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fournir. aiix Français. un autre objet d'entretien , comme autrefois Alcibiade avait knaginé de couper la queue à son cbien pour empêcher les Athéniens de parler d'af^ faires plus- sérieuses. On déclara donc au principal du Collège des Jésuites qu'il pe leur restait plus qu’à obéir au Parlement. » ' ' ' ,
Le 1" avril, le Parlement ^ fermer les quatre-vingtquatre Collèges des Jésuites ; .dans le même jour, les provinces et la capitale furent-.inoudécs des ouvrages, sérieux, des pamphlets, des Téquisitoirés dirigés coplre rinstltut. Ces œuvres, que les circonstances rajeunissent de temps à autre, n’ontxien de saillant dans la foitne ou dans le fond. C’est toujours le même cercle vicieux, toujours les mêmes préjugés mis au service des mêmes pas-' âions ; mais, au milieu d'un pareil déluge d’écrits, U èn est un qui fut réservé à une célébrité -plus retentissante. 11 avait pour titre : E.rlràils des asiertioat dangeremvs et pfriiicicuu's ch tout ^enre que les soi-disant J équités ont dans tout temps et persé ré raniment soutenues, enseignées et publiées. Ce recueil de textes tronqués, de passages falsiftés, de doctrines étranges, où le me.nsongc se substitue à la vérité, avait pouçauteurs l’abbé Goujet, Miuard et Roussel de Latour, conseiller au Parlement. Les Jésuites légitimaient tous les crimes, ils absolvaient tous les penchants coupables, on les voyait prêter la main à toutes les monstruosités. La mesure débordait ; 01) les déshonorait dans leui' passé pour les avilir dans W présent : ils réppndirent par des faits à des accusations qui enfin se produisaient d’une manière palpable. Ils démontrèrent (1), et leur démonstration n’a jamais été
(1) Of\ lit dans la Corrrtpondance Crimm, i'*part.y1. iv, année 1 S'il élé perAUn anx JésallM (ToftpMer assertion sith assrfflorit Ils en aiirattat ramasatr 69 fort dfrabfcs dâHb le Code* dos remontraiires. t Ce fut, en eHét, le ParieibeM qui déclara, sous Cliarlc» Ml, le roi d’Ang^tterre lêgilimc souverain de la France ; le ParUment qm llcliil Henri llf :
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réfutée, que les ne. contenaient pas moins de
sept cent cinquante-huit textes falsifiés. Les Évêques de France, ‘le Souverain Pontife lui-même s'élevèrent contre un outrage fait à lafteligion, à la morale et à l’honneur des lettres. Le Parlement, qui cautionnait les Assertions, déclara que ses commissaires les avaient, toutes vérifiées et collationnées. 11 condamna les Mandements des Évêques à être brûlés," puis il supprima les brefs du Pajie. La‘ mauvaise foi ouvrait ceUe discussion; l’Église et les Jésuites l’acceptaient; la force brutale la ferma.
11 avait fallu de longs travaux pour établir la preuve de tant d’imputations. Les Hainès avaient pris le devant; elles propageaient la calomnie avec une inconcevable rapidité. La rectification n’arrivait que d’un pied boi-' ieux ; elle était, comme toujours, étouffée sous les clameurs de la crédulité indignée ou de la passion qui n’avait pas besoin d’être convaincue. « En attendant que la vérité s'^éclaircisse, écrivait alors d’Alembert, cè recueil aura produit le bien que la nation en désirait, l’anéantissement des Jésuites. » .
Cependant, le 1" mai 1762, le Clergé de France" se l éunit'en assemblée extraordinaire à Paris. Sous prétexte de défendre la puissance spirituelle contre les empiétements des Jésuites, là magistrature annihilait cette même jnii^uce. On affirmait que c’était pour sauvér l’Église ([ue l’on voulait perdre la Société de Jésus ; et l’Église tout entière, i la voix du successeur des .Vpôtres, re- 1>ousMit ces avocats cruellement officieux, dont elle avait appris à se méfier. La France était engJgée dans une' guerre malheureuse ; elle comptait phis de revers que de succès. L’État faisait un appel pécuniaire au Clergé v le Clergé ne' faillit pas à sou vieiu patriotisme ; il vota des subsides. Mais, le 23 mai, en se préseiilaul devant le
ic PdrIniH'iit qui défeudit de rveoumUre Hcqri IV, mus peiue d'élre peudu cl OIruiigid ; le ParttnxDt encore qui ullunia la guerre de la Fronde.
