‹ Clément d'AlexandrieChapitre 38 sur 149 · I, Pacdag · texte numérisé non relu

I, Pacdag

qu'ils n'ont pasété écrits pour des pauvres. Il n'y avaitcjiie des riches qui pussent se permettre les vices que flagelle notre auteur. On pourrait tirer de ces pages un tableau presque complet de la société élégante d'Alexandrie, Le gourmet, le fat, le voluptueux défilent en des silhouettes fort ressemblantes et finement dessinées. Voici du reste un aperçu sommaire du contenu de ces deux livres. La table et les mores conviviales ont une place d'honneur dans le premier livre. On sait combien sociable était la vie dans les cités grecques; aussi banquets et festins abondaientils. La table devenait l'occasion des contrastes les plus piquants. On y entendait les entretiens les plus profonds comme on y assistait aux spectacles les moins édifiants. C'est là que se dévoilaient les défauts comme toutes les grâces de l'esprit et du tempérament grecs. Aussi Clément en fait-il le sujet de deux longs chapitres. 11 dénonce avec vigueur les excès qui déshonoraient les banquets des riches, l'ivresse, la gourmandise, les raffinements de toute espèce, la profusion qu'on y faisait de parfums et de fleurs; il critique le ton des conversations, l'attitude qu'on y tolérait; aucune inconvenance de gestes ou de paroles ne lui échappe. En même temps, il discute dans quelle mesure il est permis à des chrétiens de rire, de plaisanter, d'élever la voix, etc. De la table il passe à l'ameublement. Il nous fait un tableau très exact du luxe qui régnait alors. Il y a, par exemple, une description curieuse d'une chambre à coucher. Le lit est minutieusement détaillé. Il est en ivoire, les pieds sont délicatement sculptés, le bois est, par endroits, incrusté d'or, le matelas, les couvertures sont en somptueuses étoffes. Clément ne craint pas les détails les plus intimes. Le sommeil, la vie conjugale font l'objet de ses avertissements les plus pressants.

Le troisième livre traite surtout de la coquetterie. Clé-

moiil tlolinild'ahoid la vraie beauté etTopposeaii faux idéal que cullivaient ses contemporains. Les portraits abondent. Il y a ocliii de la grande coquette auquel fait pendant celui du fat.

Les raflinements que les dandys de ce temps apportaient h leur toilette, la dépravation que marquaient leurs goûts elléminés, rien n'est épargné, tout est exposé. Notre moraliste nous ouvre ensuite l'intérieur de fastueuses demeures. On y voit la maîtresse de la maison occupée de galanterie etla valetaille livrée à tous les vices. Enfin on nous conduit aux bains et Clément profite de cette visite pour donner les meilleurs conseils d'hygiène et de morale.

La lecture des deux livres dont nous venons de donner un aperçu ne laisse pas d'étonner. Le Clément qu'ils révèlent est si différent de celui qui a écrit le Protrepticus, les Stromates, le premier livre du Pédagogue ! Qui se serait douté que notre subtil exégète, notre ingénieux penseur cachât un moraliste si fin et si pénétrant! Qui lui aurait supposé un si remarquable talent d'observation ! Décidément, il semble moins porté à la pensée abstraite qu'on ne le suppose en général! Mais il faut en rabattre de ces éloges. Le fait est que Clément n'est pas entièrement original dans cette partie de son traité. Il est tributaire, dans une large mesure, d'un ou de plusieurs auteurs inconnus. 11 leur a notamment emprunté une bonne partie de ses peintures de mœurs. Assurément Clément n'a pas cru mal faire en utilisant ainsi de bons livres. Comme tous les écrivains de son temps, il est très érudit; il a beaucoup lu; il possède notamment des manuels fort commodes qui embrassent les matières dont il a besoin. Il les considère comme un bien public et s'en sert sans scrupule. Il y a même des auteurs qu'il traite comme sa propriété personnelle. N'a-t-il pas mis Philon largement à contribution?

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Les deux tiers de ses allégories proviennent de l'exégète juif. Ce sont les mœurs littéraires du temps!

Ce qu'il faut dire, c'est que Clément n'a plagié ses auteurs que dans la mesure où les passages qu'il leur empruntait s'accordaient avec les principes de sa morale chrétienne. 11 prend leurs pièces de monnaie, mais il les marque à Feiligie du christianisme. Ainsi quels que soient les emprunts que Clément a faits dans son Pédagogue^ il n'en reste pas moins que ce traité nous donne une idée fort exacte de l'enseignement moral du grand catéchète d'Alexandrie *.

1. M. P. Wendland a montré, dans une thèse remarquable [Quaestiones Musonianae, Berlin, 1886), qu'il y a de larges emprunts littéraires dans Paedag., II et III. On verra, dans notre Aperçu bihliographique, ce qui, à notre sens, doit être retenu de la thèse si ingénieuse et si documentée de cet auteur.

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