PI
ET I£i JfiEOrtES.
l.a plupart de leurs maisons se trouvaient obérées, tlelle de Saint-Pierre de la Martinique avait une dette* de 135,000 livres tournois. ,Afin d'améliorer les tenes et de les 'mettre en valeur, 11 songea à donner une plus large extension à l’agriculture. ll,^acheta des nègresî il multiplia ses engagemënU; il devint en peu de teini>s le plus intentent et le plus téméraire dee colons. Sa prospérité égala son audace. Il avait fait appel an crédit; tf abondantes récoltes couronnèrent ses espérances ; elles lui permirent d'éteindre une partie des dettes, on de faire face aux emprunts par lui contractés.
A son retour à laM^tinique au mois de mai 1756, Lavalette s’aperçut que l’administration du temporel avait souffert de son absence. 11 répara ces pertes, et, comme si son voyage à Paris, ses entrevues avec le ministre et les encouragements qu’il lui avait accordés don- • naientàson esprit quelque chose de plus vivace encore-, l,avalélte réalisa les grands desseins que son imagination avait si longtemps caressés. Ce ne fut plus seulement sur les provenances des biens de la maison qu’il voulut opérer; ses instincts de spéculateur s’étaient dévelopi)és; il réalisa l'achat de terres immenses à la Dominique. Pour les défricher et les exploiter, il rassembla deux mille Nègres. Lavalette avait eu besoin d’un m'ülion ; son crédit était si bien établi à Marseille et dans les autres cités maritimes, que des négociants lui en firent l’avance. 11 entrait dans une voie périlleuse ; il y entrait sans l’appui de ses supérieurs, sachant d’une
pi45idc-nl. Le P. Ualbani, à la page SI du Premier appel à lu ruMon, juge aia«t le* procureurs de l'Ordre : • Pour un procureur des Jèsulles industrieutg acUr et inlelUgenlg il y en a ceut qui n'ont pas les premières notions (les affaires. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à voir leur vie. Us passent dans un confessionnal le temps que d'autres religieux passeraient dans le cellW on derrière les valets de charrue* Ceci soit dit sans déplaire à pmoftne,' cc n'est peinl notre intt^tira. â
112 (XiMBNT XIV
manière certaine que cet appui lui serait toujours dénié ; mais, fort de sou activité,, Lavâlette s’étourdissait sur l'avenir. Concentraut dans ses mains tous les pouvoirs, séparé de la métropole pai- l’Océan, il n’avait à redouter aucune surveillance importune. C’est dans cet abandon que l’Institut a péché ; car, si le supérieur eût eu à ses côtés un Jésuite ferme et prévoyant, qui amait répondu de ses actes ainsi que de sa vie, à coup sûr il ne se fût pas lancé, tête baissée, dans de semblables opérations, ou le Général de l’Ordre, mis en demeure, les aurait entravées à l’instant même.
Au milieu des travaux de défrichement que Lavalette faisait exécuter à la Dominique, une épidémie survint ; elle enleva une partie de ses Nègres. Un premier désastre n’altère point la confiance de ce génie aventureux. Les termes de remboursement approchent, il faut satisfaire ses créanciers. Pour aifermir sa réputation, Lavalette contracte un second emprunt à des charges onéreuses. Il veut couvrir son déficit eu réalisant de plus larges bénéfices : il s’improvise marchand et banquier. 11 ne se borne plus à échanger ses demées coloniales contre les productions de l’Europe, il en achète pour les revendre. En France, sur les marchés des villes de commerce, ces spéculations n’auraient pu manquer d’attirer les regards des Jésuites : Lavalette dh'lge vers la Hollande les navires qu'il a frétés. 11 s’est procuré des comptoirs et des courtiers sur toutes ces côtes ; ils ont ordre de vendre ses cargaisons et de lui renvoyer les bâtiments cbai-^ de marchandises que d’autres agents secrets placeront à sou profit dans les ports d’Amérique. I.Avalette avait tout prévu, tout, excepté la guerre. Elle éclate subitement entre la France et la Grande-Bretagne. Iæs coi'sàires anglais infestent les mers. Dès 1755, ils capturent, sans déclaration d'hostilités, les bâtiments de commerce portant pavillon français. Ceux du Jésuite se
■ by Googit
ST LSÿ JÉSkTTKS. fl S
trouveul daiLS lu uombie : plus de cLuq ceut mille lirres teumois sont eiigluuües. Lavalette veut tcuir Σ(e à l’oinge. Iji rapacité britauulqua a dérangé- ses calculs, il eu lait d’autws qu’il croit plus infaillibles. L'iuterrtf|)tiuii des reratioHS avec le coutineut européen rendait incurtabi, inqwssible i>eqt-être, le paiement de ges lettres de cbangc ! liour-iwiei'-à ces'opslacles, Lavalexte lente des opéral^ious "conitnerciaies encore' plus barsai’dé'tà. Sur ces eutrelaites, -les frères Lioncy, porteurs d’une partie des üü-es de çr.éançes, s’biquiètent de cet état de choses ; l’alarme «e répand parmi les autres correspondants du Père ; mais rien ne transpire encore. Les Jésuites de Marseille sont enfin prévenus ; ils fout part à Leforestier, Provincial de France, alors à Home, et au chef de l’Ordre, des mifiversatious de Lavalette. 11 fut décidé que l’on chercherait tous les moyens d’éloufler cette affaire. Le meilleur était de rembourser, on ne ÿy arrêta qu’imparfaitement (1). On fit deux catégories tte ci;éanciers' les pauvres, dont les besoins étaient urgents; les riches, auxquels on garantissait les sommes dues. l.a maison de. la Martinique, ét l'habitation de la Dominique devenaient leur gage ; elles pouvaient et au-delà coùvr'n- le passif. Le P. de Sacy* procureur de la Mission des lies du Vent, est autorisé -à emprunter deux cént mille francs : Sac y avait déjà opéré quelques rembonrseiueots. Cette nouvelle somme, répartie entie les créanciers les plus nécessiteux, lui laissait la facilité de s’en-> tendre avec les autres; mais, à Paris, les Pères investis fies pouvoirs do Provincial s’op'poseut à cet emprunt. :
(t) Il CM tle tradition dans la famille Séguierjque lor$qù*m 17601’avocil général de-cc nom ut ^ danger que coujuUla Com^guie de Jésus, U aMa lrou>er le P* de La Tour, son ancieu inailre : « Muo Pérc, lui dit ravocal féuéraJ* il )uas (aut faire kf sacriUces, aulrmueul vous êtes perdus. > Et le vieux Jésuile, eu; secouant hi léte avec résignaüon, reprit : « L’argent ne iTDUs.sauvcra pas; notre ruiue est assurée. KrMÎl sammti ditâ tt inrtuc^ tabiU a \ ^ .