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Roi à Versailles, U déposa au pied du trône le vœu de l’Assemblée et eelui de la Catholicité : ce vœu était la conservation des Jésuites. La Rocbe-Aymon, arclievèquei de Narbonne, lut à Louis XV la lettre délibérée et signée qui le développait avec une courageuse éloquence. Elle se termine par cea paroles (1) :
a Ainsi, tout vous parle. Sire, en faveur des Jésuites. La Religion vous recommande -ses défenseurs; l’ÉgUse, ses ministres ; les âmes chrétiennes, les dépositaires du .secret de leur con^ience ; un grand nombre de vos sujets, les maîtres respectables qui les ont élevés; toute la jeunesse de votre royaume, ceux qui doivent former leur esprit et leur cœur. Ne vous refusez pas. Sire, à tant de vœux réunis ; ne souifrez donc pas que dans' votre royaume, contré les r^les de la justice, contre celles de i’Église, contre le droit civil, une Société' entière soit détruite sans l’avoir mérité. L’intérêt de votre autorité même l’exige, et nous faisons profession d'étre au.ssi jaloux de ses droits que des nôtres. »
Voilà le langage que tenait le Clergé de France dans cette double crise, où la Religion et la patrie étaient menacées en même temps. Le à mai 1762, dix-neuf jours auparavant, d'Alembert, écrivant à Voltaire, Voccupait, lui aussi, de ces désastres, et il poussait un cri de joie :
« Quant à nous, disait-il -(2) , malheureuse et drôle de . nation, les Anglais nous font jouer la tragédie au dehors, et les Jésuites la comédie au dedans. L’évacuation du collège d^ Clermont nous occupe beaucoup plus que celle de la .Martinique. Par ma foi, ceci est très sérieux, et les classes du Parlement n’y vont pas de main morte. . Us croient servir la Religion, mais ils servent la raison sans s!eu douter ; ce sont des exécuteurs de la haute
(i) Procèi^'trbaMX des AssemMti généraUê du Clerÿé dePranet^ t.
U* ptrüt» pièeet n* P* 879* .v . ^
.(J) OSiutres dâ YolU»irt,U uuiUf p. >99. H ^ ^
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justice pour la philosophie, rtonf Ils jfreDuent les ordres sans le savoir ; et lès .(ésiilles pourraient dire A saint ilfpiacc : Mon Père, pardonne z-(èur, rar ifs ne savent re qn’ifs font. Ce qui me paraît singalier, c’est que la . destruction de ces fanWmes, qu’on croyait si redoutables, se fasse avec aussi peu de lûnüt. La prise du Château d’ Areiisberp n’a pas phis coûté aux Hanovriens que • la prme des biens des Jésuites à nos séigheurs du Parlement. (>n se contente, îf Tordinaire, d’en plai.sattter. On dit que .lésns-t'.hrist est un pauVfd capitaine réformé qui a perdu sa rompa(»flic. » \ •
I I,es Parlements étaient « les exécuteurs de la liabte justice pour lu philosophie, dont ils prenaient lès ordres sans le savoir; n on ne voulut pas laisser refroidir ce üèle.
Les Parlements se trouvaient .â l’apogée de leur ptüssance; on avait besoin d’eux : on les* enivra de louanges, lià gloire leur vint avec la haine du nom de Jésuite ; Un réquisitoire ét un arrêt Centre l’Institut furent des titrés à l'igimortalité, dont leS Encyclopédistes s’étaîent cdtis- Utttés les distributeurs. Dans eette vieille Société Française, s’àlFaissdnt suf sâ base, il était bien facile de diriger un mouvement vers le raal en flattant de généreux instincts. On avait entraîné le Parlement de Paris à faire de l’injustice par esprit de religion ou de nationalité ; on espéra que les magistratûres de province dépasseraient le but indiqué. On les força toutes à vider chacune dans son ressort la question des Jésuites. L’ambition, la vaiiité, le désir d’attirer sur soi les reg.ardS de la France, -et, pour d’autres," l’accompPssemenl d’un devoir. Imprimèrent à dés cours Judiciaires une fiévreuse activité.’ T,e goiivernciilént les mettait en m'esure de . sc prononcer; elles évoquèrent Ifcs r.onstitutions de l’OrdVe '' de Jésus à leur barre. ^ .k.
