SS-I
hienient observée par tous et chacun de ceux à qui il appartient et appartiendra dans la suite, de quelque manière que ce soit. »
Plein de respect pour l'autorité pontilicale, nou.s ne jugeons point un acte émané de la r.hairc apostolique. Elle possède évidemment le droit de .supprimer ce qu'ellemème a établi, f^ous ne' discuterons pas sur le plus ou le moins d'opportunité de la mesure, pas même sur les injustices de parti pris qui n'abondent que trop dans les diverses phases du récit, (iette appréciation doit ressortir des entrailles de l'histoire. Nous ne dirons pas que le successeur des ApOtres, en résumant ce procès, qui a duré deux cent trente-trois ans, entre la Société de Jésus et les passions déchaînées contre elle, essaie, à force d'habiletés de langage, de donner le change aux adversaires des Jésuites en rapportant leurs accusations sans daigner les sanctionner. Nous n'examinerons même pas si la suppression prononcée est un châtiment infligé aux Jésuites ou un grand sacrifice fait à l'espoir de la paix. Cette paix était chimérique. Clément XIV ne l'ignorait pas ; mais il se persuadait que tant de concessions mettraient ses derniers jours à fabri des violences, et il frappa d'ostracisme la Société de Jésus.
U l’avait condamnée à mort pour être Pape ; il l'avait livrée, il s'était livré lui-même à ceux qui poursuivaient la destruction de l'Institut, afln d'arriver plus vite à l'anéantis.sement du Catholicisme. La promulgation du , bref Domimts ac nertemptor fut accueillie avec des U'ausports d'allégresse par tous les ennemis de l'I'igliso. Ils .saluèrent cet acte comme l’ère de la régénération promise h de coupables espérances. La gloire de tous les Pontifes pa.ssés s’éclipsa devant celle de Gunganelli; ils le déclarèrent immortel et adoré pareequ’il servait leur veng^nce; ils si‘ prosternèrent en idée â ses pieds, et depuis ce jour Clément XIV fut accepté par eux comme le
J5J, Ct-ÊMENT XIV
modèle à proposer à tous les Vicaires'de Jésus-Christ.
I e ccBur et la tête des fanatiques d’incrédulité ou de philosophislne sont ainsi faits. De toutes les lois, de toutes les bulles rendues par les successeurs des Ap^ très, ils ne reconnais.sent, ils ne célèbrent que le bref de la destruction. Ce fétichisme si logiq^nient exclusif n a pas disparu avec la première génération; il se ^''a'ism^ aux générations suivantes comme un héritage, et 1 abTO Vincent Gioberti, le contimiateuf des enthousiastes de 1778, r écrivain dont les révolutionnaires d Italie prorlamènt le nom avec une béate tendresse, parcequ’il s’est constitué le Hsttenr en titre de leur vanité, a pu dme en 1846 \1) : « Quiconque vénère le Siège romain et lui porte dans son cœur ce respect que les Jésuites profe^ sent seulement en paroles, doit croire que le décret de Ganganelli fut juste et opportun, et que les accusaüons qui le provoquèrent furent vraies et fondées. »
Cette iusticc et cette opportunité que Gioberti, après scs maîtres dans l’art de tromper les nations, e^e d’hnposer comme un article de foi, viennent enfin,d être 'mises à nu. Les adversaires de l’Église n’eurent jamais de'louanges que pour le mal ; leur joie blessa au cœur le Souverain Pontife. Si elle lui fut amère (^e la tristesse chrétienne dû Sacré Collège et de 1 Épiscopat dut Ini pèraltrc accablante ! Le bref avait été envoyé à Paris ; ^
Clément XIV écrivit à Christophe de Beaumont pour en solliciter l’acceptation. L’Archevêque de Paris, que les menaces n’intimidaient pas, et qui- portait ^
tète plus haut que l’orage, lui répondit le 24 avril 1774 .
B Ce bref n’est autre chose qu’un jugement personnel et particulier. Entre plusieurs choses que notre Clergé 'de France y remarque, d’abord il est singulièrement frappé de l’expression odieuse et peu mesurée employée
(1) Proie,, delprimnto, p.'«4 (tdilion cl* 18M. Lu«.no).
ET r.ES rtSDlTES. • 555
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k caractérwei' la bulle Patcendi munut, etc. , donnée par le saint Pape Clément Xlll, dont la mémoire sera toujours glorieuse, bulle rerêtue de toutes les fOrmalité.s. Il est dit! que 'celte bulle peu e.xacte a été extorquée plutôt qu’obtenue ; laquelle néanmoins a foute la force et tout*' l’autorité qu’on attribue à un Concile général, n’ayant été portée qu’ après que tout le Clergé catholique et tous les Wnces séculiers eussent été consultés par le Saint- Père. Le Clergé, d’un commun accord et d’une voix unanime, loua extrêmement le dessein qu’en avait conçu le ftaint-Père, et en sollicita avec empressement l’exécution. Elle fut conçue et publiée avec l’approbation aussi générale que solennelle. Et n’est-ce pas en cela que consiste véritablement l’efficace, la réalité et la force d’un Cbncile général, plutôt, très saint Père, qiie dans l’iinion matérielle de quelques personnes qui, quoique physiquement unies, peuvent néanmoins être' très éloignées l’pne de l’autre dans leur manière de penser et dans leuré jugements et dans leurs vues? Quant aux Princes séculiers, s’il en est qui ne se soient pas joints aux autres pour lui donner positivement leur approbation, leur nombre est peu considérable, .\ucun ne réclama contre elle, aucun ne s’y opposa, et ceux même qui avaient dessein de bannir les Jouîtes soulTrirent qu’on lui donnât ' cours dans leurs États.
« Or, venant à considérer que l’esprit de TÊglise est indivisible, unique, seul et vrai, tomme il est en effet, nous avons sujet de croire qu’elle ne peut se tromper d’une manière si solennelle. Et cependant elle nous induirait en erreur, nous donnant pour saint et pieux un Institut qu’on maltraitait alors si cruellement, sur lequel l'Église et par elle l’Esprit saint s’énoncent en ces propres termes : « Nous savons de science certaine qu’il respire très fort une odeur de sainteté ; » en muinssanl du sceau de son approbation et confirmant de nouveau
3i6 CLÉWiNT XIV
«on seulement l'Institut en lu'i-mème, qui était butte aux traits de ses ennemis, mais encore les membres qui le composaient, les fonctions qui y étaient exercées,> doctrine qui s y enseignait et les glorieux travaux de 'enfants, ^i répandaient sur lui un lustre admirable, eu dépit des efforts de la calomnie et malgré les orages des persécutions. L’Église se tromperait donc effectivement ^ nous tromperait nous-mêmes, voulant nous faire admettre le bref destructif de la Compagnie, ou bien en de pair, U», d», s. W-.té ^ to .in uni.nmlild, avec la Cen.t.taüo» d« now avons parlé. Nous mettons à part, irte^samt Père, les person^s qu’il nous serait aisé de désigner et de noni- ÎST «»l ec.lè.la.a,a.» qae eécnUèrea, ,u. » éearées, et ont trempé dans cette affaire. LUes sont, i ^e de caractère, de condition, de doctrine et de sentiment, pour ne rien dire de plus, si peu avantageux, que cela selti suffirait pour nous faire porter avec assurance le jugement formel et positif que ce bref, qui * tVuit la Compagnie de Jésus, n’est auU-e chose ^un
jugement isolé et particulier, permcie^. ^u honorée
l la tiare et préjudiciable à la gloire de croissement et à la conservation de la Foi orthodoxe.