lUl 'r.LtMENP
Us vehlent, et t’est une yereion ' inédite <pje noos tild!- {|uons sans la discuter, ils veulent que Lavalétté dépose son bilan, qu’il' fasse banqueroute, afin qlie Todieiix de ces piratefies reWnibe sur le gouvernclï|ent anglais. La pensée avait quelque chose dé national,' et ceux qui l’avaient conçue espéraient qüe «la cour appuierait cettfe démarche. Mais ce parti, prié dans leé circonstances dù la Compagnie se trouvait , fournissait contre elle des armes terribles ;'il soulevait Topmioff publique, H appelait les tribunaux séculiers à connaître d’une cause qui ne pouvait qu’être préjudiciable aux Jésuites. Ori éonsulta des badqhie'rs : tous furent d’avis qu’il fallait renoncer â ce projet déshonorant sans aucun avantage.' teni|is. s’éODüIait ainsi ^eri pourp.irlerS et en ronseSpon- ■dâiide. î.a vouve firom éf son ftfs, négociants de NântPs, ihtenteiTt un protés au tribuflal consulaire «le Paris ; les frères Llonrÿ, de Marséille, suivent la" même marche. Le 3ft janvier 1780, les Jésuites sont Condamnés à payer solidairetnent les trente miHe francs’dos par LavaMette & la venté Grtu. La sentettcé était injtiste (1); mais sOn
(1) L» jufininiieiicc Mr ces msUère» a disfNmi en ^'miœ avec ies Offres nUfious ; iwtu cro>ûOs opportua de la rappeler data une affaire . qui tt ncilé Qi) si leng rêlentû»oiseDU A part les coosüUitioM des tlivenes sociétés religieuses, cotislUutions supposanl ou étobllssanl la non-solidarité entre maiKOiiü du mènic Ordre, cet état de choses se iroarait appuyé vnr (Tantres fondenienls IncrAitestés. fl a\dlt pour Fui hs Letlrea>Patentes, qui, • • enluitorisaiit oèiaqnc élabUsecmeirf relqi^eui, coUége, inonastère, comoiu. •aulé, loi donnaient une existence eUHe propre et diattHCle. Ces Lettresl^ateotcs lui a»uraietir la propriété séparée et inallaquable de son palrimoine et de ses domaines. En vértu de pareils actes royaux, chaque maison reTfgieuse jouissait de la fScullé particnliére de coninicter par son addlini»> tralenr; celle d*ester en jnsHce, d*acqoéHr, de recevoir des dons on des legs d*une monlére hidéfinle os »xec restriction Ini était aussi concédée. Ainsi H existait aillant d*étres cim($ qn*il y araH de maKons régnUérement amortsées, et les biens de Tune ne se confondaient jamais avèé les biens ’ de l*auire. » ’ *
Ces Lpllres-Palentes ftirinaient la bas« du droit de'iMm-naHdarité; rin«
ET tl» jesiTTE-s. 115
inifjiiîté 'devait dessiller les yeux des Pères qui s’opposaient h une transaction, il ri’en fut rien. T,es légistes
tntioa deS fondaleurs n'éuU pas ncins spdciale. Cn rondat«ius, qu'ils A^ssciü corps raunicipaai, villes ou pàrticnlicrs, tui hailsspiit, en dnlanlbne maison rellgleose, se proposaient pour bnl le culte de Dieu, lesdlrcfs ministères bcclésIasUqucs, l'édacatlon de la Jeunesse, le soulagement des pannes ou d'autres Bns utiles La loi laïque, tenant coirfimer le contrat d'élabflstemcnt, assurait d chaque maison fa propriété de sa dotation ou de ses hiens, s^on.le désir du fondal^r et pour l'acquit dte la fondation. l.es maisons rcHgietises du mOme ordre étalent sreifTs; neatnbolns, dans les biléret-s péeunlaires, dans les pertes ou dans les acquêts, il n'f atail rien de commun entre elles. L’amitié et la charité pouraient, en 'eerlalnes c|i<coDStances, faire naître des devoirs de (hmllle; il n'eilstait atenne obligation de Justice rigoureuse, aucun lien ife solidarité. ' , ' '
Saiut Ignace de Loyola trouva ce droit commun en rigueur ; Il l’adopta pour son Institut. Les maisons professes, qni ne peuvent avoir de rereans, ne possèdent que le domicile des profès. Les collèges, novicials, résidenres transatlantiques joulasent de biena-fonda et de revenus, müs ces biens o’appartiennent qn’è chaque collège, mtsaion ou noviciat déterminé. Le Général, qui a ta chalge d'administrer par lui ou par d’autres les propHéiéa, ne peut passer de contnta que pour l’utilité ef l’avantage de ces maisons, in eornrndem tililUattmtt bonum, (ContHtuU, part, ix, c. ir; Exam. gener., c. I, n* 4 ; Butta Grtgorü XJJI, 1582.) âi Im revenus annuels des CoMéges destiaéa, par l'intention du fondateur et par le dispositif de l’Institat, à ' l’entretien et à la nourriture des Jééuites qui y babitcn( excèdent ces dépenses, l’excédant doit être tout entier consacré dans chaque maisan, non pas 4 augmenter les bètilncuts, mais 4 éteindre ses,dettes on 4 accroRre ses revenus. (Insl..pro adtnin. tit. pnrrtct,, n* 8.) L’Eglise et l'état âvaieat recoilnu ce droit de oon-'solidartté choi les Jésuites par l'union de bénéUces en fatefir des maisons nop sullisammeiit dotées. Quandsin collège, un séminaire, nn Doriciat était tfop pauvre, on ne s’eiiquérait pas si les antres établlslcmcnta da royaume ou de la province araient une fortune snrabonbanle; on rét;ilialt uniquement te cbilTre des revenus et des charges de la maison 4 laquelle l’union était projetée.' Les revenus étant jugés insuffisants, les deux puissances décrélaicnt et opéraient l'union du bénéfice 4 l'établissement. La loi ecclésiastique ouoivile admellait donc' que les mai^ns «Tun même Ordre, attachées entre elles par le lien moral d’une règle commune et de l’obéissance au même supérieur, fu.ssent parlbilcntent disllnétrs et séparées eu tout ce qui regardait les intérêts purement tempooHs.
Jusqu’en 1780, personne n'avait contesté aux laites ce dmit de non-
116 (XÉMENT Xrv
iHur (lisaieut que le droit ’cominua et la loi étaient
pour eux ; les Jésuites eurent le tort iinpardounable de
boUdiiriu^j qui kur étpil cpimnuu avec tous les Ordres rdigicui. On ne4c couleslà jamais au« autres lusÜtuLSi on ne l'allaqua que dans celui, dè saint Ignac'c. Voici sous queU prétextes. On alJégua que le Général de la Gompaguie régnait eu dçspote, qu'H était maître a)>$olu des personnes et des ciioacsÿ par conséquent propriétaire universel des biens de TOrdrei A^x tenues des constitutions, ccUc assertion était sans force, mais, sous l'iiH Iluence de certaines inimitiés passionnées, elle fut érigée en principe.
