‹ Clement 14. et les jesuitesChapitre 14 sur 22 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

I^s mesures du Pape cheicbent i accit^diter !e bruit qiie Us Pères soat coupables de quelque inéreii. ~ Le bref />ommH4 ac Re(Uniptor arraché au Pape. — Son désespoir du lendemain. <- L’ÉgUae de France refuse de te publier. — ChristoplK de Dcaninom rend compte au Pape des^moiifs de IVpiscopat. — Opinion du cardinal iptonelli’sur le bref. — COmniission nommée pour le faire exécuter. — Les Jésuites insultés. — Ou les enlève. — Pillage organisé de leurs ardiires et de leurs sacristies. -'I.c P. l\kd et ses assisi.-uots h itosf^iiés au château Saint'Aiigc.

Défense est faite aux Jésuites de prendre parti en ûàvcur dè leur Ordre. — Le P. Faure. — On Interroge les prisonniers. — Leuri réponses. — Embarras de b cotninission.» Le Cardinal André Corsinl en est le chef.— Sa pension dcl^iiugal. •^l.c dominicain Vfaniachi, maltredu sacré pala*s et viaiiear domiciliaire. — Son rapport sur les papiers et livrer saisb comme base de la conspiration Jésuitique.

— I.e bref en Europe. — Joie des Philosophes cl des Jansénistes. — Démence du Pape. — Ses derniers moments. — Ulraculeuse huerremion de saint Alphonse de Liguori â sont il de mon. — >lahezxi et les onae cardinaux in petto. — Uort de Clément XIV. Prédiction de Bemadine Renzl. — Le Pape a>t-il été empoisonné par les Jésuites?— Lettres du Cardinal de BernUen France pour persuader qu'ils sont coupables. — Frédéric 11 les défend. — Déclaration des médecins et du cordelicr Marroni. — Attitude des puissances. --l.e Conclave de 1775. - Le gouverucinem français et b méiiMlrc de GanganelU.->-Le Cardinal Braschi élu Ihipe.

— Son amitié ppur la Compagnie. — Mort de Laurent Ricci. — Son tcstainepL — Le Pape force la commission instituée par Clément XIV à prononcer sa sentence dans l'aUaire des Jésuites. — I.qcoininissioa acquitte. — Le bref de ^suppression .iccepié par tous les Pères enEurope.cl ilatts les Missions.— Les Jésuites en Chine.

— Leurs correspondances* — Mort de trois Pères â la nouvelle que la Compagniê est détrui Je. — Le P. Bourgeois et le F. Panxi. — Les Jésuites sécularisés restent &lissionnairc>. — Comment ils rei'oivent leurs successeurs. — La résignation des Jésuites fui partout la même.

Les Jéstiiles étaient livrés à d’implacables fennemis. Ces ennemis avaient ouvertement conspiré dans le Conclave, leur .conspiration devait aboutir il un résultat. E.vcepté la masse des (iatholiques, tout était contraire à l’Institut. Les princes avaient chassé de leurs royaumes les enfants de Loyola, le Pontife les abandonnait, à dés persécuteurs ecclésiastiques ; mais cette tyraïuiie de détad lie remplissait pas les vues de Charles lil et de ses ministres. Il fallait au Monarque espagnol un triomphe

plus complet; on décida enfin le Pape à l'accorder. Le 21 juillet 1773, commençait au Gesù la neuvaîne eu l'honneur dé saint Ignace. Les cloches s'ébranlaient. Ganganellr en demande le motif ; on le lui fait connaître. Alors, d’un air consterné, il ajoute : « Vous vous trompez ; ce n’est pas (>our les Saints qu'on sonne au Gesù, c’est pour les morts. » Clément XIV le savait mieux que personne ,' cai- ce jour-là même il. accepta le bref Doniinusac liednnplor nos/cr, qui supprime la Compagnie de Jésus tout l' univers chrétien.

