‹ Clément d'AlexandrieChapitre 141 sur 149 · I. Vil. SIniiii · texte numérisé non relu

I. Vil. SIniiii

les principales idées sans trop nous préoccuper de leur ordre de succession.

Le culte du gnostique ne se borne pas à des actes accomplis à de certains moments, dans des lieux déterminés et dans des occasions solennelles. C'est de cette façon que la plupart des hommes entendent et pratiquent leur culte. Celui de notre sage n'est pas intermittent , il est continuel ; à tout instant de son existence, le sage rend hommage à son Dieu. La raison en est qu'il se considère comme étant sans cesse en la présence de Dieu. Quelle que soit son occupation, qu'il se trouve aux champs ou sur la mer, il se sent sous les yeux de Dieu; celui qu'il adore est partout et toujours présent. Ainsi notre gnosti(|ue est le prêtre par excellence de Dieu, Ispsù; ocrio^ to'j Htoù.

Toute sa conduite témoigne de ses convictions. Il évite le théâtre ; il ne peut soull'rir ni ce qui s'y débite,, ni ce qui s'y fait. 11 s'interdit avec soin les A'oluptés que recherchent les hommes, spectacles qui flattent les regards, parfums qui excitent l'odorat, mets raffinés, vins rares qui séduisent le palais. Se sentant sous le regard de Dieu, sachant qu'il lit dans son cœur, il évite tout ce qui pourrait l'offenser.

Dans ces conditions, nul n'est mieux qualifié que le gnostique pour prier Dieu. Seul, il le connaît vraiment, et seul, il cultive des vertus dignes d'une telle science. Aussi sa prière est-elle « une conversation avec Dieu ». Il lui arrive de s'entretenir avec son Dieu alors même que f ses lèvres restent muettes.

Ainsi, tout son désir est de « converser » avec Dieu ; l'essence intelligible, voy.tyi oùcr-la, l'attire sans cesse; il voudrait, dédaignant les liens de la chair, élever son ame comme sur des ailes pour parvenir jusqu'aux choses vraiment saintes. Son attitude dans la prière, ses gestes, ses

nioiivenicnts, tout on lui, à ce monicnl-Ià, symbolise cette haute aspiration.

Dès lors, la piière du gnosli(|ue reçoit toujours son (>\aucenuMil : -àv 6 av a'.Ty.Tr, 6 vvwtt'.xo.; Xauiêâvc'.. Cela ne le dispense i)as de prier. Ne doit-il pas rendre à Dieu des actions d(> grâce .' Ne doit-il pas lui demander le salut du plus grand nombre possible de ses frères?

Pourquoi le gnostique obtient-il toujours l'exaucement de ses rcMpuMes? C'est j)arce que ses demandes concordent entièrement avec les desseins, les intentions, les volontés de la Piovidence. Que demande-t-il? Seulement les choses de l'ànie. Quant au reste, il se contente de ce (jui lui échoit. Il ne demande jamais même les choses nécessaires à son existence : ojoèv eTr'.î^rjTsl twv xa-rà jSîov elq TTjV àvayxaiav ypr^'yiv oùS' otwjv. Car il sait que Dieu est absolument bon. Il ne peut rien lui donner qui lui soit nuisible. Ce (jui lui advient lui est salutaire; il n'a donc aucune réserve à l'aire en ce qui regarde son sort : à|jL£)v£t, •jTàs-'.v t'jy.ps7-:tl-zy.>. to^ s-uaêaivo'jT'.v. Il est véritablement indépendant; il imite Dieu en s'afl'ranchissant de tout besoin. Encore une fois, la seide chose qu'il désire, c'est d'être apte à la contemplation et de conserver intacte cette aptitude.

Il sait (|ue celle a|)liludc^ esL inséparable de la vei'tu. Aussi sa j)rière constante est-elle d'être préservé de toute chute. Tout son cUbrt est de transformer sa verlu en une habitude immuable. Il compte absolument sur lassislance de Dieu. En ell'et, tout concourt à le rendre parfait et à lui assurer le salut. Si donc il \c\\[ converser • avec Dieu et lui laiic une oraison \éiilal)le, la condilion essentielle esl (|uil ait I ;une pure, l'our tout dire, toute sa vie est \inc sainti' solennité. Les saciilices (piil oll're ce sont ses prières, ses hymnes, ses lectures des

Livres-Saints, ses psaumes. Il est ainsi constamment en oraison '.