Lq législation de Plnstltul est cependant bien claire sur ce point. Le Général se place dans la même catégorie que ses confrères; il fait vœu de pauvreté, et ne peut disposer d'aucun bien. Dans les Sociétés religieuses, ce ne sont pas les personnes ou les supérieure qui possèdent, mais les établisseenents, espèces d'ètrcs fictifs reconnus légalement par le ilroil ecclésiastique et civil. I.c texte, des constitutions de Saint Ignace montre parU^ le Général administrateur et non propriétaire des biens de la Sodëié» Dans sgn administration, que les ConslitûUons (part, iv, cbap. Ji) affilent surintenHtnice, parcequc c'estlui qui nomme les autres supéi^ra ou admifiislrolcurs tenus de lui rendre compte de leur gestion, le^ôéi^nTest soumis^ pour tous les points essentiels, au contrôle des congr^ lions générales. Sans leur assentiment 11 ne peut aliéner, dissoudre un collège qa un autre .éUiblisscment, et la violatipo de ^ttejoi serait i>our lui un eg,s de déposition ou même d'exdution de la Compagnie, prévu par les Constitutions (part IX, cbap. Il peut recevoir les propriétés ou les dons oflTèrts à la Compagnie ;'fl peut, quand l'intenllou du fondateur n'a pas été formulée, les appli({ucr à telle maison ou collège; mais l'application une fob faite, il ne lui est pas permis d'en détourner le fruit, de prélever sur les retenus, soit pour son usage, soit pour donner ù des étrangers, notamment à sa famille. Par lui ou par d'autres, le Général a le droit de passer (ouïe sorte de contrais de vente, d'oebat de biens temporels mobiliers, de quelque c’spi'cc que ce soit, tant des collèges que des maisons de la Société ; il peut constituer ou racheter des rentes sur les biens fixes (slabiUa) des collèges, niais seulement pour ruülité cl dans riulérCi des Maisons.
l.e Général n'est donc 'que l'admiubtrateur, le tuteur de la Compagnie ; pailoul cl loiijouis.doroine le même système de séparation cl de non-solidarité..* Mois, objectaient les parlements de 17G0, il n'en eal pas de la Comjiagnie.de Jésus comme des autres Ordres où les religieux vivent et meurent dans la nu'mc inaistn, où le supérieur est élu par les membres de la inaistm, et où le» afl'aircs principales sont traitées et décidées par la comiminauté réunir <j» çliapKic. Avec celle législation, il est évident, amputaient
ET LES JÉSITTES. . 117
croire à de pareilles assertions (1) ^ Individus, ils auraient peut-être trouvé de l’équité devant les tribunaux ; Ordre religieux et tliembres surtout d’un Institut qui portait ombrage à'tant d’espérances, ils ne devaient s’attendre qui des injustices réllécbies. On ]es entraîna à faire appel au. Parlement } c'était une ftiute irréparable; le
les coUfs judiciaires, que chaque ooovent est jépard.pour le temporel d«s antres coarenU do même Ordre, s
Ces variétés de jurisprudence parmi les Instituts ne sont .que des dispositions accidcntelJes : elles ne peuvent influer essentiellement sur les que^ lions lie solidarijé et de non-solidarité des élablissemeitts du même Ordre. Ifevistait d'antreé Sociétés, la eongréfation de Saint-Manr, par exemple, où les religieux ehaugeaient de anaisou à la volooté de leur supérieur, aiaai que eela se praüque chci ies Jouîtes, où les chefs de chaque monaalùrc ■T’étaient point élus par la communauté, mais par le chapitre.général de l’Ordre. Enfin dans celui de Eonlrevoult, qui avait Une femme pour supérieur général des couvents d’Iiommés et de fenunes de la congrégntiofl, i*lte abbrtsse exerçait, comme le Géiiéral de la Société de Jésus, la surintendance ou l'administration unKerselle des hiéna, et l’on n'a jamais prétendu que, dans l'Ordre dç Fontevrault ou dans la Congrégation de Saiiit- . Maur, les diverses maisons fussent cxcines du droit de non-solidorilé.
Le principe était erv faveur des Jésuites ! mais, dans la position où le P. I.avaleltc plaçait la Compagnie, il fallait faire fléchir ce principe et désinlérrsfcr les créanciers. Ce n’était pas d’équité stricte, mais h coup sflr c’était de Jrnnne politique. La Société de Jésus aurait élff attaqiréc sifr d’autres points ; elle n'efil pas oflerl un côté vulnérable, et ses ennemis n'en eussent pas profité pour confbndre à plaisir foutes les notions de justice.
(1) Huit des pini célèbres avocats de Paris rlérdiérèrent la cortsoItsUon suivante :
t Le conseil X’slime, d’après les faits et les moyens détaillés dans le mémoire, que la maison.de la Vlarliniquc est seule obligée; que non seulement il n'j a point lien 5 la solidarité, qui ne peut naître que d’une loi 00 d’une conve'ittion expresse, mais qu’il n’y a auenne sorte d’action contre les maisons de France ou autres maisons de l'Ordre, cl que les Jésuilés ne doivent point s’attacher à rincompétencè, lèur déflxisc au fond ne soiilTrant point de difliculté. ,
« Délibéré i Paris, le 6 mars 17«i,Sigrté.: L'UffitiusiEB, Gru.iT, MstL- LAMi, Jsiooé, deLi Moitxoïi, Dxmls, TaémoT, d'EpACLE. s
P. Claude Frey de NeuvHle (1) pouvait Téviter en se prévalant du droit de cmmnittitmts (2), accordé par- lettres-patentes de Louis XIV. L’évocation au Parlement blessait le Grand-'C.onseil dans ses attributions ; il jetait la Société de Jésus entre les mains dë ses adversaire^ les plus déterminés. On avait manœuvré de toutes fa- •çons pour lui faire adopter ce parti, et, pat aveuglement, elle s’ofli'ait elle-même en holocauste. Le 2fl' mai 1760, le consulat de Marseille suivait Ja même jurispradence que celui de Paris : il permettait aux Lioncy et- à Gouffre de porter leurs e.xécutions sur tous les biens.de la Compagnie.
Pendant ce temps, I.ouis Genturioni, Général de l'Ordre, avait pris 'des mesures pour arrêter le mal à sa source. .\u mois de, septembre, puis au mois de novembre 1756, les PP, de Montigny et d’Hubërlant sont nommés visiteurs à la Martinique. Ils doivent rendre compte du véritable état de la situation, et suspendre le négoce de Lavalette. Des causes indépendairtes de la volonté humaine empêchèrent ce voyage. \j& temps s’écoula dans des correspondances qui de la Martinique devaient traverser la France pour aller à Rome; Kn 17.50, après avoir passé trois ans à lutter contre les obstacles, mr autre visilem', le P. Fronteau, meurt eu route. Ije P. de l.auiiay, procureur des Missions dti Canada, lui succède ; il se casse la jambe à Versailles au moment de son départ. Ln troisième Jésuite reçoit ordre de s’embarquer: il prend passage sur un bâtiment neutre. Nonobstant cette précaution, il est capturé par les cor:
(1) l,e J6uiitc Claude Frey de NeurUlc était frère de Charles dcNenviltr, le prédicBlctir.
