‹ Clément d'AlexandrieChapitre 136 sur 149 · I . VI, Slroiii · texte numérisé non relu

I . VI, Slroiii

rage, l'ardeur, la joie. Tels sont les vrais gnosti(iiie.s. Ils se dépouillent complètement des affections de Tàme, bonnes ou mauvaises. Vapalhie, c'est la suppression de toute la partie sentimentale de notre nature. En effet, Clément démontre avec abondance que son gnoslique n'a besoin ni de vaillance, ni d'allégresse, ni d'ardeur, ni même d'amitié dans le sens ordinaire de ce terme. Pour- ([uoi le courage lui serait-il nécessaire, à lui qui ne se sent jamais en danger ? Pourquoi serait-il jaloux, lui qui possède tout ce qu'il faut pour devenir semblable à Dieu? Il n'est donc sujet à aucun désir, il n'a besoin de rien, puisqu'il possède « celui qu'il aime ». Et qu'on ne dise pas que le courage ou la colère soient nécessaires au gnostique, sous prétexte que sans eux il ne dominerait pas les circonstances et ne supporterait pas les épreuves ; qu'on ne soutienne pas que sans désir (£-'.Q'j|ji.îa, opsÇ'.s) le chrétien n'aspirerait même pas à réaliser son idéal, et que par conséquent on ne peut pas dire qu'il soit sans affection et sans passion (à-aO/iç). Ce serait prouver qu'on ne se rend pas compte de ce qu'est le gnostique. Il est déjà en possession des biens auxquels on veut qu'il aspire encore. Dès lors, il n'a plus rien à désirer. Le désir, quel qu'il soit, s'éteint chez lui faute d'aliment. « II faut donc soustraire entièrement notre gnostique à toute affection quelconque de l'àme. » Sa vertu ne consiste pas à modérer les passions (usTp'.o-âSst.a), mais à les extirper; à-àf)£i.av ùk y.y.o7zoù-ci.i Ttav- TsÀ/js T^i; t-'.^vuJ.y.; è'/.y.orJ^. Il n'a pas besoin même de tempérance (crwcipoG-jvY,\ Si cette vertu lui était nécessaire, cela prouverait qu'il n'est pas entièrement pur ; l'élément passionnel existerait encore chez lui ; il serait Èi^TzaOr,;; et non à-raOY.ç.

Nulle part. Clément n'a exposé d'une manière plus complète sa conception de Vapaihie. Mais partout ailleurs, elle

est la moino. Jamais il n'a varié clans Tidée qu'il s'est faite (le ce Irait oaractéristi(|iio de son gnostiqiie *.

Ce (|ii'il importe de bien noter, c'est que d'après notre auteur, il ne s'agit pas seulement de déraciner les passions mauvaises, mais de supprimer tous les désirs quels (|u'ils soient. XSapalliie résulte de l'extirpation radicale de toute la partie allective, sentimentale et passionnelle de la nature humaine. Son sage en arrive, par l'exercice, à ne plus être troublé par quoi que ce soit. C'est Vataraxie absolue. Clément lui-même l'appelle ainsi ^.

Le lecteur a reconnu, dans la notion que nous venons d'exposer, une des idées caractéristiques du stoïcisme. h'apatliie de Clément est absolument identique à Vapathie des stoïciens. Est-il nécessaire d'insister ^ ? Veut-on se

1. Les passages suivants pris un peu partout dans les Stromates suffiront pouç montrer et ce que Clément entend par rà:râ9£ta et l'importance qu'il y attachait. Elle est à la place d'honneur parmi ses idées morales : II, Stroin., 103; 108; 125 : « A qui le Seigneur dit-il : Vous êtes des dieux, et tous ills du Très-IIaul ? loîç TrapatxouijLévoi; w; oîo'v te 7:àv ~6 àvOot.i- -ivov. )) IV, Stroni,, 27 : la discipline du Seigneur àjcâysi ttjv 'l'j/rjv toj loiiJiaTo; ; 'lO : le gnostique doit être dans une condition d'inaltérable à-â- Oîia ; 55 tout en étant dans le coips, les vrais gnostiques jouissent de aTifléOetav <|'uy% xat àtapaÇiav ; 73 : le fi'uit de la 8iâOtai; gnostique est que 7:âvxfi)v ttov 7:aOà)V a 5t) ôtà t^ç aroaatizri'; è-tOuixia; iyïvvxTO àr.oy.oTzr^^ -oisïxai ; 138, l'i8 : voici ce que le gnostique demande à Dieu : àotr,; o' sivai Oilio fva <JOi auveyyîÇEtv 5uvr]0a>. VII, Stroni., 13 : ce qui constitue la £Ço[jLOÎtoaiç xw Oscp, c'est ràTïâOsia ; ï'i ; 20,- G^i et 70 : il veut que son yotao; soit entièrement àTupo^TraOr)'? ; il assume les cliargcs de la raniille, a(în de s'exercer à ne se laisser émouvoir ni par le plaisir, ni par la douleur. àvrjBovwç x£ xaî àXuTzirJxfoç èyyu;-«-"'*'ï*!-'-='''o; ; 84; 86 ; notons un passage significatif" dans VIT, 79, où le gnostitjue pi-ie : ojx(o; Çriiai m; àaapy.oç, et VII, 86, où il est dit que le gnostique doit être rfiri àaapxo;. Ci'. IV, Stroiu., 152.

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