‹ Clément d'AlexandrieChapitre 146 sur 149 · Beitrdge, p · texte numérisé non relu

Beitrdge, p

Kn 1715, J. Polter, évcquo anglican d'Oxford, publie une nouvelle édition de Clément en deux volumes. C'est la meilleure que nous possédions. Le savant évèque a eu à sa disposition trois manuscrits que n'avaient pas connus Virtorius et Sylburg. C'étaient d'abord deux copies du manuscrit de Florence, datant du xvi* siècle : Bodl. 39 et Mus. Brit. Roy. 16 D. xvii.

Le troisième coder dont Potter a fait usage a plus de célébrité que les deux autres. C'est VOxon. coll. novi 139, désigné par la lettre N. M. Barnard en a donné une description complète dans la préface de son édition du Quis dives salvetur. Jusqu'à M. Stiihlin on n'était pas fixé sur la véritable valeur de ce manuscrit. On sait maintenant que c'est un manuscrit du xv* siècle et qu'il a été copié sur une copie récente du Pnrisinus. On a retrouvé cette copie dont N est une reproduction. C'est un manuscrit de Gênes datant du XV* siècle {miss. iirb. 28). On peut suivre dans les brochures de M. Stiihlin les intéressantes péripéties qui ont peu à peu permis à ce critique de dissiper l'obscurité dont était enveloppé ce manuscrit *. Pour les Stromates, Potter a eu communication des variantes du manuscrit de Paris, lequel, on s'en souvient, n'est qu'une copie du Laurcntianus. Ce qui fait la valeur de l'édition de Potter, ce sont les savantes annotations qui l'accompagnent. Migne et Dindorf les ont reproduites.

L'édition de Potter a été réimprimée en 1757 et en 1780.

De 1831 à 1834, R.-S. Klotz publia, à Leipzig, une édition de Clément. C'est peut-être la plus défectueuse de toutes. Qu'on en juge par ce simple fait. Klotz fait le plus grand cas de N. Or, il ne l'a pas collationné lui-même. Il s'est contenté de s'en rapporter à Potter. Il semble ignorer P, que l'on connaissait depuis 1712 environ. Le P. Nicolas Le Nourry, des Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, l'avait mentionné à cette époque. M. Sliihlin dit de l'édition de Klotz : « pacnc inutilis est. »

La dernière édition de Clément qui ait paru est celle de Dindorf (en 4 vol., Oxford, 18G9). Elle a causé une déception générale. M. P.

1, Beitràge, p. 11

328 CLÉMENT D\\LEXANr»niE

de Lagarde se signala par la sévérité de ses critiques '. M. Si/ihlin a justifié ces critiques dans sa brochure intitulée : Obsen'ationes criticae in Cl . Alex.

11 nous suffira de mentionner un seul fait pour que le lecteur soit fixé sur la valeur de cette édition. Lorsque M. Stuhlin commença ses remarquables études sur les manusciMts de Clément, il ne connaissait les trois principaux que par la description que Dindorf en a donnée dans sa préface. Or, il s'est trouvé que lorsqu'il put, quelques années plus tard, étudier les manuscrits sur place, il se vit obligé de modifier plusieurs de ses premières conclusions. La liste des variantes que Dindorf donne du Mutinensis est pleine dinexactitudes. Il en est de même de sa liste des leçons de F. Ce fut une cause d'erreurs pour M. Stahlin. Ainsi, plus on a poussé les recherches destinées à établir le texte de Clément, et plus l'autorité critique de Dindorf s'est trouvée atteinte. Si l'on veut se rendre compte de tout ce cju'il y a à faire pour que nous ayons une édition vraiment critique de Clément, il suffira de comparer à celle de Dindorf l'édition du Qiiis clives que M. 'SI. Barnard vient de faire paraître (Cambridge, 1897). On constatera avec étonnement que Dindorf, comme ses prédécesseurs, s'est contenté de reproduire le texte de Gheis- 1er qui découvrit le Qiiis clives en 1623, et qu'il n"a pas pris la peine de collalionner à nouveau le Codex Vaticanus d'où Gheisler avait tiré son texte !

Le Texte de Clément.

