CHAPITRE III
Le Pédagogue.
Le Protrepticus devait convertir les lecteurs païens au christianisme ; le Pédagogue doit faire leur éducation chrétienne. C'est de direction morale que Clément s'occupe dans la deuxième partie de son grand ouvrage. Il s'agit de façonner les néophytes à une vie entièrement nouvelle.
C'est donc à des chrétiens que s'adresse le Pédagogue. Il s'ensuit que ce traité a un tout autre caractère que le Protrepticus. Tandis que, dans l'Exhortation aux païens, le discours se distingue par sa simplicité et par sa clarté, et qu'il s'avance sans s'interrompre jusqu'à la fin, les longueurs et les digressions abondent dans le Pédagogue. C'est déjà le style et la manière des Stromates. Le lecteur moderne doit s'armer de patience ! C'est que Clément, écrivant pour des chrétiens, ne se borne plus à traiter son sujet, mais il en surcharge la matière d'une foule de choses que ses coreligionnaires seuls pouvaient comprendre. Il lui est loisible maintenant de faire un libre usage des Ecritures; il ne s'en fait pas faute, et, à tout instant, il appuie ses idées de passages qu'il commente à perte de vue. Tandis que, dans le Protrepticus^ il ne cite guère que des textes sacrés topiques, tels qu'un païen les comprendrait, ici il fait suivre les passages qu'il mentionne d'allégories interminables. En outre, comme il parle à des néophytes chrétiens, il convient qu'il les défende contre l'hérésie. Aussi la polémique contre le gnosticisme occupe-t-elle une place considérable dans le
Pédagogue. Telles sont quelques-unes des raisons qui font que ce traité a une allure beaucoup plus embarrassée que le précédent et un caractère général qui l'en distingue dans une notable mesure.
Le Pédagogue se compose de trois livres. Dans le premier, il s'agit du Pédagogue., c'est-à-dire du Logos envisagé comme l'éducateur des âmes. Dans les deux autres livres, Clément s'attaque à quelques-uns des vices les plus criants de son siècle, aux excès de table, à l'immoralité, au luxe, aux folies de la mode, au faux idéal de beauté qui régnait au sein de la société païenne.
On aurait tort de voir dans le Pédagogue un traité ou système de morale chrétienne. A cet égard, il serait fort incomplet, très inférieur par exemple au traité des Devoirs de Cicéron. Clément ne s'est pas proposé de faire la théorie de la morale chrétienne, mais, comme il le donne clairement à entendre, d'éduquer les néophytes que le Protrepticus serait parvenu à tirer du paganisme *. Ce sont des âmes encore malades, et il faut que la méditation du traité qui leur est destiné les guérisse. Comme notre catéchète rêve pour elles des progrès encore plus marqués, il faut pour qu'elles y soient aptes qu'une sainte discipline les dépouille complètement de ces vices et de ces passions, qui sont nés du paganisme et qui en sont les tares. Dès lors, à quoi servirait d'exposer à ces néophytes un système de morale? Ce ne serait pas faire œuvre d'éducateur chrétien. Le Pédagogue ne mériterait pas son titre. L'unique préoccupation de Clément est donc de donner à ses lecteurs une méthode d'éducation chrétienne dont les effets soient certains. Cette méthode consiste à les placer sous la direction du Verbe de Dieu, du Logos