Loin du foyer de l’intrigue et n’en démêlant paa bien tous les fils, les Parlenwhts n'avafenf p»S un ItTtéFéfdi-
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rect à la destruction de la Société. Ils comptaient dans leurs ran$çs des maf^istrats pleins de science et d’érfuité, et.qui^ pour complaire à la maîtresse ou au ministre du 'Hoi, n’étaient pas disposés à immoler léurs comdctioiis. Il y avait de l'opiniâtreté, des préjugés chez quel({uesuns; d^Ds le cmui' de Ja plupart dominait un seniiiueut d’imparlialilé ou de reconnaissance nationale qu’il était difiicile d'alTaiblir. Le Parlement de l*aris s’était engagé, il faisait appel à l’esprit de corps, toujmirs si puissant dans les tribunau.x inamovibles. On rehaussait leur.importance aux yeux du pouvoir royal : ils chargèrent lej procureurs généraux de leur rendre compte tle l’iiistiuit . de saint Ignace. C’était la cause la plus retenfissante qui eût jamais été soumise à leur appréciation ; les procureurs généraux s’imaginèrent d’aboiH que cette belle proie ne leur serait pas abandonnée; mais lorsqu’ils eurent acquis la preuve que le Roi laisserait parier, ik s’élancèrent dans l’arène.. Tous cherobërent à y briller par le talent ou per raniniosité.
Trois de ces comptes-rendus ont survécu : Caradeuc de r.halotais,- Ripert de Monclar et Pierre-Jules Dudon, procureurs généraux dux Parlements de Bretagne, de Provence et de Bordeaux, en étaient les auteurs. Cliauvelin, Saint-Fargeau et Jtdy de Fleury avaient pris Fifritiative dans la capitale du Royaume : des magistrats pins éloquents, plus incisifs, les faisaient oublier au fond des provtncès. .\vec des caractères et des esprits différents, mais avec un sentiment de probité religieuse que les éloges et lesr excitations des EucyclopédistM ne parvinrent point à étouffer, La Chalotais, l>udon et Monclar n‘<‘Whrcérent d’incriminer les statuts de Loyôla. Il y a, sgns aocmi doute, de la passion, de l’Iniquité involontaire dans leurs réquisitoires ; mais, eu faisaut la part des Qutralnemeuts de l’époque ut, des séductions que uut d’utopies eaerçaieat aur des nutares. ardentes, il
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faut avouer que ces gi-ands magistrats trouvèrent souvent dans les amis .des Jésuites la partialité dont ils avaient donné l'exemple (1). On. a jugé l'ouvrage, sans
(1) On a touTcnt dit et souvmt publié que le compte-rendu de La Chalotah était l'œurre de d'Alembert et des Jansénistes, qui en préparèrent les matériaux. Ce iniiit nous semble dénué de fondement. On a dit encore que les Jésniles s'étaient rengés du fameux procureur général breton en le persécutant et en le faisant jeter en prison. Les Jésuites, proscrits alors, n'avaient ni l'influence ni le temps de proscrire les autres, et La Cbalotais fut anété le 11 novembre 1765. C'est Laverdj, l'un de ces membres du Parlement de Paris si hostiles à la Compagnie, qui, devenu contrôleur général sous le ministère du duc de Choiseul, ne voulut plus tolérer les empiétements des cours judieiaiies, auxquels il s'était associé. On a ajouté que La.Chalolais. avait fait une œuvre de calcul et dé haine. Dans les papiers de sa Ilimllle, il existe des mémoires inédits du comte de La Fruglaie, gendre du procureur gflpéral, et, sous la date de l'année 1761, nous j iism» ces curieux détails :
• A sa cMture, le Parlement chargea M. de La Cbalotais de l'examen des Constllnüomdes Jésuites, pour lui en rendre compte k sa rentrée. Tons les Paiiemenu de France en firent auUnt. C'était une alfaire majeure, exigeant un travail énorme, qui devint une espèce de concours de talent entre les procureurs généraux du royaume. 11. de La Chalotais ne put se persuader d'abord que le Roi permit cet examen ; i[ avait une trop haute idée du crédit des Jésuites è la Cour pour ne pas leur croire les moyens de conjurer eet orage. Il ne se pressa donc point d'entreprendre ce long et fastidieux travail, qui lui était demandé. Nous partîmes ensemble pour quelques visites de famille. Chemin fhisant, il lisait les Constitutions des Jésuites, et plus il avançait dans cette lecture, plus il s'effrayait de l'impor- .tance et de la longueur du traiail nécessaire pour en rendre compte A h rentrée du Parlement. Il me pria de retourner à Rennes, d'y voir de sa part les membres du Parlement qui s'y trouvaient, ainsi que les personnes de h société ayant des relations, soit k Paris, soit k la Cour, et de lui mander, d'après ces conférences, s| on pouvait croire que le Roi lainenit parler les procureurs généraux sur les Constitutions des Jésuites. Je m'empressai Uentdt de lui mander que, de tous les rciiseiguemoits que j'avais pu me procurer, on pouvait conclure qu'un parti, Irès puisant k la Cour, semblait prévaloir sur le crédit des Jésuitcs'k Versailles, et le persuadée que l'affaire entamée contre cet Ordre serait suivi avec rigueur, s- • M. de La Cbaloials ae bkta de revenir k Rennes, s'enferma dans son rabinei, et, en sh semaines d'on travail famé qui prh même sur a »m<>.