Clément XIV l'avait signé au crayon, pendant la nuit et sur une fenêtre du Quiiinal. Un raconte, — et nous tenons per'écit de fa bouche même du Pape Grégoire XVI, — qu après àvüii' ratiûé un acte d’une si haute portée, Ganganelli tomba évanoui sur le maibre et qu'il ne fut relevé que le lendemain. Le lendemain fut pour lui un jour de désespoir et de larmes, car, suivant la relation manuscrite qu’a lài.ssée Ip célèbre théologien Vincent Bolgeni, le cardinal de Simone, alors auditeur du Pape, racontait ainsi lui-même cette affreuse scène. Le Pontife était presque nu sur son lit; il se lamentait, et de temps à autre on l’entendait répéter : « O Dieu, je suis damné ! l’enfer est ma demeure. Il n’y a plus de remède. « Fra Francesco, ainsi s’e.yprime Simone, me pria de m’approcher du Pape et de lui adresser la parole. Je le lis ; mais le Pape ne me répondit point, et il disait toujours : L’eufer est ma demeure! Je cherchai à le rassurer; mais il se taisait, l'n quart d’heure s’écoula; enfin il tourna ses ÿeu.\ vers moi et me dit : <t .\h ! j’ai signé le bref; il n’y a plus de remède. » Je lui répliquai qu’il en existait encore un et <|u’il i>ouvait retirer le décret ; «Cela ne sé peut plus, s’écria-t-il, je l’ai remis à Monino, et à l'heure qu’il est le c.ourrier qui le porte en Espagne est peutêtre déjà parti. — Eh bien ! Saint-Père, lui dis-je, un bref se révoque par un autre bref. — O Dieu, reprit-il.

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cela lie ee (>eat |>as. Je suis damné. Ma maison est un enfer ; il n’y a plus de remède. »

Son désespoir, selon la narration de Simone, dura une bonne demi-heure. Quelques imprudents amis de Clémont XIV n’ont pas voulu laisser à sa mémoire cette dernière probité du remords. Ils prétendent que Ganganelli désirait publier son bref le 10 août, jour de la fête de saint Laurent, et qu’il disait avec un sourire plein de malice : « Ce sera le bouquet que frère Laurent Ganganelli, le Cordelier, offrira au frère Laurent Ricci, le Jésuite. » Ce propos, qui n’est pas vraisemblable, n’eut aucune conséquence, et les anxiétés du Pontife, attestées par tous les témoins qui l’entouraient, ne permettent pas d’y ajouter foi. Au dire du cardinal de Remis, Clément XIV, depuis le jour de son exaltation, avait eu peur de mourir empoisonné. 11 allait vivre fou (1) ; car, à partir du 21 juillet 1773, il n’eut plus que des éclairs de

(I) de sanlé du Pape Clémcnl XIV cl sa foüc, qui commença le

jour où il adhéra à la suppression des Jésuites, sont 5 Rome, la ville des traditions, un point historique ircjutcstablc. Les souvenirs de famille et de palais qui se transmettent dans le Sacré Collège et parmi les cUujiens avec une exactitude presque mathématique, ne |)cnncüent pas le doute. A lu seconde partie des mémoires inédits du comte Mure Kuntuui, neveu du cardinal de oc nom, q<ii fut un des concurrents de Ganganelii dans le Conclave de 1769, nous lisons :t Quoi qu'on eu ait dit et écrit. Clément XIV voulait conserver les Jésuites, et pour roeiier cette afiaire à bonne lin, H erojrait sesuflire à lui^niémc. Il pensait qu'à force de promesses et de fti* veurs accordées à leurs ennemis et qu'en feignant de l'aversion pour la Compagnie, il gagnerait du temps cl finirait par conjurer la tempête. Mais outre que ce plan était aussi peu juste que religieux, il n'avait ni les talents, lit les connaissances, ni les conseils pour le diriger. Momno, Demis, etc., ou pour mieux dire les Jansénistes, les Philosophes et les Franc-Maçons étaient autrement actifs et clairvoyants. Ils flattèrent le Pape avec la restllulion d'Avignon, de Bénévent et lu paix de Portugal. Sur ces entrefaites mourut le confesseur de l'impératrice. Le nouveau était contraire aux Jésuites; il eulraloa Maric*Tliérèse.Âloni le Pape, était perdu et ne trouva plus moyen de tergiverser sur la parole douuée. 11 s'était trop avancé avec

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ET LES JËSLTTES.

raison. Dans l’histoire des Souverains Pontifes, c’est le premier et le seul qui ait subi cette dégradation de l’humanité.