On vient de voir que, depuis quelques années, le texte des écrits de notre auteur a été l'objet d'études très sérieuses. Ce sont ces travaux qu'il s'agit maintenant de faire connaître. Déjà en 1866 Cobet faisait paraître des annotations que Dindorf a publiées dans sa préface (p. xliv). En 1868, en 1872 et en 1877, A. Nauck donnait ses Kritische Bemerkitngen, dans le bulletin de l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg (t. Xll, p. 526-528; t. XVII, p. 267-270;

\. Dans le Gôttingische gelehrte Anzeiger, t. XXI, 801-824 ; 1870.

APPKNDICKS

t. XXll, p. 100). Mentionnons aussi U. de Wilaniowilz-.Md-licndorir, programme de Groilswald, Commrtilariohis ^raninioticus (t. II, 1880).

Mais celui qui a eu le mérile de tirer au clair toutes les questions relatives au texte de Clément, cest M. Otto Stjihlin. En 1890, il pul)liait ses ObscrK-ationcs criticac in Clcnicnirm AJc.vandrinuni. C'est une preuiièro étude, déjà très reniar(|nal»le par la sùrclé de la méthode, des manuscrits de Clément et des autres sources du texte de noire auteur, telles que les fragments qui se trouvent dans les Catcnae, dans les iÇacra Pa/*«//e/a et ailleurs . En 1895, M. Sliihlin donne ses Bcitràge ziir Kenntnis dcr Handschriften des Cicincns Alc.randriniis, Nuremberg, 1895. Dans l'intervalle de 1890 à 1895, M. Stiihlin avait pu étudier lui-même sur place tous les manuscrits italiens de Clément, et son ami M. Barnard, de Cambridge, avait collationné pour lui les manuscrits de Paris et d'Angleterre. Ainsi documenté de la manière la plus complète, M. Stalilin est arrivé à des résultats que 1 on doit considérer comme définitifs. Nous les avons exposés dans la partie de cet aperçu consacrée aux manuscrits de Clément. M. Stiihlin n'a pas seulement étudié à fond les manuscrits des œuvres de notre auteur qui ont été conservées, il a soumis à un examen minutieux les manuscrits italiens ou italiens d'origine qui contiennent des fragments ou des extraits des écrits de Clément. Il y en a cjuatre cjui ont une importance réelle pour le texte des Stromates [Neap., Il, AA; Ottob,^^k; Ottob,98; Monac, 479). M. Stiihlin a établi cjue les fragments des Stromates qui se trouvent dans ces quatre manuscrits dérivent tous d'un archétype identique, mais il ne veut pas encore se prononcer sur les rapports de cet archétype et du Laurentianus . M . Stiihlin étudie également dans ses Beitrâge les manuscrits contenant des extraits du Protrcpticus et du Paedagogns. Ces extraits proviennent-ils de la même source que ceux des .SVromates? M. Stiihlin suspend son jugement.

Eu 1897, M. P. M. Barnard publiait dans les Tcxts and Sfudies de A. llobinson(t. V, fasc. II, 1897) une nouvelle édition du Qnis divcs. Dans son introduction, M. Barnard résume les résultats des recherches auxcpielles M. Stiihlin et lui-même avaient soumis les manuscrits de Clément. L'accord de ces deux critiques sur tous les points essentiels donne une grande autorité à ces résultats. Pour le

Qtiis clives, M. l'arnard se sert d'un manuscrit de l'Escurial dont le Vaticanus qu'avait utilisé Gheisler n'est qu'une copie. Nous avons enfin une édition critique de ce petit traité, en attendant celle des œuvres de Clément dont M. Stilhlin a été chargé.

En dernier lieu, cet éminent critique vient de publier un travail qui est non moins important que les précédents, Untersucitungen iibcr die SchoUen zu Clcmcns Ale.randriniis, Nuremberg, 1897. Il se trouve notamment dans \e Parisinits cl dans le Mtitinensis, un grand nombre de scolies. On les a publiées successivement depuis Hervet, le premier traducteur de Clément, jusqu'à Dindorf, mais sans aucune critique et avec une négligence inouïe. M. Stiihlin les étudie avec soin; il y en a qui ont été copiées par le scribe Baanes dans le Parisinus et qui se trouvaient dans quelque manuscrit datant peut-être du vi* ou du vii'^ siècle, d'autres sont ducs à la plume de l'évêque Arethas, d'autres sont du xi" siècle, les dernières proviennent du xv* siècle. Cette étude a permis à M. Stiihlin d'établir d'une manière définitive quelques-unes des conclusions auxquelles il était arrivé antérieurement. Ainsi il est maintenant acquis que le Mutinensis , texte et scolies, est une copie très fidèle du Parisinus. Il n'est plus douteux que F n'est qu'une copie d'une copie de P. La critique paraît considérer les conclusions de M. Stiihlin comme définitives ^

