‹ Clement 14. et les jesuitesChapitre 12 sur 22 · I- • Googk · texte numérisé non relu

I- • Googk

ET lES JÉSÇms, sii

année; peu if peu ces ‘dettes ^ accumukraient d’une manière effrayante, et elles amenèfaîent pour tou’s cette détresse imminentè dopt j’ai parlé tout à l’heure. Il eîi est qui conseillent de demander la faculté de recetôir des auménes pour les tant ipie siibsistdi'a le cas

de nécessité; mms ce moyeh suggéré ferait aussi une profonde blessureà notre Institut ; la pensée de lui porter ce rude coup m’efira}è..B!u reste, songeons aux accusations sans nombre iqui en résulteraient' dans ces temps où toute l’Europe, comme inondée de livres dictés par le mensonge, retentit de, discours "inspirés par la calomnie. . ■ ' ' ‘ 1 *• . .

« Enfin autre chose est la faculté de recevoir des aumé^ nés, autre chose est de les (fouvér. .Te passe sbus Silêhce d’autres difficultés réelles à ce prajet, et qui se présenteront peut-être à la pen^ de qui considérera .sérieUsonlent la chose. Ainsi donc, botte à ces angois^s dont je ressens le poids accablant bien, plus qUe tons autres, je demande rin conseil ÿ chaèun dé vous. A cause de la nature importante de cètte affaire, que Vôtre Révérence veuille d’abord y penser 'devant l)ieu et la técommander aux prières des -autres ; tpi* elle l’examine sérieusement elle-même ; ehsüite ^if éllé k discuté Avec des hommes d’une haute' prudence, avêî les Pères lés plus attachés à notre Institut et à la.vie religieuré ; cnflii qu’elle m’envoie pdf èdrit, soft' sentiment et cdui dék autres. Que tous se mettent à prier avec ardeur; qû’fls conjurent ce Dieu dont la bonté "liüuh-it les knimaux, de venir au secours de notre Indigence et de celle de nos frères; qu’il nous accorde, nofi déS richesses, mais les choses nécessaires A notre existence r oui, qu’il nous apptenne A chérir la. pauvreté de Jésus-Christ ; mais qu’il écarte de nous cotte disette qui nous pculeralt â dérier de nos très saintes règles. »

DeuV Abs plus tard, la nrisèrè kè fait plus durement

3t2 u.Êiik>ii Ai>

sçiiliF encore ; le Pape intervient, et voici de quelle manière. Le 3 septembre 1762, le Général de la Gomj)agnie nodtie les dispositions suivantes aux Provinciaux d’Ilalie :

O Ayant bumblemeut représenté au Saitrt-Père Clément XIII les grandes misères dans lesqueHès se trouvent presque toutes les provinces de la Compagnie, et d'une autre part la, nécessité de concourir au Inaiotiea de nos Pères et Frères du Portugal, Sa Sainteté a daigné nous accorder pour cinq ans, par re.scrit du 27 juillet 1762, la faculté d’employer au susdit maintien les ventes et produits des seuls legs pieux qui sont laissés à nos maisons et Collèges, pour l’érection d'églises, cliàpeUes et autels, pour le bâtiment des maisons, pour l’ornement des églises, pour pourvoir aux objets sacrés tels qu’ argenterie ou autres, qui appartiennent plutôt à la magnificence et â l’embellisSement qu’à la nécessité. Sa Sainteté veut en même temps que l’on accomplisse entièrement toutes les obligations de messes, suffrages et autres œuvres enjointes parles bienfaiteurs, ^’en donne avis à Votre Révérence afin qu’elle puisse en faire usage. Je lui recommande cependant avec le plus grand soin de tenir très secrète une telle faculté et d’en user avec toutes les précautions; et cela pour le seul motif de l’abus que la méchanceté ferait aujourd’hui contre nous de ces concessions les plus justifiées et les plus légitimes. » . • •

