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1, KC.T.ISK CllHKTIKNNK A T,\ FIN DU U SIKGI.R ][)
iiUelIccUiol so soicnl l'ail senlir tlo hoiinc lioiire parmi les chrétioiis de cette ville. Ces aspirations furent assez forles, poiii' (luiin Pantène, un Clément, un Origène se donnassent pour tAche de les satisfaire. D'autre part, on doit se garder de toute exagération : qu'on ne se représente pas l'Église d'Alexandrie comme tout entière préoccupée de concilier le christianisme et la culture grecque. Ce ne fut l'aflaire en somme que d'une minorité, très importante sans doute, mais qu'on aurait tort de confondre avec la masse des fidèles de cetle Eglise, Ceux-ci, comme partout ailleurs, étaient au contraire hostiles à la culture et h la philosophie grecques. Nous verrons, en étudiant Clément, que son livre suppose (diez la majorité du public chrétien des dispositions qui n'étaient rien moins que favorables à la tentative d'acclimater la philosophie au sein du christianisme. A ce premier trait qui caractérise de plus en plus le christianisme alexandrin, ajoutez-en un autre, non moins important. A Alexandrie, même au temps de Clément, on ne possédait pas encore de formulaire de la foi apostolique. A Rome, il en existait un dont on faisait usage aux baptêmes et dans les exorcismes. Aucune trace d'un pareil symbole à Alexandrie. On en appelait sans cesse à la tradition ecclésiastique; on savait bien ce qu'il fallait entendre par là, mais on ne cite jamais des formules stéréotypées ou des articles de foi ^. 11 ne paraît pas davantage que l'on eût déjà à Alexandrie un canon des livres du Nouveau-Testament fermé et définitif. On possédait « l'Évangile » et « l'Apôtre, » c'est-à-dire les quatre évangiles et les épîtres de saint Paul. C'était le noyau du futur
2. A. Harnack, Lehrhuch der Dogmcngeschichtc, t. I. p. 267, (première édition). M. Zahn ne partage pas l'opinion de M. Ilaruack. Voyez sa Geschichte des Neutestameiitlichcn Kanons, t. II, p. 1007.
canon alexandrin; mais les frontières de ce canon restaient ouvertes, et des écrits y trouvaient place qui plus tard devaient être rejetés du recueil définitif. Enfin l'organisation de l'Église d'Alexandrie était certainement encore rudimentaire. Elle devait ressembler à celle de Cartilage dont Tertullien a fait la description. L'épiscopat monarchique n'existait pas encore. Démétrius paraît avoir été le premier qui l'ait constitué à Alexandrie. Jusqu'à lui, les véritables autorités dans les communautés avaient été ces anciens, àpyawt. upsa-êÛTepot,, dépositaires de la tradition, chaîne vivante qui se rattachait aux Apôtres, dont Clément aime à rappeler les opinions ou les sentences. Voilà un état de choses qui montre bien que cette grande Eglise se cherchait encore; elle était en voie de formation, elle était encore à l'état de masse molle, facile à pétrir. Ainsi rien d'arrêté ni dans ses usages ecclésiastiquesj ni dans ses doctrines ; d'autre part, chez un grand nombre, une vive préoccupation des choses de la pensée et un vague besoin d'un christianisme moins simple et de forme plus philosophique, tel semble avoir été le caractère de l'Église d'Alexandrie vers 180. En quelques années un grand changement doit se produire. L'Ecole catéchétique va faire son apparition. C'est elle qui donnera son caractère définitif à cette grande Église.
Tel est l'aspect général de l'Église chrétienne au temps . de Clément. Rien n'a plus contribué à fausser l'histoire des origines du christianisme que l'idée de l'unité de l'Eglise primitive. C'était une fiction. Elle commença à se dissiper le jour où Christian Baur fit voir au sein de l'Eglise apostolique deux courants opposés, le judéochristianisme et le paulinisme. Depuis Baur, ces vues ont subi mainte correction; le principe en demeure. Sans doute, il y a de grands traits communs à tous les chrétiens
l'église chrétienne \ LA FIN DU II" SIÈCLE 21
du premier Age; le fond des croyances est le môme en Palestine et en Asie-INIineure; mais il y a des difl'érences marquées et profondes entre les divers groupes. En réalité, l'Eglise chrétienne dans sa première période présente de nombreuses variétés de christianisme. Voyez la Palestine. N'avons-nous pas d'abord les débris du pur judéochristianisme si parfaitement représenté par Jacques, frère du Seigneur? N'y a-t-il pas ensuite le christianisme plus galiléen de la région de Pella dont la Didaché peutêtre nous donne l'image fidèle? N'y a-t-il pas enfin plus au Nord des communautés qui se rattachent déjà à celle de l'Asie-Mineure parles tendances et l'esprit? Et ces dernières n'ont-elles pas un caractère tout autre que les communautés primitives? Cette richesse de la flore chrétienne ne pouvait durer; c'était le premier jet d'une incomparable sève. A la variété des types du christianisme primitif devait succéder plus d'uniformité. La tendance devait être à l'unité. A la fin du ii" siècle, cette évolution est déjà avancée. Nous venons de le voir, il n'y a plus alors que trois types principaux de christianisme qui subsistent. Chacun d'eux en a absorbé plusieurs autres. Encore cinquante ans et l'unification du inonde chrétien sera presque achevée. L'Asie-Mineure aura perdu, avec l'extinction du montanisme, ce qui constituait son originalité. L'hégémonie d'Alexandrie et de l'école de Clément et d'Origène sera souveraine en Orient. En face de ce christianisme ne demeurera que celui de Rome et de l'Occident, Là s'arrêtera l'évolution. L'histoire ultérieure montrera que l'unité absolue est une chimère et qu'il y aura toujours au sein de l'Eglise un certain nombre de types irréductibles de christianisme qui se feront de mutuels emprunts, mais dont aucun ne se laissera plus absorber par les autres.