LouU XIV, voyaat r«chameincnt que la cour judicioire ue ccasail de déploTer centre les Jésuites toutes les fols qti*ils araient besoin de ses arrêts, lt*iir avait accordé la faculté de porter leurs affaires au ^rand conseil. C’est cru e fbcûlté qoê Toit appelait le droit de committirnHs,
ET Ali5 OiSUips. • • |[19,
sau*e.s. Le lual élai^ sans reip^le, florsque. Ije 1’, de La Marche, muni d’uii sauf<ouduit (Tu guavernemeut brita^iuique, aborde aux Antilles en 1702. 11 instruit le procès de Lavalette, dont les Anglais, maîtres de l'Ue, se faisaieitl les protccteiirs, et il.renil çe jugement :
■ U Après avoir procédé, et niêpic par écrit, aux iijl'urmdtions convenables, tant auprès de nos Pères qu’ auprès des étriers, sur radmmisüation du P. Vptoine de Lavalette, depuis qu'H a obteymia gestion des allaires de la Mission de la Lonipagnie de Jésus è la Martinique ; après avoij- interrogé ledit P. de Latalette devajit Igs principaux Pères de la Mission ; après l’avoir entendu sur les griefs contre lui : atlei^u qu*il conste de ces informations : 1* qu’il 's’est livré à des affaires de commerce, an'moins quant an for extérieur, au mépris jles lois canoniques et des lois particulières de rinslitut de la Société; 2“ que le lûôme a dérobé la Connaissance dé ce négbce à nos Pères dans file de. la Martinique, et particulièrement aux supérieurs tnajeurs de la Société; .1* qu’il a été Cak dçs réclamations ouvertes et vives contre ces affaires de nègo’ce du susdit, tant par les Pères de la Mission, quand ils connurcnt'ces affaires, que par les Supérieurs de la Société, aussitôt qiig le bruit, quoique encore incertain, .de ce genre -de négqce parvint à lears oreilles, de manière, que, s%ns aucun retard, ils pensèrent à y pourvoir et à envoyer, pour établir une autre et bien différente administration, un v'isiteur cx- Iraordiimice, ce qui fut tenté par eux en yain péndant^six ans, et ne put avoir sou effet que dans les derniers temps, par suite d'obstacles qu’aucune faculté humaine ne pouvait prévoir ; nous, après avoir délibéré dans un examen juste, et souycnj et mûrement avec les Pères les plus expérimentés de la Mission la Martihiqve'; après avoir adressé ù Dieu les. plus vives prières; en vertu de L’autorité à nous commise, et de l’avU' iinanimccte nos Pères :
!• nous voulons que le P. -Antoiivs Üe Lavalette vit prix-é absolument dè toute administration, tant spirituelle que. temporelle; nous ordonnons que ledit P. Antoine de Lavalette soit le plus tôt possible ‘envoyé ep Enropc; .V nous interdisons ledit P. Antoine de î^'alette ; nons lexlôdarons interdit à sacrh, jusqu'à ce qu’il soit absous de cette interdiction par l'autorité du très révérend Père Obérai de la Compagnie de Jésus, auquel nous reconnaissons, comme il conviçnt, tout droit sur notre jugement. Donné dans la principale résidence de la (Compagnie de Jésus de la Martinique, le 25 avril 1782. . ‘
« Signé Jean-François de La Marche, de la Compagnie de Jésus. »
' Le jour même, la sentence fut adressée au P. tavâ^ lette, qui donna la déclaration suivante :
« Je, soussigné, atteste reconnaître.sincèrement dans tous ses points l’équité de la sentence portée contre moi, bien que ce soit faute de connaissance ou de réflexion, ou par une sorte de hasard, qu’il m’est arrivé de faire un commerce profane, auquel méme'j’ai renoncé à l’instant Où j’ai appris combien de trouble ce commerce avait causé dans la Compagnie et dans toute l’Europe. J’atteste encore avec serment que parmi les premiers supérieurs de la Compagnie il n’y en a pas un seul qui m’ait autorisé, ou conseillé, ou approuvé dàns le commerce que j’avais entrepris, pas un seul-'qui y ait eu aucune sorte de participation, qui y^soit de connivence. C’est pourquoi, plein de Cepentir et de confusion, -je supplie les premiers supérieurs de la Compagnie d’ordonner que la sentence rendue contre moi soit publiée et promulguée, ainsi que ce témoignage d<' ma faute et de mes regrets. Enfin, je prends Dieu à témoin que je ne suis amené à uuq telle confession ni par force, Ôi par des menaces, ni par les caresses et autres artifices ; mais que
DigïïTzWby
ET lÆS J*8UITES. 12|-
je ni’ y prête' de moi-même, aveê une pleine überté, afin de rendre -hommage à Ja vérité et de repousser, •démentir, anéantir, autant qu’il est en moi, les calomnies dont, à mon occasion, on a chargé tonte la Compagnie. Donné dans la résidence principale de la Mission de la Martinique, les jonr,. mois et an que dessus (26. avril 1762.) ■' . . , ••
' • « Signi Antoine- DE L'a Valette, •
■ • ' de la Compa^ie de Jésus. 1) •.
Ces pièces, que tant d’événements avaient fait oublier dans les archives du.Gesu, ont, sans'aucun doute, ’leuf importance ; elles peuvent modifier l’erreur des uns' et le crime de l’autrei mais, à nos yeux, elles ne les atténueronf que jusqu’à un certain point. T.avalette, expulsé do4a Compagnie, \ivant en Angleterre, et libre de ses actes, n’à jamais démenti les aveux qu’il avait faits. Ils sont acquis à l’histoire; car, à cette époque et avec son caractère, il a dû souvent être sollicité pour imputer aux .Tésnites une partie de ses spéculations. Lavalette en a toujours seul assumé la responsabilité; il ne reste au Général et aux .Provinciaux que le tort d’avoir publié une seule fois la surveillance qu’ils dev'aient exercer. Elle entraîna pour l’Institut de désastreuses conséquences; mais, à la faute déjà commise, de perfides conseils, des amitiés plus cruelles que la haine en durent ajouter une autre plus déplorable..
De côneert avec les Jésuites, les principaux créanciers de Lavalette cherchaient à réparer le mal. Plus de sept cent mille francs avaient été soldés; il était possible, en prenant des termes, d’arriver à une conclusion qui ne léserait aucun dps intérêts mis en jeu, et qui seuleiucnt appaüvriraU momentanément La Société. Elle avaitsouscritàce pi’ojetî eHe s’arrangeait pour- le faire arxepter, lorsque (le funestes dissidences éclatent dans son sein.
tja , . , CLttliKT.jav
Les mis refusent de se rendre solidaires ,pour le P. Larvalette, les autres croient^u'il faut étouller à tout prix une occasion de scandale. Les imprudents remporjètmu encore une fois sur les sages, et, lorsque le Parlement se saisit de l’aiTaire, il ne fut plus temps de signaler le (léril. Les Jésuites s'étaient ]>lacés sous le coup de leurs eunex mis: il y avait à, exercer contre eux des récriminations et des vengeances. Uadame de Pompadour poussait à leur ruine; les Jansénistes et les Philosophes y ap))laiidissaient; le Parlement allait la consommer. Le duc de Choiseul ne voulut pas seulement leur ^rte, il aspira à les détruire, mais par des moyens nioinsedieujfque qeux dont Pombâl s’était servi. - - ' .
