‹ Clément d'AlexandrieChapitre 102 sur 149 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les Sources.

Deux influences très diverses concourent à former la théologie de notre auteur : d'une part, le christianisme, d'autre part la philosophie. Etudier dans quelle mesure Tun et l'autre élément ont déterminé sa pensée et dégager de cette étude le caractère et la nature précise de chacune de ces deux grandes influences, voilà ce que nous nous proposons de tenter dans cette troisième partie.

On peut juger jus(|u'à un certain point des influences qu'un auteur a suhies par les citations qu'il l'ait '. Elles abondent chez Clément, et elles sont aussi variées qu'abondantes. Elles se ramènent cependant à deux sources principales. L'une est la littérature grecque, l'autre la littérature biblique. Notre auteur puise à peu près également dans l'une et dans l'autre. Les textes bibliques se croisent avec les citations dautcurs grecs de la façon la plus étrange. Au premier abord, on a l)eaiicou|) (h* peine

I. Kii ce qui rogartle raiitliciiliciti' des citations de poètes grecs f|ui se lioiivciil dans les ccfits de Clénienl, voir A. Schcck, De fontihus Cleiiiriitis Alexandrini, 1889, p. 4't sqq., et la bibliographie (ju'il donne, l'our une appi'écialion de ce travail, voir noire aperçu bibliographique.

à se rendre compte de la dilTércnce que fait Clément des uns et des autres. 11 dit quelque part que la philosophie a été le testament des Grecs. A en juger par la manière dont il pratique les philosophes d'une part et les prophètes de l'autre, il scmljle bien qu'en ("ait la littérature grecque et la littérature biblique ont été pour lui deux testaments d'égale valeur.

A cette première constatation il convient d'en ajouter une autre. Clément cite couramment une foule de poètes, de dramaturges, d'auteurs comiques. A y regarder de près, ces citations consistent surtout en des sentences et des maximes. Ce qu'il aime chez un écrivain, ce n'est pas l'artiste, c'est le penseur. De tous les poètes celui qu'il semble préférer, c'est Euripide, le plus philosophe de tous. C'est là une indication. Ce qui intéresse Clément dans la littérature grecque, c'est ce qu'elle a de philosophique. Tout le reste le laisse parfaitement froid. Il lui arrive de réciter des vers d'Homère ou de Sophocle. Nous ne nous souvenons pas qu'il ait jamais laissé échapper un mot qui trahisse de l'admiration purement littéraire.

On est encore loin d'être d'accord sur les influences philosophiques qu'a subies Clément. Les uns en font un platonicien, les autres un stoïcien. D'autres soutiennent que Philon a été son maître de philosophie aussi bien que d'exégèse, et que tout ce qu'il sait de la pensée grecque, il le tient du savant Juif d'Alexandrie. Il serait facile de montrer que toutes ces appréciations, tout en contenant une part de vérité, sont trop absolues. Clément doit certainement beaucoup au platonisme, mais il y a dans sa théologie une foule d'idées qui sont entièrement étrangères à Platon. Nous verrons aussi (jue si notre auteur est tributaire, dans une large mesure, du philonisme, il s'en sépare sur des points essentiels. La vérité est qu'il est

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rtli>('ti((iu>. Il le (lit lui-même clans un passage que nous avons déjà eilé '. En cela, il est de son temps. Quel est alors le philosophe, à l'exeeplion tle quelques stoïciens, (pii ne se soit montré hospitalier à toutes les écoles et dont la pensée ne relève de trois ou quatre maîtres à la fois? Analysez n'importe quelle idée de Clément et vous y trouverez les éléments les plus divers. Ses conceptions sont essentiellement mixtes.

Cependant, on discerne parfaitement dans cette espèce de syncrétisme qui constitue la théologie de notre auteur un certain nombre d'influences qui prédominent sur toutes les autres. Ce sont le platonisme, le stoïcisme et Philon. Voilà les écoles qui ont directement influé sur la pensée de Clément. Nous croyons que les preuves existent qu'il en a pratiqué les livres. Ces écrits, il est loin de s'en être assimilé tout le contenu, mais il y a des points de sa doctrine qui supposent qu'il les a étudiés; il en a compris et retenu ce (|ui convenait à sa pensée. Quant aux autres philosophes qu'il cite, il est douteux ([u'il les ait lus; il les connait généralement de seconde main ; ce qui est certain, c'est ([u'ils n'onl contribué à former sa théologie ou sa morale que dans une mesure insignifiante ".

Quoique Platon et même Aristote aient marcjué sa pensée de leur empreinte, ne nous imaginons pas (|ue Clément en ait une intelligence exacte et complète. Il les comprend dans la mesure où on les comj)renait de son temps; son platonisme, comme son stoïcisme, est celui (pii circulait dans les écoles ; leurs auteurs auraient sans doute trouvé leur ])ropr(> doclrinc bien défigurée. En

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