‹ Clement 14. et les jesuitesChapitre 8 sur 22 · vtèmyr »»v · texte numérisé non relu

vtèmyr »»v

des mœurs ; excusant la vengeance et l'homicide ; -approuvant la cruauté et les vengeances personnelles; contraires au second commandement de la charité, et étoulTant même dans lès ^res et les enfants tous les sentiments d’humanité ; exécrables, contraires à l'amour . filial ; ouvrant le chemin à l’avarice et à la cruauté ; propres à procurer des homicides etrdes parricides inouïs; ouvertement opposées au Décalogue; protégeant les massacres ; menaçant les magistràts et la société humaine d’une perte certaine ; contraires aux maximes de l’Évangile, aux exemples de Jésus-Christ, à la doctrine des Apôtres, aux opinions des saints Pères, aux décisions de l’Église, à la sûreté de la vie et de l’honneur des princes, de leurs ministres et des magistrats, au repos des familles, au bon ordre de la société civile; séditieuses, contraires au droit naturel, au droit divin, au droit positif et au droit des gens ; aplanissant la voie au fanatisme et à des carnages horribles ; perturbatives de la société des hommes ; créant contre la vie des rois un péril toujours présent ; doctrine dont le yenip est si dangereux, et qui ne s’est que trop accréditée par de sacrilèges effets, qu’on n’a pu voir sans horreur. »

Cet ap-êt,* où le ridicule s’unit à l’atroce, où la con-; tradiction dans les ternies exclut forcément cette unité de doctrines tant reprochée à la Compagnie, enjoint à tous les Pères de renoncer auX règles de l’Institut. 11 leur est défendu d'en garder l’habit, de vixTe en commun, de correspondre avec les membres de l’Ordre, et de remplir aucune fonction sans avoir prêté le serment annexé à l’arrêt. On confisqua leurs biens, on les expulsa de leurs maisons, on dilapida leur fortune (1) , on spolia *

tl) l4 brUme des Muile* «n Knincc, Hiu cuupler kun biein do co- * loua, s'éktait de M à 60 millioi», ataiu répartb en 1760 ;

De btniÿ-ftaadi improductif, lela que va>(c» bàlimetil».

ET LES jÉsrrres.

leurs riches églises, on dispersa leurs précieuses bibliothèques, on ne leur accorda qu’une pension insuffisante, et qu’il fallait acheter par toute sorte de sacrifices (1). (les quatre mille prêtres qui, dans' leurs collèges, dans leurs misions, dans leurs travaux apostoliques ou litté-

DMubles, bibliolhèqocs et ncristies. . . , . . 20 œillious De capiOux producUb, dont le revenu Mnait t ao' ^

quiller 030,000 livres d'imposiüou eecésiasüques ' -

ou civiles ' tl •

D’autres propriétés dont le revenu payait les intérêts de 4 millions de dettes et l'entretien des Itatiments . . ' 7

' . De 20 milfions, dont le revenu mvait h l'aitretien, 3 la Dourritare, aux voyages de 4,000 reUgienx ; ce qui élevait la dépense de chaque Jésuite a 300 ruines ,

■ '' a peu près . . 20

, . Total, 3S milliuus.

Dans ce chiffre ue sont pas compris les dous ou aumônes, surtout pour les Maisons professes.

(1) Les Parlements de France assignèrent vingt sous par jour 3 chaque Jésuite. Celui de Gienohle alla jasqu3 trente ; mais la cour de Languedoc n’ai accorda que douze. Une anecdote assez singulière fit modifier cette purciDiooie. Toutes les fois qu'une chaîne de galériens passait 3 Toulouse, les Jésuites avaient la charge d'en prendre soin ; ils leur donnaient uU repas, et, afin d'habituer de bonne heure leurs élèves 3 la vertu aitisi qu'3 la piété, ils faisaient servir les forçats par les enfants des familles les plus distinguées. Quelque temps après l’anét provisoire qui anéantissait lu Conpagnir, une chaîne de galériens traversa Ja ville. Conformément 3 l'usage, le Parlement décida qnlls dîneraient aux frais des Jésuites. On en fit prévenir le séquestre, et la dépense (Ut fixée 3 dix^epl sous par tét& Ainsi OU' prenait sur le bien des Jésuites dix-sept sous pour un dîner de forçat, et on n’en attribuait que donzepar jour 3 chaque Père. Ce contraste frappa si rivement l’esprit du ]^uple, qu'afin d’échapper au ridicule, qni ne lui -était guère épargné, le Parlement, toutes les chambres assemblées, arrêta que sa générosité s'élèverait au chiffre des autres Cours du royaume.