En présence de pareils documents, on comprend 'que les négociations entamées contre les fils de saint Ignace doivent, aboutir à un terme prochain. Us ne se défendaient que par la |uière, pai' l’obéiilsauce et la pauvreté volontaire, on les attaquait à outrance, avec toutes sortes (l’armes ; la victoire ne poq\ ait pas réster longtemps indécise. Le trépas d’Azpuru, qui mourait de désespoir en voyant chaque Consistoire ajouriiei; sa promotion au

ET Uü> JÉSUITE».

cardinalat, bâta la destructiou des Jésuites. Aiusi que le duc de ('.beiseul, le comte d’ Aranda allait bientôt succouibei\ à Madrid sous une intrigue de cour. Ln des derniers actes de ce ministre ebcore tout puissant fut d'envoyer à Uome François Honino avec le titre d’ambassadeur d'Kspâgne. ('.et homme d'État, ancien avocat des Jésuites, et qui a rendu célèbre dans l’histoire de la Péninsule le nom du comte de Florida-Blanca, ne savait pas par expérience les funestes résultats des révolutions. Il les secondait sans prévoir qu’un jour il deviendrait l’un de leurs plus constants adversaires.

Le 26 mai 1772, Roda, qui se plaint de la méfiance dont il est l’objet à la cour de Charles III, annonce le départ du nouveau diplomate à son confident ordinaire : a Moninoest en route pour sa destination, et, malgré le regret que vous en éprouvez, je crois que" vous vous trouverez mieux qu’ auparavant Moniuo a de belles manières, un caractère doux et du t.ilent. C’est bien dommage qu’il se laisse gouverner par des meneurs et par des intrigants. J’ignore quelles iastructions il a reçues. Vous savez que j^ n’ai aucune ]>art à sa nomination. Depuis quelque temps je ne m'occupe que de ce qui se rattache â mes fondions, parceque je vois qu'on ne veut pas autre chose, ce.qui tourne à mon profit. Plût à Dieu que dans ma secrélairerie d'État il n’y eût rien à démêler avec Rome 1 »

Moniuo n’en disait pas autant. Dans toute la foroe de l’àge et des liassions ambitieuses, il se dévouait au prince qui l’avait tiré de l’obscurité {Kiur mettre scs talents en lumière. Il épousait sa querelle comme un moyen de fortune. Il arriva à Rome bien décidé à hiire fiécliir devant sa téméraire ojiiniâUeté les dernières résistances du Pontife. Clément \1V le savait'intfaitable ; il ii’lgnorait pas que le duc d’ .Aiguillon avait enjoint au cardinal de Bernis de ^cooder en tout et partout les mesures

S1& cttiiDsirr xtv

qûe Flonda-BÎAiiwi croirait utile de prescrire. La yerntt de ce négociateur entreprenant paralysait les temporisations du Cardinal, elle frappait de Aupeur le Souverain Poutifc. L’audace pleine de jactance espagnole de Flortda-Blancà le consternait : sous son influence il ne sut tpie trembler et se plaindre de la torture qu’on lui faisait subir.'

L'ambassadeur de Charles HI avait intimidé ou séduit k prit d’or les serviteurs du Pape : il le dominait par la crainte ; et, quand Clément XIV suppliant sollicitait un nouveau délai ; ffon, Saint-Père (1), s’écriait-il. C’est en arrachant la racine d’une dent qu’on fait cesser la douleur. Par les .entrailles de Jésus-Christ, je conjure Votre Sainteté de voir en ’moi un homme plein d’amour pour la paix ; mais craignez que le Roi mon maître n’approuve le projet adopté par plus d’une cour, celui de supprimer tous les Ordres religieux. Si vous voulez les sauver, ne confondèz pas leur cause avec celle des Jésuites. — Ah ! reprenait Ganganelli, je le sais dèpüW longtemps, c’est ja qu’on en veut venirf On prétend plus encore : la ruine de la Religion catholique, le schisme, l’hérésie peut-être, voilà la secrète pensée des j)rinces. » Après avoir laissé échapper ces plaintes douloureuses, il essayait sur Florida-Blanca la séduction d’une coilfidence amicale et d’une douce naïveté. L’objet de tant de soins y résistait avec une inflexibilité stoïque. Forcé de renoncer à cette ressource. Clément cherchait à" éveiller la p'ilié de son juge : il parlait de sa santé, et l'Espagnol laissait percer une incrédulité si désespérante que le malheureux Ganganelli, rejetant en arrière une partie de ses vêtements, lui montra un jour ses bras nus couverts d’une éruption dartreuse. Tels étaient les