Voilà une admiraljle conception de la prière : mais combien différente de la prière telle que les chrétiens du ii'^ siècle l'entendaient! Que l'on compare les prières que nous lisons dans les Actes des Apôtres, dans la DidacJié, dans la P" épitre de Clément Romain aux Corinthiens à celle dont notre auteur trace ici Tidéal. 11 est de toute évidence que celle-ci est moins une oraison chrétienne qu'une élévation toute philosophique. Elle rappelle d'une manière frappante les idées et le langage d'Epictète lorsqu'il parlait de Dieu ou qu'il s'adressait à lui.

En effet cette page est fortement marquée au sceau de la philosophie grecque. On y discerne sans peine la double influence qu'elle a eue sur la théologie et la morale de Clément. N'est-ce pas le platonisme qui suggère à notre théologien l'idée de ce qui doit faire l'objet de la prière? N'est-ce pas vers la vot,tt, oùo-'la que tendront toutes les aspirations du gnostique ? Que demande-t-il par dessus toutes choses? N'est-ce pas de demeurer dans l'état de contemplation ? N'aura-t-il pas l'œil fixé sur un monde suprasensible que Clément ne définit pas plus ici qu'ailleurs, mais dont la vision vient directement de l'auteur des Dialogues'^ Ne sont-ce pas là ces biens de l'âme que demande le gnostique, qui lui paraissent si éminents qu'il n'en veut pas d'autres, et tels que pour les atteindre il voudrait se délivrer des liens du corps? C'est là .un langage tout platonicien. Sans doute, il s'y mêle un certain mysticisme chrétien, mais reconnaissons-le, la note prédominante est bien platonicienne.

1. Autres passages sur la prière cl les prescriptions qui y sont relatives : Paedag., II, 77, 96; II, Strom., l'tS; VII, Strom., 49; Paedag., III, 79 : VII, Strom., 81, etc.

M-: C.NOSTIQUE '?()!)

L'em|)i(>iiilo sloïcienne est peut-être encore pins marquée dans celle page. Ce (pii fait cpie les nianifestalions de la piété du gnoslifpje sont indépendantes des lieux et lies lenips, c'csl (|u\'lles sont ininterrompues. Le gnosti(|ue est en (pielque sorte toujours en oraison. C'est le privilège de sa piété. Et ce qui le maintient en cet étal, c'est la j)ensée que Dieu est toujours présent ; il l'a sans cesse devant lui; il pense, il agit, comme s'il était toujours sous son regard. Sans doute, il y a là une idée qu'on retrouverait sans peine chez les auteurs du Nouveau Testament ou chez les Pères apostoliques. Mais que l'on examine de près le langage de Clément, la façon dont il présente cette belle pensée et aussitôt on songera à une idée chère aux stoïciens. Sénèque écrivait ces lignes dans une lettre à Lucilius : Aliquis vii- bonus uohis eligendus est, ac semper aille oculos habendtis, ut sic tamquam iUo speclante vivanius et oiunia tamquam illo vidente faciamus. Comparez le langage de Clément; l'analogie est frappante '. Le sentiment qui dicte cette page à notre auteur est inspiré par le christianisme le plus authentique; mais l'idée qui en est comme le corps, et le langage qui en est l'expression articulée, relèvent sûrement du stoïcisme. Presque toujours Clément sent en chrétien, mais il semble que le plus souvent il soit incapable de concevoir une idée en dehors des catégories mentales que lui a i'ailes la philosophie.