Le Parlement de Paris n'accordait celle pension alimentaire qu'aux Profès: les Scolastiques en étaient privés. On ue voulait plus qu'ils fussent Jésuites, et on enlevait 3 cesj'eunes gens le droit de rentrer dans leur patrimoine et la faculté de pouvoir hériter. On les déclarait morts civilement en idéiae temps qn'on les .rappelait 3 la vie cMle.

154 cUHmr 4|V

laifett, avaieut glorilië le noqi de la France, se Uq^v4rent, de par la sen^nce, convaincus de tous les crime» ])ossible8, de toutes les hérésies imaginablés, depuisl’ Arianisme jusqu’au Luthérianisme, et réduits à la misère ou à la honte de blasphémer l’Institut qu'ils avaient fait vœu de suivre jusqu’à la mort. Ce vœu fut lé serment impie d’une règle impie.

Des tribunaux catholiques venaient de donner au monde un fatal exemple.; les écrivains protestants ne craignirent pas de le leur reprocher. « Cet arrêt du Parlement, dit Schœll (1), porte trop visiblement le caractère de la passion et de l’injustice pour ne pas être désapprouvé par tous les hommes de bien non prévenus. Exiger des Jésuites l’engagement de soutenir les principes. qu’on appelle les libertés de l’Église gallicane, était un acte de tyi-annie ; car, quelque respectables que ces principes paraissent, ils n’étaient pourtant, selon l’opinion des docteurs les plus savants, que problématiquesj quoique probables, et nullement articles de foi. Vouloir forcer les Jésuites à repousser les principes de morale de l’Ordre, c’était décider arbitrairement un fait historique manifestement faux et controuvé. Mais dans les maladies de l’esprit humain, comme celle qui affectait la génération d’tdors, la raison se tait, le jugement est obscurci par les préventions. Ées Jésuites opposèrent la résignàtion auX persécutions dirigées contre eux. Ces hommes qu’on disait si disposés A se jouer de la Religion refusèrent de prêter le serment qu'on exigeait d’eux. De quatre mille Pères qu’ils étaient en France, à peine cinq s’y soumirent. >i * '

La compagnie n’existe plus dans le Royaume Très Chrétien. Ses membres sont dispersés ; on lés force à rompre des vœux que la loi ne reconnaît plus, qu’èlle

(ij Court d’kitloirt itt Stttt U M, ü et >3.

EX- JI^UiTES. 156

Poursuivra avec racharuemeut des passiuits de parlT. On excite à l'apostasie^ ou oflie d'iniuieuses avantages aux éifauts qui couscutirout à renier leur mère pulragée, et, •au dire d’un éçrivaiu protestant qui est dans le vrai, à peine cinq Jésuites, sur quatre mille, tiabissent-ils les serments dont ils sont Juridiquenieot déliés. C'est le plus bel éloge qui ait jatnais été fait d’une association religieuse. :

La tyrannie eu simaire ne devait pas s’arrêter sur lu pente procédurière où elle s’était engagée. Les Jésuites disséminés se voyaient appelés par les Évêques et par les peuples. Ils ne pouvaient plus former l’ enfance à la vertu et aux belles-lettrcs{ l’âge mùr se pressait autour des chaires évangéliques, ahu de recueillir leur enseignement., Ils étaient pauvres, mais leur cœur contenait une âurabondance de riqbesse, et leur zèle ne restait pas oisif. Ils furent tout,à la fois Missionnaires et directeurs des ûmes. Les Jésuites ne s'étaieht pas défendus, leur apologie éclatait après coup; le Parlement n’osa même pas tolérer ce tardif appel à l’opinion publique. Deux prêtres, accusés d’avoir censuré les arrêts du Parlement, se virent condamnés à être pendus : l’arrêt fut exécuté. Les cours de justice et leurs alliés s’inquiétaient de ce^ mouvement dç l’opinion, qui toum.ait contre eux. Les Jésuites, répandus dans les villes et. dans les campagnes, effrayaient la pbilosopiiic et la magistrature. D’.Uomburt lit part de ses craintes à Voltaire; le patriarclie de Ferney, qui n’aimait pa.s les prescripteurs, lui répondit (1), le 18 janvier 1763 : « Lés Jésuites ne sont pas encore détruits : . ils soiij conservés en Alsace ; ils prêchent à Dijon, àürcnuble, à lie.sau(ou. 11 y ÇiVa onze à Vcr.-

sailles, et un autre qui me dit la messe, u ■ • - . , . <

fl] Ut'utrci lie I. xitui, |i. 2Z9.