La Critique littéraire des Écrits de Clément

On peut dire, sans exagération aucune, cju'il y a vingt ans tout était à faire dans ce domaine. On ne connaissait pas l'œuvre littéraire de Clément. On n'en savait cpie ce que nous en apprend Eusèbe. On ignorait au juste et le nomljre de ses écrits et la nature de ceux qui ont été perdus. On n'avait môme pas une idée bien nette du véritable caractère de ceux qui nous ont été conservés. La conséquence en était qu'on ne se rendait pas exactement compte de l'im-

1. Voir M. P. Kœfschau dans la Theologische Literaturzeitung du 19 mars 1898.

VPPENmCES

porlanco hisiorique de Glciiicnl ol do rinfluence <(u"ont exercée ses idées.

Celui (lui donna la première impulsion vraiuienl féconde aux éludes dont Clément a été l'objet depuis 15 ou 20 ans, c'est M. I'\ Overbeck. Ce critique distingué publia en 1882 un ai'ticle intitulé : Ucber die An fange der pntristisclicn Litcrotiir (dans la Historische Zeit' schrift do von Sybol, vol. XLVIII, p. 417 et suiv.). M. Overbeck y étudiait la litléraluro des doux jiremiers siècles, non en théologien, mais on liistoi'ion di^ la littérature. La transformation profonde qui se fait au ii*' siècle dans la forme mémo de cette littérature l'avait frappé, et il cherchait à l'expliquer. Cet article fut très remarqué. Il fut en quelque sorte le manifeste de la nouvelle école critique qui débutait alors avec éclat dans le domaine de lapatristique. Ce travail de Mo Overbeck abonde en vues aussi justes qu'originales; il mérite encore d'être lu. En ce qui regarde Clément, les pages cju il lui a consacrées sont pleines de pressentiments. On y trouve en germe plusieurs des vues qui ont triomphé depuis : ainsi p. 45() sur le but que Clément se proposait, p. 459 sur le fait que le litre des Stromaies ne répond en aucune façon à Touvrage qu'on attendait. Il y a encore des erreurs qui subsistent, ainsi p. 4G1 que les Stroiiiaics n'ont pas de plan, etc. Ce que M. Overbeck a bien mis en lumière, c'est l'importance historique de Clément. Il voit parfaitement que le grand catéchète ouvre une nouvelle période dans l'histoire de la pensée chrétienne.

En 1884, paraissait un ouvrage capital. M. Th. Zahn consacrait le 3^ volume de ses Forsc/uingcn ziir Gesc/iic/ite des Aentestanicnllic/ien Kanons und der allcliristlichen Lkeratitr à une magistrale étude des documents de Clément. Il l'a intitulée : Siipplonientutn Clenientinum. Nous l'avons dit, tout était à faire dans le domaine de la critique littéraire des écrits de Clément. II n'y a qu'à lire les premières pages de la préface de INI. Zahn pour être édifié sur ce point. M. Zalui ne voulait, à l'origine, étudier que le fragment dos Hypotyposes que nous possédons. Il s'aperçut qu'il no pouvait faire cette étude avec fruit sans endirassor dans ses rocluM-chos les autres fragments des écrits de Clément qui ont été conservés dans différents recueils. De là son livre. II commence donc par une étude très corn-