‘ (1) OépOdic (le Kloridi-Bltnca au maryuit deGrimaldi, 16 juillet 1773. nittélre it là iflîrfe tk» far le èoiine té StiakPrinl, p. iSij.

et’ies JÉsrrrEs. 315

moyens employés par le Pape pour fléchir l’agent’ de Charles III. C’est ainsi qu’il lui demandait la vie.

Le "Vatican étonné voyait chaque jour se renouveler de pareilles scènes sous sès voûtes, où tant d^ Pontifes, Gers de leur dignité ef de leur bon droit, avaient tenu tète apx ùionarques les plus absolus. Le temps où Innocent III écrivait (1)’: « Nous avons des sentiments invariables, une résolution que rien ne peut ébranler. Ni les dons, ni les prières, ni l’amour, ni la haine ne nous détourneront du droit chemin; » ce temps était passé. Ganganelli ne disait pas comme ce grand Pape (2) : « Ce qui n’est pas valable en vertu de la loi, nous ne pouvons pas l’approuver pour complaire & des sollicitations royales. 'Afin de nous montrer complaisant,, il ne nous est pas permis d’employer deux poids et deux mesures et d’offenser, poul- un roi de la terre, lé Roi des cieux.n

Cjément XIV s’annihilait sous "l’insulté. Florida- Blanca s’était imposé la mission de’ dompter les scrupules du vicaire de Jésus-Christ et de le condamner à une iniquité raisonnée. Remis se taisait ; mais devant ce vieillard à la frêle stature se dressait à chaque heure l’Espagnol au port majestueux. Florida semblait l’écraser de toute sa force physique. Implacable comme la flitalitê, il poursuivait sa victime- de détour èn détour, et ne lui acQordait aucun repos. En lisçint cette persécution inouïe, en l’étudiant dans ses plus minutieux détails, on n’a plus besoin de chercher quel fut le meurtrier de Clément XIV, s’il en eut un. Ganganelli n’e.st pas mort sons le poison des Jésuites ; il a été tué pat lès violences de Florida-Blanca.

Che Seule fois cependant le malheureux Pontife recouvra, dans l’indignation de son âme, un reste d’éneiyçie. Le plénipotentiaire espagnol lui faisait ce jour-lâ entre-

31() (XÉUENT MV

voir qu’en échange de la bulle de suppression les couronnes de France et de Naples s’empresseraient derendre au3iége apostolique les villes d’Avignon et de Bénévent, séquestrées par elles. Ganganelli se rappela enfin qu’il était le prêtre du Dieu qui chassait du temple les vendeurs, et il s’écria : « Apprenez qu’un Pape gouverne les âmes, et n’en trafique pas. » Ce fut son dernier éclûr de courage. Le Souverain Pontife tomba affaissé sous cet élan de dignité. Depuis ce moment il ne se releva que pour mourir. *

De tous les princes catholiques ayant alors une prépondérance réelle en Europe, Marie-Thérèse d’Autriche était la seule qui s’opposait avec efficacité aux désirs de. Charles 111 et au vœu le plus cher des Encyclopédistes.

Le roi de Pologne, les électeurs de Bavière, de Trèves, de Cologne, de Mayence, l’électeur palatin, les cantons suisses, Venise et la république de Gênes s’unissaient à la cour de Vienne pour s’opposer à la destruction de la Compagnie. Charles-Emmanuel, roi de Sardaigne et de Piémont, ne s’était pas, durant son règne, montré trop bienveillant à l’égard de la Compagnie ; mais il avait une ‘ rare pénétration d’esprit çt un vif amour de la justice.