.il Cf rtcueilU par VuUaire, ne noiuuiaii le I’. Xilaui. lu <liiu

’da «on bàl«, il n'était pas If prtmlfr bomnu du

156 (XtHEM XIV

‘ La blessure faite à l’Institut de saint Ignace avait retenti dans tous les cœurs catholiques. Iæs pères de fa-^ mille cherchaient à quels maîtres ils confieraient désormais l'éducation de leurs enfants; les hommes sensés déploraient la perte de celte Compagnie (1) , qui entretenait dans les peuples les sentiments de religion ; qui se pi-ésentah partout où il y avait quelque bien à opérer, dos lumières à répandre, des ignorants à instruire', de grands sacrifices à faire. Tous, dans l’amertume de leurs jiressentiments, S’écriaient avec l’abbé de Lamennais (2);

« J’ai parié de dévouement, et à ce mot la pensée se reporte avec douleur sur cet Ordre, naguère florissant, dont l'existence tout entière ne fut qu’un grand dévouement à l’humanité et à la Religion. Ils le savaient, ceux

(!) Le duc de Cboiscul et le Paricment firent composer alors l'Arbre géographique que nousatons reproduit dans YIHtioirt de la CompagnUt Ici qu'il fut adressé aut princes et aui magistrats. Cet arbre géographique e^ ronronne au^demicr catalogue général toiprimé ù Rome en 1*740; mais U ne 'représente pas Pélat de l'Ordre en 1763. A ccUc époque^ l'Institut de saint lfiir.ee comprenait une assistance de plus, celte de Pologne, érigée en 1756 par la xviii* Congrégation générale, et formée des deux prorinces dé Po* logne et de Lithuanie, qui turent divisées et constituèrent les quatre pmliiiccs grande Pologne, de petite Pologne, de Lithuanie et de Masovie.

Li's deux médaillons ne sont pas aussi exacts que l'arbre géographique. Leur litre et leurs indications peuvent induire en erreur.

Les éiablissemcnts des Jésuilcs dans les Provinces^Unies n'étaient pas plus secrets que ceux des autres religieux et des prêtres séculiers enimêmes. Pour les uns, ainsi que pour les noires, tout le mystère consislâU en cc que les églises catholiques nu pouvaient airotr ni portes ui.fcuélrus donnant sur la rue, et qu'il était défendu aux catlmliqucs, sous peine d'une amende de trois florin.^, de s’y rendre un llvre de prières à la main.

L(s Missions de RqylcmlKiurg et de Wurh>tc-Ducnlede, désignées daus le méflaillon do droite, a'cxifloient pas. C.cs deux médaillons u'indiquent que quiiiic stations établies dans'douze villes; elles ne supposent que quinic Missionnaires. A l'époque où parut l'arbre géographique, on comptait \ îirgl>cinq stations dans vingt*trois filles et quarante Mbsionnaires.

(S) ty^xian» tur Cétat de VEglite de Franre pendAnt U dix^huitiéme p, 16. (Paris,' 1820.) •

KT LES JÊSl/TTES.

qui l’ont détruit, et c’était pour eux une raison de le (letniire, comme c’en est une pour nous de lui payer du moins le tribut de regrets et iTe reconnaissance qu’il mérite pour tant de bienfaits. Ehl qui pourrait les compter tous? Longtemps encore on s’apercevra du vide immense qu’ont laissé -dans la Chrétienté ces hommes avides de sacrifices 'comme les autre? le sont de jouissances, et l’on travaillera longtemps à le combler. Qui les a remplacés dans nos chaires? qui les remplacera dans nos collèges ? qui, ^leur place, s’offrira pour porter la Foi et la civilisation, avec l’amour du' nom français, dans les forêts de l’Amérique ou dans les vastes contrées dè l’Asie, tant de fois arrosées de. leur sang? Qn les accuse d’ambition : sans doute ils en avaient, et , quel corps n’en a pas? Leur ambition était de faire le bien, tout le bien qui était en eux; et qui ne sait que c’est souvent ce que les hommes pardonnenUe moins? fis voulaient dominer partout : et où donc dominaient-^ ils<si ce n’est dans ces régions du Nouveau-Monde, où, pour la première et la dernière (ois, l’on vit se réaliser sous leur influence ces chimères de bonheur que l’oit " pardonnait à peine à l'imagination des jwètes? Ils éu\jpnt dangereux aux souverains : est-ce bien à la philosophie à leur faire ce, reproche? Qùoi qu’il en soit, j’ouvre ' l’bistoire, j’y vois des accusations, j’en cherche les preuves, et ne trouve qu’une justification. éclatante. »

