‹ Clément d'AlexandrieChapitre 112 sur 149 · Epictcli DisscitniioncSj I, 10" cliapitre · texte numérisé non relu

Epictcli DisscitniioncSj I, 10" cliapitre

2. I, Stroiii., 84; VII, Stroni., 12; iindc-iu, 22. ;{. YII, Slrom., 102.

4. IV, Slrom., 86 : ojtc yàp ô xûpio; Osli'iixa-^i ërtaO^v toj rarpô? ojO' o! Suoxô-

[JlSVOt [jO'jXr^Tcl TO'J Oso'j SifôxovTai

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encore dans les textes qu'on vient de lire qui marque nettement une autre influence que celle de la philosophie. Tout au plus peut-on dire que la plus grande vigueur que revêtent, dans le langage de Clément, les aflirmations platoniciennes, indique une inspiration étrangère à Platon ; c'est déjà le souffle chrétien.

Voici maintenant des textes qui tranchent absolument sur ceux que nous venons de passer en revue. Dans un passage remarquable à plus d'un titre, Clément affirme que si Dieu est bon, c'est qu'il le veut. Il dit expressément que la bonté du Père n'est pas simplement l'effet ou la conséquence de sa nature. Dieu n'est pas bon à la façon du feu qui cliauft'e parce qu'il est le feu ^ La bonté chez lui est vraiment consciente. Voilà un trait qui n'a pas été inspiré par la philosophie. Platon dépeint, dans la République^ l'action de la bonté de Dieu justement comme une sorte de rayonnement. Comme le soleil communique sa chaleur aux êlres, la Bonté souveraine resplendit et s'épanche par une sorte d'écoulement naturel. On sait que l'activité, la volonté figurent à peine dans le système platonicien. Il y a donc ici une conception qui dérive d'une source étrangère à Platon. L'idée que la bonté de Dieu est un effet de sa pure volonté, est une idée spécifiquement chrétienne. Ainsi l'idée générale de la bonté de Dieu se ti-ouve profondément modifiée ; au lieu d'être une sorte d'élément naturel, elle devient l'attribut d'une personne, N'est-ce pas là une trace évidente de l'idée du Dieu personnel des chrétiens?

1. VII, Slrom.. 42 : OjTs yàs 6 Geoç axwv àyaôo; ov tpo'-ov ~ô r.^jo Û£c;i.avt'.x.ôv, Ixoja'.o; oï r, tCjv àyaOôiv aEtâoca:; auTùi. YI, Stroni . , 104 : l-û /.xl ô

ôîô; où"/ r, çûaE'. àyaOoç âati, "aÛTirj alvîi [xa/.âpioç zal oIçOacTO; tzo.Cjv ok

ioioj; àyaQà, Gsô^ ôvTto; zsl r.i-r^o àyaOô; tov ~i y.7.1 y'.vo;j.:Vo; £V àoiaXïîriTO'.; Vj~o:'.1'.:

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l'n atti'ihiil qui est insrparablc du Dieu des cliréliens, c'est la sainlelé. Sans doule, Plalon et quelques autres j)liilos()phes repoussaient loin du Dieu qu'ils concevaient le mal, la xax-la, Mais dans les croyances populaires chrétiennes, celle idée avait un bien plus puissant relief. Sur ce point encore, (élément est en pleine liannonic avec le sentiment général de ses coreligionnaires. En voici un exemple singulièrement instjuclir. C'élail Tune des idées de prédilection de la philosophie religieuse de Tanliquité que les hommes sont fils de Dieu et unis à lui par des liens de véritable parenté. Epictète est un de ceux qui ont exprimé celle noble pensée avec le plus d'éloquence. « Si César, dit-il, t'adoptait, ton orgueil serait insupportable. N'éprouveras-tu pas un sentiment d'exaltation de savoir que tu es fils de Zeus * ? » « Par la raison, tu n'es pas inférieur aux dieux ■. » Clément est forl éloio-né de ces

sentiments. « Dieu, s'écrie-l-il, n'a aucune relation natu- « relie, c'est-à-dire de parenté avec nous. » Remarquez la raison qu'il en donne : « Je ne sais comment un homme « qui connaît Dieu supporterait une telle proposition, lors- « qu'il considérerait notre vie et songerait aux iniquités « dans lesquelles nous sommes plongés. Si nous étions « une partie de Dieu, alors Dieu serait pécheur en cette

u partie. Quelle impiété de dire cela! La vérité est que

« Dieu, étant riche en miséricorde, par bonté prend soin « de nous, (|u<)i(pie iu)us ne soyons pas les [larlies dont (( il serait le tout, ni ses enfants par nature '\ »

Veut-on étudier dans un autre exemple l'action et la réaction l'un sur l'autre des deux facteurs de la pensée de

t. Dissrildlîonos, I, ',], 3; loiil le cliapUrt" vni. 2. /hidcm, I, 12, 26.