En présence des intrigues ourdies contrôles Jésuites,. le Roi pressent que c’est plus loin et plus haut que doivent jiôrter les coups dont on cherche à accabler l’Ordre de saint Ignace. A partir de ce jour, il devient son protecteur. La mort ne lui laissa pas le temps de protester jusqu’au bout. Son fils, Victor-.Vmédée, était marié à la sœur du roi d’Espagne. Des alliances de famille Tunissaicnt à la cour de France. Il aimait sincèrement les Jésuites; mais enfin ou obtint sa neutralité, llestait l’Impératrice. Charles 111 se lit lui-mélne auprès de Marie- Thérèse l’interprète de ses tourments : il la supplia de lui accorder cette satisfaction. L’empereur Joseph II, fils . de cette princesse, n’avait pour le$ Jésuites ni haine ni

ET LES JÊSTITES,

affection; mais il convoitait leurs richesses. Il promit de décider sa mère si on lui garantissait la propriété des biens de l'Ordre. Les Bourbons ratifièrent ce marché, et l’Impératrice céda en pleurant aux avides importunités de son fils. (1)

Le Pape avait espéré peut-être que Marie-Thérèse résisterait plus longtemps, et que, femme pleine de courage et de vertus, elle compatirait à ses douleurs comme homme, à ses anxiétés comme Souverain Pontife. Cette dernière chance lui était enlevée. Clément XIV n’avait plus qu’à courber la tête : il se résigna à subir la loi qu’il avait faite. Quand l’infortuné vieillard en eut pris son

(I) Le coorenüonnel abbé Grégoire, à la page 170 de son fli$to\re <U$ (onfesieun des rois, ne raconte pas ainsi cette transaction; il dit : c Lors du premier partage de la Pologne, en 1773, l'impératrice Marie-'niéWse consulta son confesseur, le Père Jésuite Parfaamer, sur la justice d'une opération où elle était co-parlageante. Il crut devoir à ce sujet consulter ses supérieurs, et il éeriTil à Rome. Wilseck, ministre d'Autriche pris la cour romaine, qui soupçonna cette correspondance, parvînt ù se procurer une copie de la i^tre de Parhamer et l'eoroya sur-le-cbamp k Marie»T1iérèse. Dès ce moment, elle u'iiésita plus & faire cause commune arec les goitver» oemenU qui sollicitaient auprès de Clément XIV l'abolition de la Société jésuitique. »

Grégoire n'a pas iuventé ce récit, Il l'a copié à la page 152 du CatechUmo dei Geitàti ; mais il a pourtant asseï de conscience pour réprouver celle que le comte de Gorenl publia en 1793, dans le deuxième volume, page 59, de scs Mémoiret $€cret$ des gouveniements. Dans cet ouvrage, dont la date seule de la publication est presque une bonté, Gorani prétend que ce n'élait point une simple lettre qui fut sabie à Rome, mais la confession générale de Marie-Thérèse, que son confesseur faisait passer au Général de l'Ordre. Charles III, ajoulc-t-il, se l'étant procurée, la transmit ù l'Impératrice, pour la décider à faire supprimer les Jésuites.

L'abbé Grégoire a luhmémc flétri celle fable. Nous dédaignons donc de nous y arrêter, mais la version adoptée per le Conventionnel n'a pas un fondement plus solide. Kl c pèche par la base, car jamais le P. Parhamer ne fut confesseur de Marie-Thérèse. Il avait été celui de son époux, l'empereur François I*% et, avant comme après la suppressiou, il resta toujours k Vienne dans la faveur de cette princesse et de Joseph II, son fils.