■ (iétte justification des Jésuites, manifestée en ternies si éloquents, ne leur fut pas alors refusée par la l’.atliolicité. 11 y avait sur le -siège de Paris un Prélat éprouvé ^ par l’exil, un Archevêque dont le courage et l’inépuisable charité seront toujours un des plus beaux. souvenir» de la vieille basilique C’était Christophe de Beaumont,, dont les .Vnglais et Frédéric II admiraient la vertu, dont le peuple bénissait le nom, et dont le Parlemeut, les Jansénistes et Jes Philosophes blâmaient l’apostolique

Hfi AèilWn- (t\‘

.virilité, tont en liespCctant là pttreté de àfeà Vues.’ Hhristophe de Beaiimont avait cOrAifrli» que là guerre faite aux .lésirites devenait le signal de la mine des mœurs êt de l’Église. Il tenait tête à toutes les attaques : le 28 octobre 176S, il jeta dans la ttiêlée Scà célèbre Instnirtmi pnstoralv. L’.ithanàse français tradiiisit àii tribunal de sa conscience de magistrat ecclésiastique ées juges séculiers qui, du haut dé leurs siégfes, èspéraîent' forcer fe pouvoir spirituel à ifêtre plus que le commissaire de poHtîe morale du pollvoir temporel. 11 leaVoiifondit silfpièces, démentant leur œuvre par dos faits, opposant la vérité écrite au mensonge parlé,’ et prouvant que lés .lésuites cdndamnês ti’ avaient été ni accusés ril jugés de bonne foi. \ cette savante intrépidité, le Parlement ne connut plus de bornés. La modération de la formé n’atr faiblissait point, dans la /’aiforu/lp, l’éhcrgle dû fond V le Parlement était mincU par là raisbn, U répondit par l’arbitraire. Le 21 janvier 176A, le même boürreau qui lacérait et brûlait Y Émile de Jean-Jacques et YEitctfcl^ jyfdle lacéra ét brûla l’ œuvre du Pontife. Christophe de Beaumont fut cité à conipahiltre : i^ aurait compara,^ . il aurait été flétri par arrêt et glbrifié par la justice, si'* le Roi n’eût trouvé un honteux 'palliatif : il exila de nouveau le premier pasteur du diocèse. L’Archevêque échappait aux vengeances du Parlement, elles retohibérent sur la Compagnie de Jésus.

U fut enjoint à tous les Pères d’abjurer leur Institut et de ratifier par serment les qualifications dont lés arréls lirécédemmeht rendus l’avaient chargé. 11 ne restait pltfs aux disciples de saint Ignace qu’à opter éntre le déshon-^ neuret le bannissement, que. Ta douleur dans’ l’âmè. Tépremier président Molé, plein de respect pour ses anciens maîtres, venait de prononcer. Le bannissement fut accepté. Les Pailenients de Toulouse, de Rouen ét de Pau se joîpilrent sfeuTs à cel’té idésure, et les Jésuites des .

ET ÜSS JÉitlTEÿ. ’ 159

quatre ressorts subirent, sans se plaindre, -l’exil et l'indigence auxquels on les condamnait loin de leur patrie. |[1) Le Parlement et Choiseul se montrèrent inexorables : ils n'e.xceptèreut ni l'âgo, ni les talents, ni les services, ni les infirmités; mais du moins ils ne furent pàs cruels comme Pombal. La famille royale avait jusqu’alors maintenu au château de Versailles les Pères qui possédaient sa confiance et le savant llerthier, qui préparait l’éducation des enfants de France. L’anathème les atteignit r Louis XV n’osa pas les disputer au Parlement. Le jour qu’ils prirent la route de l’exil, ils adressèrent au Roi la lettre- suivante : . ■

« Sire, - ;• '

« Vbtré Paiement de Paris tient de rendre un ârrèl qui ordonne que tous ceux qui composaient la Société des Jésuites, et qui se trouvent actuellement dans le ressort de cette Cour, prêteront le serment exigé.