Florida-Blanca, au dire des Romains, était un aspic qui s’entortillait incessamment autour du Pape, et qui le piquait pour lui rappeler sa promesse conceniant la destruction des Jésuites. 11 ne s’émeut pas de ce spectacle de désolation. Il a tué d’un seul coup le Vicaire du Christ et la Compagnie fondée par saint Ignace ; deux jours après avoir obtenu ce triomphe sur l’Église, voici en quels termes railleurs il le constate : « J’ai eu besoin, écrit-il au ministre de Naples, le 23 juillet, de faire éclater mon arquebuse, et vous savez de quelle mitraille elle est chargée. Elle a eu pour effet d’employer tant de papiers d’imprimerie que, par la suite, ils pourront servir à faire des cartouches. Je crains qu’une autre dé-

MoninOf Bcrois, Alroada ; il dut cnfln frapper à contre cœur le coup fatal de la suppre5»ion. Il perdit tout à fait la tête et devint ft>u. *

Ce lémoifpiage d'un contemporain n'est pas le seul que l'on piti^ et que l'on doive invoquer. Les deui tuccc&seiirs immédiats de Clément XIY sur la Chaire apostolique» Pic VI et Pie VII» ont, en diverses dreonstnnres, donné par leurs paroles toute authenticité & ce fait. Le Cardinal Callni raconte» dans une pièce signée de sa main» la dernière audience qu'il obtint de Pie VI» et dans ce document» que nous citerons plus loin» nous lisons que le Pape lui dit : ■ Clément XIV était devenu fou non seulement apK*s cette suppression» mais encore avaiiL f

Pic VII avait, lui aussi» personiicllciueut connu Gangoiielli. Le Cardinal Pacca» dans sa HclatîoH de devx royaget en France pendant tee ann/e» 1809 et 1813 (édition de Cïvita Vecchia» IS29, t ii, p. 327), au momeni où il parle de la tristesse dont 1c souverain PoiiUfe était accablé ù cause de la signature papale apposée au concordat de Koutaiiichlcau du 35 Janvier 1813, s'exprime ainsi : t Plongé dans une profonde mélancolie en m'entretenant de ce qui venait d'arriver, le Saiut*Père s'épancha en termes d'nne excessive douleur. Sa conclusion était qu'il ne pouvait éloigner de son esprit une poignante pensée. Elle rcmpécliall de Teposer la nuit cl de manger à peine a^x pour soutenir sa ^ie, et celte pensée (c'était selon sa propre expresvîon) qu'il mourrait fou comme Clément XIV. *

rtÊMKST XIV

charge ne soit encore nfceBsaire parceqprii chaque pas lin obstacle surgit. Pour cela je crois.que vous'sereï bien inspiré 'de m’appeler cornu de toutes vos forces, etc'^ Si mon amie de la Manche m’ehtvn hier et aujoivrd’hui, elle saurait me dire si j’ai ou hpn face de vinaigre. »

r, 'était avec un pareil persifflage que Florida- lU^rlçà annonçait le bref de Clément XIV. « C.é bref, .dit le'prtv .testant Schotll (1), ne condamne ni la doctrine, ni les iiwurs, ni la discipline des .Tésuites. ' Les plainte.s^ des Cours contre l’OrdVesont les seuls motifs de sa suppres-, sion qui soient allégués, et le Pape la justifié par dés exemples précédents d’Ordres supprimés pour se conformer aux-evigences de l’opinion publique. i>'

Le décret donné près de Sainte-Marie Majeuçe, efcoiitre.signé par le cardinal Negroni, doit être reproduit. Nous le publions donc, en nous contentant d’eh retrancher les premières pages, qiii né regardent |vas directe-' ment la Société. Clément XIV, avant d’arriver aux .Tésuites, énumère les divers Instituts retranchés du corps de l’Église ; m.ais il oublie défaire observer que ces Instituts ne furent sécularisés qu’en vertu de preuves acquises (2), d’informations et de procédures juridiques; puis le iiouverain Pontife continue en ces termes :

(1) Court (Thiitoire lUI Était europitnt, L iliv, p. 8.S. . ’ ■ ' . .

[2] Au moment où le Pope Clément Y, de' concert avec Pbilippe-le Bd, s’occqpa de la suppression des Templiers il convoqua tous let Eréqiies de la Chrélicnté. Trois conis Prélats examintrent les impulations et les défenses, et chacun d'eux, i l’exception de quatre, décida qu'il élait néce».

