‹ Clément d'AlexandrieChapitre 9 sur 149 · l'uscbc, II. I-., V · texte numérisé non relu

l'uscbc, II. I-., V

la figure énigmatiqiie de Pantène, Avant lui, il y avait ces «anciens y), preshyteri., dont Clément rapporte certaines traditions '.

En voilà assez pour savoir qu'il y avait une Eglise importante à Alexandrie en 180, mais pas assez pour en déterminer l'âge. La lettre que nous venons de mentionner est curieuse et instructive. Nous en détachons les lignes suivantes : « Nous vous faisons savoir qu'à Alexandrie on célèbre la fête de Pâques le même jour que nous. Car il y a échange de lettres entre eux et nous, afin de célébrer le saint jour ensemble.» Ainsi vers la fin du ii" siècle des relations suivies se sont établies entre les Eglises d'Egypte et les Eglises de Palestine. Ces rapports fraternels ne cesseront pas de se multiplier et de se resserrer. Au temps d'Origène, les Eglises de ces deux pays peuvent être considérées comme formant un même groupe. C'est en Palestine qu'Origène se retire lorsque la jalousie de l'évêque Démétrius le force de quitter Alexandrie. C'est là qu'il trouve un accueil qui lui permet de continuer son enseignement. La Palestine devient ainsi la fille d'Alexandrie et c'est de ce double foyer que les idées de Clément et d'Origène se répandront et consommeront la plus profonde des révolutions. On ne peut donc séparer ces deux Eglises, elles feront partie désormais et pendant longtemps de ce qu'on pourrait appeler le même diocèse. Ainsi ^Alexandrie et la Palestine constituent le troisième grand foyer de christianisme au temps oîi nous sommes.

Quel en est le caractère ? 11 serait malaisé de le dire par la raison que le caractère de ces Églises commence à se préciser justement dans les dernières années du siècle.

1. Voir la liste des passages de Clément où il est question des àp/aîot npe<j6ÛTEpot dans Harnack, Geschichte der altchr. Litter., t. I, p. 291. 292.

l'hCLISE CHRKTIENNE a la fin du II"' SIÈCLE 17

Tandis que la pliysionoinic des Eglises d'Asie est fixée depuis longtemps, que Rome s'alHrme avee éelat, l'Eglise d'Alexandrie ne se distingue pas encore par des traits bien marqués. C'est précisément à partir de Commode qu'elle va revêtir sa physionomie définitive. C'est l'école catéchétique, c'est le grand mouvement d'idées dont Clément et Origène vont être les initiateurs, qui feront la fortune de cette Eglise et lui imprimeront son caractère historique.

Si l'on ne peut se faire une idée nette de l'Eglise d'Alexandrie vers 180, il y a cependant certains faits qui font déjà pressentir ce qu'elle sera dans un prochain avenir.

Alexandrie a été dès l'origine Tune des villes les plus littéraires qui aient jamais existé. Pendant des siècles, c'est dans son sein que se concentre la vie intellectuelle du monde. C'est d'elle qu'émane ce remarquable effort de haute culture qui multiplia les écoles dans toutes les villes du inonde hellénistique et qui aboutit, sous l'Empire, à la création d'un nombre incalculable de chaires de rhéteurs et de philosophes. Le musée, les bibliothèques, la présence d'une foule de savants, de littérateurs, de chefs d'école, créaient un milieu où l'érudition et la philosophie jouissaient d'un prestige incomparable. Dans ces conditions, quoi de plus naturel que le christianisme revêtît à Alexandrie un aspect moins populaire, et que les préoccupations d'ordre intellectuel s'y soient fait jour de bonne heure ?La supposition est permise. Mais nous avons des faits qui la confirment. Si nous en croyons Eusèbe, il y avait certainement à Alexandrie vers l'an 180 des fidèles qui avaient de la culture . « Pantène, dit-il, un honinie remarquable par « sa culture, dirigeait les étiules des fidèles... et nous « savons par tradition (|ue cette école était formée de gens « qui avaient des aptitudes pour la science et qui étaient

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« capal^les desc liv^rcr à rétiule des choses divines'. » Mais Eiisèl)e n'exagère-t-il pas? Y avait-il déjà vers 180 des chrétiens qui aspiraient à une foi moins naïve et plus relevée ? Des besoins d'ordre intellectuel se faisaient-ils déjà sentir dans l'Église d'Alexandrie? Il le faut bien, puisque Pantène a eu l'idée de convoquer le public à une étude plus savante de l'Ecriture. Le simple fait que l'École catéchétique existe, prouve que parmi les chrétiens de la capitale égyptienne se faisaient jour des aspirations inconnues ailleurs. Naturellement, ces aspirations n'ont fait(jue s'accentuer avec les années. Au temps de Clément, pendant les dix dernières années du siècle, le nombre des chrétiens cultivés s'est certainement beaucoup accru. C'est pour eux que Clément écrit les Stromates. Sans ce public spécial ce livre n'aurait eu aucune raison d'être. Plus nous avançons et plus se multiplient les faits qui trahissent des préoccupations d'ordre philosophique chez un très grand nombre de chrétiens à Alexandrie, Qu'on se souvienne des prejnières années d'Origène. Eusèbe nous apprend qu'un certain hérétique du nom de Paul donnait des conférences chez la dame qui protégeait le jeune fils de Léonide et que même des catholiques assistaient à ces réunions ^ Comment Origène gagne-t-il sa vie et celle de sa famille après la mort de son père ? en donnant des leçons de grammaire ou de littérature ^. N'est-il pas naturel de supposer que ses élèves furent des chrétiens ? Quand il est appelé à diriger l'École catéchétique, des gens cultivés, des philosophes, un Héraclas viennent l'entendre * ! Ainsi il n'est pas douteux qu'à Alexandrie des besoins d'ordre

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