« Quant au dernier article. Sire, lequel concerne la sûreté de votre personne sacrée, tous les Jésuites dispersés en Votre royaume sont prêts à le signer, même de leur sang. Le seul soupçon qu’on semble former sur leurs sentiments à cet égard les remplit d’affliction, et il n’est point de témoignages, point d’assurances qu’ils ne voulussent dohner au monde entier pour le convaincre qu’en matière d’obéissance, de fidélité, de soumission, de dévouement à votre personne sacrée, ils ortt toujours tenu, ils tiennent et tiendront toujours les meilleurs principes ; qu’ils se croiraient heureux de donner>leur

;|) D'aprti les registres da Parlement de Paris, à la date du 9 mars 1784, il eulaïue hait Fitres coadjuteurs, dooie jeaues régents ddjk sortis de la Compagnie et cinq Profîs qui se sonmirent an serment exigé. CéruW était de ce nombre.. Auteur de V Apologie de» JitttUet, U se laissa enivrer par les éloges qu'on prodiguait à son talent et i sa Jeunesse. C’est le seul Jésuite qui ait favorisé les idées réroluüoonaires.

cUilENT XIV

vie pour la conservation de Votre Majesté, pour la dé^ fense de son autorité et pour le maintien des droits de la couronne. ' ’ c,.i

« Sur les autres articles contenus dans la formule du serment qu’exige votre Parlement' de Paris, les Jésuites prennent la liberté de représenter très humblement et très respectueusement à Vdtre Majesté que leur conscience ne leur permet pas' de s'y soumettre; que, si les voeux par lesquels ils s’étaient liés à Dieu', suivant la forme de l’Institut qu’ils avaient embrassé, se trouvent cassés et annulés par des arrêts rendus dans des tribu-^ naux séculiers, ces mêmes vœux subsistent dans le for intérieur ; qu’ ainsi les Jésuites sont obligés devant Dieu de les remplir autant qu’il leur est possible; qu’en cet état ils ne peuvent, sans contrevenir au papooier'.eerment qu'ils ont prêté à la face des autels, ën prêter un second, tel que celui qui est énoncé dans cette formnle : , (I De ne point vivre désormais en craunun ou séparément . « sous l’çmpire de l’Institut et des (kinstilutiops-diB la U ^iété se disant de Jésus, de n’eittretenir « reapondâncè avec le Général et Siq>érieui« de ladite <1 â-devant Société ou autres personnes par eux prépo^, usées, ni avec aucun membre d’ icelle, résidant ea ptys uétr^eis. » „

Un écrit plus long et plus détaillé que ne le peut être celui-ci mettrait sous les yeux de Votre Majesté tous les rapports et toutes les conséquences de ce serment; rapports et conséquences que l’bpnneur et la conscience , ne permettent pas aux Jésuites d’admettre. S’ils étaient assez malheureux pour se lier par des obligations si contraires à leur état, ils encourraient la colère du Ciel, l’indignation des gens de bien, et Votre Majesté ne pourrait pins les regarder comme des sujets dignes de sa protection. ‘ O (’.è considéré. Sire, Votre Majesté est très humblement et très respectueusement suppliée de mettre les

CT LES JÊSllTE.<l.

Jésuites de son royaume, cqs bomnies si fidèles et si infortunés, à couvert de toutes plus grandes poursuites de la pan de^votre Parlement de Paris et de tous les autres ; ils ne cesseront d’adresser au C.iel les plus ferventes prières pour la conservation de'Vetre Majesté et pour la prospérité de son règne. » ^

A cette déclaration, què nous transcrivons sur l’original conservé à Rome, le Roi 'répondit : k Je sais que ce sont là leurs sentiments. >) Cette phrase peignait la faiblesse et la justice innées au cœur du monarque; niais .elle ne l’empécha point de se prêter à la consommation de* l'iniquité. 11 -fallait la faire sanctionner par le Roi ; ‘ Chojseul le décida à signer l’édit statuant (1) «' que la Société des Jésuites n’aura plus lieu dans son royaume, terres et seigneuries de son obéissance. » Le* Dauphin avait protesté énergiquement contre cette mesure. (2j, Sa protestation amena Louis XV à avoir un moment la conscience de son devoir. Le Dauphin ceasurait les incriminations dont regorgeaient les arrêts *du Parlement ; . 11 critiquait surtout la sentence d’exil qui frappait les Jésuites. Dans. l’édit royal, enregistré le 1" décembre

(1) Procédure contre V hatitut et le$ ConetUuliout des Jéeuites,p. SS6.

(I) Le Dauphin no surrfeul pas longtemps h la destniclion des Jésuites. ChiSseul et la secte philosophique redoutaient ses talents et sa renneté ; .une mort prématurée Jes ou délirra.On les a |aecnsés d'avoir hélé cene iport par le poison. Ce bniit n'a jamais été prouvé, et nous parait invrai-' semblable. Le temps des rrimes n'était pas encore tenu, L.es EneyrJopé^ dûtes ne tuèrent pas ce jeune prince; lisse r^ouirent de son trépas, ft Horaee Walpole écrivait de Paris, au mois d'octobre 1705 : s Le Dauphin • n'a pins inrailliblemênt que peu de jonrs 1 vivre. La perspective de ja mort remplit les philosophes de la plus grande joié, pareequ'ils redoutaient' ses eflbrts pour loTétablissement des Jésuites.! Il expira le 20 décembre 1705.