„ D’un autre côté. Saint-Père, il n’est pas possible que je me charge d’engager le Clergé à accepter ledit bref. Je ne serais pas écouté sur, cet arUcle, fus^-je assez malheureux pour vouloir y prêter mon imnistèi^. que je déshonorerais. La mémoire est encore toute récente de -rett'e assemblée générale que j’eus l’honneur de convoquer, par ordre de Sa Majesté, pour y ex^mer la nécessité et l’utiliÆ des Jésuites, la pureté de leurs doctrines etc. En me chargeant d’une pareille cominiMiDU, je ferais uîie injure très notable à la lleügiou. au zèle, aux lumière et à la droiture avec laquelle ces Prélats expièrent au Roi leur sentiment sm' les inèmqs ponils qm »e
KT ÎRS JÉSUITES. 357
trou'f eiit en contradiction et anéantis par ce bref de destruction. Il est vrai que, si l’on veut montrer qu'il a été ' nécessaire d’en venir là, colorant cette destruction du .spécieux prétexte de la paix, laquelle ne pouvait subsister avec In Compagnie subsistante, ce prétexte, très ' saint Père, pourra tout au plus sulTire 'pour détruire, tous les corps jaloux de cette Compagnie, et la canoniser elle-même sans autre preuve ; et c'est ce prétexte-là même qni nous autorise, nous, à formef dudit bref un jugement très juste, mais fort désavantageux.
« Car quelle peut être cette paix qu’on nous donne pour incompatible avec cette Société? Cette réflexion a quelque chose d’effrayant, et nous ne comprendrons jamais comment un tel motif a eu la force d’induire Votre Sainteté à une démarche aussi hasardée, aussi périlleuse, aussi préjudiciable. Ortainement la paix qui n’a pu se concilier avec l’existence des Jésuites est celle que Jésus-Christ appelle insidieuse, fausse et trompeuse; eiî un mot, celle à qui l’on donne le nom de paix et qui ne l’est pas : Par.'pax, et non erat pax; cette paix qu’adoptent le vice et le libertinage, la reconnaissant |ionr leur mère ; qui ne s’allia jamais avec la vertu, qui,, au contraire, fut toujours ennemie capitale de la piété. C’est exactement à cette paix que les Jésuites, dans les quatre ■parties du monde, ont constamment déclaré une guerre vive, animée, sanglante et poussée avec la dernière vigueur et le plus grand succès. C’est contre cettè paix qu’ils ont dirigé leurs veilles, leur attention, leur vigilance, préférant des travaux pénibles à une molle et stérile oisiveté. C’est pour l’e.xterminer qu’ils ont sacrifié leurs talents, leurs peines, leur xèlc, les ressources de , l’éloquence, voulant lui fermer toutes les avenues par où elle tenterait de s’introduire, et de jwrter le ravage dans le sein du Cbristianisme, tenant les âmes sur leurs gardes pour les en affranchir; et, lorsque, par malheur,
cette fatale paix avait usurpé du terrain, et s’était emparée du cœur de quelques Chrétiens, alors ils l'allaient forcer dans ses derniers retranchements, ils l'en chassaient aux dépens de leurs sueurs, et ne craignaient point de braver les plus grands dangers, n’espérant d’autre récompense de leur xële et de lehrs saintes expéditions que la haine des libertins et la persécution des méchants.
« C’est de quoi l’on pourrait alléguer une infinité de preuves non moins éclatantes, dans une longue suite d’actions mémorables, qui n’a jamais été interrompue depuis le jour qui les vif naître jusqu’au jour fatal à l'Église qui les a vu anéantir. Ces preuves ne sont ni obscures ni même ignorées de Votre Smntété. Si donc, je le redis encore, si cette pmx qui ne pouvait subsister avec cette Compagnie, et si le rétablissement d'une telle ]>aix a été réellement le motif de la destruction des Jésuites, les voilà couverts de gloire, ils finissent comme ont fmi les Apôtres et les Martyrs ; mais les gens de bien eu sont désolés, et c’est aujourd’hui une plaie bien sensible et bien douloureuse faite à la piété et à la vertu.
g I.a paix qui ne pouvait se concilier avec l’existence de la Société n'est pas aussi cette paix qu^ unit les cœurs; qui s’y entretient réciproquement, et qui prend chaque jour de nouveaux accroissements en vertu, eu piété, en charité chrétienne, qui fait la gloire du Christianisme, et relève iulinimeut l’éclat de notre sainte Religion. Ceci ne se prouve pas, quoique la preuve en soit très facile, non par un petit nombre d'exemples que cette Société pourrait nous fouimir depuis le jour de sa naissance jusqu’au jour fatal et à jamais mémorable de sa suppression, mais par une foule innombrable de faits qui attesteront que les Jésuites furent toujours et eu tout temps lés cajoaqqÿ, les promoteurs et les infatigables défenseurs de eette «nlids pais- CVa dett sa rendie à
ET LES JÉSEITES. 359
l’évidence des faits qui portent avec eiUt la conviction dans* tous les esprits.
