‹ Clément d'AlexandrieChapitre 143 sur 149 · CONÇU SION · texte numérisé non relu

CONÇU SION

avons pliisioiii's lois niciilionnc, (jue se dévoile loiil entière la vraie pensée du Carthaginois. On se souvient (|ue 1(> 1)11 1 de ce célèbre traité est de mettre en garde les fidèles contre la contagion de l'hérésie gnostique. Pour atteindre ce but, TertuUien s'attache à créer chez eux un préjugé tel contre l'hérésie qu'ils ne voudront même pas discuter avec elle, el (|u'ils la repousseront par une sorte de question préalable. Qu'il leur suflise de s'en tenir h la règle de foi (pi'il Ibrniule à leur usage. Il n'est nullement nécessaire d'en savoir davantage. Fides in régula posifa

est. Hnbet Icgcni cl sahi/c/ii de observationc legis Advei'-

sus régula m niJiil scire on} nia scire est. De sa règle de foi elle-même, il dit : hacc régula a Christo, ut probabitur, instituta nullas liabct apud nos quaestiones nisi quas haereses inférant et quae haereticos faciunt.

Ainsi le fidèle se trouve maintenant en possession d'une règle précise qui lui permettra de classer, sans hésitation, toutes les opinions qui se présenteront à lui et de mesurer exactement le plus ou moins de christianisme qu'elles contiennent. Voilà donc la foi chrétienne, avec tout ce qu'elle contient de virtualités, liée à une norme extérieure et condamnée à se coucher dans ce lit de Procuste!

Quel en sera le résultat? C'est que vous aurez un christianisme essentiellement statutaire. Il apparaîtra comme une loi. Il en aura pratiquement tous les caractères. TertuUien lui-même ne nous en donne-t-il i)as l'exemple? Qu'il s'agisse de doctrine ou de morale, le christianisme qu'il prêche est toujours une loi. Un code à la main, il vous prescrit ce (|iu>, vous devez croire ou ce (|ue vous devez prati(|uer.

Un tel christianisme aura toujours (|uel(|ue chose dinquiet et de méfiant. Bien loin de concevoir la foi chrétienne comme un ferment destiné à faire lever toute la

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pàlc humaine, Tertiillien y voit une sorte d'arche sainte qu'il s'agit de prémunir contre tout contact avec le siècle. Son christianisme est un soldat bardé de fer qui se défend, avec une âpre énergie, contre un adversaire sans cesse renaissant. Il n'est rien moins cpi'un apôtre.

Combien différent est le christianisme de notre Clément ! Celui-ci a une belle confiance et une noble sérénité qui témoignent de sa force. 11 se sent en possession d'une vertu divine qui lui garantit la victoire. Il ne craint personne. Il ose se mesurer et avec la philosophie, et avec le siècle, parce qu'il se sent capable de les dominer, c'est-àdire d'en prendre ce qui convient à son génie et d'en rejeter le reste. Libre et cependant fidèle à son principe, voilà son caractère. En effet, Clément n'est-il pas tout ensemble l'un des chrétiens les plus convaincus de son temps et l'esprit le plus curieux et le plus indépendant que l'Eglise ait peut-être jamais compté dans son sein ?

La foi de Clément agit à la façon d'un ferment. Elle finit par saturer tout ce qui entre en contact avec elle. La pensée de notre catéchète est en quelque sorte le théâtre oîi, pour la })remière fois, se rencontrent face à face un christianisme et une philosophie également authentiques. Aussitôt commence un long travail d'assimilation de la philosophie par le christianisme. Celui-ci s'approprie celle-là en lui faisant subir une sorte d'épuration ou de transfiguration. Au moment où Clément pose la plume, ce travail est déjà fort avancé; cependant dans l'ensemble des conceptions du grand catéchète, subsistent nombre de notions d'origine grecque et philosophique qui, manifestement, n'ont pas été effleurées par l'esprit chrétien. Origène succède à Clément. Il reprend la même œuvre au point où son maître l'avait laissée inachevée. Son christianisme à lui aussi est essentiellement un ferment et agit

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