318 CXÉMENT av

parti, il laissa les Jésuites devenir la proie de leurs ennemis. Tout était d’avance combiné pour ce jour ai impatiemment attendu. Afin de motiver la destruction d’un Ordre dontTftglise avait si souvent exalté les services, on es.saya de le déconsidérer en lui intentant des procès que les juges étaient disposés à lui faire perdre, sous quelque prétexte que ce fût. Le Napolitain Alfani, un de ces monsignori laïques qui n’ont rien de commqn que l’habit avec le sacerdoce, était le magistrat délégué pour condamner les Jésuites. On leur suscita tant de chiçanes, on essaya si bien de leur persuader qu’il n’y avait plus à Rome de justice pour eux, qu’ils ne crurent pas devoir prendre la peine de se défendre. Le 19 janvier 1773 le P. Garnier constatait ce découragement, né de l'impuissance de leurs efforts. 11 écrivait : « Vous demandez pourquoi les Jésuites ne se justifient pas : ils ne peuvent rien ici. Toutes les avenues, soit médiates, soit immédiates, sont absolument fermées, murées et contre-murées. 11 ne leur est pas possible de faire panenir le moindre mémoire. Personne ici ne pourrait se charger de le présenter. »

Quelques exemples de cette iniquité réfléchie, arrachés aux dossiers de tant d’incompréhensibles procès, feront juger des moyens mis en jeu. Un Prélat, frère du Jésuite Pizani, était mort vers cette époque. Le Jésuite ne pouvait pas liériter. Un autre de ses frères, chevalier de Malte, lui écrit pour le prier de veiller à ses intérêts. A peine est-il de retour à Rome que la cupidité et les ennemis de l’Institut lui font naître l’idée que le Père a détourné à son profit une partie de la succession. Elle aurait dû être commune si les vœux du Jésuite n’y eussent mis obstacle. I.s Maltais dépose un mémorial aux pieds du Pape. Clément XIV donne Onuphre Alfani pour unique juge aux deux frères. Il procédera par voie économique, c’est à dire il ne rendra compte qu’au Pape de

ET JLES JÉSCITE5. 319

ses opérations, (.e Jésuite n’avait pas fait établir un inventaire juridique, mais il possédait assez de titres légaux pour démontrer son innocence. Alfani eu demande communication. 11 les anéantit, et condamne le Collège Romain à payer vingt-cinq mille écus. Âlfaul avait ]>rononcé sa sentence; à Rome l'appel et le droit de récuser un magistrat sont le privilège de tout accusé, un. privilège, dont jouissent les Juifs eux-mémes. On le dénie aux Pères de la Société, et le comte d’Aranda, qui, en Espagne, a fait publier ce jugement, ne craint pas d'écrire le 1" octobre 1771 au chevalier d’Azara : u L’héritage de Pizani fait horreur. C’est un document qui seul suffmait & autoriser le Pape à la suppression de la Compagnie. Si maintenant il ne remplit pas ses promesses, il ne les remplba jamais. »

En même temps on dépossède les Jésuites du Collège des Irlandais, on attaque leur Noviciat et le Collège Germanique. Alfani par hasard ne siégeait point dans cette dernière affaire. Le CoUége Germanique gagna sa cause; néanmoins la sentence ne reçut jamais d’exécution, car il fallait apprendre aux disciples de saint Ignace qu’ils étaient perdus.

Depuis Pie IV les Jésuites dirigeaient le Séminaire Romain. Cinq Papes et plus de cent Cardinaux étaient sortis de cette maison des fortes études.. On blâme les Pères de n’avoir pas administré avec plus d’épargne. Clément XIV nomme pour visiteurs les cardinaux d’York, Marefosebi et Colonna. Les deux premiers étaient ouvertement hostiles à la Compagnie (1). Les Jésuites font observer que les denrées augmentent chaque année, et

(1) Marerotchi était un ancien ami de don Manuel de Roda, et d'apiés It^ marquis d'Anbeterre dans ses notices diplomatiques • il w faisait gloire d'avoir dans son cabinet les portraits en estampe des pins rélébres antenn da Port-Rojal, qu’U avait achetés de la loceesaion du feu calcinai

