VI, Strom
3. Ecloga prophetica, 21 donne une définition loute philosopliique et platonicienne de Dieu.
que de la métaphysique dans le Dieu de Platon; celui d'un Plutarque est fort éloigné d'être uniquement une intelligence ; Épictète oublie toute métaphysique d'école quand il célèbre les bienfaits de la Providence; les dieux dont l'Apollonius de Philostrate est le fervent adorateur relèvent vraiment de la religion et n'ont presque plus rien avoir avec la philosophie. C'est donc une tâche très délicate de séparer, dans le caractère moral que Clément attribue à son Dieu, ce qui dérive de la philosophie et ce qui est sûrement d'origine chrétienne.
Toutes les qualités morales que notre auteur assigne à Dieu, se ramènent à la bonté. Il ne se lasse pas de la célébrer. Proclamer la bonté de Dieu n'avait rien d'original. Pour avoir cette idée, Clément n'avait pas même besoin d'être chrétien. C'est celle de tous les philosophes grecs dont on peut dire qu'ils ont été en même temps religieux. On sait avec quelle insistance Platon proclame la bonté du Père de l'univers. L'idée de cette bonté domine tout le côté moral de sa conception de Dieu, C'est parce qu'il est absolument bon que Platon défend notamment dans le Timée, qu'on rende Dieu responsable de quoi que ce soit de mauvais. C'est pour la même raison que, dans la République, il s'élève avec tant de force contre les impiétés. de la mythologie K Qui ne se souvient de cette page mémorable où Epictète, le plus religieux peut-être des philosophes avec Marc-Aurèle, s'écrie qu'il n'existe que pour chanter l'hymne à la bonté de Dieu? « Que puis-je faire d'autre, moi, vieillard boiteux, sinon de célébrer Dieu? Si j'étais hirondelle, je ferais l'œuvre d'une hirondelle; si j'étais cygne, je ferais mon métier de cygne. Or, je suis
1. Timée, 29 d ; 37 a. RépuhL, II, 379 b. Voyez l'exposé de Zeller, 2^ partie, vol. I, p. 785-790,
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un ôlrc (loué do raison cl do parole. Je dois doni^ ciianler à Dieu. Voilà ma lâche. Je m'y applique, je n'al)aiidoniierai pas ce posle, laiil (juil me sera donné d'y rester, et je vous invile à chanter le mcmc hymne '! ».
Ce n'esl donc pas parce qu'il appelle Dieu bon qu'il faut conclure (pie Clément s'inspire du christianisme. Mais là oii il est vraiment chrétien, c'est dans la manière de concevoir la bonté souveraine. Ce n'est pas dans la forme de l'idée, c'est dans son contenu intime que se trahit le christianisme de notre théologien.
Par exemple. Clément redit le mot célèbre de Platon que Dieu n'est pas cause du mal ", Ce qui l'inquiète dans sa fameuse théorie du plagiat dont les philosophes grecs se seraient rendus coupables, c'est que l'on puisse accuser Dieu de l'avoir voulu; il aurait voulu un tel vol, pour qu'il en sortît un grand bien! A tout prix il faut que Clément sauve l'honneur de Dieu. Ailleurs encore, à l'exemple de Platon, il ne veut pas qu'on dise que Dieu se venge. « Car se venger, c'est rendre le mal ^ » Noire auteur pousse très loin ce principe. 11 alïirme que Dieu n'a pas voulu le supplice du Fils, il l'a permis ; il ne veut pas les persécutions, il les souffre; Dieu n'empêche pas le mal, on ne doit rien dire de plus. « C'est le seul moyen de sauvegarder et la Providence de Dieu et sa bonté '*. »
Dans ces exemples. Clément ne dépasse pas encore le platonisme. Tantôt il reproduit exactement quelques-unes des allirmations de Platon touchant Dieu, tantôt il en pousse un peu plus loin les conséquences. Il n'y a rien