« La mort du Dauphin, dit Lacrctelle, Histoire de France pendont ^ .dixhuHiénu Hiele, 1, iv, p. 61, fbt ponr le peuple un coup aussi accablant' que si elle eOt’^été imprévue. Pendant sa maladie on avait vu le même 'conrours dans les églises. Au premier bruit de sa mort, Vnrs'assembis, pour le pleurer, athour de ta statue de Henri W. i - ' ^ ' ■ 1

1764, il Ile fut fait aucune mention des considérants et du bannissement (l); ‘Louis penneltait même aux Jé- Sjiites de vivrfe en simples particuliers dans lè Royaume. Cette clause restrictive alarma le Parlement, qui stipula qu’ils résideraient chacun dkns le diocèse où il^ était né, sans pouvoir approcher de Paris, et que tous leè six mois ils seraient obligés de se présenter tujx magistrats char^ gés de Içur surveiUàilce. . ' • •

Jusqu’à cq’ moment Clément XIII avait, par des brefs, réitérés et par de tendres prières, cherché à relever le courage abattu de tbuis XV : il avait parlé plutôt qff père qu’en Pontife. Mais quand l’édit souverain qui sanctionnait la destruction dea Jésu’ites en France lui>fut connu' Clément Xlll pensa qu'’d restait au successeur de Pierre un devoir solennel à’remplir. Les Évêques de toutes lès parties dumoùdè le suppliaient de prendre en . iPain la cause dé l’Église 'et celle de la Compagnie de Jésus : lePape.se rendit au vœu de la. Catholicité ; .et,.le 7 janvier 1765, il donna la bulle ^uge su-

prême en matière dé Foi; en morale ainsi qu’en disci-

(1) Il niste mie lettre de Louis XV au' duc de Choisenl, contenanl le» obserrations du ttol sur te prianibulc de l'édit. Louis XV fait de judicieuses remanines sur plusieurs |wints, et, tout en modifiant ce préambule, U vermine ainsi : , ^ ^

• L'expulsion jr-esl'marqéée trop "graTcment, toojours et irtérocable; * mais ne sail-on pas que les plus Torts édits ont été révoqués, quôiqu'avec ’ toutes tes clauses possijilet ?

'• Je n'aime point cordialement les Jésuites, mais toutes les hérésies les . ’unt toifjours délestés; ce qui est leur momphe.- Je u'en dis pas plus, Pour ' li paix de mon rojanme, si je' les léovoic- contre mou gré, dn moins ne •enxqc pas, qu'on croie que j'ai adhéré à tout ce que les Parlemenls out . "fak et dit contre eux. . • '

•.Je qsersûte dans mon sentiment, qu'en les chassant il faudiait casier tout ce que le-Piiilement'a fsil'coiAre eux. * '

'• fin me rendant i Pâtis des autres pour la ^uquillitéde mon rojauiqe,

U Ihut rbinger ce que je propose, sans quoi je ne ferai riep. Je me lais, car je parlerais trop. • ' . . . —

. ; • ■. ET- r.^*; jÉscn-fc.. *,4*5

‘ pliiiè, 1p Papè instruisait à mh tour le procès qui, cii Portugal et en France, aboutit âu même résultat par de» motifs si dillérents. Du haut d(vla Chaire ■infaillible, il . élevait la voix, et, s’adressant à ruhivfers catholique-:

A Nousiopoussons, disait-il, rinjurc grave faite en même . temps à l’Église èt au-Saint-Siége.-Nons déclarons, de ■- notre propre njônvement et science certaine, ^e l’Ins», ti(ut de la Compagnie 'de Jésus respire au plus haut ' degré- la piété, et la sainteté, bien qu’il se rencontre des hommes qnl,'aprés l’avoir défiguré par de méchantes ^ . interprétions, Ji’aient pas Craint de la qualifier d'iire- Hgieuse et d’impie, insultant ainsi de la manière fa pln^ ojvtnigeinic l’Église dç Dieu, qu’ils accusent èqulvalenV- • ment <te s’ètre trompée iu-squ’à juger et déclarer solennellement pieux et hgréable an Ciel ce qui en soi était irréligieux et impi.e-. I) [i\ . ‘ '