plète des fragments de Clément que l'on trouve dans les Catcnae, les Florilegia, les Sacra Parallcla dits de Jean Damascène, etc. Puis il note toutes les citations d écrits de Clément qui se trouvent chez les auteurs postérieurs. On comprend 1 importance de ce double travail. M.Zahn mettait en œuvre deux sources nouvelles du texte de notre catéchète. A ce double point de vue, son travail est presque définitif. Il n'y a eu qu'à compléter. Vient ensuite une étude très importante sur le fragment en latin des Hypotyposes, publié pour la première fois par Marguerin de la Bigne dans la Sacra Bibliotlicca sanctorum Patriini, Paris, 1575. Croirait-on cpie tous les éditeurs ont réimprimé ce fragment sans avoir examiné à nouveau le manuscrit d'oîi provenait le fragment [Codex Laud. ix^ siècle)? Que dis-je? sans même avoir consulté 1 édition princeps de de la Bigne ? Ce fragment se trouve aussi dans un Bcrol. Pliill. 45 dont ^I. Preuschen donne les variantes dans la Gescliichte de Harnack (p. 306), Enfin M. Zahn complétait ce beau travail par deux études du plus haut intérêt sur la vie de Clément et sur le VHP Stromate.

C est dans ce dernier chapitre que se trouvent les vues les plus sujettes à caution. 'SI. Zahn estime que le fragment dit VHP Stromate, les Excerpta Theodoti et les Eclogac proplieticae sont des extraits du VHP Stromate que Clément aurait achevé. Ces extraits auraient été faits plus tard. Ces vues n'ont pas été favorablement accueillies.

En 1892, M. P. Ruben émettait, dans une thèse latine [démentis alexandrini Excerpta ex Theodoto, Lipsiae, 1892), l'idée que les Excerpta sont des extraits d'écrits gnostiques que Clément aurait faits lui-même en vue d'un ouvrage dogmatique. Ce devaient être des matériaux pour ce Wtpl àp/wv ■/.■£: ôsoXoYfa; que Clément mentionne dans le I" chapitre du IV" Stromate.

M. J. von Arnim, comme nous l'avons déjà dit dans notre première partie, non seulement se rallie à l'idée de M. Ruben, mais il l'applique aux deux autres groupes d'extraits dits du VHP Stromate [De octavo Clem. Stromateorum libro, Rostock, 1894). Les Eclogae sont aussi des extraits d'écrits gnostiques accompagnés de notes marginales, et le fragment dit du VHP Stromate consiste en extraits de philosophes contemporains, un sceptique, un péripatéticien, un

APPlîMDlCIiS 333

sloïfien. Ce sont des uialériaux que Clément avait préparés, soit pour les Sti'oiiiatcs qu'il n'a pu achever d'après M. von Arnini, soit pour un ouvrage dogmatique que projetait notre caléchète.

Avons-nous besoin de dire que notre explication de la composition dcsStroniaicssc rattache aux vues des critiques que nous venons de nonnner, et en somme, ne tait cpie tirer la conclusion qui est déjà en germe dans les savants travaux de M. Zahn ?

Les Sources de Clément.

L'érudition de notre auteur a longieuqis passé pour prodigieuse. L'antiquité classique comme la littérature contemporaine, les écrits chrétiens aussi bien que les Livres-Saints paraissent lui être également familiers. La liste des auteurs qu'il nomme ou ({u il cite est d une étendue invraisendjlable.

Depuis quelques années, on s'efforce de ramener cette érudition, en apparence si vaste, à ses véritables proportions et de l'apprécier à sa valeur exacte. L'évéque Potter avait déjà marqué ce que Clément doit à Philon et à quelques autres auteurs. V. Rose d'abord, dans son Aristotclcs psciidc])igrapltus (Leipzig, 1803), J. Bcrnays ensuite [Si/mbola philologoruin Bonncns. in /ion. lîi/sc/ilclii, coll. I, 1864, réimprimé dans les Gcsainmcltc Abliandlungcn, vol. I, Berlin, 1885), font le compte des emprunts que notre catéchète a faits à Aristote. Mais c'est surtout dans les dernières années ([ue l'on a réussi à ramener l'érudition de Clément à ses sources véritables.

11 semble maintenant acquis que Clément faisait usage de manuels ou compilations où il trouvait toutes faites ces listes d'auteurs ou ces séries de citations <pii eiicouibrent ses Stroninfcs. Ces sortes de manuels aliondaient à iVlexandrie. Il y en avait sur les sujets les plus variés . Comme la notion de la propriété littéraire n'existait guère à cette époque, c'est sans uiaiii e (pie 1 excellent Clément utilise les trésors de l'érudition d'autrui. En somme, il parait i>i(ii qu'une bonne partie de la science du catéchète chrétien est de seconde main. Il ne faut pas, cependant, exagérer. A côté de X'indi»

334 CLÉMENT d'aXEXANDRIE

gesta moles qu'il tire de ses manuels, Clément possédait sûrement une très vaste lecture. Voilà ce que Ion peut conclure des travaux que nous allons mentionner. Il n'est pas possible d'aller aussi loin que les auteurs eux-mêmes. Presque tous se laissent séduire par les hypothèses ingénieuses qu'ils imaginent ; ils les poussent jusqu'à leurs dernières conséquences ; le sens de la mesure leur fait défaut.