« Au reste, comme je ne prétends pas faire dans cette lettre l’apologie des Jésuites, mais seulement mettre sous les yeux de Votre Sainteté quelques-unes des raisons qui, dans le cas présent, nous dispensent de lui obéir, je ne citerai ni les lieux ni les temps, étant chose très facile à Votre Sainteté de s’en assurer par ellé-méme et ne pouvant les ignorer. ,
« Outre cela, très saint Père, nous n’avons pu remar- ' quer sans frayeur que le susdit bref destructif faisait hautement, l’éloge de certaines pei^nnes dont la conduite n’en mérita jamais de Clément XIII, de sainte mémoire; et, loin de cela, il jugea toujours devoir les écarter et se comporter à |eur égard avec la plus scrupuleuse réserve. :
B Cette diversité 4<î jugement mérite bien qu’on y fasse attention, vu qu’il ne jugeait pas même dignes d» l’honneur déjà pourpre ceux à qui Votre Sainteté sem- 'ble souhaiter celui de la Uare. La fermeté de l’un et la connivence de l’autre ne se manifestent que trop clairement. Mais enfin on pourrait pçut-être excuser la con^ düite du dernier, si elle ne supposait pas l’entière çon^ naissance d’un fait qu’on ne peut tedlement déguispr qu’on ü’entrevoie ouvertement qu’il a dirigé la plun^p dans la confection du bref.
a En un mot, très saint Père, le Clergé de France étant un corps des plus savants et dés plus illustres de la sainte Église, lequel n’a d’autre vue ni d’autre pr^tep-’ lion que de la voir de jour en joiir plus florissante ; ayant mûrement réfléchi que la réception du bref de Votre Sainteté no pouvait qu’obscurcir ^ propre splendeur, U n’a voulu ni ne veut consentir à une démarche qui, dans les siècles à venir, ternirait la çloire en possession de laquelle 11 sé maintient né radmettaht pas^ et il prétend,
• .A** -nta ^4
360 CLÉMENT xiv
jwr sa très juste résistance actuelle, trausinettre à la I^stéritè un témoiguage éclatant de son intégrité' et de zèle pour la Foi catholique', -pour la prospérité de l’Église romaine et en particulier pour l’honueur de son chef visible.
« Ce sont là, très saint Père, quelques-unes des raisons qui nous déterminent, moi et tout le Clergé dece royaume, a ne jamais permettre la publication d’un tel bref, et à déclarer sur cela à Votre Sainteté, comme je le fais par la présente lettre, que telles sont nos dispositions et celles de tout le Clergé, qui d’ailleurs ne cessera jamais de prier avec moi le Seigneur pour la sacrée pei-soniic de Votre Béatitude, adressant nos tiès humbles su|>plications au divin Père des lumières, afin qu’il daigne les
répandre abondamment sur "Votre Sainteté, et qu’elles
lui découvrent la vérité dont on a obscurci l’éclat. » - * L’Église de' France, par l’organe de son plus illustre Pontife, refusait de s’associer à la destruction de la Compagnie de Jésus. Elle donnait ainsi avr Pape un témoignage de sa Foi et de sa respectueuse fermeté. Peu d’années après, quand Clément XIV fut descendu danâ la tombe, il trouva parmi les membres du Sacré Collège des juges qui, à leur tour, se prononcèrent contre lui. Pie VI avait, en 1775, demandé aux Cardinaux leur avis au sujet de l’Institut détruit. Antonelli, l’un des plus savants et des plus pieux (1) , osa écrire ces lignes, foudroyaflte accusation que de douloureux regrets, que l’im-
(i) Le nrdinal LiODard Antonrlli i-uit Heveii du cardlaal Mcolat AnlODclli, secrélaire des brefs sons Clément XIII. Léonard, préfet de la Propagande et doyen do Sacré Collépe, partaftea avec Conuiri la^cooSancc de Pie Vn. Il l'ecoompagna t Paris en (SOI, et il ftit emprisoniid dans les dernières aimées de régne de Napoléon. .AnloneUi ètaH uae des Inmiém de l'Eglise. Od a de lui une lettre atu éréquea d'Irlande ; ton eonteau proure gu'U e'était pas aussi intolérant gue eberefaent à le repiéernter las biofrapbct modaiMSa '
minence des périls courus par l’Église inspirèrent, et dont rbistoire, plus calme, ‘accepte les sévérités. Le (Cardinal romain et l’Archevêque français furent ta.xés d’exagération par leurs contemporains. En présence des dhcuments que nous avons évoqués, cette exagération elle-même n’est plus qu’un hommage rendu à la vérité.
Antonelli s’exprime ainsi : « On n'examine pas s’il a été permis ou non de souscrire un tel bref. Le monde impartial convient de l’injustice de cet acte. 11 faudrait être ou bien aveugle, on porter une haine mortelle aux Jésuites pour rfe pas s'en apercevoir. Dans le jugement (pi’on,a rendu contre eux, quelle règle y a-t-on observée 7 Les. a-t-on entendus ? Leur a-t-on permis de produire leur défense? Une telle manière d’agir prouve qu’on a craint d’évoquer des innocents.' L’odieux de pareilles condamnations , en couvrant les juges d’infa- • mie, fait honte au Saint-Siège même, si le Saint-Siège, en. anéantissant un jugement si inique, ne répare sou honneur.
« En vain les ennemis des Jésuites nous prônent-ils des miracles pour canoniser le bref avec son auteur (1)
'(1) Il est très Tnii'que les Jansénistes et les Philosophes annoncèrent que des miracles se Ihisaient par l'intercession de Ganganelli, et qu'lb parlèrent même de le béatifier. Cette protectioB, accordée é no Pape par les hwrédules et par les sectaires, ne derait pas recommander sa mémoire auprès do Sajot-Siége ; mais Clément XIV n'a jamais mérité cet excès d'indignité. Il s'est tronré dans nne position inextricable, entre deux partis également animés ; il a Ihrorisé l'un au détriment de üautre. A son tribunal, et malgré loi, llmptélé Pa emporté sur le lèle; il a donc dft aussllAt dermir, pour les Encgclopédisles, un grand citoven. U flétrissait, il proscrirait les Jésuites, sons examen, sans aroir entendu leur défense ; on en Ht on Pape modèle défaussé tolérance et d'humanité. I.es CaUioliquea exaltés slrritèrent de se rotr abandonnés. Ganganelli semblait prendré en dédain leurs réclamatioiis; oox, ne tenant pas asseï compte de la silnation, adressèrent h ce Pontife des reproches pleins d'amertume. On le ealemnia dans les deux camps : ic<, en lui aocordant das vertus chimériques t lé, en fahant servir soa esprit dt
363 cUment XIV
la question est si l’abolition reste valide ou non.'Pour moi, je prononce, sans crainte de me tromper, que le bref' qui la détruit est nul, non valide et inique, et que, en copséqueuce, la Compaguie de Jésus n’est pas détruite.
Ce que j’avance ici est appuyé sur quantité de preuves dont je me contente d'alléger une partie.
