‹ Clément d'AlexandrieChapitre 3 sur 149 · Ad Scapulam, c. iv · texte numérisé non relu

Ad Scapulam, c. iv

LÉr.LISK CMHKTIKNNL" A LA UN lUl II' SIKCI.E 7

(Hi"(Mi mars 203 ', (l'aiilrc paii, Tcrliillicii a tl<\jà écrit son Apologie. Celle-ci date, ainsi que les deux livres Ad Natiotics, de 197. Peut-être même son exhortation Ad Martyres est-elle antérieure à ces écrits. Or tous ces documents supposent la persécution ; il y a des confesseurs en prison, le nom de chrétien est suspect, toute l'Eglise est menacée, et si l'on en croit VApologcticus, la situation est très sombre. Concluons que Tédit de 202 n'a fait que consacrer les violences là où elles se déchaînaient comme en Afrique et les a suscitées là où la paix s'était maintenue comme à Alexandrie. Telle était la condition extérieure de l'Église au temps de Clément.

Quelle en est l'histoire intérieure pendant la même période ? Rien de plus complexe que le monde chrétien à la fin du 11^ siècle. En vain y chercherait-on l'unité. La diversité des doctrines, la variété des formes ecclésiastiques, voilà ce qui frappe. On aurait sûrement tort de se figurer qu'il existait alors un type unique de christianisme ; tous les faits contredisent une pareille supposition.

Pour en voir se dégager la vraie physionomie, il faut tenir le plus grand compte des régions diverses où se propage et s'enracine la nouvelle religion. 11 y a une correspondance étroite entre chaque région et la forme particulière qu'y revêt le christianisme. Autre est le caractère des Eglises d'Asie-Mincure etautre celui des Églises d'Afrique. Plus tard, l'uniformité tendra à s'introduire; les types divers se fondront en un seul qui sera à peu près universel. A l'heure oii nous sommes, les influences locales se font encore sentir ; l'Eglise porte l'empreinte do la province. C'est là un fait de la plus haute importance (pie l'histoire

1. J.-A. Robiiison, The passion of S. Perpétua, nc^\ly cdited froin ihc mss., in Tcxls and Siudics, I, 2, 1891.

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ecclésiastique traditionnelle a toujours laissé dans l'ombre. Pour elle, le christianisme du ii" siècle comme celui de Tâge apostolique a partout la même figure.

On peut distinguer à la fin du ii^ siècle trois principaux foyers et par conséquent trois variétés de christianisme dont chacun a son caractère propre. Le foyer le plus ardent alors, c'est sans contredit l'Asie-Mineure; le plus considérable, c'est Rome qui embrasse déjà la Gaule et l'Afrique, sans parler des Églises comme celle de Corinthe dont elle a su faire des dépendances ; le plus actif dans le domaine des idées, c'est Alexandrie, dont dès l'origine la Palestine subit l'attraction. Quelle est la physionomie de chacun de ces grands groupes d'Églises chrétiennes? quelles sont les questions qui les ont agités ? quels sont les hommes qui les ont illustrés ?

Pendant tout le ii^ siècle, l'Asie-Mineure reste le foyer le plusimportant du christianisme. Dans aucune autre région, il ne s'est propagé avec la même rapidité '. C'était un sol qui semblait singulièrement propice à la nouvelle religion. Aussi dès la fin de l'âge apostolique, les Églises d'Asie- Mineure sont-elles au premier plan. C'est dans leur sein que naissent et se développent tous les mouvements d'idées dont le christianisme de ce temps fut si prodigue. C'est là qu'il traversa les crises qui marquèrent la période de sa première croissance. Pour tout dire, c'est en Asie-Mineure que se déroule pendant tout le siècle la véritable histoire chrétienne et que se concentre tout l'intérêt du drame capital qui se jouait alors ^. Ce que Ion

1. Se rappeler les plaintes de Pline le Jeune sur l'abandon des temples et des sacrifices dans sa province, Epist., 96.

2. L'évèque Lightfoot affirme qu'à partir de 70 et pendant le siècle suivant l'Asie-Mineure est « le centre spirituel du christianisme ». {Ignatius and Polycarp I, p. 424.1 Voir les belles études de M. Ramsay, The

L K(;MSK CIIHKTIKNNK \ L.\ FIN DU II' SIKCLK *J

y remarque aux environs de 180, c'est tout d'abord que nulle part ailleurs l'épiscopat n'est plus influent ni plus brillant. C'est de très bonne heure qu'en Asie-Mineure l'évoque devient prépondérant '. A Rome, il ne se distingue pas encore des autres directeurs ou anciens de l'Église, tandis que dans les communautés d'Asie-Mineure, il absorbe déjà tous les pouvoirs. Au lieu d'être le simple « surveillant «, chargé d'exécuter les décisions du corps des anciens, il enseigne, il exhorte : il gouverne. C'est pour lui qu'a été écrite la première épître à Timothée. Un peu plus tard, les lettres d'Ignace tracent le rôle qu'on voulait lui assigner dans la communauté. En Asie-Mineure, il apparaît, dès le commencement du siècle, comme le rempart de l'Église. Il le fut en eftet. C'est lui qui plaide la cause chrétienne devant l'Empire, c'est lui qui défend victorieusement la communauté contre les assauts d'hérésies qui variaient sans cesse et sans cesse se renouvelaient. Ce qui assura à l'épiscopat la prépondérance dans ces Églises, ce fut la distinction des évèques. Ils représentèrent avec fidélité le christianisme authentique, ils mirent à son service et dans sa défense autant d'intelligence que de zèle et d'énergie.

Justement vers l'an 180 achevaient de s'éteindre deux des plus remarquables de ces évèques d'Asie-Mineure : Méliton de Sardes et Apollinaire de Iliérapolis ^. Sous le règne de Commode vécut aussi Théophile d'Antioche. Cette ville et toute la Cœlésyrie se rattacliaient étroitement à l'Asie-Mincure dès l'origine et ont eu la môme

church in titc Roman Empire hcforc A. I). 170, 1895, iiolaininonl la 2* partie.

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