‹ Clément d'AlexandrieChapitre 103 sur 149 · I. Slrum · texte numérisé non relu

I. Slrum

2. Jja morale de Clôiiiont roiKicnl (|iicl((uos clcmcnts arislutcliiiuos mais on peut coalcster cju'il ail lu Arislolc.

outre, ce n'est aucun de ces systèmes dans sa totalité que Ton trouve chez Clément, il n'en reproduit que des parties saillantes. De larges infiltrations dans certains groupes de ses conceptions, voilà ce que Ton constate. Enfin ces infiltrations ne se sont pas faites partout dans la même mesure. Sur tel point, dans l'ensemble de sa pensée, telle influence est plus forte que sur tel autre point. Ainsi dans sa conception de Dieu, dans la théologie proprement dite, Clément est principalement tributaire de Platon; dans sa chrislologie, comme dans son exégèse, il est disciple de Philon ; dans sa morale, c'est en première ligne des stoïciens et un peu d'Aristote qu'il s'inspire. Voilà les points où se concentre en quelque sorte chacune de ces influences et où elle se fait sentir avec le plus d'intensité. Il ne faut pas en conclure qu'elle se limite à ce seul point, au contraire, on la retrouve dans presque toutes les autres conceptions de notre auteur, mais moins forte. Tandis qu'elle colore les premières, elle ne fait que teinter les autres. Ainsi on discerne partout chez Clément du platonisme, du stoïcisme et notamment du philonisme, mais la proportion en varie sans cesse.

Ces explications sufTiront, pensons-nous, pour donner une idée précise de la nature des conceptions de notre auteur. Celles-ci sont essentiellement hétérogènes. Vous n'y voyez pas seulement deux grands courants d'idées, l'un venu de la philosophie, l'autre du christianisme, s'y croiser et s'y confondre. Ce serait encore trop simple, l^xaminez l'élément philosophique de ces conceptions et il vous apparaîtra comme essentiellement composite. Votre analyse y fera voir sans peine, à côté d'une empreinte principale, plusieurs autres sensibles encore, quoique moins profondes. Si Platon ou Zenon a été l'architecte en quelque sorte de telle conception, de tel groupe

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d'idéos, il y a ou (raiilros aiiisaiis (|iii oui collaborù à la niiMuc univre.

ISIais nous n'avons encore examiné qu'un seul côté des conceptions de Clément. Pendant qu'il puise d'une main dans la |)liilosophio, il puise de l'autre dans la littérature biblique. Tels deux cours d'eau (|ui se rencontrent, ils coulent sans se mélanger dans le même lit. (3n les distingue à la couleur de leurs eaux.

Voyons d'abord ce que notre auteur pense de l'Ancien Testament et l'usage qu'il en fait. Les Ecritures sont divinement inspirées. C'est le Logos de Dieu lui-même (|ui parle par la l)0uche des prophètes. Les Ecritures, étant inspirées, n'ont pas besoin d'être accréditées par une démonstration quelconque '. Elles contiennent en ellesmêmes la garantie de leur vérité.

On ne saurait être plus explicite. De tels principes impliquent que les Ecritures sont la source de toute vérité. Aussi Clément veut-il que toute proposition soit prouvée par leur témoignage. S'il accorde aux doctrines des philosophes quelcpie autorité, c'est parce qu'il croit qu'ils les ont puisées dans les Livres Saints.

Voilà notre théologien, scm])le-l-il, lié au texte des Ecritures. 11 le serait en effet s'il ne })ratiquait la méthode allégorique ^. On connaît ce procédé ingénieux ((ui consistait à faire dire à un texte une foule de choses auxcjuelles son auteur n'avait jamais songé. L'allégorie repose sur l'analogie i)oussée juscpi'à ses dernières limites. On découvrait tiaiis une [)hrase, dans un mol, (|uel(|ue ciiosi* cpii rappelait l'idée (|u'on avait dans l'ospi-il. (^uand le sens

1. Vil, Slidin., 9Ô. Li" cliap. xvi loiil ciilicr du Vil'' SIrotii. est à con- Biiller.

2. Nous coiiipli-ldiis ici ce (jiio nous avolis <i<j;'i dil «le l'alk-gocii' à la page UH.

lilléral tlii texte s'opposait décidément au rapprochement qu'on voulait faire, on Técartait simplement. Le texte prenait alors un sens symbolitjue. On le métamorphosait en image de Tidée qu'on voulait h«i faire exprimer. C'est ainsi que Clément, à l'imitation de Philon, transfigure ce que la Genèse raconte de la vie conjugale du patriarche Abraham '. L'histoire s'évapore en typologie. Ailleurs, encore d'après Philon, il voit dans les somptueux vêtements du souverain sacrificateur un symbole qui signifie les quatre éléments! Le chandelier d'or préfigure le Christ « éclairant ceux qui croiront en lui " ». On se demande, en lisant ces allégories, si l'auteur croit encore à la réalité historique du tabernacle.

Tout l'Ancien Testament se transforme en symboles des vérités qui ne devaient être révélées qu'à l'avènement du Christ \ Le sens littéral ne semble pas exister pour Clément. 11 ne s'en préoccupe jamais. En lisant Moïse et les prophètes, il est constamment à l'alïut d'allégories qui contiennent sous leurs voiles les idées qui lui sont chères. Grâce à ce j)rocédé, il retrouve dans l'Ancien Testament toute sa théologie. 11 n'est pas étonnant, dans ces conditions, qu'il en appelle avec tant de confiance à cette autorité !

L'exégèse de Clément est ce qu'il y a de moins original dans son grand ouvrage. En cette matière, il est élève de Philon. Principes et méthodes, il lui a tout emprunté. 11 a énormément cité l'Ancien Testament, et on peut dire qu'il y a dans son livre autant d'allégories que de cita-

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