LI-: CNOSTIQUIC
Cosl par ràyà-r, (|ii(^ le gii()sli(|m' de (^IciulmiI redevient \ raiiuenl elirélieii. L'amour occupe dans la morale de noire auteur la même j)lace (pie le Cdirisl-Logos clans sa théologie, c'esl-à-dire (pTil est au centre et rpie le sentiment le plus chrétien de tous est la suprême inspiration de cette morale. L'àyà-rj partage ainsi avec la 'p^^^'-^ h* place d'honneur dans la pensée et dans les aspirations de Clément. L'un et l'autre terme expriment tour à tour son idéal. On ne sait parfois si c'est la yvtoT^ou si c'est ràvaTiYi qui est la. lin dernière que doive poursuivre le gnostique. Clément
Sironi., 75: ^(yMi-ziy.ol à^j-xnioTr^-ol yt zï^m oot'.X'yj^vj \^ y\. Slroiii., 'lo; VII, 7i : o'j8Étcox£ u'iio-'l-Twv à[ji.ap'rr'ia,aatv ; VII, 80 : àvajj.âp-T.'co; [j,Èv ij.év£t. Voii- aussi Ecloga, 20. Copondanl la perfection gnostique ne peut se comparer à celle de Dieu, A'II, Strom., 88. Mentionnons, à titre de curiosité, l'opinion de M . Ziegert, qui soutient que Clénicnl altribuail à son gnostique une supériorité dénature (Voy. oic-r. cité, p. 12'i). elle aurait été telle que le gnostique n'a pas besoin de Rédemption. Il se sauve tout seul! Mais n'est-ce pas là précisément l'opinion que Clément reproche à Basilide. etc., et qu'il combat avec la dernière énergie? M. Ziegert n'at-il donc pas lu Paocfag.. I, cliap. vi, vu et suiv.? Que fait-il des passages comme IV, Strom.. 58; 89, 90, etc.; V, Sfroni., o, etc.? Et sur quels passages fait-il roposeï- son étrange interprétation de la pensée de Clément? Sur les fragments, c'est-à-dire sur des passages tirés des Excorpta Ihcodoti ou des Eclogae prophclicae . \o\\{\ une source singulièrement sujette à caution. Xolez que M. Ziegert applique ce système partout, et c'est ainsi ([u il arrive à tirer de Clément une psychologie et une christologie dont personne ne se doutait avant lui. Or, MM. Ruben et von Arnim ont donné les raisons les plus graves de supposer que ces fragments ne sont en grande piii'lie que des extraits d auteurs gnostiques et autres que Clément comptait utiliser plus tard. Nous avouons que rien ne nous a davantage confirmé dans l'opinion favorable que nous avions conçue au sujet des thèses de ces deux critiques que le procédé de M. Ziegert. Quand nous avons vu celui ci lirerdeces fragments une psychologie, une christologie, une moraU> beaucoup plus apparentées au gnoslicisme qu'aux idées de Clément, telles qu'on peut les connaître par les Slromates, nous en avons conclu que M. von A'Miim a raison de voir dans ces fragments principalement des extraits d'ouvrages consultés par Clément et nullement l'expression de sa pensée.
302 CLÉMKNT D*ALEXA>-DIUI-:
semble hésiter, et selon les endroits, e'est tantôt la gnose et e'est tantôt Famoiir qui remj)orte. Cette fluctuation qui fait que, clans son langage du moins, il oscille entre la -vcôt-.; et ràyâ-Tj n'est-elle pas l'image même de son esprit? Le christianisme et la philosophie se disputent l'empire de sa pensée, alors même que son cœur est entièrement acquis à la religion qu'il a embrassée ^
L'àvà-r^ ne constitue pas seulement l'idéal du gnostique presque au même titre que la vvcôti;, c'est avant tout un mobile d'action. C'est le ressort essentiel de l'àme vraiment gnostique. 11 ne doit pas suffire au sage chrétien, dit Clément, d'éviter de faire le mal, il doit faire le bien, et ce bien il ne doit le faire ni par crainte, ni par espoir de récompense, mais uniquement par amour ^ Le bien a une beauté qui doit faire qu'on le choisisse pour lui-même '. Dans toutes les classifications de vertus que donne notre auteur, il place l'àyà-r, au sommet. C'est la vertu qui embrasse et féconde toutes les autres ^
1. VI, Strom.. 121: -îÀs'.cot'./.t, iyir.r, -^ YII, Stroni., 57, ttow-t, [Xfzx-
goXr, £'.ç tAtzv/ , oE'jTÉpa oï £'.; y'tîiyiyrj, r^ oï elç à'^iTtr,^ T.tpoL-.o'j-
[JL£VT, ; VII, Sti-oin.. 68 : y.jpiw-âTr, 7:â7T,; £7rtcT-r'(i.T,ç àyaTiT). Quand ràYâi^T, se porte vers Dieu et vers le monde métaphysique dont Clément enveloppe Dieu, elle rappelle très neUement l'amour platonicien. Il ne faut pas méconnaître ce trait, quoique partout ailleurs, il s agisse de l'amour exclusivement chrétien; voir IV, Strom., 145 : à'^i-zr^ toj ovtoî loxaToù l)./.ôa£voç. Cf. VII, Strom., 10