Que dire encore de celte idée que le chrétien ne demande que les biens de l'Ame, s'en remettant exclusivement à la Providence [)our tout le reste, même pour ce (jui

1. VII, Stroin., 35 : t\ 81 -f, Traoo'jat'a xtvôç àvSpoî àyaOoj otà tt,v Èvxpo- TTYjV y.al TfjV a!o(o irpôç tô xpeT-rxov àe; ayr, [AaxtÇet tôv èvtuY^àvovxa, ttôk où {jiâXXov ô aujjnrapiijv àel otà x/jc ^(VM<^tM:^ xat xoô p?o'j xat xfjç eyyapuxla; àotaXstTiXd); x(u O30J o'jx £'jXôy(>); av ka'jxoj Ttao' 'Éxajxa y.p£'!xx«)v eIt, eÏ; Tîàvxa, etc.

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est nécessaire à rexistence? Il n'y a qu'un stoïcien et notamment un disciple d'Épictète qui puisse limiter ainsi la prière. Le principe fondamental de la morale de l'esclave philosophe est (p.i'il faut distinguer avec soin les choses qui dépendent de nous, ih. vS Y,a~,v des choses dont nous n'avons pas et ne pouvons avoir le contrôle, ta jjiy, rj'

Les premières, ce sont nos vertus, nos pensées, notre volonté, ce qui est au dedans de nous. Les autres, ce sont les biens extérieurs, la santé, la fortune, la beauté du corps, etc. Posséder celles-là et les garder, c'est avoir l'essentiel, c'est être vraiment dans l'opulence. Les autres, ne dépendant pas de nous. Dieu nous les accorde ou nous les refuse selon son bon plaisir. Nous n'avons pas à nous en préoccuper * .

Quand on envisage les choses ainsi, n'est-il pas très logique de conclure que l'on ne doit demander à Dieu tfue les biens de la première catégorie, ih. ttsgI tl/uy/jv et que, pour le reste, on doit s'en remettre à lui? Pourquoi les lui demanderait-on, puiscju'ils ne comptent pas? D'ailleurs, ce qui doit nous rassurer, c'est que Dieu ne saurait nous octroyer quoi que ce soit qui puisse nous être réellement nuisil)le. Epictète ne parle pas autrement -. Nous avons donc ici une notion d'origine stoïcienne. Ne doit-on pas aller plus loin et ajouter que non seulement l'idée particulière dont il s'agit dérive du Portique, mais que le sentiment même (pii inspire à Clément l'idée que l'on doit exclure de l'oraison véritable toute demande touchant les

1. Ceci a déjà été indiqué en partie à la page 297. Textes : Epicteti Dissertationes, livi-e I, ch. i", notamment eh. m, 24. Autres passages, I, \, 18; 9, 32, 34; 11, 37; 12,17, 20 sq.

2. Voyez l'hymne célèbre à la Providence, I, 16, 15 à 21 et dans une foule de passages.

bioiis oxlôrioiirs provienl i\o la même source? Trouveraiton, dans loulo la lillrraliirc chrélienne antérieure à Clémont, (|nel(|ne chose d'analogue? Nous ne le pensons pas. Il osl un dernier Irait caractéristique de l'idée qu'il se l'ail de la prière que notre auteur semble avoir également emprunté au stoïcisme. Il veut que la prière de son gnoslique soit entièrement indépendante des formes rituelles. Il n'admet celles-ci que comme des symboles qui figurent à IVeil les aspirations de celui qui est en oraison. La vraie prière, c'est cette conversation intérieure avec Dieu que le gnoslique n'interrompt jamais. Admirable pensée sans doute, mais dontrellet prali(|ue serait de rendre superflue la prière telle que l'entendaient les chrétiens du ii* siècle. On en viendrait aisément à la faire exclusivement consister dans la pureté des sentiments et dans une vie vertueuse. Clément le sent si bien qu'il déclare expressément que son gnostiquc ne doit pas se dispenser de la prière articulée. Cette façon de spirilualiser la prière et avec elle toute espèce de culte provient-elle du christianisme, j'entends de celui qui était contemporain de Clément, ou du stoïcisme et de la philosophie grecque ? Il serait téméraire de trancher la cpiestion dans un sens absolu. Une part revient sans doute àTuneetà l'autre influence, mais assurément le stoïcisme a le droit de revendiquer la plus importante. On connaît le mot du stoïcien (|ue Cicéron fait j)arler dans son De Na/i/ra Dcoruiu : (\illiis aiiloiu dconuu csl oplimus idcuicjiic casiissimus aUjuc Sf/nctissi- 7)ius j>fc/iiss//)N(S(/i(e picUilis iil cas seiupci' piira, intcgra, iiu'orrupld cl inciitc cl voce vciicrcmurK II est incontestable