« Votre Sainteté le sait aussi bien que messeigneurs les Cardinaux, et la chose n’est que trop éclatante, au grand scandale du monde. Clément XIV a offert de luiméme et promis aux ennemis des Jésuites ce bref d’abo- .^ lition taudis qu’il n’était encore que personne privée, et avant qu’il ait pu avoir toutes les connaissances qui regardent cette grande affaire. Depuis, étant Pape,' il ne lui a jamais agréé de donner à ce bref une forme authentique et telle que les canons la requièrent.
a Une faction d’hommes actuellement en dissension avec Rome, et dont tout le but était de troubler et de renverser l'Église de Jésus-Christ, a négocié la signatve de ce bref, et l’a enfin extorquée d’un homme déjà trop lié pai' ses promesses pour oser se dédire et se refuser à une telle injustice.
« Dans cet infâme trafic, on a fait au chef de l’Église une violence ouverte; on l’a flatté par de faus-ses pro- • messes et intimidé par de honteuses menaces'.
« On ne découvre dans ce bref nulle marque d’au-r
pd&MporI à de» parule» odieuses ou cruelles. Les uus ont vu dans Ganginelli le plus iudulgenl et le plus aimalile des Ticairet de Jteu-Chmt ; les autres, un crimiael que son ambition avait perdu, et que ses moqueuses railleries ont ddshonoré. Son caracUn, tes mesures administratives, sa bciblé k détruire i'aacicnne biérarchie monasUque, ont permis au roman de le déifier; les mêmes raisons le iront. trop rabaisser par les vrais Catboliqnea, Clément \1V ne fut ni un saint ni un coupable, mais nn homme bible, (|pi, pour parvauir au pontificat suprême, s'appuya sur des moyens tmp humsiat «t qui fut trafii par eus. La fonte de CaugaacUi est dans sm|. dnctiqq^tirevUaur IcMm. j.
ET us JtSCTTES. SM
tbenticité il est destitué de toutes les formalités^ cauouiques indispensablement requises dans toute sentence définitive. Ajoutez qu'il n’est adressé à personne, quoiqu’on le donne pour une lettre en forme de bref. 11 est à croire que ce rusé Pape a oublié k dessein toutee les formalités, pour que son bref, qu’il n’a souscrit que malgré lui, parût nul à-cbacun, ,
« Dans le jugement définitif et l'exécution du bief, on n’a obser\'é aucune loi, ni divine, ni ecclésiastique, ni civile ; au contraire, on y viole les lois les plus sacrées que le Souverain Pontife jure d’observer.
« Les fondements sur lesquels le bref s’appuie ne sont autre chose que des accusations faciles à détruire, de honteuses calomnies, de fausses imputations. .
« Le bref se contredit : ici il affirme ce qu’il nie ailleurs; ici il accorde ce qu’il refusp peu après.
■ Quant aux vœux, tant solennels que simples. Clément XIV s’attribtie, d'un côté, un pouvoir tel qu'aucun Pape [ne s'est jamais attribué; d'un autre cdté, par des expressions ambiguës et indécises, il laisse des doutes et des anxiétés sur des points qui devraient être le plus clairement déterminés. v
« Si l'on considère les motifs de destruction que le bref allègue, en en faisant l'application aux autres Ordres religieux, quel Ordre, sous les mêmes (Hétextes, n’aurait pas à craindre une semblable dissolution 7 On peut donc le regarder comme un bref tout préparé pom- la destmction générale de tons les Ordres religieux.
. «U contredit et annule, autant qu’il peut, beaucoup de bulles et de constitutions du Saint-Siège, reçues ot reconnues par toute l’Église, sans en donner le motif. Lne si téméraire condamnation des décisions de tant de Pontifes prédécesseurs de Ganganelli peut-elle être siip- [kn tée par le Saint-Siège ?
‘T. a €« bref n seandale $i grand et si géaéral
CLÉMEHJ XIV '
dans l’Église qu’il n’y a guère que les impies, les" hérétiques, les mauvais (Catholiques et les libertins qui en aient triomphé. . ‘ '
« lies raisons sullisent pour prouver que c'e bref est nul et de nulle valeur, et par conséquent que la prétendue’suppres,sion des Jésuites est injuste et n’a produit nul effet. La (Compagnie de Jésus subsistant donc encore, le Siège apostolique,- pour là faire paraître de nouveau sur la terre, n’a qu’à le vouloir et parler : aussi je .suis dans la persuasion que Votre Sainteté le fera, car je raisonne ainsi :
« Une Société dont les membres tePdènt à une même lin, qui n’est autre que la gloire de Dieu, qui; pour y arriver, se servent des moyens qu’emploie la Compagnie, <|ui se conforment aux règles prescrites par l’Institut,
(jui s’entretiennent dans l’esprit de la (Conqiagnie, une telle Société, quels que" soient son nom, son habit, est très nécessaire à l’Église dâns'ce siècle de la plus affreuse dépravation. Une telle Société n’eùt-elle jamais existé, il faudrait l’établir aujourd’hui, L’Église, attaquée au seixième siècle par des ennemis furieuXj s’est louée des grands services" qu’elle a tirés de la (Compagnie fondfeç par saint Ignace. A la vue de la défection du dix-huitième siècle, l’Église voudra-t-elle se priver des services que cette même (Compagnie est encore en état de loi rendre?
Le Saint-Siège, eut-il jamais plus besoin de généreux défenseurs que dans ce dernier temps, où l’impiété et l’irréligion font les derniers efforts pour en ébranler les • fondements? (Ces secours, combinés par une Société en—, tière, sont d’ autant plus nécessaires que des particuliers, . libres de tout engagement, sans avoir été formés sous des lois telles que celles de la (Compagnie, sans avoir pris • son esprit, ne sont pas capables d’entreprendre et de souteiiii" les mêmes travaux. «
L’impression que le bref de Clément XIV produiât
ET US jiStlTES. at5
clans la Catholicité est exprimée par ces deux manifestes, qui réunissent Paris et Rome daus le même sentimeut. Le bref, daté du 21 juillet, aurait dû être promulgué le même jour ; la cour de Vienne en retarda la publication , parcequ’elle craignait que les biens des Jésuites ne tombassent entre les mains du Clergé. Joseph il désirait prendre des mesures pour se les approprier. Ce retanl favorisait les incertitudes du Pape : il aurait voulu l’éterniser ; maisFiorida-Blanca ne lui en donna pas le pouvoir. Clément accordait sa> confiance au Prélat Macedonio : l’Espagne le mit dans ses intérêts. De concert avec l'Ambassadeur et le P. Buontempi, on résolut de livrer un dernier assaut à la volonté chancel^te du Souverain Pontife. Cet assaut fut décisif,' et le Itî août 1773 le bref parut. Clément XIV avait nommé une commission pour le faire exécuter. Les Cardinaux André Corsini, Carafia, Marefoscbi, Zelada et CasaU la composèrent. ;Ufani, Macedonio et d’autres prélats ou jurisconsultes leur furent aijjoints. Les jêles avaient été distribués d’avance.