■ (1) Par toBl ce que noue aroiu flabli Mii~|iitces irrCrragablca.'il esl*dé- ■

montre que. le SoqTcraln Ponlite, que la.'Relne, lifDaupbh, StanMas de PolagM, heaa-p6re de Louis XV,- et Louis XV Ini-mème dCsiralent ton^ sorrfar en France -U Compognie de Msaa. Elle avait pouf appuie et pour avocats les évoques de l'Eglise galikaae, uoe* miMrild qui, dans chaque ' Parlemeut, balançait ta majorité. Les Coqra Muireraines de Franche-Comté, d'Altace, de 'Sandre et d'Xrtoia, ainsi que la Lorraine, rêrusaient dé se • soumettre au vau d'csj>ulS|jon devenu un mot d'ordre ; la plupart dm , Etats de ‘prorjiire sc montraient hoslltes i' ht destruction; néanmoins nn nrinistrè del'iilslntetlon publiqae n'a pas craint de regarder cOtniue aiiHet . ces prpteatatibas. Dans son Eajwa? éâ »cUf$ du projtt dt M tur fhutrmitivu tteon^n (|éapoc de la Chambre des pain, da i février 4844),

M. Villçmain s'est exprimé -ainsi: < Lofsqii'm 1762, sous l'influence dq nûuUtrc le plos equrageux et le pids éclairé qui ait relevé la langueur de Louis XV; la Sociélé de Jésus fut enfln dissoute, éllc Svâlt, dans les diverses provtnees du royaume, cent vingt-qnaire Collég.eti, la plupart ImpoHants et riches. Aucune voix Sfcrédilée no s'éleva pour ht détendre. # Nous ne prétendons pas (aire de .l'histoire avec des préjugés q& aver des contriOiiices parfemeDtaires ; mais nous -pensons que les déclarations du Pape, -du Dauphin, dé- In miaorHé des-Ôours judrcTaIres, de Pimanlirrilé dé l’Episcopat français et des évéques calboilques sufiiseni pos'ir former une

m. ■- ‘XÉIIENT XIV . . . . ^

’Les oi-devant soi-disant Jésuites, a.ms» que léJParleinent ks nommait, trouvaient un vengeur dans le Souverain Pontife, un appui dans tous les Évêques, des amis dans tous les Catholiques.. L’édit du' IWiles. autorisât 4 vivrtvdans leur patrie. En 17«7, les événements qui éclatèrent dans la Péninsule rejaillirent sur eux. Les Parlements prirent texte de la colère de Charles 111 d’^pagne

• et du coup d’État de son ministre don Pedro d’’4fanda, . pour annuler l'édit de Louis XV.et pour proscrire. du sol français les Pères, qui commençaient à se créer une nou-

* velle existence. « Cependant,, raconté Sismondi (l),la persécution Contre les -Jésuites s’étendait de pays eii pays avec. une rapidité qu’on a pe’me à s’expliquer. Choiseul en faisait pour lui-même une affaire personnelle. 11 s’attacluiit surtout à les faire chasser de tous les États de la maison de Bourbon, et il profila, dans ce but, de l’innuence qu’il avait .acquise sur Charles Ilh » ^

Charles 111 régnait sur l’Espape. Prince religieux habile, intègre et éclairé, mais impétueu.x et tenace, fl avait la plupart des qualités qui font le* bonheur des peuples. Son caractère s’accordait parfaitement av.ee celui de ses sujets ; comme eux, il poussait au plus liant - degré Tesprit de famille et l’honneur du nom. A Naples,

■ ainsi qu’à Madrid, Charles 111 s’était toujours montré dévoué à la Compagnie de Jésus. Loràque.le marquis de . Pombal essaya de l’étouffer sous ses pamphlets et dans ses tortures, ce fut le’ roi d’Espagne qui, le premier, flétrit les 'calomnies, officielles de la cour de Lisbonne. Cependant plus d’une atteinte avait été déjà portée h l’Institut. Au moment où, sous le règne de Ferdinand Yl, k duc d’.Vlbe et le général- Walh. renversèrent le ministère'du marquis d’Ensenada, et firent triompher l’in-

roix acerciitie, surtout quand celte ■vulx sera mise en paralWe arec celle de madame de Pompadour, de Osoiscnl, ei même de M. Villeinain,