I. Cicoroii, N. /)., II, 28. Conipait/ ce (iiie dil Clénioiil, VU, SIroiii., 'i9: A'.ô X.X'. ayoavxov vr,'/ ']/'jyT,v ïynv ypr, y.x: àiJLiavTOv stX'.y.p'.vto; tov ttooto-

uiXojvtx TÔJ Oîi]), ixihi-.yi jJLÈvàyxOôv TcXÉio^kajTÔv i?£'.pY^''!-*-^"'°"'' ^' ^- !■'■'''

Voyoz aussi l]|)icl. Manuel, ÎU : t?,? tteoI to"j; Oîo'j; t-jzzZv.t^ '•'^^'- ''^~'- '^

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que iiolrc théologien se rencontre ici avec le philosophe de Cicéron.

Telle est dans ses grands traits l'image du sage de Clément. De cette physionomie nous n'avons tracé que les principales lignes. D'autres traits moins importants nous auraient fourni la matière d'observations analogues à celles que l'on vient de lire '. En somme, la figure du gnostique ollre un mélange inégal de christianisme, de platonisme et de stoïcisme. L'opération qui consiste à séparer les éléments qui la composent est extrêmement délicate. Chaque élément a fait sentir son influence d'une manière diflèrente. Ce qu'il y a de plus apparent, c'est le stoïcisme. Mais, on l'a vu, rien ne serait plus fallacieux que d'en conclure que le gnostique de Clément est une copie à peine déguisée du sage que rêvaient Sénèque, Marc-x\urèle ou Épie tète.

Il ne nous reste maintenant qu'à nous demander si Clément propose son gnostique comme un idéal propre à nous stimuler, mais après tout irréalisable du moins ici-bas, ou s'il entend que son sage soit un modèle, que l'on imite avec l'espoir, sinon la certitude de réussir? On ne trouve pas dans notre auteur de réponse catégorique à cette question. Certes, il entend que son gnostique soit un modèle que l'on s'applique à traduire dans la réalité

y.'jpitoTaxov ÈxsTvô è^-ctv, opOà; inroX'i^'l/ecç -spt aùxwv à'ysiv xa'. aauxôv etç

-oÙTO y-axaTETot/évat, -roTxeîOsaeai aù-co"ïç Clément s'écrie : ô ol È^vw-xw?

tov 6eov oatoç xâî eùaeêr'ÇjVII, 47. Voyez aussi dans Diogène L.,VII, § 124, paragraphe où il est question de la prière du sage stoïcien; Sénèque, Epilre 95 : Deuin colit qui novit, etc.

1. Voir le serment du gnostique, VII, Strom., chap. viii ; les cas où il lui est permis de mentir tout comme au sage de Platon, chap. ix ; ce que Clément dit des aptitudes du gnostique au gouvernement des hommes, etc.

I,K r.NOSTI(^)UE .'U.'^

vivante. ^lais pressez-le, et il aciniottra qii'ici-l)as l'absolue réalisation de son idéal n'est guère possible, qu'on n'atteindra à la perfeelion suprême que dans l'autre vie, (|u"il n'v a eu à vi-ai dire cpie Jésus-Christ (|ui ait été de tout point parlait '. ()uoi qu'il en soit, il parle sans cesse de son guosli((ue comme d'un être en chair et en os. Quand il dépeint sa vie, il ne croit pas tracer un idéal irréalisable. D'ailleurs, il connaît des hommes qui ont été de véritables gnosti(pies. Moïse, Jol) et les apôtres ont tous mérité ce titre et nous sont [)i'oj)osés en exemple.