A huit heures du soir toutes les maisons des Jésuites sont investies par la garde corse et par les sbires, üu notifie au Général de la Compagnie et aux Pères le Bref de suppression. Alfani e% Macedonio apposent les seellés
. surlespapiera ainsi que sur chaque maison de l’Ordre. 'Laurent Ricci est transféré au Collège des .Anglais ; les Assistants et les Profës sont disséminés dans d’autres établissements ; puis, sous les yeux des Délégïiés pontificaux, le pillage des églises, des sacristies et des arcliives de la Société s’ofganise. 11 dura longfemps, et l’image de cette inertie en tiare accordant l’impunité à tous les scandales qulen jaillirent ne s’est jamais efiacée de la mémoire des Romains. Ils racontent encore que les diamants dont la Madone du Gesd était converle passèrent le lendemain à la maltresse d’ .Alfani, et que cette femmç s’en para publiquement. On avait exproprié les
S6fi CltMENT Mt’
Jésuites; otI'W songea pas à assurer leur exfstence. La. spoliation, entre les mains d’Alfani et de Macedonlo, prit des allures tellement cyniques, l’injustice marcha si au-' dacieusement tête le^’ée, que le cardinal Marefoschi, que ses inunitiés peimanentes envers l’Institut avaient ftiit nommer commissaire, se révolta contre tant de cruautés. Pour ne pas autoriser par sa présence des turpitudes de plus d’une sorte, il renonça à siéger dans cette *commissibn.
Le 22 septembre Clément XIV fit conduire au château Saint-Ange le Général, ses Assistants, Comelli, secrétaire de l’Ordre, les PP. I^lbrestier, Zaccliaria, Gautier et Faure. Ce demipr était l’un des plus brillants écM-; vains de l’Italie. On redoutait la causticité de son esprit et l’énergie de sa raison (1). Ce fut son seul crime; et les Philosophes, qui abusaient de la licence d’écrii-e, applaudirent à tet asservissement de la pensée.
I.e Souverain Pontife avait à sa disposition les archives de la Compagnie. Les lettres les plus intimes, les correspondances de chaque Père, les papiers de l’Ordre, ses affaires, le bilan de sa fortune, tout était sous les yeux de la commiseion, qui se montrait implacable. On tortura par des interrogatoires captieux les prisonniers qui, tenus dans le plus complet isolement, pouvaient, obsédés
(t) L”hit(rrosiiloira da ifevhe » pas* an ces tanna. Le magiiliait inMniciaar lai dlL daiu soa eacbol > • Monûeur l'abb^ il m'ol eiyofail de TOUS annouoer que vous a'éta ici pour aucun crioie. — Je le croù bien, puisque je n'cn ai pas commis. — Vous n'y éla m£me pas pour certains fcrits que tous avei pubiiés. — Je le crois bien encore, puisque, d'abord.
Il n'r arail pas défense d’écrire', et qu’énsuile Je ne l’ai' hil que pour répondre aex alomnla que Ton Tomisiah eoalre la société dont j’élais laeabre. — Qn*) 4v'll <n wfl, tons atUa id pour rien de loul cela, unis sasilemeat pour roua emptcber d’écrire contre le Bref. — Obi ohl mon- ■car, ToUb une jurisprndeiice nouvelle I C’nt donc à dire que, si le SaÎDl- Père avait craint que je ne volasse, i| m’aurait envoyé aux galéies, et, s'il avait eu peur que je n'aasastinasse, il m'autiH faii pendre piéveoUvemenl. s .
ET jMiiites. SA7
par la crainte ou par le désespoir, se satirer en faisant d'utiles révélations. Ricci et les Jésuites enfermés dans • le château Saint-Ange ne se.plaignirent pas de la captivife q^u’oii leur infligeait. Ils déclarèrent qu’ils étaient ■enfants d’obéissance et que, comme. membres de la Société de Jésus ou Prêtres catholiques, ils n’avaient rien à sfe reprocher des accusations dont on les chargeait. On leur parla de trésors cachés dans des souterrains, de leur insoumission aux volontés du Pape ; ces vieillards, courbés sous le poids des années, secouèrent leurs chaînes en souriant tristement, et ils répondirent : « Vous avez les clefs de toutes nos affjûres, de tous nos secrets ; s’il y a des trésors, vous devez nécessairement en saisir la trace. » On cherchait partout; l’avidité d’Alfani et de Macedonio ne se lassait jamais ; la conscience troublée de Clément XIV aurait voulu justifier sa partialité en découvrant quelque trame mystérieusè. Tout fut inutile. Et néanmoins le Général de l’Institut avait fait beau jeu aux magistrats inquisiteurs.
Quelques amis de la Compagnie, deux on trois même de ses Pères, avaient conseillé à Jliccî de soustraire aux regards les papiers les plus importants de l’Ordre de Jésus. On lui offrait de les cacher en lieu sûr. Hicci déclara qu’il ne consentirait jamais à des actes qui pouvaient faire suspecter la parfaite innocence de ses Frères et la sienhe propre. Il enjoignit de laisser les archives et les livres de compte h leur place ordinaire; chacun se conforma à la prescription. •
- Au milieu de tous les procès-verbaux et rapports qui furent adressés soit au Pape; soit aux Cardinaux-Commissaires pour la suppression, il existe un document qui ”tire une certaine valeur de l’homme qui l’a rédigé et des fonctions que cet homme exerçait. Le Dominicain ThomasrMarie Mamachi, maître du Sacré Palais, fut chargé de visiter une caisse de papiers et de livres saisis chez
CUMEMT XIV
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l'abbé Stefanucci, ex-Jésuile. Le Domioicaiii, dont le nom est cher k la littérature chrétienne par son Traité des mcrurs des fidéies- pendant tes pnmtiers siMes de l'Égtise et par d’autres ouvragés religieux, écrivît et signa de sa main un rapport sur cette visite. L' autographe est entre nos mains ; il décèle en sou auteur une perspicacité inquisitoriale qui ferait honneur à plus d'un min'istre de la police.
Le P. Stefaiiucci appartenait à une famille romaine riche et honorée ; il avait passé par les emplois impor- . lants de son Ordre ; il était même le théologien du cardinal d'York, et voici les bases de l'accusation qdè dirige contre lui le maître du Sacré Palais. Les manu.wits des Jésuites contiennent des remarques sur les accusations dont la Compagnie fut l’objet; ils discutent le cas éventuel de la suppression ; ils parlent des cours d’Espagne, de Portugal et de France, ainsi que du marquis de Ponihal. Ils contiennent des prophéties relatives aux Jésuites et au futur rétablissement de l’Institut. Les livres imprimés traitent en grande partie des événements'du Portugal, de la dévotion au Sacré Cœur de Jésus, du probabilisme et de la cause de Palafox.