. saire d’onlendre les dires des accusés. Selon l'abbé Fleur}', dons son Uitioirt, livre ICI, p. l'SO cl 131, les Templiers turent individucllcmenl ciU« b rompâraitrc en personne, pour être jugés au moins par des Conciles provinciaux. On n'appliqiia aux Jésiiiles aucune de ees mesures indiquées pbr les plus simples notions de la jnst'icc.On procéda en 1773 comntr, en'tSlO, Clément V et Pliilipÿe-le-Bel n'avaient même pas songé à le taire. La torme et le fond du jugement contre les Jésuites restèrent étrangers aux loia canoniques, aux coutumes de l'Eglise ainsi qu'aux tribunaux séculiers.

ET LES JÉSCITES.

K Après avoir mis sous nos yenx ces exemples et d’autrès du plus grand poids et de la plus grande a.utoritè, et bnllant de marcher avec confiance et d’un pas sûr dans . la résolution dont nous parlerons plus bas, nous n’avons omis ni soins ni recherches pour connaître à fond tout ce qui concerne l’origine, les progrès et l’état actuel de ■ l’Ordre religieux communément appelé la Sodltl dt- ■ Jt'sm, et nous avons découvert qu’il avait été établi par son saint fondateur pour le salut des âmes, pour la con- ' version des Hérétiques et surtout des Infidèles, enfin pour dohner à la piété et à lâ Religion de nouveaux aocroissemenis ; quOj pour atteindre plus facilement et plus . heureusement ce but désiré, il avait été côiisarré à Dieu par le vaui très étroit de pauvreté évangélique, tant ■ en commun qu’en particulier, èxcepté les maisons d’étu-* des ou* de belles-lettres, auxquelles on permit de pos- • séder quelques revenus, de manière cependant qu’au- . cune partie n’en pourrait être détouniée ni appliquée . aux avantages, à l’utilité et à l’usage de cette Société.

« O’e'st d’après ces lois et d’autres également sages que l’aül 111, notre prédécesseur, approuva d’abord la. f^ciété de Jésus par sa bulle du 26 septembre 15 W, et lui permit de rédiger des statuts et réglements qui assu- . rassent sa tranquillfté, son existence et son régime ; et, quoiqu’il eût restreint cette Société naissante au nombre de soixante Religieux seulenient, néanmoins, par une autre bulle du 28 février 15 A3, il permit aux Supérieurs d’y admettre tous ceux dont la réception leur paraîtrait utile ou nécessaire. Alors le même Paul, notre prédécesseur, par un bref du 15 novembre 1540, accorda de très grands privilèges à cette Société, et conféra à ses chefs •généraux le pouvoir d’y introduire vingt Prêtres en qualité de coadjuteurs spirituels, et de leur communiquer les mêmes privilèges, les mêmes faveurs et la même autorité dont jouissaient les Profès de la Société. 11 voulut

et ordonna que celte permission pût s’étendre, sans aucune restriction et sans nombre limité, à tous ceux qui r en seraient jugés dignes par les Généraux. En outre, la Société elle-même, tous les membres dont elle était composée et leurs biens furent entièrement soustraits à toute supériorité, juridiction et correction des Ordinaires, et ce Pape les prit sous sa protection et sous celle du Siège Apostolique.

(I Nos autres prédécesseurs ont exercé dans la suite la même munificence et la même libéralité envers cette Société. En effet, Jules 111, Paul IV, Pie IV et V, Grégoire Mil, Sixte V, Grégoire XIV, Clément Vlll et d'autres Souverains Pontifes ont ou confirmé, ou augmenté, ou déterminé plus particulièrement les privilèges déjà accordés à ces Religieux. Ce])eudant la teneur même - H les termes de ces C.onstitutions apostoliques nous ap* prennent que la Société, presque encore au berceau, vit . naître en son sein différents germes de discordes et de jalousies, qui non seulement déchirèrent ses membres, mais qui les portèrent à s’élever contre les autres Ordres religieux, contre le Clergé séculier, les Académies, les Lniversités, les Collèges, les Écoles publiques, et contre les Souverains eux-mêmes (jui les avaient accueillis et admis dans leurs États, et que ces troubles-et ces dissensions étaient tantôt excités au sujet de la nature et du caractère des vœux, du temps d’admettre les Novices à prononcer ces vœux, du pouvoir de les renvoyer ou de les élever aux Ordres.sacrés sans un titre et sans avoir fait des vœux solennels, ce qui est contraire* aux décisions du Concile de Trente et de We V, notre prédécesseur; tantôt qu sujet de la puissance absolue que le (Jénéral s’arrogeait et de quelques «autres articles concernant le Régime de là Société ; tantôt pour différents points de doctrine, pour les Collèges, pour les exemptions et prix iléges que les Ordiiuaires et d’autres

