‹ Clément d'AlexandrieChapitre 142 sur 149 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

(|iril !!(> losl en fail. La philosophie avait procuré à son inli^lligencc des jouissances dont il n'a jamais perdu le souvenir. Elle s'adressait moins à sa conscience et à son cœur. Le christianisme a fait l'inverse; il a su faire vibrer les cordes les plus profondes de son àme et donner satisfaction à des aspirations que Clément partageait avec tout son siècle, mais qui étaient restées inassouvies jusqu'au jour où il devint chrétien. Est-il surprenant dès lors qu'il ait proclamé la supériorité du christianisme et que, lorsqu'il les compare, il ne veut voir dans la philosophie que l'auxiliaire de sa foi chrétienne ?

Quand nous qualifions l'influence de la philosophie sur Clément de rationnelle et celle du christianisme de mystique, cette distinction ne doit être considérée comme exacte que dans un sens relatif. Elle est vraie d'une manière générale. 11 serait, cependant, contraire à la vérité de prétendre que notre auteur n'a pas subi l'ascendant de la philosophie grecque même dans ses sentiments intimes. L'étude de son « gnostique » a dii nous convaincre du contraire. Il n'en reste pas moins que c'est au christianisme qu'appartient essentiellement la part d'influence d'ordre sentimental (|u'a reçue Clément.

Cette influence consiste, en définitive, en une inspiration et en une orientation . C'est grâce à elle que Clément a une idée de Dieu moins abstraite et moins froide que celle d'un Platon ou même d'un Epictète. Le souille d'ardente piété, qui se fait sentir toutes les fois que notre théologien parle de Dieu, est d'un chrétien. En outre, n'est-ce pas à sa foi chréticime (|u'il doit la fermelé de son monothéisme? Qu'est-ce donc qui l'a i)réservé du dualisme gnostique, de l'idée j)ar exemple qu'il y a un Dieu bon, le Père de Jésus-Christ, et un Dieu juste qui est le créateur du monde ? C'est manifestement son chris-

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lianisnie. A son insu, il a reçu de celui-ci, en ce qui regarde la conception de Dieu, la norme de sa pensée.

Au fond du christianisme gnostique de Clément se trouve le christianisme de son temps. C'est le fondement. L'architecte qui bâtit sur ce fondement rédifice du christianisme supérieur, c'est la philosophie. Pour accomplir son œuvre, l'architecte emprunte à Platon, à Zenon ou à tel autre une bonne partie des matériaux dont il a besoin. Mais en dernière analyse, ce qui donne à l'édifice sa forme nécessaire, les lignes générales du bâtiment et en quelque sorte le type et le caractère qui le distinguent, c'est le fondement, c'est le christianisme. Vous avez ainsi un édifice qui, au premier aspect, semble tout entier l'œuvre de la philosophie, mais qui, dans la réalité, doit sa figure particulière et son plan au christianisme.

Le christianisme de Clément est donc Yesprit qui l'inspire, qui le guide et qui, le plus souvent, le détermine dans le choix qu'il fait des éléments mêmes qu'il emprunte à la philosophie. Ce christianisme exerce ainsi une action qu'on pourrait appeler interne et organique . C'est avant tout la sève qui jaillit du sol nourricier et qui alimente le tronc et les rameaux de l'arbre. Vous remarquez que certains rameaux ont l'air plus desséchés que les autres; c'est que la sève n'est pas encore arrivée jusqu'à eux. Dans certaines de ses idées, même les plus importantes, Clément semble plus grec et plus philosophe qu'il ne convient à un chrétien. N'en soyez pas surpris; son christianisme ne s'est pas encore emparé de ces idées et n'a pas eu le temps de les marquer à son effigie.

Veut-on bien se rendre compte du caractère essentiel du christianisme de notre théologien ? Il n'y a qu'à le comparer à Tertullien, son illustre contemporain.

C'est dans le De Praescriplione Jiaereticoruni, que nous

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