2. IV, Strom., i35 : ji.ôvr, o' ï^ oi' à'(y.-r^'/ Ej-ottot r, oT aliTO tb y.v.Xôv a'.Oc-r, TOI ^p^waT'.xw.
3. Passage cité dans la noie précédente. IV, Slrom., 146 : le gnostique choisit 10 ovTcoî y.aÀô-; /.'A a'iOîiôv ic, EauTOÔ /.'xl Taj-r, y.'.'7.-r~6'j . % oy. tout le passage IV, Strom., 111-117.
4. IV, Strom., 53 : au plus bas degré est le oôêo;, plus haut vous avez llXrl;, et enfin au sommet l'à^(ir.r^. Voy, la classification donnée dans VII, Strom., 57, citée à la note J. de la même page.
LE GNOSTK^l K 'M)'.]
\j'y.^'y.r,r,, (pli osl la vertu gnosli(nu> par oxcellence, est bioii rainouichrélion. Ouelqiieslrails isolés qui font songer à Plalon ne doivent pas faire perdre de vue ce fait essentiel. D'ailleurs, il sullit de rappeler (piclques textes. C'est par amour (pie \c gnosli(pie se raidit contre la souffrance et supporte la mauvaise fortune. C'est l'amour qui est le nerf de son courage, de son àvop£'!a *. C'est par amour qu'il consent au su|)plice et au martvre ^ Clément nous révèle encore plus clairement le caractère de cet amour en proclamant que son gnostique souffre pour l'Eglise et pour ses frères. Cet héritage de souffrance endurée au profit d'autrui, le sage chrétien l'a reçu des apôtres. Il les remplace dans celte austère fonction ^ Voyez jusqu'où va son abnégation. Lors({u'il est tenté, ce n'est pas à cause de lui-même; le gnostique est au-dessus de la tentation ; c'est à cause des frères et pour leur servir d'exemple \ Ce qui préserve le gnostique dans la fournaise, que l'épreuve le frappe ou que la tentation l'assaille, c'est encore, c'est toujours l'àvàTT/i ".
C'est parce que l'amour est l'àme même du gnostique qu'il se consacre à instruire les ignorants et à travailler à
1. VII, Stroni., 66, 67 : a'^oêov o'jv y.-xl ào£â xa- r^iT.o'.fiô-zx e— '. xjO'.ov t, àyi—r, àXz'.oo-jiT. /.a! YU|j.vâjaja y.oi-zoi.T/.t'jiCt'. tÔv 'o'.ov à6XT,TY^v ; VII, Slrotii.,
2. IV, Siroi»., 1'» : oL'fiTZTi oï -po; tov xjd'.ov i'jtxvnrzT.zoL tgôoe toj [3Io'j aTtoXuOrîaexai, etc. Voy. aussi §13.
3. IV, Strom.y 75 : ov {x'jpiov) [ji'.;jio'j[JI£vo'. o'i àrôircoXoi cîj^ av tw ovti yvcoTcxo'. xa'. TîXetot OTïlp xtov sxxXr, jÎojv ii; ï-T,;av s-aOov. VII, SlroFn.,'Ji,
môme idée. VII, Stroin., 80: ouxo^ (6 y'jKXJzr/A^ -rà |jiÈv twv àosXowv
i(AxpT7^|jtaTa [xspfaaaOa'. ï'jyôijievo;.. .. VII, Stroiii., 77:6 ^i^(.07xv/.0s tt,v àTîO(TXoXixr,v à— O'JTÎav ivTa/a— Xr, ooT.
4. VII, Sfrom.. 7'i : 6 yvwTir/.ô; O'jto? izzipi^izon Ûtt' O'joevÔ; ttXt.v £•. (xf, l'7TiTpé'{/Ti 6 OeÔ;; xa: TO-jTO Otà tt,v tôjv tjvÔvtojv (ô'iiXî'.av.