KT LES Jtel'ITKS. 5S7

pei-soimes constitué on dignitc', soit eccl^iastiquf. •, soit séculière, prélendaient blesser leur juridiction et leurs droits. Knfin il u’y eut presque aucune des plus fçraves accusations qui né frtt intentée contre cette Société, et la paix et la trampiillité de la Chrétienté eu furent longtemps troublées.

« De lit s’élevèrent mille j)laintes contre ces lleligieux, lesquelles furent déférées à Paul IV, Pie V et Sixte nos prétlécesseurs; appuyées de l’autorité de quelques , Princes. Philippe II, entre autres, d’illustre mémoire, roi d’Kspagne, mit sous les yeux de Sixte V, notre pré^ «

décesseur, non seulement les motifs graves et pressants qui le déterminaient à cette démarche et les réclamations qui lui avaient été faites de-la part des inquisiteurs d’Espagne contre les privilèges excessifs de la Société de Jésus et contre la forme de son régime, mais encore des points de disputes approuvés par plusieurs de ses membres, même les plus recommandables par leur science et par leur piété, et sollicita ce Pontife à commettre et à nommer pour cet effet une visite apostolique dans cette Société.

« Iæs demandes et le zèle de Philippe paraissant fondés sur la justice et sur l’équité, le même Sixte V y eut égard, et nomma pour visiteur apostolique un Évêque ' généralement reconnu par sa prudence, sa vertu et ses lumières. En outre, il désigna une Congrégation de Cardinaux qui devaient employer tous leurs soins et leur vigilance à terminer cette affaire. Mais une mort prématurée ayant enlevé le même Sixte V, notre prédécesseur, le projet salutaire qu’il avait formé s’évanouit et n’eut point d’effet. Grégoire \1V. d’heureuse mémoire, è peine élevé à la Chaire de saint Pierre, donna de nouveau, par sa bulle du 28 juin l.'iO-l, l’approbation la plus étendue h l’Institut de la Société. 11 confirma et ratifia tous les privilèges qui lui avaient été accordés par ses prédéces-

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(XÉHEIIT XIV

s(>urs, et surtout celui d’exclure et de renvoyer les membres de pet Ordre sans employer aucune forme juridique, c’est à dire sans faire auparavant aucune information, sans dresser aucun acte, sans observer aucun ordre judiciaire, ni acconler aucun délai, même essentiel, mais sur rinspectioM seule de la vérité du fait, et n’ayant é(;ard qu’à la faute ou à uu motif sulTisant d’expulsion, aux pei-sonnes et aux autres circonstances. De plus il imposa un profond silence, et défendit surtout, sous peine d'excommunication encourue |)ai' le fait, d'oser attaquer directement ou indirectement l’Institut, les constitutions ou les décrets de la Société, ou de songer à y faire aucune espèce de changement. Cependant il laissa à chacun le droit de propo.ser et de représenter, à lui seulement et aux Papes ses successeurs, soit immédiatement, soit par les Légats ou .Nonces du Saint-Siège, tout ce que l’on croirait devoir y èüe ajouté, ou être retranché, ou y être changé.