' Tant que le maréchal de Belle-Isle avait vécu, les. adversaires de la Compagnie s'ôtaient vus réduits à formuler des vœux contre elle. Principal min'istre, il étudrait avec effroi les tendances de son siècle, et sa ma'm ue-, sayait les copiprimer. Le 26 janvier 1761, son trépas, leur laissait toute latitude. Le duc de Choiseul, qui lui 'succéda, avait d'autres dessein^ et un caractère qpi ufL aitplus de prise à la flatterie. Choiseul était l'idéal dés geutilshommes du di-x-huitiéme siéde ; il en avait l'incrédulité (1), les grâces, la vanité, la noblesse, le luxe, l'insolence, le courage et cette légèreté -quj aurait sucrilié le rqpo^ de l’Europe à une épigramme ou à une louange. Homme tout en dehors, il effleurait les questions et les trancliait ; il aimait à respirer l’encens que les Encyqlopédisttts lui prodiguaient, mais son orgueil se révoltait à l'idée qu'ils pouvaient devenir ses pédagogues : U ne voulait de maître ni sur le trùne ni au dessous, il se mon-
(1) • Dons sa jeiinrssr, Choiseul avait cédé au travers comimin d'in* sulter à la religion. Puissant, il parut la respecter. Lorsqu'il etit à conduire hi lenic aboHtion des JéstlSies, Us'<dMerv8, pour de pas leisaer croire qo'oii i«molailcc»rdi|;iedX à iimpiélé donioanle. «(LacreteMe, Hiit. de Ftantc-
trait indifférent atu Jésuites comme à tput ce qui ii'étaît pas sa per^nnalité ; il ne les connaissait que par le P. de Neuville, et il soupçonnait cè Jésuite d’avoir in-
* ffTsposé contre lui,le maréchal de Belle-lsle, C’était un ^ief, mais Clioiseul avait trop de caprices ambitieux pour s’y arrêter. La pensée de tcfute sa vie était de gouverner la France, d’appliquer à ce pays malade les tliéories qu’il avait rêvées. Il ne pouvait y parvenir qu’en se créant des prôneurs parmi les écrivains qui alors disposaient de l’opinion publiquë. Il séduisit les Philosophes, il g^na le Parlement, il se fit l’admirateur des Jansénistes, il flatta madame de Pompadour, il amusa le Roj, le plus difficile de ses succès ; puis, lorsqu’il eut entraîné tout le monde dans sa sphère, il se mit, pour, méuager chaque parti, à la poursuite de la Compagnie de Jésus.
Plus tard, sous le régne suivant, le duc de Choiseul a, dans un mémoire à Louis XVI, essayé d’expliquer la position neutre qu’il croyait avoir prise, et il s’exprime
• ainsi : '
« Je suis persuadé que l’on a dit au Roi que j’étais l’auteur de l’expulsion des Jésuites. Le hasard seiil a commencé cette affaire, l’événement arrivé en F.spagne l’a terminée. J’étais fort éloigné d’être contre eux au commencement ; je ne m’eb suis pas mêlé à la fin : voilà la vérité. Mais comme mes ennemis étaient amis des Jésuites, et que feu M. le'Dau|)hin les protégeait, il leür a paru utile de publier que j’étais l’instigateur de la jierte de cette Société ; tandis que, à la fin d’une guerre mal-, heureuse, accablé d’affaires, je ne voyais qu'avec indiflérénce subsister ou détruire line communauté de moines. Actuellement je ne suis plus indifférent sur les Jésuites; j’ai acquis des preuves combien cet 0/dre et tous ceux qn1 y teiiaieht ou qui y tiennent sont dangereux à la çour et à r&tat, soit par fanatisme, soit par ambition, soit pour favoriser leurs intrigues et leurs vice.s ; et si j étais
12Û * . • *■ CLÉMÏST^XIV • '
flans le ministère, je conseillerais aü Roi avec instance de ne jamais se laisser entamer sur le rétablisseinent d’une ^ciété aussi pernicieuse, "a ' ^
Les faits parlent plus haut tpie cette déclaration dénuée de pteuvra ; et si le duc de Choîseul était , ainsi • qu’il lé dit„« fort éloigné d’être contre eux an commen- 'cemeiit, s’il ne s’en est pas mêlé à la fin’, » il faut convenir que ses actes se troin’ent peu d’acxord avec ses paroles. Les uns et les autres .s’explicpieront parle récit des événements ; mais Simonde de Sismondi, dans son Histoire des Fronçais, a déjà répondu à cçs allégations. ■ .t( Madame de Pomp.adour, dit l’historien protestant (^11, aspirait surtout à .se donner, une réputation d’énergie flans le caractèrê, et elle croyait cq awir trouvé l’occasion en montrant qu’elle savait frapper un coup d’état.
' La même .petitesse d’ esprit avait aussi de'rmlluence sur le duc de Choiseul.' De plus tous doux étaient bien aisés de détourne)' l’attention publique deà événements de la guerre. Ils espéraientacquérir de la popuLorité en flattant à la fois les Philosophes et les Jansénistes et couvrir les flépcnses de la guerre par la confiscation des biens d’un Ordre fort riche", au lieu d’ôtre réduits à des réformes <jui attristeraient le Roi et aliéneraient la coiié. s Tel est le récit de l’écrivain genevois. Il diflère des appréci.a- • lions de ChoLseul; mais le témoignage de Sismondi est au moins désintéressé' dans la question ; il doit donc avoir plus.flepoûls que celui d’un mitiislrq essay.ant de justifier' ' l’arbitraire par la calomnie. ,
Tx parléméht de Paris avaititprononcer sur une simple* fa'dlite, il l’éleva à la hauteur d’une question religieuse. Sous prétexte de vécdlbr les motifs allégués dans la sentence, consulaire, il enjoignit.aux Jésuites, le 17 avril I7fll, d’avoir à déposer au greffe de la cour un e.xem-
(1) Hist, du Frili(»is, I. xïix, p. SS3. " • ' •
ET LES JÉSIITES. yÇ
plaire des Constitutions de leur Ordre, Lue année aui»ravant, le 18 avril 17«0,'un anèt était mterveyu pour supprimer leurs Congrégations (1). 11 importait d’isoler les Jésuites, de leur retirer toute leur influence sur la jeunesse et de les présenter comme des hommes dont la justice suspectait les manœuvres clandestines. Au nom de la religion le Parlement Gt fermer ces asUes de (a piété, n rompit cette longue chaîne de prières et de devoirs réàmissaut dans une même pensée les chrétiens des deux hémisphères. Comme pour mettre le cachet de la moquerie vültairienne à cet acte sans précédent, le ministère etla cour judiciaire laissèrent se multiplier en France les loges maçonniquesj Elles y étaient prevue inconnues; ce fut à partir de cette éimque qu’elles Mquirenl partout droit de cité.