;{. H, Strni)!., 7'»,

Clémenl? La doctrine de la Providence nous l'offrira. Les philosophes grecs qui ont le plus nettement affirmé la Providence des dieux ou de Dieu, sont : Socrate, Platon, les stoïciens, notamment Epictète. Les trois philosophes que nous venons de nommer affirment avec une égale chaleur que la divinité ou les dieux prennent soin des hommes '. Les raisons qu'ils en donnent sont identiques. La nature, l'organisation physique de l'homme, tout témoigne de la bienveillance des dieux envers l'homme; tout a été disposé, ordonné en vue de lui; il n'y a qu'à ouvrir les yeux pour se convaincre que si l'on ne voit pas les dieux, cependant, à en juger par leurs œuvres, ils existentet démontrent leur existence par leur bonté. Epictète est tellement sensible à la bienveillance de Dieu partout épandue dans l'univers qu'il s'en veut de ne pas être assez reconnaissant. La gratitude, c'est, dit-il, le sentiment qui devrait remplir les hommes à l'égard de Dieu. Quand il en parle, il est profondément touchant. On a fait remarquer avec raison que cette belle conception de la Providence est, chez les trois philosophes dont il s'agit, essentiellement l'expression d'un sentiment religieux. En effet, leur philosophie n'impliquait pas nécessairement cette doctrine. Celle de Platon semblait devoir l'exclure. La preuve en est qu'Aristote, qui est bien l'esprit le plus rationaliste qui ait existé, est entièrement étranger aux idées de Providence ".

Quels sont maintenant les développements que Clémenl xlonne, sous l'influence du christianisme, à la doctrine

1. Memorah. de Xénophon, livre I'^'", cli. iv; livre IV, ch. m ; Platon, Lois, livre X, 899 ; Phaedon, § 62, ÎLç'icicie, Dissertationes, I, 16.

2. Zeller, Philos, der Griechen, vol. III, p. 788 : Dcr socratiseh-platonische BegrifF dcr Yorschuiig, als eincr auf das Einzclne bezogeuen goltlicheii Thatigkeil findet bei ihm (Aristote) keine Stclle.

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(le SOS nialtros ? Comme on doit s'y allondre, il ne se t"onl(>nl(> pas (rallirmor (ruiie manière générale la ])ionvoillanee de Dieu à l'égard des hommes, il lui faut une Proviilence qui s'exerce dans le détail et en particulier. Elle se })réoccupe de l'individu. Socrate, s'il faut en croire Xénophon, allait presque jusque-là. 11 voyait dans les réponses des oracles, notamment dans les avertissements qu'il recevait de son démon familier, la preuve que les dieux se préoccupent des intérêts particuliers des hommes *. Mais avec combien plus de netteté et d'énergie Clément n'affirme-t-il pas la Providence particulière de Dieu M A ses yeux, un philosophe, qui nie la Providence telle qu'il l'entend, est jugé. On ne discute pas avec lui : on le punit ^ Notre catéchète n'ignore pas qu'il conçoit la Providence avec plus de précision que les philosophes et que cette plus grande clarté, il la doit au christianisme. Ce qui prouve la Providence d'après lui, c'est raccomplissement des prophéties et c'est l'économie de la Rédemption. C'est donc dans la foi chrétienne qu'il faut chercher la consécration définitive de la grande doctrine proclamée par quelques philosophes.

Mais ce qui achève de mettre en lumière le caractère chrétien de l'idée que Clément se fait de la Providence, c'est qu'il lui attribue un rôle pédagogique. Platon avait été jus(ju'à dire que Dieu fait servir même le malheur au bien de Ihomme juste *. Clément n'a eu garde d'oublier celte parole déjà chrétienne de sentiment °. Mais il va bien plus loin. La Providence de Dieu, d'après lui, n'a

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