Ici encore Clément se montre fidèle aux traditions de la philosophie grecque et en particulier à celles du Portique. Sénèque et Épictète auraient-ils admis un seul instant que leur idéal n'était qu'une utopie et leur sage (pTun simple produit de leur imagination? Sénèque en particulier ne prèche-t-il pas aux consciences qu'il dirige que la vie qu'il dépeint n'est pas au-dessus des forces humaines? Ne s'indigne-t-il pas quand on insiste sur ce qu'il y a de chimérique dans le portrait du sage qu'il trace avec tant d'art?

Ne soyons donc pas surpris que Clément entende que nous prenions très au sérieux ce gnostique ou parlait chrétien dont l'image résume toutes les aspirations de son noble cœur et de sa piété enthousiaste.

1. IV, Slroni., 75; 87; 130 : rràvtx oï ojjlo'j tÉÀsio; oùv. oTo' s'.' xi; 13;J; YI, SI I OUI., 71 ; 105.

CONGLUSIOX

Deux Formes de Christianisme.

Clémenl, tout on plarant le cliristiaiiisnio l)iiMi au-dessus de la philosophie, n'en a pas moins sul)i le pi-eslige de la sagesse de ses premiers maîtres. Jamais il ne Ta reniée. Bien au contraire, il a cru qu'elle pourrait être utile au christianisme et même qu'elle lui était indispensable. Il voyait avec raison dans l'étude de la pliilosophie une discipline nécessaire aux chrétiens (|ui avaient l'ambition de dépasser le niveau de la masse des iidèles. C'est à cela, en définitive, qu'il voulait borner son rôle. Ne déclarait-il pas que le chrétien une fois devenu gnosti(|ue |)eut se passer de la philosophie et ne doit même s'en occuper que par manière de délassement? C'est de très bonne foi qu'il croyait ainsi subordonner la sagesse grecque à la sagesse divine. Cela prouve qu'il sentait profondément cpie le christianisme était le vérilable foyer de sa vie morale el religieuse.

L'eiHjuête partielle" (|ue nous avons faite el cpii s'est portée sur trois des j)rincipales conce|)lioiis de notre auleur, nous a nionlr»' (|u'en fait la jjliiiosopiiie a exerce' sur Clément une iniluence plus iJi-ol'onde (pie n(> le feraient su|)p()sei' ses pi'opres déclaralions. Idée de l)i(Mi et christologie Irahissenl, à l'examen, une pi'<^)portion considérable d'éléments d'origine grecque. Il est évident

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que la philosophie n'a pas seulement dressé et discipliné la pensée de notre théologien, elle lui a fourni ses catégories mentales, et elle a laissé dans son esprit des conceptions indéracinables. En somme, il semble que le christianisme et la philosophie se partagent à peu près également Tempire de sa pensée.

Mais ayons soin de distinguer la nature d'influence que \\n\ et l'autre facteur exercent respectivement sur Clément. On observe aussi chez les philosophes un mélange analogue d'idées. Pour former une de leurs doctrines, ils puisent dans toutes les philosophies. Seulement les éléments qu'ils amalgament ainsi pour former une doctrine ont tous, malgré la diversité de leur origine, le même caractère et sont de même nature. Ce sont des éléments d'ordre intellectuel ou rationnel. Lorsque la philosophie et le christianisme se combinent dans la pensée de Clément pour former l'une de ses conceptions, il en va tout autrement. La philosophie grecque el le christianisme apostolique ne sont pas choses de même nature. Chez l'une domine le caractère rationnel, chez l'autre le caractère mystique. L'analyse des idées théologiques et christologiques de notre auteur a vérifié cette observation. Ce qu'il y a dans ces conceptions de purement rationnel, intellectuel, métaphysique, relève de la philosophie ; ce qu'il y a de mystique et de religieux, c'est-àdire ce qui est exclusivement du domaine de la conscience et du sentiment, dérive directement de ce christianisme que notre catéchète avait en commun avec les chrétiens de son temps.

Dans ces conditions, on comprend que Clément ait attribué à la philosophie, dans l'élaboration de son christianisme gnostique, un rôle qui ne correspond pas tout à fait à la réalité, et qu'il ait cru ce rôle moins important

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