(I Mais toutes ces précautions ne purent apaiser les clameurs et les plaintes élevées contre la Société; au contraire on vit alors se répandre de plus en plus dans pre.sque tout l'univers les plus vives contestations touchant la doctrine de cet Ordre, que plusieurs accusèrent d'être totalement opposée à la Foi orthodoxe et aux bonnes mœurs, sein même de la Société fut déchiré par des dissensions intestines et extérieures ; et, entre autres accusations intentées contre elle, on lui reprocha de rechercher avec trop d'avidité et d'empressement les biens de la terre. Telle fut la source de ces troubles, qui ne sont, hélas ! que trop connus, qui ont causé au Siège Apostolique tant de chagrin et de douleur; tel est le motif du parti que plusieurs Souverains ont embrassé contre la Société. Il arriva de là que ces religieux, voulant obtenir de Paul V, d'heureu.se mémoire, notre prédécesseur, une nouvelle confirmation de leur Institut et de leurs

ET LES JtSUTES.

privilège, furent forcés de lui demander de vouloir bien ratifier et munir de son autorité quelques dém ets publiés dans la cinquième (iongiégation générale et insérés mot à mot dans sa bulle du lA septembre ICÜO. Ces décrets portent expressément que la Société, assemblée eu Congrégation générale, a été obligée, tant k cause des troubles et des inimitiés fomentés parmi ses membres qu'à cause des plaintes et des accusations des éti'angers contre elle, de faire le statut suivant: « Notre Société, qui a a été suscitée par Dieu même pour la propagation de la <1 Foi et le salut des âmes, (>eut, pai* les fonctions pro- (1 près de sou Institut, qui sont les armes spirituelles, « atteindre heureusement, sous l'étendard de la Croix, ii^an but quelle se propose, avec utilité pour l'Église et ,« avec édification pour le prochain; mais, d'ne autre « mité, elle détruirait ces avantages,<et s'ex]M>serait au K plus grand danger si elle s’occupait des allaires du a siècle et de celles qui concernent la politique et 'le a gouvernement des Etats : c’est pourquoi nos ancêtres « ont très sagement ordonné qu’en servant Dieu nous ne « nous mêlassions point des alFaires qui sont opposées à Il notre profession. Mais comme, dans ces temps mal- « heureux, notre Ordre, peut-être par la faute ou à cause H de l’ambition et du zèle indiscret de quelques-uns de « ses membres, se trouve attaqué dans différents endroits tt et diffamé auprès de plusieurs souverains, dont notre « Père Ignace, de bienheureuse mémoire, nous a pourtant Il recommandé de conserver la bienveillance et l’affection U pour être plus agréables à Dieu; et que d’ailleurs la U boane odeur de Jésus-Christ est nécessaire pour proa duire des fruits, la Congrégation a pensé qu’il fallait K s’abstenir de toute apparence de mal, et prévenir, au- « tant qu’il était possible, les plaintes même fondées sur « de faux soupçons. En conséquence, par le présent déa cret, elle défend k tous Religieux, sous les peines les

Cr.ÉMENT XIV

Il plus rigoureuses, de se mêler en aucune manière des <1 affaires publiques, lors même qu'ils y seraient invités Il et engagés par quelque raison, et de ne s’écarter de Il l’Institut de la Société ni par prières ni par sollicita- (I tions; et en outre elle a recommandé aux Pères défi- M niteurs de régler avec soin et de prescrire les moyens Il les plus propres à remédier à ces abus dans les cas né- II cessaires. »

Il Nous avons observé avec la douleur la plus amère que ces remèdes, et beaucoup d’autres employés dans la suite, n’ont eu ni assez d’efficacité ni assez de force pour détruire et dissiper les troubles, les accusations et les plaintes formées contre cette Société, et que nos autres prédécesseurs, Urbain Vlll, Clément IX, X, ’XI et Xll, Alexandre VII et VIII, Innocent X, XI, XII et XIII et Benoit XIV se sont vainement efforcés de rendre à l'Église la tranquillité désirée, par plusieurs constitutions soit relatives aux affaires séculières dont la Société ne devait s’occuper ni hors les Missions ni à leur occasion. Soit -à l’égard des dissensions graves et des querelles vivement excitées par ses membres, non sans entraîner la perte des âmes et au grand scandale des peuples, contre les ordinaires des lieux, les Ordres religieux, les lieux consacrés à la piété, et les communautés de toute espèce en Europe, en Asie et en Amérique ; soit au sujet de l’interprétation et de la pratique de certaines cérémonies païennes tolérées et admises dans plusieurs endroits, en omettant celles qui sont approuvées par l’Église universelle; soit sur l’usage et l’interprétation de ces maximes que le Saint-Siège ajustement proscrites comme scandaleuses et évidemment nuisibles aux bonnes mnpurs; soit enfin sur d’autres objets de la plus grande importance et absolument nécessaires pour conserver aux dogmes de la Religion chrétienne leur pureté et leur intégrité, et qui ont donné lieu dans ce siècle et dans les

