ils doivent connaître le faible de leiirs liersécuteurs; et il n’y a pas une trace de séduction ou (te corruption mise à nu. On les accuse d’être de moitié (Tans* le seçrèt des familles, d’avoir une oreille et un œil ouverts sur tous les mystères de la vie privée ou de la vie publique, et ils n’ont pas l’art de pénétrer les trames qu’on ourdit contre eux. Les ministres et les ambassadeurs de la maison de Bourbon sont en guerre permanente entre eux. La jalousie a semé la haine dans le camp ennemi. Choiseul méprise Pombal ; d’Aranda est accusé par Grimaldl; Azpuru dénonce Uoda; Monino accuse Axara ; Bernis ne cesse de se plaindre de Tanucci ; et les Jésuites ne îhercheut pas à profiter de ces mésintelligences. Le Sacré Collège est en défiance de Clément XIV, et ils ne prennent même pas parti pour leurs défenseurs contre le Souverain Pontife. On ne les voit point essayer de forcer les portes du Vatican ou du Quirinal. Ils n’aglsBcnt auprès d’aucun de ces diplomates dont le luxe a si souvent besoin d’aunuinès ; ils ne soudoient personne, Pt la cause en est bien simple. Elle se trouve dans une lettre du CénéVal dé l’Institut: Le P. Ricci s’âdres.se à
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tous ses frères, il leur parle à coéar ouvect. Tandis qfi’on dcçuse les Maisons des Jèsùites de regorger d’or,' voilà à quelle pénuiie ils étalent réduits, treize années avapt leur suppression à Rome, lorsque les mille voix des Philosophes, des Gouvernants et des.Jânsénistes les proclamaient les maîtres du monde, ]es dispensateurs de tonte grâce. Alors la Compagnie de Jésus subsistait encore dans k Royàtone très Chrétien, en Espagne, en- Allemagne, en Italie et au-delà des mers. Elle n’avait à nourrir que les exilés dont le marquis de Pombal ne put pas faû.re des prisonniers ou des martyrs ; ce.surcroit de dépenses était pour elle ifn cas denrine imminente. Le 20 décembre 1700, Ricci 'peint en ces termes aux Provinciaux la détresse dans laquelle- la Compagnie est plongée.
« L’arrivée de nos Pères et Frères du Portugal dans les villes- des États du Pape m’oblige de prendre conseil de Votre Révérence, ainsi que de tous les autres Prpvinciau\.-Leur manière de v'iv re, il est vrai, est ai confonnc à celle qui convient à des Religieux que je me sens très' soulagé dans ce qui doit être, avant tout, l’objet dè ma sollicitude, je veux dire la fidèle observance des règles. Mais ce qui ip’adlige profondément; C’est qué^ je iie vok aucun moyen de leur procurer l’argent nécessaire à leurij liesoins les plus indispensables. Déjà. neuf cçnts-opt .été déportés ici ; nous pensops qu’ils serqm suivis de beau-', coup d’autres, de cçuirqui ?e frouvaiewt dans le.MaraVa, à Goa et dans les autres contrées de l’Asie. Je les entretiens économiquement sans doute, comme le’comporte notre manière de vivre., mais toutefois, sans qu’ils manquent du nécessaire, quant à ce qui tdilche la nourriture, le vêtemept, l’iKibitation. C’était un devoir que nous dictait la justice, la charité,' la coinmisératioii, la - .tendre piété envers des enfants, .des frères abandonnés' et manquant de tout; et* c’est ainsi qu’il- convient que BOUS les sustentions, jusqu’à ce que la. divine Prov i-
iib clément hv ^
iîenoç eij disposa autrément. Cependant 1* entretien c^e tant d’horiimes, àdapté àux règles dè notre vie comrâune, «Quoique éconômi(lue, entraîne 3e grandes dépenses, qui dureront tant qu’il plaira à Dieu, et nous u’ivons pas de fonds, qui nous procurent des ressources suffisantes. Plût au ciêl quil'eùt ètô permis de partager nos chers Portugais .entre toutes les Provinces! sans doute qu'on aurait pù facilement alors lés entretenir! niais il a plu au Seigneuf de les concentrer dans un seul pays. Assez peu vaste du reste, et qui, évidemment pour cette raison, nécessité des 'dépenseè bien plus grandes encore. ’ ' ’ > ’ '
«'Ainsi', puisque ToWigation est faite à la Compagnie tout entière d’alihienter nos frères du Portugal e.\ilés et "J)riViés de toute resàource, il' reste à chercher les fnoyèn^s les’ pins opportuns d'accomplir ce devoir. Je n’i^iore pas l’état de pénurie dans lequel se trouvent prèsque toutes les Provîncês, les dettes considérables dont sont grevés la plupart des Collèges, en un mot tout ce que les malheurs des temps viennent ajouter à la p'aftvrclé générale.' Cependant^ après y a\ oir longtemps et beaùcmip rélléchl â'wunc incrbyable'douleur, je me disais i Que ferai-je, puisque c’est là l'unique moyen? Que dèriendront cnoîfetnos règles de vie comïhuhé', si, lihrcetpie nous sommes très pauvfes, nous he pouvons plus sitbvèniT auX' besoin» de la yiç; tèlle que nos usages l’ont étàblie pahnl àbhsŸ Kt si Jamais parnii nOuS la Vie èbmmune vient 'à rccèv oir quelque atteinte (Ce dont nous préserve le ciell') t’eh est fait dé nolrc'lnstitnt, qui en tire siA principale 'acliohj c’èn est fait de nos niînistètes désormais consacrés, nOn plus au salut des âmes, non phis à îa gloifè dè Dfeu, mais aux lucres de ce mondé. Bt voilà le làotif qui me Rit hésltèr dé tfrargêr' IA CûrojSagftïê de defUfe h'ô’pvfellès pont lés ahÀèes“qài vié'ndfom, éè 4fUé j'iK éft éKllj^é ’dê ffiir'é