vouloir descendre dans la vie de l’auteur. Celtp vie sé-.. vère et retirée fut cependant aussi digne que pieuse." ba (’.halotais et Monclar se laissèrent emporter par des violences dont ils ne calculèrent que plus tard les tristes eiïets, et Us. s’en repentirent. Dudon, phis maître de sa pensée èt de sa parole, se contenta de discuter les Constitutions que le Roi livrait à son examen. Il fut prudent 1^'où les autres substituaient la véhémence du sophisme à. l'idée catholique. Son compte-rendu était serré et lumineux : il concluait -contre les Jésuites; mais, dans .ses, développements, il fai.sait réssortïr.les services dont le monde chrétien est redevable à l’Ordre. Son réquisitoire n’ avait pas le brillant reflet des passions du jour,' aussi^ ne fut-il pas accueiUi avec l’enthousiasme qui salua ceux de Chalotais et de Monclar.
En Francë^ où habituellement on ne réfléchit qu' après coup, il sera toujours aisé de faire une opinion publique.
U aUrignit le but. Son comple-rcnda, dans celte aOaire, eut le succès le plus eomplel, non sralenieni au Parlement, auqnel il le rendit, man dans la uuMté. n ht bienlAI imprlmÿ, rdpandn k ta cour ef k la rflle, où il mérita b son antenr la réputation la plus dtatlnguée comme maglstrkt, pobMdsIe et lUténlenr.
s J'enlends dire et je Ils aujourd'hui, daos plusienn ourrages de littérature récenfs, que M. de La Cbalolais était connu pour ennemi de rel Ordre célèbre ; que ses comptes-rendus avaient été dictés par la bainc et la ' partialité. Personne mieux que moi ne peut démenür cette calomnie. J’ai vu rhacnne des pages de cet ouvrage, k mesure qu'il a été rail, et je dois dire, avec toute vérité, que non seulement M. de La Cbaiotais n'avait anenne prévention antérieure contre cette Société, mais même qu'il raisait grand cas de plusieurs de ses membres, lorsque le devoir de sa place le mit dans la nécessité de donner son avis sur ces Constitutions ; qu'incapable de le Taice par haine et partialité (senlinienis qni n'entrèrent jamais ibns sa belle ame), il rejeta, au contraire, toute impulsion étrangère ^ son opinion persounHIe. J'ai vu et In une Foule de lettres anonymes qni lui hrent adres- • sée»(par quelques JansénlMes sans doute) telles étaient pleines de fiel et d'amertume, mais aussi de faits et dé recherches proToudes :■ il dédaigna d'en faire usage, et, plus lard même, de les lire. •
rr-ftOTNT M\ •
KHe a^tétravaülée en chique sens.el les niasses se’ sont toujours conformées à l’impulsion de ceux qui aspiraient à les diriger eh les trompant. La popularité ne vient habituellement qu’aux hommes dont l’art consiste à faire naître des préjugés qu’ils exploitent. Le jour deXabaiidon arrivait pour les. Jésuites. Us né résistaient pas, ils jie pouvaient pas' résister à ce choc multiple, qui les serrait de toutes parts j mais à l’encontre de tant dé précipitations judiciaires, il surgit au sein des Parlements de courageuses minorités, qui ne consent’uent pomt à flétrir la Religion et la Justice.. A Rennes, à Bordeaux, à Rouen, à Toulouw, à Metz, à Dijon, à Pau, à Grenoble, à Perpignan, h Aix surtout (1), qù la voh de Monclar avait éclaté, de longs conflits s’élevèrent. Les passions s’agitèrent au sein des cours ; plus d’iine sinistre prédiction, qu’un prochîdn avénir devait réaliser, 6è fit é'nlèhdre. Ces ordîgeuses délibérations mettaient en question le principe chrétien et le pouvoir monarchique,. là liberté dé la conscience .et l’intolérance pliilosophique, le droit de la famille et le droit des ac- .cuaés. ■ -
Les Parlements étaient les sentinelles préposées à la garde des intérêts sociahx. Dans toute autre circonstance, ils les auràient protégés ; mais on leS conviait à détruire un Institut religieux dont plus d’une fois il|, avaient jalousé l’influence sur les populations. Il y avait solidarité de corps, esprit de Vengeance, désir immodéré . d’étendre ses attributions : de pareilles causes l’emportèrent. On vit lés ihagistrats se constituer toufà la fois arbitres, accusateurs et témoins. Ils n’écoutèrent point les Jésuites en lepr défense ; ils ne surent que punir, et leur parti était si bien pris d’avance qu'à Aix une majorité primitive de vingt-neuf voix opprima une minorité de
(1) Mtm, inédilt de. M. le prétideni (TÊguiHes, u* part., art. 6, p. 304.
