‹ Clément d'AlexandrieChapitre 105 sur 149 · VII, Strom., ch. xvi, §§ 94, 95 et tout le chapitre · texte numérisé non relu

VII, Strom., ch. xvi, §§ 94, 95 et tout le chapitre

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moment de l'histoire elle ne serait devenue universelle. L'avenir aurait été compromis si le grand caléchète avait été repoussé par l'Eglise. Or, ne l'aurait-il pas été immanquablement s'il avait présenté ses idées telles quelles? On ne les aurait pas comprises. On les aurait méconnues au point de les confondre avec celles des gnostiques, les plus grands adversaires de Clément. Pour comprendre notre auteur, ne fallait-il pas posséder une culture qui n'était pas commune parmi les fidèles? ^lème présentées avec toutes les précautions que lui suggérait sa grande expérience de pédagogue chrétien, nous l'avons vu. Clément ne les a pas acclimatées dans l'Eglise sans soulever de graves objections. C'est parce qu'il se rendait parfaitement compte de cette situation que notre auteur s'est enveloppé de tant de mystères. Il savait qu'une lumière trop crue ne ferait qu'éblouir sans éclairer. La méthode allégorique, si largement appliquée par lui, pouvait seule lui permettre de ménager les transitions et de prévenir de fâcheux malentendus. Cette méthode offrait encore un autre avantage. Elle permettait à Clément de fonder sa théologie sur l'Ecriture. C'était lui donner une sanction capitale. S'il n'avait pas eu l'allégorie à sa disposition, il aurait été obligé de présenter au public ses idées théologiques sous sa seule responsabilité. Cela eût alors amplement sufTi pour éloigner de lui l'opinion chrétienne.

Tels sont les services qu'a rendus l'allégorie. Elle a été un instrument de progrès véritable. Elle a servi à l'épanouissement du christianisme dans le domaine de la pensée. Tel est le fait historique. Sans doute, elle ne se justifie pas à notre point de vue. L'allégorie repose tout entière sur des fictions. C'est un leurre de l'imagination. Jamais un penseur chrétien ne pourrait actuellement se servir d'une méthode dont il saurait qu'elle a ce caractère.

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Mais de grâce, reportons-nous au temps de Clément. Ni lui, ni personne ne se doutait de ce qu'était réellement la méthode en usage. On l'applicpiait avec une bonne foi absolue. Tout défectueux que nous {)araisse l'instrument qu'ont manié ces ouvriers du royaume de Dieu, il n'en reste pas moins qu'il a puissamment aidé au développement et à l'aflrancliissement de la pensée chrétienne. Ce n'est pas la première fois que de magnifiques résultats ont été obtenus par des moyens mesquins que le temps devait condamner.

Ce qu'il faut nettement reconnaître, c'est que l'allégorie est fatale à l'intelligence de l'Ancien Testament, Ni Clément, ni Origène après lui n'ont la moindre idée de ce qu'a été l'antique hébraïsme. Il n'est pas possible de méconnaître davantage le génie véritable des prophètes. L'apôtre Paul allégorisait aussi les antiques récits bibliques, et cependant il est nn vrai fils de l'Ancien Testament. C'est qu'il est sorti des entrailles d'Israël ; la religion des prophètes palpite dans son àme ; il est de leur race et la théologie des rabbins n'a pas réussi à étouffer en lui le vrai génie de ses pères. Mais Clément, Origène, les chrétiens du ii' siècle sont d'une autre race; ils ont d'autres instincts ; leur génie est enfant de la Grèce. De toutes façons, il leur aurait été bien difficile de comprendre l'àme hébraïque et de vivre en communion avec l'antiquité biblique. A bien plus forte raison, devaient-ils en perdre toute intelligence lorsqu'ils l'étudiaient à travers le mirage de l'allégorie. Tant (pie cette méthode d'interprétation a été en honneur dans l'Église, on a continué à méconnaître le véritable caractère de la Bible hébraïque. Pendant des siècles, l'antique Israël a été, grâce à l'allégorie, entièrement ignoré. Ce n'est qu'au xvi" siècle que l'on commence à exhumer l'Ancien

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Testament. L'exégèse d'un Calvin marque un progrès très considérable dans la bonne direction. IVéanmoins, pour retrouver le véritable hébraïsme, il a fallu attendre l'avènement de la critique historique. Cela est tellement vrai que, pour les personnes encore habituées aux idées traditionnelles, la lecture de l'histoire d'Israël, telle qu'elle s'écrit maintenant, est une révélation.

L'historien a le droit de se demander si, après tout, il n'a pas été heureux que la lumière ne se soit pas faite plus tôt sur l'Ancien Testament. Marcion est peut-être le seul chrétien qui ait entrevu la religion de l'antique Israël. Il a compris que le Jéhovah des Hébreux n'était pas le Père céleste du Nouveau Testament. Or, quel singulier usage il â fait de cette demi-clarté ! A quelles bizarres spéculations ne Ta-t-elle pas conduit ! Une intelligence vraiment historique de l'Ancien Testament en aurait eu pour résultat la répudiation. C'eût été pour le christianisme une perte irréparable.

Clément cite naturellement le Nouveau Testament autant que l'Ancien. Le traite-t-il de la même manière? Il lui arrive, comme il fallait s'y attendre, de l'allégoriser. On trouvera dans le vi^ chapitre du I"'" livre du Pédagogue un remarquable exemple d'exégèse allégorique appliquée à I, Corinthiens^ m, 2. D'ailleurs l'eùt-il voulu, notre auteur n'aurait pas pu s'empêcher d'appliquer sa méthode même au Nouveau Testament. N'a-t-il pas allégorisé jusqu'à Platon ? 11 semble être devenu incapable de lire et de comprendre un texte ancien dans son sens propre. Il faut reconnaître, cependant, qu'en ce qui regarde le Nouveau Testament il a été relativement sobre. C'est qu'il en avait une intelligence beaucoup plus complète que de l'Ancien. Partout, dans la conception de Dieu, du Christ, de l'idéal moral, nous constaterons de profondes infiltra-

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