I, Paedag., 5 et &,passim
avec le gnosticisme. Cela lait une longue digression *. Elle était inévitable. Car justement les gnostiques s'appuyaient sur les mêmes passages pour soutenir qu'il y a deux classes très diflerentes de chrétiens. Il y a la masse des fidèles. Ce sont les enfants, les ignorants, les petits, les vriiiioi.. Et il y a une élite qui l'est par droit de naissance. Ce sont des natures supérieures. Tous les systèmes gnostiques comme toutes les philosophies depuis Platon étaient foncièrement aristocratiques. Il est très remarquable que Clément éprouve le besoin de protester. C'est une preuve que le sentiment chrétien l'emportait chez lui. Résumons les affirmations que notre auteur a délayées dans tout un long chapitre. II n'y a pas de privilégiés parmi les chrétiens parce que chacun reçoit l'essentiel dès le baptême. « Lorsque nous avons été régénérés (par le baptême), nous « avons reçu ce qui est parfait, car nous avons été illumi- « nés, c'est-à-dire, nous avons connu Dieu. » En effet « lorsque nous avons reçu le baptême, nous avons rejeté « les péchés comme un voile d'obscurité, et l'œil de notre « esprit par lequel seul nous percevons le divin, s'est « trouvé libre, dégagé et inondé de lumière ». « Sans « doute, le néophyte n'a pas reçu le don parfait, je l'ac- « corde, mais il est dans la lumière. » Ainsi la perfection se trouve déjà virtuellement dans la simple foi de celui qui reçoit le baptême. Voilà le trait commun à tous les chrétiens. « II n'y a donc pas de gnostiques et de psychiques, « mais tous, lorsqu'ils se sont dépouillés des passions « charnelles, sont égaux devant le Seigneur et spirituels « ou pneumatiques ^. » Clément appuie ces idées sur
1. Ch. VI, §§ 25-52. Discussion déjà ouverte dans lech. v. Voyez § 16 :
^ Tiaîv £8oÇhv .
2. 1, Paedag., 25; 28; 31 : oùx àipa oî jj.£v yvwaTixoi, oî 6i «{-u/^ixol
Nous rendons le lecteur attentif au sens qu'a évidemment le mot yvwa-
quelques passages de la I" épître de Paul aux Corinthiens, qu'il commente avec une intarissable abondance.
Cette page que nous venons de résumer contient des affirmations qui sont à retenir. Nous verrons que Clément lui-même n'échappe pas aux tendances qu'il combat ici. 11 fait à l'aristocratie spirituelle une large part dans son système. 11 a aussi son « gnostique », son chrétien d'élite. Ne l'accusons pas aussitôt d'inconséquence. Clément a combattu trop vivement et trop souvent les prétentions des Valentin et des Marcion pour qu'il n'y eût pas une grande différence entre son gnostique et le leur. Nous l'entrevoyons ici. 11 y a chez tout néophyte l'étoffe d'un parfait chrétien. Le gnostique est virtuellement ou en germe dans le plus simple croyant. L'un et l'autre plongent leurs racines dans le même sol, ont même nature et même complexion. Il n'y a qu'une différence de degré. Le soin que Clément met ici, dans ce long chapitre, à combattre le gnosticisme et à faire large et belle la part des néophytes, prouve à quel point il était éloigné de vouloir se séparer de la masse des fidèles.
Tixô; dans ce passage. Il n'est pas employé dans le sens spécial que nous lui donnons. Clément ne s'en sert pas pour désigner les hérétiques gnostiques, mais les chrétiens qui sont en possession de la gnose ou sagesse divine et qui, par là, se distinguent de la masse des fidèles. Quant aux disciples de Basilide, de Valentin et de Marcion, il les appelle des pseudo-gnostiques. Quand il leur applique l'épithète de yvwaTtzoî, c'est toujours accompagné de ce qualificatif. Il réserve le terme de YvwaTixo'î au parfait chrétien. D'ailleurs de son temps, il n'y avait pas de confusion possible. Dans II, Stroni., 117, se trouve un passage très topique à cet égard. Clément y parle précisément d'un hérétique gnostique, et il dit de lui : È'çaaxe yàp 87] aùtôv y.al Yvwanx.ôv sîvai. Il avait la prétention de s'appeler gnostique! Notre auteur ne lui en reconnaît pas le droit. Dans II, Strorn., 52, nous avons un autre passage non moins significatif : xa9a-sp oùv xfjV çiXoaoçtav 6 xO'cpoç zaï f, o'îr^aiç SiaSsSXTjxEV, ouTw? xai Tr;v yvwaiv fj ({'îuStj; ■yvùiai; rj t£ û[j.wv'j[-«.wç xa).ouij.svTi . .
1 Au chapitre vu, rauteur revient à son sujet. Il faut préciser. Ce Pédagogue divin, c'est Jésus. « Notre saint Péda- « sfomie est un dieu, Jésus; il est le Verbe conducteur de « riuimanité entière (que dis-je!), le Dieu bienveillant se « lait lui-même Pédagogue *. » Aucun des plus célèbres éducateurs n'égale le nôtre. On ne saurait prétendre qu'il est de date récente sous prétexte qu'il est Jésus. Il préexistait aux hommes ; il a de tout temps fait œuvre d'éducateur de l'humanité; il remplit l'Ancien-Testament; c'est l'ange qui lutte avec Jacob; c'est la voix qui parle par la bouche des prophètes.
Quel est le caractère de l'éducation que nous donne le Logos, c'est le dernier point et le plus délicat que traite Clément. Laissons-le nous définir lui-même la divine « pédagogie » du Logos : « L'éducation selon Dieu con- « siste à se laisser diriger par la Vérité jusqu'à pouvoir « contempler Dieu et à recevoir l'empreinte durable d'une « vie sainte. ». Connaissance de Dieu et moralité, voilà le but qu'elle poursuit. La phrase suivante caractérise avec bonheur l'éducation divine. « Comme le général dirige « les mouvements de son corps de troupes en vue de la « sûreté de ses soldats, comme le pilote conduit le vais- « seau avec le ferme propos de sauver les passagers, de « même, c'est par sollicitude pour nous, que le Pédagogue « nous dresse à la vie qui sauve... Or, le pilote ne cède « pas toujours aux vents, mais parfois fait résolument « face aux bourrasques; de la même manière le Pédagogue « n'a pas toujours des ménagements pour les usages qui « prédominent, comme les vents, dans le monde, il ne « leur conlie pas l'enfant de peur qu'il ne fasse naufrage « dans une vie bestiale et impure, comme le vaisseau va se