Paiiioaei a

320 CLÉHKNT XIV

que les revenus du Séminaire n'ont jamais suivi cette progression. Ils établissent la vérité de leurs dires par des chiffres irréfutables. Le 29 septembre 1772, on lea expulse préventivement. Les visiteurs avaieaVconatü||' que les revenus suffisaient pour l’entretien. A peine les Pères sont-ils dépouillés que le Pape lui-môme, en assignant une nouvelle provision de vingt mille scudi au Séminaire, se charge de justifier leurs comptes. “

Le cardinal d’York venait de fermer une des plus cé- * lèbres écoles de la Société ; il veut bénéficier lui-même de son arrêt. Le dernier Stuart s’unissait aux derniers Bourbons, afin de proscrire les Jésuites. 11 n’a pour tout royaume que son diocèse de Frascati : il convoite la maison que les Pères possèdent en cette ville. Clé^ ment XIV la lui accorde de son propre mouvement et par la plénitude de son pouvoir apostolique.

Antoine Lecchi, un de ces Jésuites que l'immensité de leur savoir recommandait à l’estime des monarques et à l'admiration des peuples, faisait faire de rapides progrès' h. la science hydraulique. Il est désigné et appelé de Milan par le Souverain Pontife, afin de présider aux travaux qui doivent assainir les marais de Bologne. De grandes difficultés s’opposent au succès de l’entreprise ; ,Leccbi les surmonte. Son œuvre avançait aux applaudissements des hommes.de l’art, lorsque tout à coup une discussion s’élève entre le Père et Buoncompagni, pro-*: légat de Bologne. La cause est portée devant la Congré-'" galion des Cardinaux chargés de l’administration des eaux. La Congrégation, à l’unanimité, se prononce en faveur de Lecchi. Cette décision était une victoire pour*^ le Jésuite. Sans vouloir admettre aucune observation, le Pape exile celui que ses juges avaient absous.

Dans ce temps-là, les Ambassadeurs s’arrogeaient le droit de commander au milieu de la ville pontificale. < Rien ne se faisait qu’avec leur concours, et souvent ils =

Digitirod by GuOgle

ET If.S JÉSUITES.

• entravaient les affaires les plus étrangères à la diplomatie. Florida lUanca avait même établi dans une villa, ’ aux portes de Rome, une imprimerie d’oii sortaient clia- • que semaine les pamphlets qui pouvaient favoriseï- ses plans. 11 en parut un en italien, sous le titre de : Urflrxiowi dm Coiim de la maison de Bourbon sur le

.suilisnie. La première page contient les trois propositions suivantes :

<1 i“ Si tout le monde croit nalurellemeut à la probité et à la délicatesse d’un bonnête homme, fùt-il de la condition la plus ordinaire, à combien plus forte raison iliiit-il "en être de même à l’égard du Vicaire de Jésus- (ihrist, source de toute vérité. Or, depuis plus de trois ans le Pa|>e a promis aux Souverains catholiques les plus illustres, de vive voix, à plusieurs reprises et même par écrit, l’abolition d’une Société infectée de maximes pervei'ses dans son régime* actuel, abolition généralement désirée par tous les bons. Cependant le Saint-Père en ' ' diffère toujours l’exécution, apportant des prétextes

mendiés et frivoles.

« 2“ ()ue le Chef visible de l’Église ait fait maintes

* ' fois cette promesse de vive voix et par écrit, cela peut ( être attesté facilement par les Cours des Bourbons, ainsi

que par les personnes qui ont traité avec Sa Sainteté.

« .5“ Oue l’on ne se permette pas de supposer que cette promesse ait été faite avec des paroles équivoques , et susceptibles d’ être prises dans un sens général, puisque, vu les circonstances et le contexte des lettres et de l’écrit, elles sont toutes univoques, absolue? et indiviflnelles, comme toute personne douée de bon sens peut s’en convaincre. »

Tel est le triple argpment développé dans le pamphlet diplomatique. A ces outrages venant assaillir Clément \IV sur la Chaire apostolique, et inondant la ville entière sans rencontrer ni contradicteurs pour y répondre

Page 1