M. Diels est un des premiers à émettre l'idée que Clément a fait usage de manuels ou compilations. Il signale [Doxograp/ii graeci, Berlin, 1879) les concordances assez frappantes qu'il y a entre la liste des philosophes qui se trouvent dans le Protrepticus (64 à 66) et celle qui figure dans le discours du Velléius de Cicéron dans le De Natura Deorum [\" livre, ch. 10 à 12). Peut-être les deux auteurs ont-ils utilisé le même manuel. M. Diels, semble-t-il, va trop loin lorsqu'il parle d'une traduction ànDe Natura que Clément aurait eue entre les mains. Dans I, Strom, 62 et suiv., M. Diels découvre encore un catalogue de noms qui paraissent avoir été tirés d'un manuel. D'autres critiques ont repris cette hypothèse qui semble justifiée.

jNI. Maas [De biograplns graecis Quaestiones selectae, dans Philolog. Untersuchungen de Kiessling et Wilamowitz-Mœllendorff, 3^ fasc, Berlin. 1880), donne libre carrière à son ingéniosité de savant et de critique. Il note quatre ou cinq passages des Stromatcs où Clément aurait copié un auteur de compilations érudites. Cet auteur serait Favorinus. A l'exemple de Diogène Laërce, Clément aurait exploité son Omnigena Historia. M. WilamoAvitz- Mœllendorff a combattu cette thèse, mais elle paraît avoir été accueillie plutôt avec faveur.

M, Hiller {Zur Quellenkritik des Cleni. Alex.^ dans le Hernies, t. XXI, p. 126 à 133, 1886) pense aussi que Clément a usé, sans beaucoup de scrupules, de manuels et de compilations. Il en voit la preuve dans Protrept., 42, et dans I, Strom. ^ 132-135 : en comjiaranl ces listes à certains passages des Parallela minora dits de Plutarque, il arrive à cette conclusion : « Clemens hat fur die beiden Stùcke ein Buch lienutzt welches Xolizensammlungen ùber sacrale Antiquitâten enthielt. »

APrENDICES 335

Ces ti'avaux donnent l'impression que Clément n'est qu'un plagiaire. Il est nécessaire de la corriger en tenant compte d autres laits que ceux que relèvent les critiques que nous venons de nommer.

C'est ce que M. Scheck n'a pas fait. 11 a cru de bonne foi que notre catéchcte n'a vécu que du bien d' autrui. A l'entendre, Clément n'aurait aucune originalité. Il s'efforce d'établir [De fontibus Clem. Alex., 1889) que toute l'érudition de Clément a sa source dans la littérature judéo-alexandrine et qu'elle n'a aucune valeur.

Il y a dans différents passages du P'' Stromate (74-76, 78-80) des listes ou catalogues d'inventions avec les noms légendaires de ceux qui les auraient découvertes. Deux jeunes critiques, MM. M. Kremmer [De Catalogis heurematum, Leipzig, 1890) et A. Wendling [De peplo aristotelico Quaestioncs'selectae , Strasbourg, 1891), ont recherché l'origine de ces catalogues. Ils les ont comparés aux catalogues semblables qui se trouvent dans Pline l'Ancien, Tatien, Grégoire de Nazianze, etc. Il est bien difficile de ne pas leur accorder que nous avons dans ces passages de Clément des pages copiées dans des écrits spéciaux.

M. A. Schlalter a étudié la chronologie du chapitre xxi du V'^ Stromate en se plaçant au même point de vue que les critiques que nous avons nommés. Il a émis l'idée [Zur Topographie und Geschicluc Palàstinas , 1893), que Clément a fait usage, dans ce chapitre, diinc chronologie chrétienne qui daterait de la 10'^ année d'Antonin le Pieux et qui aurait eu pour auteur un certain Judas mentionné i)ar Eusèbe (//. E., VI, 7). Il a repris cette hypothèse dans un curieux article très suggestif, publié dans les Texte und Untersucliuugen (t. XII; Der Chronograph ans deni zehnten Jalire Antonins, 1894). L'hypothèse est très ingénieuse, mais décidément trop hardie.