De cet exposé de faits si simples le Dominicain a l'art de tirer trois chefs d’accusation contre les Jésuites. 1* Empressement à conserver de vaines prophéties, des écrits injurieux aux princes et k leurs ministres. 2* Attachement opiniâtre au jésuitisme, à des maximes que le Pape a condamnées par cela seul qu’il a supprimé l’Ordre de Jésus. 3’ Persévérance dans la conviction de l’innocence de la Compagnie. Mamachi développe ces trois accusations sans songer qu’il était bien permis à un enfant. de saint Ignace de défendre son Institut ou de posséder les livres qui le défendaient, lorsque, dans la bi-, bliotbèque privéede Laurent Gaugauelli, ou trouvait tous les ouvrages qui attaquaient la Compagnie; Ces ouvrages.
Bigitized-teT-Goi ^
dont nous sommes le possesseur, portent encore à la première page ces mots écrits de la main même du Cordelier qui sera Clément XIV : Ex libris fratrk Laun-nUi (ianganelti Stiixli Oflicii consultons.
Le maître du Sacré Palais ne se borne pas à ce rôle d’agent de police. Le P. Stefanucci est donc coupable ; il lui trouve des complices dans un grand nombre de personnages haut placés ; il demande qu’on les surveille. Puis, après avoir appuj^é son opinion sur une lettre de saint Augustin au prètie Sixte, blâmant la négligence qui faisait tolérer à Rome les hérétiques de ce temps. Mamachi témoigne le désir de voir prendre des précautions contre les improbateurs du Bref. « Dieu veuille, .ajoute-t-il, qu’il n’y ;iit pas de semblables critiques à Rome, ou du moins qu’il y en ait peu et de ba.sse ou médiocre condition. Qu’il ne s’y rencontre pas aussi des défenseurs de ces maximes que, par son Bref plein de prudence. Sa Sainteté veut voir abandonnées et rejetéespar ceux même qui professaient le Jésuitisme. En n'en tenant aucun compte, ne peut-il pas naître des discordes qui troublent la tranquillité des États et de l’Église? Je n'en sais rien ; mais ce que je comprends très bien par l’histoire, c’est que souvent les petites étincelles provoquent les grands incendies. »
Mamachi n’ .avait trouvé que des manuscrits ou des livres inoffensifs ; on voit les conséquences qu’il déduit de son inquisition. Qu’eùt-ce donc été si ses recherches l’eussent mis sur la trace d’un de ces mille complots qu’on prête si généreusement aux Jésuites? Qu’eût-il dit si les preuves de la turbulence et des richesses tant reprochées à la Compagnie de Jésus se fus.sent trouvées dans leurs archives, là où elles devaient nécessairement se trouver, leur existence une fois admise.
Le procès contre les Jésuites embarrassait beaucoup plus les (’.ardinaux instructeurs que les accusés
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pux-mêtnes; on résolut de le faire traîner en longtieur. Ce Alt alors qu'on exhuma les p.aroles, presque sacra* mentelleS, ihises dans la bouche de Ricci, ce fameux Sim ut siint. aut non tint (1), qui n’a jamais été jirononcé, mais que tous les Pères de l'Institut ont pensé, car il était la conséquence de leurs vœux et de leur vie.
Du 1(5 août au 16 septembre 1773, on se fatigua à chercher la trace des complots et des intrigues qu’on désirait faire surgir. On employa à ce rude service les Prélats et les légistes qui s’étaient le plus vivement prononcés contre les Jésuites; et, le 15 septembre, le cardinal André Corsini, le pensionné de Pombal; le chëf de la (Commission instituée pour exécuter la sentence rendue, désespère lui-même d’arriver à son but. C.e n’est plus le facteur des mauvais livres de Pagliarihi; le cardinal André se transforme en geôlier ; mais ses ttccupations ne l’empêchent pas de songer à Ses intérêts, et il accnêe réception dè l’argent qu’il a si tristement gagné. U Rien que je saehe, écrit-il à Pagliarini, que Marc Bargigli, chargé par moi de toucher ma pension de Portugal, ait répondu pleinement à votre dernière, qûi m’en annonça le paiement, jë ne veüX pas néanmoins négliger de vous assurer moi-méme de ma continuelle gratitude et de ma reconnaissance toujours présente pour les embarras que je vous 8àuse. Si j’ai tant tardé à vous en donner une preuve sincère, ce retard tient aox nombreux travaux qui me pressent, puisque déjà, depuis
(1) C'etI Canceioli, dans son romao sur Clémenl XIV, qui attribue no P. Ricci ce root devenu célèbre. Le Général des Jésuites ne l’a jamais pro- Boncé devant le Pape Clément XIV, puisqu’il lui fut impossible de l’entreteiiir depuis son élévation an siège de Pierre. Ces paroles sont tombées ée la bouebe de Clément Xlll, lorsqu’on 17SI le Cardinal de RocbechomM, , ambassadeur de France k Home, lui demandait de modiSer easentieliemeBt les Constitutions de l’Ordre. On voulait un supérieur paiticuUer pour les |ésallqs français; alors le Pape, résistant k ces innovations proposées, s’écria ; t Ou’ils soient ce qn’iis sont ou qu’ils ne soient plus 1 1
ET f.KS JÉSriTES. • . 37^
nn mois et plus, j’ai été choisi par Ss Sainteté comme président de la sacrée Congrégation destinée à procéder à la suppression de la Compagnie de Jésus. Cette sun pression est eiïectuée depuis le soir du i(î août passé ainsi que votre Seigneurie en aura été déjà informée Vu le weret inviolable, base de la susdite Congrégation je n ai aucune nouvelle intéressante à vous communiquer. Seulement je vous dirai qu’au milieu des devoirs qui m assiègent, celui de faire surveiller de près par la irouj» l’abbé Laurent Ricci et d’autres chefs de la Compagnie n’est pas le moindre. »
Clément XIV, dans des prévisions d’avenir, n’avait pas osé engager l’Église d’une manière trop solennelle. Il avait tôujours refusé de rendre une bulle pour la dissolution de la Société de Jésus, et sa sentence parut .sous forme de bref (1), comme plus facile à révoquer. Ce bref ne fut pas dénoncé aux Jésuites selon la coutume canonique; on ne l’aflicha ni au Champ de Flore ni aux portes de la basilique de Saint-Pierre. L’élise gallicane refusait de l’accepter. Le Roi d’Espagne le regarda comme insuffisant. La Cour de Naples défendit de le
« roi^ prince, O» magumitt.