ET Les 'jÉsi nii-s. lùT
vkïgt-sepî, rfettp minorité comptait quatro préSidontsti mortér: Coriolis d’Espirfouse, de Gu'eydan, Boyer d’Égtiilles et d'EntrecasteauT. Elle avait dans ses ranps Montvallon, Mirabeau, Beaurecueil, Charléval, Thorome," !>espranx,La Tanorguc, de Bousset, Mohs, Coriolis, de ' Jonques, "Portis et Camelin. Ils n'osaient pas juger la pbis grande et lapins dilTicile des alTaires, sans instrhction, sans piècesvsans rapport. On avait calculé les suffrages; les ennettiis'des Jésuite!^ ■savaient qu’nnc nîâjôrité de deux voix leyr était acquise, ils pissèrent outre. Cette contrainte morale, qili a qtiefqtje diose de révolutionnaire, pouvait être mal interprétée. Dans le? Mémoires inédits du président d’Éguilles nous troüvnns Cé, qoe pensèrent ces hommes de profonde conviction. Le président se plaint au Roi dé la violence qtj’on a cherché à leur faire subir, et, équitable brème ën racontant , lés abus dont des résistance;! consciencieuses furent les Victimes, 11 ajobtéî ’ * '
a Voilà, Sire, bien des choses que f aurais bien voulu me cacher à moi-même. Elles m’ont surpris d’autant plus • que Je ne devais pas les attendre d* un corps de mâgis-' tràïs, tout rempli d’h'obneur et de probité, parmi lesquels, certainement, il n*Y éh a pis tin seul qui Rit capable de la moindre fausSbtè, de la moindre injustice pour uh intérêt personnel. 11 semble que les excès où l’oii se porte en corps ne sont ceux de personne: l’iniquité disparait en se paurtageant, et l’on ose tout, parcequ’on ne se croit responsable de rien pefsognellement. Ce n’est pas qu’il y’ en coûte d’abord, mais le mauvais exemple fait fairt; un premier pas, la vanité uu second, l’ambition quelquefois un troisième; ensuite, le faux honneur, la houle qu’on trouverait ireculer, les pr^ugésd’iine compagnie, sa prétendue gloire, son prétendu intérêt, la colèiV ennuyeux qui attaquent; toutés les passions sonlévées se réunissent, corrompent insensiblement là jitus belle àtne.