Mentionnons yjro mcnioria, Hozakowski, De Clironograpliia Clan. Alex., Monasterii Guestf, 1890.

Nous avons réservé deux études qui sont peut-être ce que 1 on a publié de plus intéressant sur les sources de l'érudition de Clément et sur les origines de sa pensée. L'une est de M. C. Mcrk [Clem. Alex., in seiner Abhàngigkeit %'on der griec/i. Philosophie^ Leipzig,

1879), l'autre de JNI. P. ^^'enclland, Qitacstioncs musonianac, disscrtatio, Berlin, 1886.

La thèse de M. Merk est que Clément est reste foncièrement stoïcien ; il n'est chrétien qu'à la surface; le fond de ses idées sur Dieu, le Logos, la morale n'a pas changé. Pour établir cette thèse, l'auteur use d'un procédé fort simple. Il tire des écrits de Clément tous les passages qui sentent le stoïcisme; il les groupe, les classe, les commente et en tire finalement toute une philosophie stoïcienne très cohérente et de la bonne marque. ^L Merk n'a oublié qu'une chose, cest qu'avec son procédé on prouverait, avec autant de facilité, que Clément est au fond un platonicien impénitent égaré dans l'Eglise et, du même coup, on ne se méprendrait pas moins sur le véritable caractère de notre catéchète.

^L P. ^^ endland est bien de lavis de ^L Merk, auquel il ne ménage pas les éloges, mais il a eu la sagesse de limiter ses observations à un point particulier. Il soutient que dans les IP et IIP livres du Pcdaj^ogue, Clément a rais à contribution un écrit stoïcien, qu'il en a transcrit textuellement plusieurs chapitres à telles enseignes que rien n'est plus aisé que d'extraire du Pédagogue cet écrit, de s'en faire une idée et même d'en déterminer I âge et l'auteur, enfin que cet auteur était Musonius, le maître d'Epictète, et que l'écrit en question aurait été un recueil des Vr^v. de INIusonius. Stobée en a conservé des extraits dont plusieurs concordent jusque dans les termes avec bon nombre de passages du Pédagogue, et Epictète ou du moins Arrien, le rédacteur de ses leçons, en paraît avoir utilisé quelques pages.

II serait difficile de donner enlièrement gain de cause à]M. Wendland. Un point cependant paraît acquis, c'est que Clément, dans son Pédagogue, a largement mis à contribution la morale stoïcienne. Nous pensons même qu'il y a lieu d'accorder à jNI. Wcndland que notre catéchète a fait usage pour son livre d'un écrit stoïcien dans le genre de celui que ce critique attribue à Musonius. Quoi qu'il en soit, le travail de M. Wendland est certainement ce qui a été écrit de plus remarquable sur Clément, dans ces dernières années.

La Doctrine de Clément.

I,a |ilii|);irl des diivra^rs ou iiu-iiHiircs (|iii Irailenl de la dodrinc de notre lalciliric on d un jioinl parlicnlici' de sa llu''olo<^i(' tombent sous le coni» de la incnie ri'iii(|n('. Leur conininn défaul est de manquer de hase, l^n danli'es lenn<'s, leurs auteurs ont négligé d'éludiiT le [troMèine littéraire (|ue soulèvi-nl les éerits de Clément, avant d'al>order lexamen de ses doetrincs. Gomment veut-on l)ien saisir la pensée de Clément si Ion ne s'est pas fait une idée arrêtée sur le ])lan des Sfroniaics et sur la plaee qui revient à rc traité dans lensemhle du grand ouvrage du théologien dAlexandrie ? C'est 1 analyse littéraire ([ui apjirend ipu' le eliapitre de morale qu est le Pcdai'Oi^iir ne s'adresse pas à la même eatégorie de chrétiens que le chapitre de cette morale qui se trouve dans les Si ruinâtes. Comment veut-on avoir une idée claire de l'éthique de Clément si l'on néglige cette distinction? C'est cependant ce cju'ont fait tous ceux qui ont éluilié sa morale. Dans ces conlitions, il nous suffira de mentionner les ouvrages qui traitent de la doctrine de notre caléchète, sans autrement nous y arrêter.