Le dépôt d’un exemplaire des Constitutions de l’Institut étaitun piège tendu aux disciples de saint Ignace. Us. avaient trois joui's- pour obtempérer. Le P. de Montigny s’empressa de se conformer à l’injonction. Le Parlement avait agi dans l’intérêt des créanciers; il lescifavadu débat aussitôt qu’il put remonter plus haut. Le scandale de' la banqueroute servait d’échelon à des passions qui avaient été trop compripiées pour ne pas éclater. Le Pai lenient oublia les créanciers de Lavalette, (lui ne furent jamais payés, pas rnëùie après la conGseation des biens de la Société (2) «et U s’attribua la mission de juger le fond de l’Institut. ,Trois conseillers, Chauveliu; Terr.ay et Laverdy, sont désignés pour examiner ces formidables
et mystérieuses Constitutions, que personne n'a jainais r
(1) L^utUité des Congrt^aÜous ilait s! bien démontrée que les Oruto* riens en élsblircnl dans tous leurs coH^es.
(1) La Maison de la Martinique èt les (cnres de la^ l)oroiniqite rureni ■cltrtécs, par les vaiiMiiiears, aa prix de quatre milKom. Cet pro-
priétée pouvaient donc et au*delà répondre .d^auc dette de doux -milUoiis quatre cent mille livres. " • - ,
12fi , CLÉMÏblT ^v‘
Mres, assDre-t-ort, et dont chaque membre da Parlement, les Philosophes et les fauteurs du Jansénisme possèdent fous un exemplaire.^ Le- 8 mai 1781 le Parlement rendit pourtant, sur lés conclusions de l,epelletier de Saint- Fargeàu, avocat général^ un arrêt qui « condamne le Général et en sa personne le Corps et Société des Jésuites â acquitter, tant en principal qu'intérêts et frais, dans un au à compter du jour de la signification du présent arrêt, les‘lettreS de cliange qui ne seront point acquittées; ordonne que, faute cF acquitter lesdites lettres de change dans ledit délai,! ledit Supérieur-Général et So- ciété demeureront ternis, garants et responsables desintérêts tels que de droit 'et des frais de toutes poursuites; sinon, en vertu du présent arrêt, et.sansqull eif soit besoin d’autre, permet aux parties de se poiirvoir, pour le paiement des condamnations ci-dessus, §nr les biens appartenant à là Société des Jésuites dans le Royaume. » , .
Cet arrêt ne fut jamais exécuté en faveur des créanciers de Lavalette ; on ne s’en servit que pour renverser la Compagnie de Jésus. Le passif du P. Lavalette s’élevait à deux millions quatre ceni mille livres tournois. On acquittait les dettes exigibles, on se disposait â prendre des arrangements pour les autres, lorsque, par un arrêt de saisie, le Parlement rendit la Com])agnie insolvable. .\16rs le chiffre des créances s’ enfla jusqu’à cinq millions. On renouvela avec plus de succès l’histoire d’Atnbroisc Guis. Il y eut de fausses lettres de change eh émission, ét le Parlement se garda bien de le constater. 1x)uis XV sentit le coup que l’on portait au pouvoir royal; il tenta de l’amortir. Le Parlemenl avait nommé trois magistrats examinateurs de l’Iustitut; le Prince voulut qu'une coiumissiou du Conseil /ùt chargée du même soin. 11 espérait annihiler l’unepw l’autre ; mais le contraire arriva. Gilbert des Voisins,* Eeÿdeau de
ET tES ‘SCRUTES.
Brou, rf’ Aguesseau de Fresne, Pontcarré de Viarme, de Iæ floiirdonnaye et Flesselles furent délégués par le ' (•lonseil. Leur travail a plus de maturité que celiù du Parlement, mais auprès du Roi il nuisit davantage aux Jésuites que l'œuvre de-l’abbé de Chauvelin. La commission du élonseil demandait de modifier quelque» articles uibetantiels des règles de 'saint Ignace, et lés Jésuites s’opposaient à toute espèce d'innovation. lx)uis XV ne comprenait pas que, pour vivre de quelque vie que ce fîlt^ on ne se résignât point aux derniers sacrifices. 11 n’avait de sentiments religieux ou patriotiques que par accès, et èon indolence habituelle lui faisait une loi des concessions. Afin de mettre son voluptueux repos â rabri des< prières de sa famille et des représentations du Pape, il désirait tpié les Jésuites acceptassent les conditions du rapport de Wesselles, et il s’engageait à les fanr agréer par le Parlement. Les Pères, qui faiblissaient en face du danger, eurent le courage de ne pas transiger avec leurs Constitutions. Ils abandonnaient leur fortune â la merci des ennemis de la Société. Ils- ne voulurent jamais les laisser arbitres de leur honneur et de leur conscience. Iæ Roi était irrésolu, eux demeuré-, rent inébranlables dans leur foi de Jésuite, et, devant cette prostration morale, ils eurent néanmoins la force de résister à 1» tentation.
^ Dans son réquisitoire Lepçlletier de Saint-Fargeau les accusait de révolte permanente contre le Souverain; il ressuscitait même les vieilles théories de régicide qu’à trente-deux ■ans d’intervalle son fils, le Conventionnel, devait appliquer sur Louis XVI. « Iæ duc de Choiseul et la marqtiise de Pompadour, selon Lacretellé (1), fomentaient la haine contre les Jésuites. La marquise, 'qui, en combattant le Roi de Prusse, n’avait pu jiislificr ses pré-
(1) ITItt. (te France pendait te.rffjvAki(iVme tiéele, t ir, p, 80. ''
128 «XÉMSNT HT •»?
tentions à Kénergie du caractère, était impatiente de montrer, en détruisant les Jésuités, qu'elle savait frap- |ier un coup d'titaU Le duc de Cftoiseul n’était pas moins jaloux du même honneur. Les- biens des moines ]M>uvaient couvrir lès dépenses de la guerre et dispenser de recourir à des réformes qui attristeraieut le Roi et révolteraient la cour. Flatter à la fois deux partis puissants, celui des Philosophes qt celui des Jansénistes, était un grand mojen de popularité. » ^
L’abbé Chauveliu,, esprit hardi, nature judicia'ire
et pour ainsi dire malfaisante dans sa dilformité, servait les projets de tout le monde. Un pied dans chaque camp. Janséniste par conviction, courtisan par calcul, ami des Fkiçyctopédistes pai' besoin de célébrité, il s’était chargé .de concilier les intérêts divers qui se groupaient pour assaillir la t’orapagnie de Jésus. Chauvelin, .Terray et Laverdy remplissaient une mission hostile. Simples commissaires, ils arrivaient sans transition au rôle d’accu- -sateurs; mais ils savaient que Choiseul et la marquise, que Berryer, le ministre de la Marine, et toutes les sectes pré()ar'aient l’opinion publique à uue réactiou contre les Jésuites. On persuadait aux masses qu’ils étaient les seuls auteurs des désastres pesant alors sur le royaume^ La gloire et la paix, l’aboudauce et la fraternité, tout devait sourire à la nation lorsqu’elle n’aurait plus dans sou sein ces agitateure, qui réveUlaieut le remords au cmur de Louis XV, et qui s’obstina’ient à ne pas amnistier les scandales dont Madame de Pompadour ne se repentait que par anihition. Chauvelin avait entendu les cris de joie qui .accueillirent le réquisitoire de Saint- Farge.'iu,-il avait été témoin de l’enthousiasme avec lequel les adversaiies des Jésuites reçurent l’arrêt du 8 mai 1701 : il désira de mêler son nom à,ces ovations de parti. Lc-8 juillet de la même aimée, il Kit au Parlement sou rapport sur l'iusUtul. Ce fut uue dénonciation
ET LES JfeWlTES. ‘ 129 .