et ^^elquefoU à de simples particulier, ! on . eoulume de l’expMIerea pspier^^ .«r^e, affi,!,*, Ié*è,« e, «ccincte.. La mattfre d« bidJea
e« ordinairenieiit plu, importante; leur forme eM pin, ample; elle, «uit loojour, écrite, ,nr parchemin. Quand le Pape est mort, on n’expédie ph» «te tmlles pendant la racance du Siège. Le nouveau Pontife lui-méme ^tient de celte forme plus utlennclle avant son couronnement : il ne donne alors que des breft on des deml-MU, (umi-MIe ou metxe-éoHc), nom dérivé du cachet en plomb qui te, accompagne pendn avec nne ficelici et dont nne de, Ihce, est alon sans Imcription. Dans le, bulle, proprement «lites, ce cachet repréMnte d’on côté les tête, de saint Pierre et de saint Paul, et de l’antre U porte le nom du Pape régnant : mais dans les dtmitulUM, il n’y a que l’image de, apétres. Dizionnrro di fnidnione sfonVo ecctttiatliea, etc., eompHato dei cavaHere Gaetano Moroni, an mot Botta, S t et 8, t, V, p. S77 et 181 ; au mot tfrew, J i, t. vr, p. 117.
promulguci' sous peine de mort. Marie-Thérèse, en se l éservant tous ses droits, c’est à dire en laissant Joseph II s'emparer des cinquante millions de biens possédés par les Jésuites, concourut purement et simplement aux vues du Pape pour le maintien de la tranquillité de l’Eglise. La Pologne résista pendant quelque temps; mais les vieux cantons suisses ne consentirent pas aussi facilement à sc soumettre. L’exécution du bref leur paraissait dangereuse pour la Religion catholique. Ils en écrivirent à Clément XIV. Dans cet intervalle, les disci- ])los de l’Institut s’étaient sécularisés par obéissance; Lucerne, Fribourg et Soleure ne permirent jamais qu’ils nbandoimassent leurs collèges. Ainsi le décret pontifical ne satisfaisait ni les amitiés ni les haines catholiques ; il ne fut loué que par Pombal et par les Philosophes. Le Pape eut le malheur de devenir un grand homme aux yeux des Calvinistes de Hollande et des Jansénistes d’Utrecht, qui firent fi-apper une médaille en son honneur. Cette flétrissure, dont ses vertus s’indignèrent, fut .sensible au cœur de Ganganelli; en apprenant la joie des ennemis de la Religion il comprit toute l’étendue de son erreur, mais il s’était placé dans l’impassibilité de la réparer. ,. .
U ne lui restait plus qu’à mourir; on tira de sa tnoiT une dernière calomnie contre l’Ordre de Jésus. So.hœll raconte (1) : « Clément XIV, dont la santé, selon la rem.arqne de plusieurs écrivains, commença à dépérir depuis la signature du bref, mourut le 22 septembre 1774, âgé de près de soixante-neuf ans. Après l’ouverture de son corps, qui se lit devant un grand nombre de curieux, les médecins déclarèrent que la maladie à laquelle il :ivaît succombé provenait de dispositions scorbutiques Pt liémon'oïdales, dont il était affecté depuis longues
(I) ( ours d'hutitir* dé» /s’fa/j europééHt, t. UJVt p.
ET LES JtSllTKS.
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années, et qui étaient devenues fhortelles par iin travail' excessif et par la coutume qu’il avait prise de provoquer artificiellement des sueurs fortes, même dans les grandes chaleurs. Cependant les personnes formant ce qu’on appelait le parti espagnol répandirent un tas de fables pour faire croire qu’il avait été empoisonné avec de l’eau de Tofana, production imaginaire dont beaucoup d’ignorants ont parlé, et que personne n’a jamais vue ni connue. On fit circuler une quantité de pamphlets qui accusaient les Jésuites d’être les auteurs d’un crime dont l'existence ne repose sur aucun fait que l’histoire puis.se admettre. »
^Quelques Catholiques n’ont pas eu la loyale discrétion de l’historien protestant; à leurs yeux Clément XIV est bien mort empoisonné. Pour établir cette hypothèse, qui devait tout naturellement .se transformer en certitude, puisqu’elle servait à dépopulariser la Compagnie de Jésus, oii s’appuya sur toute espèce de conjectures. On donna un rôle important à une villageoi.se de Valentano nommée Bernardine Renzi, pythonisse chrétienne, qui lisait dans l’avenir et qui annonça jour pour jour la mort du Souverain Pontife. De ce fait, assez peu rare dans les annales de l’Église, on tira d’étranges déductions. Bernardine prophétisait que le Saidt-Siége serait bientôt vacant, et qu’elle ne tarderait pas à être arrêtée. « Ganganelli, disait-elle, me tiendra en captivité, Braschi me délivrera. » Deux Jésuites, les PP. Coltraro et Venissa, Ruent soupçonnés, avec son confesseur, de répandre les prédictions de cette femme. La force armée les écroua au château Saint-Ange ; Bernardine fut à son tour privée de la liberté. La plupart de ces faits se passaient avant le 21 juillet 1773. L’empoisonnement de Client XIV eût été alors un crime utile aux Jésuites. On pourrait le comprendre tout en le réprouvant; mais après le bref, que leur importait la vie ou la mort du Pape 7 Quand des
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lioinnies aussi habiles qu'on lés suppose se décideut à un assassinat, ce n’est pas pour consacrer un fait accompli ' ((u'ils se font coupables, mais pour le prévenir. Les Jésuites n’ont pas tué Ganganelli quand son décès leur était avantageux, lorsqu’ils étaient encore debout; est-il possible, est-il présumable qu’ils l’aient empoisonné quand leurs supérieurs languissaient dabs les fers, et ([uand eux-mèmes, dispersés et ruinés, subissaient leur destin avec une simplicité d’enfants?
ün avait prétendu que les Philosophes et le duc de Choiseul avaient fait mourir le Dauphin, fils du roi' Louis XV, et le Pape Rezzonico. C’était une calomnie et une invraisemblance. L’histoire les repousse toutes deux avec dédain, car pour croire aux grands crimes il faut de grandes preuves. Les adversaires de la Comjtagnie de Jésus, à quelque secte qu’ils appartiennent, n’ont pas eu cette réserve. A les entendre, à les lire dans ces documents autographes que nous venons d’évoquer, les Jésuites, vivant au milieu du monde, dans la sobtude ou sur les terres vierges des Missions semblent tenir boutique de poison. Ils ellaceraient par leurs crimes imaginaires toutes les Locustes de l’antiquité, et en face de tant d’imputations, on est tenté de se demander si, dans ce siècle, la mort naturelle avait été supprimée par arrêt de la philantropie nouvellement découverte. Les Jésuites possédaient le secret de tuer leurs ennemis, inévitablement iis ont dû frapper Ganganelli. On a donc allirmé sur de vagues soupçons, nés d’une haine implacable, que la mort du Pape avait offert différents symptômes d’empoisonnement, et que lui-même, dans sou agonie, avait proclamé qu’il mourait victime.