KX us jisums. 3M

pi'écédeuUj ù de» abus et à des maux cousidérable», tels que des troubles et des séditions dans plusieurs États cathobques, et même des persécutions contre l'Église dans quelques provinces de l’Asie et de l'Europe. Tous nos prédécesseurs en ont été vivement allligés, et, entre autres, le Pape Innocent XI, de pieuse mémoire, que la nécessité contraignit de défendre à la Société de donner l'habit à des Novices; Innocent XIII, qui fut obligé de la menacer de la même peine, et enfin Benoit XIV, de récente mémoire, qui ordonna une visite des maisons et des collèges situés dans les États de notre très cher lUs en Jésus-Christ le Roi très fidèle de Portugal et des Algarves. Mais le Saint-Siège n’a retiré dans la suite aucune consolaktion, ni la Société aucun secours, ni la Chrétienté aucun avantage des dernières lettres apostoliques de Clément XllI, d’heureuse mémoire, notre prédécesseur immédiat, qui lui avaient été extorquées (1) (suivant l’expression dont Grégoire X, notre prédécesseur, s’est servi dans le Concile œcuménique de Lyon, cité cidessus) plutôt qu’obtenues de lui, et dans lesquelles il loue innniment et approuve de nouveau l’Institut de la Société de Jésus.

« Après tant d'orages, de secousses et de si horribles tempêtes, les vrais fidèles espéraient de voir luire eiilin ce jour qui devait ramener le calme et une paix profonde. .Mais, sous le pontificat du même Clément XIII, notre prédécesseur, les temps devinrent encore plus difficiles et plus orageux. En effet, les clameurs et les plaintes contre la Société augmentant de jour en jour, on vit s’élever, dans quelques endroits, des troubles, des dissensions, des séditions très dangereuses, et même des

(1) Celle accuMtioo de faiblesee adressée à U mémoire de dénient XllI par Gai^andli, se laissant dans le même moment arracber un bref de destraction, a quelque chose de si étrunfe que nous n*osoQS ptsoous y«airêter phu looftemps, ni en fnire ressortir Todieni.

scandales qui, ayant brisé et totalement anéanti le lien de la charité chrétienne, allumèrent dans le cœur des fidèles l’esprit de parti, les haines et les inimitiés. Le danger s’accrut au point que ceux môme dont la piété ét la bienfaisance héréditaires envers la Société sont avantageusement connues de toutes les nations, c’est à dire nos très chers fils en Jésus-Christ les Rois de France, d’Espagne, de Portugal et des Deux-Siciles, furent contraints de renvoyer et de bannir de leurs Royaumes, États et provinces, tous les reîi^eux de cet Ordre, persuadés que ce moyen extrême était le seul remède à tant de maux, et le seul qu’il fallût employer pour empêcher les Chrétiens de s’insulter, de se provoquer mutuellement, et de se déchirer dans le sein même de l’Église, leur mère.

« Mais ces mômes Rois, nos très chers fils en JésUs- Christ , pensèrent que ce remède ne pouvait avoir un effet durable ni suffire pour rétablir la tranquillité dans l’univers chrétien, si la Société elle-même n’était pas entièrement supprimée et abolie. En conséquence, ils firent connaître au môme Clément XllI, notre prédécesseur, leurs désirs et volonté, et lui demandèrent d’une Commune voix, avec l’autorité qu’ils avaient, et àlaquelle ils joignirent leurs prières et leurs instances, d’assurer par ce moyen efficace la tranquillité perpétuelle de leurs sujets et le bien général de l’Église de Jésus-Christ. Mais la mort inattendue de ce Souverain Pontife arrêta le cours et empêcha la conclusion de cette affaire. A peine avons-nous été élevé par la miséricorde de Dieu à la Chaire de saint Pierre, qu’on nous a faitles mêmes prières, les mêmes demandes et les mômes instances, aux- ^quelles un grand nombre d’Évêques et d’autres personnages illustres par leim dignité, leur science et leiu’ religion» ont joint leurs sollicitations et leur avis. ,