en règle- Au fnilieu des comiptions de ce sièele où le Parlement lui-mème avait abdiqué sa gravité traditionnelle pour courir après le bruit de la rue et pour livrer sa toge à chaque vent de débauche, Chauvehn incriminait les opinions pernicieuses, -tant dans le dogme que dans la morale, de plusieurs Jésuites anciens et mpdernee. Il ajoutait que tel était l'enseignement constant et et non interrompu de la Société (1). 11 fallait tenir en haleine la curiosité publique, la passionner à un débat dont élle ne. pouvait apprécier la portée. Le Parlemeut grandissait stir les ruines de la (iompagnie de Jésus, il devenait populaire, il battait en brèche le pouvoir royal; il smsit avidement le prétexte d’immoralité si audacieusement invoqué par Chauvelin. Il ordonna de nouvelles enquêtes.
Ces démarches précipitées, ces arrêts se succédant les nns'aus autres sans interruption, tirèrent Louis XV de sa voluptueuse apathie. Il avait l’instinct du vrai, le Dauphin en possédait l’inFelIigence, la Reine Marie Leozinska fermait les yeux sur les outrages de l’époux pour rendre au Roi la force d'être juste. £n face de tant d’agressions, Louis XV pensa qu’il ne devait pas laisser ainsi empiéter sur les prérogatives de la Couronne. 11 se défiait de l'espi-it remuant de la magistrature; il craignait de la voir , se décerner un triomphe. Le prince ne déguisait guère ses répugnances pour les idées philosophiques. Ler2 août 1761 il enjoignit au Parlement de
(4) DfroaWi aiagiilier cat lieu k cette époque. Le pufienent, t|ni mil iDioioire de toos-let arrête, patsa soOs lileiioe un acte consigné dans sps registres de 4580, Par cet^cle, les Jésuites, de leur propre mousement, renonçaient aux legs on aumônes qu’on ponrrait leur offrir en reconnaissance des soins qu'ils allaient donner aux pestiférés, et ils protestaient ne nmioir servir les moribonds qn'k celle eonditiom En 4710, au moment oA d'antres Pères de l'Institut se préparaient k mourir en se dévonant pour les pestiférés de Marseille, ils renoovrikrent la même déelaraUen.
. 15(t crftnîNT 7UV
surseoir pendant un an, - et aüx Jésuites de remettre au ('.onseii les titres d’étaWissement de leurs maisons. Quatre jours après, "selon le *témaJgnage de Sismondi (1), a le Parlement, ^têcrétemènt encouragé par le duc de CAoiseul, f-eftisa d’enregistrer cet édit, d La cour judiciaire feignit ensuite d’ obéir ; mais elle connaissait Louis W-, elle 'savait qu'à Versailles; au ministère ainsi qtie dans le motidè, elle trouveràit des appuis contre la volonté royale: On éluda l'ordre du monarque par - nu subterfiige, et^on déèlarar n U sera snrsis-pendànt un an à statiier sur ledit Institut par arrêts définitifs ou provisoires auti^ que ceux à l’-égard desquels le serment de la cour,' sa fidélité, son amoin* pour la personne sacrée dn seigneur Roi et Son attention au repOs public ne lui permettraient pas d’user de demeure et de dila- Ikm, suivant l'exigence des cas. »
4.e même jour, 6 août, f exigence sé faisait sentir. Siir .le rapport de l'abbé Terray, le Parlement, chambres assemblées, reçrtt le procureur général appelant comme . d’abus de toutes bulles, brefs, lettrés apostoliques concernant les prêtres et écoliers de la Société se disant de Jéstis. Le Roi demandait à la mâgtetràture d’ajmtmer ses attaques contre Tautorité souveraine. La magistrature condescendit à cette injonction en forme de prière; mais le Parlement Se rabattit sur le Saint-Siège. Le Parlement ne porivait plus s'abriter derrière la question politique? et protéger les monarchies ébranlées par la Société de Jésus. 11 se prit à défendre l’Eglise contre l'Église elle-même. H y a deux cent quarante ans que les Jésuites existent au centre de la catholicité. Rs ont couvert le monde entier de leurs travaux évangéliques et vu dix-neuf Souverains Pontifes applaudir liauleinent à leurs eiïorts ainsi qu'à leurs doctrines. Le Parlement ne tient
(1) MM, àri Mrtutfnft, t. Ttix,p, Ml.
ET LE» JÉStltES.
IM
compté de cette longue, suite de comijats, de re- Pt de triomphes en faveur du pt-bcSpe chrétien. Il tiput condamner la Société de Jésus; il la proclame, malgré'l'Église, ennemie de l’Église, ennemie dev('.onrilt*s généraux rt particuliers, ennemie du Saint-Siège, <Ie.s libertés gàllitanés et de tous les supérieurs. Ce jugement SP minutait au moment même où la roiikdomiait acte ati procureur général . de son appel comme d’abus de fous les décrets apostoliqUés.en faveur de la C.ompaguie.
II importait de ne pas laisser reppser j’iiqpatiêüce des adversaires de r.Institut. On avait mis l’exiÿeiice des .lésuites en cause, on se passionna pour les au&mtir. line «année de sursis était accordée afin de juger en dernier ressort, le Parlement fa consacra tout entière à ses hostilités. 11 dédaigna les intérêts privés dés justiciable» pour ne s’occuper qug dé la Société de Jésus. U exhuma^
U condamna des in-folios que personne n’avait lus, il les fit lacérer et brûler en la cour du Palais, au pied (hi gràhd escalier. Par provision, il Inhiba et défendit très expressément è tous sujets du Roi.: 1“ d'entrer dans la;dite Société } y à tout Jésuite de continuer aucunes le-' çonîf publiques on particulières de théologie. Louis XV avait Suspendu le co’up que la qiaglstraturé aurait désiré Ihipper ; elle l'infligeait en détail. Elle ordonnait le dépét au grelfe de l’État des biens appartenant 4 la Compagnie, eRe la mutilait, elle la déntembrait, aftu qu’au jour promis à ses vengeaucea légales elle n’eût plus à briser qu’un cadavre. Attentif à cè spectacle, le cabri- r niste Sismondi ne peut s’empêcher de faire cet aveu (l) : ff.Le concert d’accusations et te plus ftouvenl de caloiu- ' nies que nous trouvons contre les Jésuites dans les écrits du temps a quelque chose d’eliray ant. »
Jusqu’à eè uMiuent les Pères avaient adopté la même
(l) fiai, Fran^ai», U xuiy p. 221.
