VI, Strom., § I
qui représente Dieu aux hommes. Ce divin Pédagogue les façonnera lui-même, et, puisqu'il est la raison même de Dieu et qu'il en est la parfaite expression, on peut être assuré que sa discipline aura des effets qu'aucun enseignement humain n'aurait eus. Voilà pourquoi, sur les trois livres que Clément écrit sur l'éducation chrétienne, il en consacre un entier à la personne du Pédagogue, et ce livre est le plus long, le plus original et le plus important des trois. Cela devait être, puisque le Pédagogue est tout ensemble le principe de la morale chrétienne et l'éducateur qui applique cette morale *. Faut-il s'étonner ensuite que, lorsque notre auteur en vient, dans les deux livres suivants, aux préceptes et au détail de sa morale, il soit si incomplet et si peu systématique ? Que lui restet-il donc à faire, une fois qu'il a largement exposé le principe de sa morale et donné la vraie méthode de la discipline que les néophytes devront s'appliquer à euxmêmes, sinon de choisir des exemples frappants qui serviront à caractériser la vie chrétienne ? En effet, après avoir lu les deux derniers livres du Pédagogue, on n'aura pas à coup sûr un code complet de préceptes, mais on ne se trompera plus sur ce que doit être la véritable vie chrétienne. On l'aura vue en action et si vivement dépeinte qu'on ne pourra plus la confondre avec la vie païenne. Ainsi conçue, la deuxième partie du grand ouvrage de Clément répond exactement à l'idée qu'il en donne luimême et que nous avons exposée, d'après les textes, dans un chapitre précédent. L'ordonnance en parait aussi bien imaginée que celle du Protrepticus. Le traité s'explique lui-même parfaitement. N'étaient les longueurs, les interminables allégories et les digressions polémiques, cette
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LE PÉDMIOGUE 75
partie no lo (édcrait auciineinont, au point de vue littéraire, à la première.
Dans son Protrepticits, Clément avait commencé par présenter au lecteur le Logos en sa qualité de révélateur de la Vérité et de convertisseur. Dans le Pédagogue^ il procède de la même manière. Il caractérise d'abord le Logos en sa qualité d'éducateur des âmes. Mais comme ce rôle est plus complexe que le premier, et qu'il règne sur la manière dont s'exerce la divine pédagogie du Logos de grandes divergences de vues, au lieu d'un simple chapitre nous avons tout un livre. D'ailleurs, nous l'avons dit, l'essentiel pour Clément est de faire accepter aux néophytes la direction du Pédagogue divin, et c'est à obtenir ce résultat qu'il s'emploie tout entier.
Le Pédagogue, c'est le Logos ou la Raison de Dieu détachée de lui-même et devenue une personnalité indépendante. Tout d'abord, le Logos préexiste à toutes choses. C'est la première phase de son existence. Ensuite, il revêt une chair, il devient Jésus-Christ. Avons-nous alors, dans ce premier livre, une théorie formelle de la personne du Christ, une christologie pour employer le terme d'école, un exposé doctrinal? Nullement. Sans doute, on peut tirer de ce livre une théorie christologique; on l'a fait cent fois; nous le ferons à notre tour. Mais il ne faut pas oublier que l'auteur n'a pas voulu nous donner ici une théorie quelconque ; toute la partie didactique ou doctrinale de son ouvrage, il la réserve expressément. Ici domine le point de vue pratique. Il s'agit de dépeindre l'action éducatrice du Christ, de nous en montrer les principes et de nous persuader de nous livrer à cette action. En fait, il s'agit ici beaucoup plus de rédemption conçue au point de vue de notre auteur que de christologie. C'est ce qu'on semble parfois méconnaître. D'ailleurs, n'y a-t-il pas parmi les
historiens de Clément, une tendance marquée à ne voir en lui qu'un théologien et un dogmaticien ? Sans doute, il l'est beaucoup plus que ses prédécesseurs, mais, encore une fois, il ne Test pas et ne veut pas l'être dans le Pédagogue.
Entrons maintenant dans le détail. Il suffira d'exposer la suite des idées que Clément développe dans ce premier livre pour se convaincre de leur caractère pratique. Il commence par nous dire pourquoi il est nécessaire que nous soyons dirigés par le divin Pédagogue. C'est que nous sommes pécheurs. « Le Logos revêt les fonctions de « Pédagogue dans le but de mettre des bornes au péché. » Nous sommes des malades, il veut être notre médecin. « NotrePédagogue, j'entends le Logos, s'applique à guérir « les mauvaises passions de notre âme par ses exhorta- « tions. » « Le Logos du Père est le seul médecin qui « sache porter remède aux infirmités de l'homme. » « L'excellent Pédagogue, c'est-à-dire la Sagesse, le Verbe « du Père, le Créateur de l'hommeprendsoinde sa créature, « et lui, qui est le tout-suffisant médecin de l'humanité, le « Sauveur, guérit son corps et son âme *. »
Le Pédagogue aime les hommes. Il aime l'homme pour lui-même. C'est le guide qu'il nous faut, à nous qui errons dans de profondes ténèbres. Le Pédagogue ne fait point de distinction ; homme ou femme il nous aime également. Ainsi nous sommes dans des relations d'enfants avec le Logos. Faut-il le prouver par l'Ecriture? Là-dessus, Clément passe longuement en revue une foule de passages qui contiennent le terme d'enfant. Nous sommes bien des enfants, des 7iaw!.a, des vrjTtiot d'après les Livres-Saints.
A cet endroit, Clément s'arrête pour rompre une lance