« Mais, voulant embrasser le parti le plus sûr dans une

BT LES J*8Ü1TES. 9W

albire si grave et si imporUnte, nous avons 'cru avoir besoin d’un long espace de temps, non seulement pour l'aire les plus exactes recherches, le plus sérieux examen, et pour délibérer ensuite avec toute la prudence nécessaire, mais aussi afin d’obtenir du Père des lumières son secours et son assistance particulière par nos gémissements et nos prières continuélles, après avoir eu soin de nous faire seconder auprès de Dieu par celles des fidèles, ainsi que par leurs bonnes œuv res; Nous avons jugé à propos surtout d’examiner sur quel fondement était appuyée cette opinion si répandue que l’Institut des clercs de la Société de Jésus eût été approuvé et confirmé d’une manière solennelle par le CiOncile de Trente, et nous avons reconnu qu’on n’y avait fait mention de cet Ordre que pour l’excepter du décret général par lequel il fut arrêté, relativement aux autres Ordres religieux, qu’ après le temps de noviciat, les novices seraient admis, s’ils en étaient jugés dignes^ à la profession, ou renvoyés de la Société. C’est pourquoi le même (’ajncile {Scmon 25, cbap. XVI, de Hegtdar.) déclara qu’il ne voulait rien innover, ni empêcher ces Religieux de servir Dieu et l’Église selon leur pieux Institut approuvé par le Saint-Siège.

a Après donc avoir usé de tant de moyens si nécessaires, aidé, comme nous osons le croire, de la présence et de l’inspiralion-du Saint-Esprit; forcé d’ailleurs par le devoir de notre place, qui nous oblige essentiellement de procurer, de maintenir et d’affermir de tout notre pouvoir le repos et la tranquillité du peuple chrétien, et d’extirper entièrement ce qui pourrait lui causer le mo'mdre dommage ; en outre, ayant reconnu que la Société de Jésus ne pouvait plus produire ces fruits abondants et ces avantages considérables pour lesquels elle a été instituée, approuvée par 'tant de Papes, nos prédécesseurs, et munie de très beaux privilèges, et qu’il était presque et tout à fait impossible que l’Églrsé jouit d’une

Uk «XittUM XIV ,

paix véritable et »obde taut que cet Urdre aubsisterait; eagagé pai' des raisuus aussi puissantes, et pressé par d'autres aiuiifs que les luis de la prudence et la sage admiaistraliun de l'Église universelle nous suggèrent, et que nous couservuns au l'uud de notre cœur i inarchaut sur les traces de nos prédécesseurs, et particulièrement sur celles que Grégoire \, notre prédécesseur, nous a laissées dans le Concile général de Lyon, puisqu'il s'agit de même ’,actuellement d'une Société comprise dans le iiuinbre des Ordres mendiants, tant par son institut que jKU- ses privilèges; après un mûr examen, de notre certaine science, et par la plénitude de notre puissance apostolique, nous suppriinons.et nous abolissons la Société de Jésus; nous anéantissons et nous abrogeons tous et chacun de ses oflices, fonctions et adminisUatioua, maisons, écoles, collèges, retraites, hospices et tous autres lieux qui lui appartiennent de quelque manière que ce soit, et en quelque provmce, royaume ou états qu'ils soient situés; tous ses statuts, coutumes, usages, décrets, constitutions, même confirmés par- serment et par l’approbation du Saint-Siège ou autrement ; ainsi que tous et rbacuu des privilèges et induits, Umt généraux que particuliers, dont nous voulons que la teneur soit regardée coiniiie ple'mement et suffisamment exprimée par ces présentes lettres, de même que s'ils étaient insérés mot è mot, nonobstant toute formule ou clause qui y serait contraire, et quels (jue soient les décrets ou autres obligations sur lesquels ils sont appayés. C'est ^lourquoi nous déclarons cassée à perpétuité et entièrement éteinte toute espèce d'autorité, suit spirituelle, soit tem|X>relle, du Général, des Provinciaux, des V isiteurs et iiutres su- |)érieui's de cette Société, et nous transférons absolument et sans aucune restriction celte même autorité et cette même juridiction aux ordinaires des lieux, selon les cas et les personnes, dans la forme et aux conditions que

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