marche qu’en Portugal, i On eût dit que,' surpris à ])roviste pai- une tempête si habilement dirigée, ils' vaient ni la conscience dp leur force ni l’énergie de leurinnocence. En face de tant d'inimitiés qui, par la dianson ou par le pamphlet, par la calomnie ou par le raisonnement, se ruaient sur leur vie, sur leur liberté, suj lèur ' ]
honneur, ils restèrent aussi calmes que si cet orage ne ,
devait pas les atteindre. Cette incompréhensible longa- . nimité aurait dû prouver qu’ils n’étaient ni dangereux ni coupables ; ils n’agissaient pas, ils ne parlaient pas ; ils sç contentaient d’écouter (1). On tourna contre eux une semblable inertie. On les accusa de travailler dans l’ombre et d’ourdir de mystérieuses intrigues. La réserve qu’ik avaient cru devoir à’ leur dignité sacerdotale et au bon sens public fut attribuée à des espérances secrètes, dont, les partis coalisés s’imaginèrent de fournir une chimériqne explication. Les Jésuites se résignaient au s’dence; la compiission du Conseil, que le Roi avait chargé d’examiner leur Institut, juge à propos de faire ifitervenir l’Église dans une affaire religieuse que le Pailement tranchait sansle concours des Évêques. Une réunion du Clergé est convoquée ; le Roi lui soumet quatre questions à résoudre :
« 1* L’utilité dont les Jésuites peuvent être en Frmice, ‘
(1) Le P. Balban'i, aox pages 1 et 2 de l'aTant-propos du Prmier ap-ptl à ta raison, dMuU les motirs qui ont emptehé les disciples de Lojrola de soutenir leur cause, c Tandis que les Jésuites, écrit-il, étaient accablés de libelles et poursuiris par des arrêts, les supérieurs des trois maisons de Paris, trop confiants dans ieur innoceim, peut-être aussi dans les paroles qu'on leur donnait, s'ocetipaient moins du soin d'écrire popr leur jusUfication que d'empêcher qu'on n'écrivlu Le résérend Père Provincial porta même son attention, trop scrupuleuse, jusqn't défendre, en vertn de la sainte obéissance, de rien publier lé-dessus; et sa loi Ait une sorte de oharme qui suspendit pins d'une plume bien taillée. Noua a'aamiDerons pas laqnelic des deux fut plus aveugle, de la défense, ou de l'obéissaiice. s
ET LES JÉsnTES. 133
et les avantages ou les inconvénients tjüi pém eut résulter-des différentes fonctions' qui leur sont confiées ;
« 2* La manière dont les Jésuites se comportent, dans l'enseignement et dans leur Conduite, sui* les opinions contraires à la sûreté de la personne dés souverains, et sur la doctrine du Clergé'de France, .contenue dans sa Déclaration de 1682, ét en général sur les opinions ultramontaines ; ' ,
H 3* La conduite des Jésuites sur la subordination • qui est due aux évêques et aux supérieurs ecclésiastiques, et s'ils n’entreprennent iwint sur les droits et les fonctions des pasteurs ; .
« 4° Quel tempérament on pourrait apporter, en France,^ l’étendue de l’autorité du Général de? Jésuites, tdle qu’elle s’y exerce. » '
La situation était enfin normale ; l’Institut de Jésus avait des juges compétents. On le disait opposé par ses ('.onstitutions aux droits de l’Ordinaire, toujou^^S eu hostilités sourdes ou patentes contre le Clergé séculier. Ce fut l’Épisçopat que l’oiî' chargea de venger les outrages ()our lesquels le Parlement, les Jansénistes et les Pliiloplies se faisaient solidaires. Le 30 novembre 1761, cinquante et un cardinaux, archevêques et évêques s’assemblèrent sous la présidence du cardinal de Luynes. Douze prélats furent nommés commissaires ; représentants de l’Église gallicane, ils étudièrent pendant un mois avec maturité les Constitutions et les statuts de l’Ordre. Ils s’entourèrent de toutes les lumières ecclésiastiques ; ils
* approfondirent toutes les difficultés, et è l’unanimité, moins six voix (1) , ils prononcèrent en faveur des Jé-
* ' (1) Dans son Bitioirc de la Chute des Jésuites, le comte de SaTnl>Priesl a commis une erreur que la probité Tait un devoir de il^rder comme iovo« Ipiilaîrè. Ou IH à la page 5i de son œuvre : t Là, diUl eu parlant de celle assemblée, à ruQauimilé moins sii voix, .et, après un examen approfoudi* des couaülutwus'de l'Ordre, U avait été résolu que rautorilé illimitée du
(4.ÉMSST MV. ,
suites sur l£^ quatre questious. Cetl0 faible minorité que dlrig;ealt le carïlinal de f-hoiseul ne différait des opinions de J’Assenddée que siu' certaines modifications quelle aurait désiré introduire dans l’Institut. L'q seul Prélat, - François de Fitzjarhes, év êque de Soissons, dont les vertus servaient de drapeau à la secte jauséuista, demanda l’entière suppression des Jésuites. 'Tout en Iq soUicitaul du Roi, rl leur accordait ce témelgnage d'un loyal adversaire (1) : « Quant à leurs mœurs, elles sont pures. On leur rend volontiers la justice de reconnaître qu’ü n’y a peut-être point^ d| ordre dans l’Église dpnt les’ religieuï soient plus réj^uliers et plus austères dans leurs mœurs. »
L’Église de France parlait par ses interprètes naturels ; le .lansénisme lui-même, représenté par ses chefs, avait émis son vœu. Ce vœu, quoique hostile, est encore un éloge pour la Compagnie de Jésus ; mais, taudis que Tes cinquan^ et un évêques délibéraient, quelques-uns d’entre 'êux souhaitèrent de connaître la pensée des Pères franç.ais sur les quatre articles-de 1682. Lou’is \IV n’avait pas voulu qu’aux jours de leur puissance ils si-
tàiïnéral rtaiüaiit i Qomc tuil uiculup«tible a«cc les JoH du rajaunse. •
, .Vu leidc VIII, II* partie, pages 3t7 et SIS des Proejf-iti-tiaMx des Atttmkliei génirakt du CUrgi de France, il est dit ; • Par ces roisoqs, nous pensons. Sire, qu'il n'y a aucun ebongement k faire dans les r.onslitutiaos' de la ('.ompagnie de Jésus, par rapport à ce qni regarda l’autorité du liéiiéral. •
Le teste odiciel de la déclaration est en complet désocoord tree Je «ension de U. de Suint-Prlesl ; le récit de d'Alembert lui. est aussi opposé. D'Aletnberl, k la page 165 de la Dcetruclion det JituUet, s'esprime ainsi : s Le roi osait consulté, sur l'Institut des Jésuites, les érêqufs qui étaient 5 P.iris; environ quarante d'enUe eus, soit persuasion, soit politique, as aient fait les plus grands éloges de l'ipstltut de la Société ; sis aiaieiit.étlé d'avis de inodjlîer les cniisliliitioiis é ccrlotps égards, s
I ; Prorét-te^bnux de$ ÀtKmbUes géuérnlfs du Clcr^ de France, t, vlu, iPpail.e, p. 3il el 333, . .