' ’ • 0 Pt llnissiMH par nu;ltre l’esprit et le cœm- dans une espèce
(le 'convulsion habituelle où 11 n’ÿ a plus d^yeu’x pour la vérité, plus d’amour pour la justice, presque plus de libehé pour le bien ; de manière que, sans le vouloir et presque toujours sans le croire, les plus honnêtes gens, les plus belles âmes, les cœurs les plus humains vont ' vers le mal aussi bien que les plus méchants hommes, en se déterminant comme eux. par la nécessité du moment : raffaire des Jésuites en fournit au monde un terrible exemple. » . r
î)c temps à autre, Louis XV comprenait les devoira de la royauté. L’ obsession- dont le président d’Éguilles se plaignait avec une pudeur si parlementairement contenue réveilla dans lé cœur.du.monarque un sentiment de dignité. Le 12' septembre 1762, le Dauphin écrivît la lettre suivante à d’Éguilles, venu à Versailles afin de réclamer justice : « .ivant vélre départ. Monsieur, pour reummeràvosfonctions, je ne puis m’ empêcher de vous’ témoigner toute ma satisfaction du zèle que le président (l’Espinouseetvous, â la tête de dix-neuf magistrats, ont, marqué, dans l’aflaire des Jésuites, pour les intérêts de la Religion et ceux de l’autorité du Roi. Ces deux grands objets, étroitement liés, et que je ne perds pas de vue) m’engagent à vous prier cj’assurer les magistrats qui les} ont si bien remplis de toute ma bienveillance et de mon estime, et de compter sur les m.êmes sentiments pour vous. »
Dans la plupart (Tes cours judiciaires, nue imperceptible majorité (1) consacra ces Sentences, dont les con-
(I } On a conservé lu nombre des suffrages qui, dans plusieurs courî^ se {imnonrLTefii luf )e< Jésuites. It est ainsi établi : à Rennes, 32 contre 2ff; à Rocien, 20 contre 13$ à Toulouse, Ai contre 39 tlTPerpi^oan, S contre A ; à 23 contre 18;.ù Ahc, 3A contre 22. La ré|nrtttiou des voles
de toutes les autres coors est la même, et jamais une majorité si dispiflie n'a prufluil uu gruiid ëTéitemeol.
KT L£S jfieUITES.
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•MdV'i ants sôut h peu près basés sur les. inëines inuti/s. itlais l’arrêt du Parlement de Bretagne renchérit sur , rcxagératio.h des autres. Il déclara privés de tontes fonctions civiles et municipales les parents <jui enver- ‘ raient leurs enfivnts étudiei’ chez les Jésuites à l’étranger;- ces' enfants, à leur -retour, se trouvaient dans la même exception. Les Cours sdu^ eraines de Franche- Comté, d’Alsace (1), de Flandre et d’Artois refusèrent de s'associer au mouvement de l’opinion. Lès tribunaux du royaume se coalisèrent pour déclarer les Jésuites etinemis du bien public ; les magistrats de ces tjuatre provinces et ceux de Lorraine, 'où régnait Stanislas de Pologne, proclamèrent les disciples de saint Ignace « les
(IJ Le caidiiMil d« Boüao» é\^ue de Slrasbourgv demandé au la consunotioa des Jésuites d'Alsace, dont le peupk! et les magLlraU répugnaient à sé sÿiiarcr. Le duc de Cboiseul lui adressa de Versailles, ie d août 1763, la répooK' suhâiilc :
Rbf «*•' remis la lettre que Votre Eminence lui à écrite pour lui Taire part de ses mqniélndes par rapport aux Jésuites d'Alsace, et pour IqI rendre compte de rulilité dont ces religieux sont dans celle prorioce, tant pour rêducaüou de la jennessc en pacücuilcr que pour ravanUge de la Religion en général. Su Slajesté me chargq de répondre lé-dessus à Votre Kniinénce, en lui faisant oblcner qu^^Hc doit être d'autant plu» rassurée sur le sort des Jcstiilcs d'Alsasc, que, jusqu’à présent, U ne s'est rien passé dans cette prmince qui lui doniM* lieu de craindre les mêmes é\éf>cfncuts qn'ili ont épirousés dans une partie dti royaume. En elTet, quand Votre Eoûiieucc ne coniialtroU pas oonune elle sait les db^KMitidns du Roi par rapport à tout ce qui peut intéresacr la Religion, elle u'aurait pas moins If saüsfiiclion de voir que son diocèse a joui jusqu'à présent de toute la Iranr qml^ité que les cin onstaoccs actuelles n'ont point interrompue, ce qui .dci ient pour elle et pour Voire Eminence un nouseau garant de Pexécutlon des intentions du Roi, qui ne veut pas que les Jésuites y éproureut aucun dnogement dans leur état. Votre Emioence coonait l'mviolablc attacbeittefK a««c lequel jefais piofessiou de'l'liqoQrcr plus que personne. ■ «
Le duc de Cboiseul se garda bien de tenir sa promesse Le CoiueU souverain d’Alsace avait ibaintenu les Pères. Le ministre, à force d'intrigues et de manœuvres, .sut ciifio obtenir de cette cour la supprcsolun des Jésuites. ’ * . - * ' •