Gette agonie fut. il est vrai, aussi longue que douloureuse : elle commença le jour où il s'assit sur la Ghage apostolique, aile ne se termbia qu'avec son dernier, soupir. -Il -y eut dans ce Pontife, peu fait peur la luun. un
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combat intérieur qui dévora les restes de sa vie j combat affreux où la faiblesse était aux prises avec la justice. 11 résista, il atermoya autant que les ressources de sou imagination le permirent ; il espéra toujours que ce calic( d’amertume, présenté par les princes de la maison de Bourbon, serait éloigné de ses lèvres ; mais f l’arrivée du comte de Florida-Blanca ses angoisses redoublèrent. L’ambassadeur espagnol fut le bourreau de l’homme; le remords acheva le Pontife.
Le souvenir de la Compagnie Jésus, détruite par lui, l’assiégeait sans cesse. Alors son esprit, parfois lucide, mesurait le mal qu’il avait fait à l’Eglise, la tache qui déshonorait son nom, l’opprobre qui s’attachait à un Pape dont les ennemis de toute religion célébraient seuls les philosophiques vertus. Le contraste de la douleur des fidèles et de la joie des incrédules était pour lui une désolation. D’amères pensées le tounnentaient jour et nuit j sa raison s’égarait, et souvent, au milieu des ténèbres, il se réveillait en sursaut croyant entendre les cloches du Gesu qui tintaient son agonie.
Dans cette occasion comme toujours, les persécutés ne furent pas les plus à plaindre. En présence de ce désespoir, il ne resta plus aux proscrits qu’à prier pour le proscripteur plus malheureux que ses victimes. 11 avait dit en signant le bref : « Quota supprosioiie mi darà lu morte ! » Longtemps après l’avoir promulgué, on le voyait errer dans ses appartements, et s’écrier à travers les sanglots: « Grâce 1 grâce! Compulmu feci ! compulsua fcci ! U Déplorable aveu qu’ un noble repentir arrachait à la démencp. Le Pape était menacé de mourir fou ; mais ce n’était pas l’acqua di tofana, ce chimérique poison administré par une main invisible qui corrompait son sang, qui brûlait ses entrailles, (|ui faisait de son sommeil la plus cruelle des agitations. Eulin le 22 septembre 177â, la raison revint à Clément, mais la raison avec la mort.
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A ce suprême moment la plénitude de son intelligence lui fut rendue. Le cardinal Malvezzi, le mauvais ange du Pontife, assistait à sa dernière heure; Dieu iie permit pas que le successeur des Apôtres expirât sans réconciliation avec le c*l. Pour arracher cette âme de Pape à l’enfer, qui, selon une de ses paroles, était devenu sa maison,, et pour que la tombe ne s'ouvrit pas sans espérance sur celui qui ne cessait de répéter: ad.' Dio. sono dannato! » Un miracle était nécessaire. Le miracle se fit. Saint Alphonse de Liguori était alors évêque de Santa Agata dei Goti au royaume de Naples. La Providence, qui veillait encore plus à l’honneur du Pontificat suprême qu’au salut d’un chrétien compromis par une grande faute, désigna Alphonse de Liguori comme sou intermédiaire entre le ciel et Ganganelli. Au procès de la canonisation de ce saint (1) on lit de quelle manière le prodige s’opéra.
« Le vénérable serviteur de Dieu , demeurant à Arienzo, petite ville de son diocèse (c’était le 21 septembre 1774), eut une espèce d’évanouissement. Assis sur son fauteuil, il resta environ deux jours dans un doux et profond sommeil. Un des gens de service voulut l’éveiller. Son Vicaire Général, don Jcau-Nicolas de Rubino, ordonna de le laisser reposer, mais de le garder à vue. S’étant enfin éveillé et ayant aussitôt donné quelques coups de sonnette, ses gens accoururent. Les voyant fort étonnés: « Qu’est-ce qu’il y a? leur dit-il. — Ce qu’il y a, répondirent-ils, voilà deux jours que vous ne parlez pas, que vous ne mangez pas, que vous ne donnez aucun signe. — Vous autres, dit le serv'iteur de Dieu, vous me croyiez endormi, mais il n’en était rien ; vous ne savez pas que je suis allé assister le Pape, qui est déjà mort. On ne tarda point d’apprendre que Clément XlV était
(1) ïnformalioi animadtertioncs et i'ttpomw tuftra V, S. D,
AlphoHëi lUaria: dîLi^orio, (Rome, 1800.)
mort le 22 septembre, à treize heures (entre huit et neuf heures du matin), c’est à dire au moment précis où le sen iteur de Dieu avait agité sa sonnette. »
• Tel est ce récit dont Rome, si difficile en matière de miracles et qui ne les constate qu’ après les avoir mûrement examinés, accepte la responsabilité dans les actes de la canonisation d’Alphonse de Liguori. Rome l'a discuté : Rome a prononcé ; cette bilocotion est un fait historique.
Liguori assistait le Pape Clément XIV à ses derniers moments, et cette inten’ention, dont Ganganelli seul eut connaissance, dont seul il ressentit les mystérieux effets, fit régner le calme et sans doute l’espérance dans son cœur si violemment agité. On l’avait forcé à créer in petto onze cardinaux imposés par les ennemis de la Société de Jésus. Malvezzi veut profiter de cette sérénité dont il n’a pas le secret. Il supplie le Pape d’achever son œuvre en confirmant les promotions qui seront nécessaires aux puissances dans le prochain Conclave. La justice était enfin descendue sur la tète du Pontife. 11 avait la con.science du prodige que le ciel accomplissait en sa faveur,; il s’en montra digne en refusant d’accéder à la demande du Cardinal. « Je ne le puis ni ne le dois, répondit-il,, et le Seigneur jugera mes motifs.» Malvezzi et 'ses complices insistaient. « Non, non, s’écria le Pape, je vais à l’Éternité, et je sais pourquoi. » '
Ce refus, si extraordinaire dans un Souverain Pontife qui avait tant accordé, paraissait inexplicable. 11 se fit avec un courage que semblait doubler l’approche des ju- 'geinenLsde Dieu, et Ganganelli expira saintement comme il aurait toujours vécu s’il n’eût pas mis une heure d’ambition et un désir d'iniquité entre sa pourpre et la tiare.
A Rome, la mort n’amène jamais le jour des éloges comme dans le reste du monde. Les Égyptiens de la