Signalons, dans certains ouvrages d'un caractère général, les jugements d'ensemhle les ])lus intéressants (pi'on ait portés sur Clément et son oeuvre. On trouvera dans H. Ritter [Gcscliiclttc dcr Philosophie, t. V^ quelques pages remarquables où l'idéal chrétien du grand catécliète d'Alexandrie est i-etracé de main de maiti'e; M. Ed. l'e Presscnsé [Hisloirr des trois prciiiicrs sil-clcs dr / /.'^iisc chrctirnnr, II' série, t. II, 20A à 281; III^' série, t. V' , 2«)i-3;«) apprécie Clément en quelques pages vigoureuses, en se plaçant au point de vue du nioialiste et du théob)gicn chrétien philôt ipi'à celui de l'historien. <)n peut en dire aulanl du dogmaticien Dorner (Die Lchrc dcr J'crsoii C/iristi). M. .V. llarnack envisage le caléchète d'Alexandrie au point de vue de l'histoire cl mar<pie admirablement sa ])lace dans l'évolution des idées clir(''liennes ( f)oi;nicn>^rschichtr^ t. I. p. 30J). Signalons les articles de .Iakobi ilans la lirnlrnri/clojx'ldir de lleiv.og et Flitt, et de ^^'(^scoll, dans l(< Dictiomirii ofChristinii />'ii)i;i'iij//ii/ (je Sniilli cl \\ ace. ( >n trouvera un exposé de la théologie de (élément, soi! dans 1" . Uedepenning K>/v,;'V7/c.s-, 2 vol.,

Bonn, 1841), soit dans Cli. Bigg iThc chrislian J'intoiiists of Alcxandria^ Oxford, 1880).

Parmi les ouvrages plus spéciaux signalons :

Hébert Dupcrron, Essai sur la polémique et la pliilosopliie de Clément d'Alexandrie, Paris, 1855.

Cognât, Clément d'Alexandrie, sa doctrine et sa polémique, Paris,

Freppel, Clément d'Alexandrie, Paris, 186G,

J.-H.Mûller,/fZc'es dogmatiques de Clém. d'Alex,, Strasbourg, 18G1,

A. F. Diihne De y'/wtô-. Clem. Alex., Leipzig, 1831.

H. J. Reinkens, De fide et gnosei Clem. Alex., Breslau, 1850. — De Clémente presbytero ^/c.r., Breslau, 1851.

H. Reuter, Clem. Alex., t/ieologiae moralis capita selecta, Breslau, 1853.

H. Lummer, Clem. Alex.de Xovw <^/oc<7"/«rt, Leipzig. 1855.

Schûrmann, Die Hcllcnische Bildung u. ihr Verhciltniss zur Cliristl. nacli der Darstellung des Clem. i'on Alex . , Munster, 1859.

W. Hilten, Clem. Alex, quid de sacri ^oci Test, sibi persuasum habuerit, 1867.

H. Preische, De yno^sz: Clem. Alex., dissert., lena, 1871.

F, J. Winter, Die Etliik des Clem. i<on Alex., Leipzig, 1882.

P. Ziegert, Zn'ei Abliandlangen ilber Clem. Alex., Heidelberg,

H. Kutter, Clem. Alex, und dus N.-T., Giessen, 1897.

Traductions.

G. Hervel, traduction latine, parue à Florence en 1551 et souvent réimprimée.

De Genoude, dans ses Pères de l'Église, t. IV et t. V, Paris, 1839.

HoppenmuUer et Wimraer, traduction du Quis dives.^ Protrepticus et Paedagogus dans la Bibl. der Kireld. Vdter, 1875.

Traduction anglaise dans T/ie ante-nicene Christian Library . vol. IV et V; édition américaine de Coxe, Buffalo, 1884-1886.

Dernières éditions.

F. llort, Clément of Alexandria, MisccUauics, Book VII. Texte, traduction et notes, ouvrage posthume revu et publié i)ai' J. Mayor, 11)02.

O. Stiililin, démens Alexandrinus, Erster ^anà. Protrepdcus und Paeda^oifiis (édition de l'Académie royale de Prusse), 1905.

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