(Il üist. franfois, t. xwx, R. S®9. , . ^

ET lis.JÉscfres. . 185

fluence bnlaimnirie sur la politi(|ue française, on accusa le P. Ravage, confesseur du monarque, d’avoir cliprcbé à faire soulever leS Réducrions du Paraguay et de l’üru- * guay. S’ H faut en croire la cjufespondance de sir Behjaniin Heenè,'aml)asSa*deur à Madrid (1), le duc d’ Al^ 'et Walh, dévoués à l’Angleterre, auraient, pour perdre Ravago, produit des lettfes du Jésuite adressées à ses frères du Tucuman. ties- lettres venaient par l’interitiêdiaire do Ponibalj le Roi n'en tint aucun compte; mais ç’était.un précédeuf. A l’occasion, l’on pouvait s’en ser- .vir pour éxcLter des méfiances. •

Don Manuel de Roda avait exercé les fonctions d’aiubasSadeur d’Espagne près le Saint-^ége; il devait sa fortune .aux J.ésuites. Ce diplomate; qui affectait un certain puritanisme et qui, quoique Espagnol, dédaignait les titres de noblesse, était expert dans J’ art de tromper. Ü se disait dévoué Ji la Compagnie, et en secret il ‘ njait, avec le prélat Marefoschi, secrétaire de la Propagande,’ et le franciscain Joachim d’Eleta, confesseur du 'Roi, la ruine de l’Institut eu Espagne. Quand Roda fut appelé à remplacer le cardinal Portocarrero dans le ministère de grâce et dç justice, on, crut à Rome qu’un nouvel ennemi allait naître 4 la Société de Jésus, et on ne s’abusait pas sur-les’intçnlions de Roda, car il répétait sans cosse aux imjsttients : « Le moment n’est jias venu ; attendez que la vieille meure. » La vieille, c’était la reine-mère, Élisabeth de Fanièse, alors octogénaire.

Le duc de Choiseul avait conçu l’heureuse pensée de réunir,' dans une communauté d’affections et d’intérêtè, les diverses branches de la Maison de Bourbon. En 17Hl il- réalisa ceUe idée par le Pacte de famille. Afin de s’attirer les boimes grâces de Charles 111, Choiseul lui avait sac'rifié une des prérogatives de la couronne. Les ambas-

(D L’Erpagiic «oiu ht roit de ta maison de Boarbon, pdr Cote, L iv.

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»adeurs.de Frauce ocoupaient eu Furopeje premier raug après ceûx'de }' empereur d’ Allemagne; le ministré de Loyis'XV sut décider le Roi à renoncer à ce pçivii^e ep. faveur de l'Espague. On prenait Cjiarles 111 par soufaible ; mais, afin de l’amener à détruire l'Ordre de Jésus, -Tl'fallait {tutre clioseà ce souverain qu’un droit d’égalité* diplomatique. Sa foi était vive'; il avait trop d’iutdligente fermeté pour se laisser iipposer la loi comme Joseph et Louis XV. On renonça donc à agir sur lui {>ai' des moyens de coerdlion ou par des flatteries. ' '

Un mouvément populaire éclata à Madnd je 2Ô mars . 170<>, à propos de .certaines réformes, dans le costume" espagnol ei dans la taxe des coiuestîbles-; réfurmesalont' le' marquis de SquiUaci, Mapolitaiu, devenu tuiulstrn, »étalt fait le promoteur.. Le Roi fut.coutraint de. se'retirer spr .Vraojuez. L’irritation fermentait; elle pouvait ■ uflrir pliis d'nn Ranger^ lorsque les Jésuites,, tout puissaiîts'su'r fèspiit du penple, jettent dan* la mêléqeï, parvieiment à apaiser le tuttaulté. Les Madrilégëpes pédaient'aux instances et aux menâoés des Pères; '41s voùkireht, en se séparant", leur témoignèV leur aJîectlon. l>e toutes parlsk cri de :,yivent^es Jésuites.! retentit dans fa ville paciCée; Charles III, humilié d'avcfir pris la fuite, plus humilié peut-être encore de .devoir "la tranquillitédo sa ca|xilale à quelques prêtres, reparut dans la. cité. 11 y fut reçu avec joie, mais il avait autour de lui des hoinines qui, adiUés^ Clioiseul et au parti philpsophiqnc, t^mtaient le besoin d’envenimer le fait. Le marquis de Squillaci était remplacé au ministère par le comte d’Aranda, et depuis loiigteinps le diplomate espagnol faisait cause commune avec. les Encyclopédistes. D'.^randa, cpiume tous ceux qui furent appelés aux affairç.s flans cette jténode du di.vimitième siècle, pondait <fes talents. Son caractère, mélange de taciturne raideur et d'originalité, était porté à l'intrigue; mais il avait soif

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