‹ Clément d'AlexandrieChapitre 39 sur 149 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le Maître

Ou la troisième partie de V ouvrage de Clément .

Dans un passage de son Pédagogue^ Clément déclare devoir s'abstenir d'entrer dans des interprétations allégoriques, et la raison qu'il donne est que ces matières doivent être réservées à des chrétiens plus avancés. « Une m'appar- « tient pas, dit le Pédagogue^ d'enseigner ces choses. Nous « avons besoin d'un maître (owàa-xaXo^) qui nous explique « les Saints-Livres. C'est à lui qu'il faut que nous allions. « Oui, il est temps que le Pédagogue se retire et que vous « prêtiez l'oreille au maître (of,oà7xaAo;) '. » Rien de plus clair. Après le Pédagogue^ nous allons avoir un traité de doctrine. Dans cette partie, pas plus que dans les deux précédentes. Clément n'écrira en son propre nom. Ce sera encore le Logos qui s'adressera au lecteur, m'instruira en tant que Docteur. Voilà pourquoi cette troisième partie sera intitulée : 6 o'.oàTxa).o^ ^.

Ce que nous venons de citer implique que les Stromates ne sont pas la troisième partie du grand ouvrage de notre auteur. En elïet, l'analyse que nous donnerons de cet écrit au chapitre suivant montrera que son contenu ne répond aucunement au signalement que Clément nous a donné de sa troisième partie, soit au début du Pédagogue^ soit par-

1 Paedfiff., III, 97; II, 87.

2. Voir les textes déjà cilés, p. 55, noie 2. Ajoutez II, Paedag., 76 :

tout ailleurs. Remarquez en outre que si nous avions dans les Stromates cette troisième partie, ce titre de Stromates aurait de quoi nous surprendre. Ce n'est pas celui que nous attendions. Le titre qu'annonce l'auteur et qui répond si bien à ce que devra être la troisième partie, n'est-ce pas celui qui figure dans le passage qu'on vient de lire ? Mais ce qui nous paraît prouver péremptoirement notre thèse, c'estque notre auteur annonce sa troisième partie d'un bout à l'autre des Stromates .

Dans le premier chapitre du iv® livre de ce traité, Clément trace les grandes lignes des parties de son ouvrage qui lui restent à faire. Dans le premier paragraphe, il expose le plan qu'il compte suivre et qu'il suivra en efTet jusqu'à la ï\nà\\\u^ Stromate. Dans le paragraphe suivant, il esquisse, semble-t-il, le contenu des Stromates qu'il aura encore en perspective, lorsqu'il aura épuisé le programme qu'il vient de tracer '. Enfin, dans le troisième paragraphe, il caractérise de nouveau et avec plus de précision la partie doctrinale de son grand ouvrage. Voici, du reste, comment Clément lui-même s'exprime dans ce dernier paragraphe : « Lorsque tout notre dessein aura été « achevé dans ces mémoires [Stromates), si l'Esprit le veut « bien, — en quoi nous nous prêtons à une nécessité c( pressante, car il y a des choses qu'il est grandement néces- « saire d'exposer avant la Vérité même (le Didascalos), — « alors nous aborderons l'explication ou la philosophie « véritable des choses ^ Nous aurons été ainsi initiés aux

1. Ce n'est que lorsque nous traiterons du plan des Stromates que nous pourrons justifier cette interprétation du § 2.

2. Nous lisons iv tojtoi; au lieu de èv oT?. Notons que la phrase incidente noÀÀTj yàp, etc., définit exactement le contenu des Stromates et la place de cet écrit dans l'œuvre totale. Enfin, le terme çuaioXoyîa ne doit pas être traduit ^ar science de la nature, c'est un terme compréhensif qui, dans la dernière phrase, embrasse et la xoaijLoXoyîa et la OcoXoyia.

« petits mystères avant de Tctre aux grands, en sorte que « rien ne s'opposera plus à la célébration de l'office vrai- « ment divin, puisqu'on aura commencé par nous inculquer « et graver en nous les choses qui devaient être mention- « nées et enseignées au préalable. Or, Texplication géné- « raie des choses qui relèvent de la sagesse chrétienne qui « nous a été transmise, laquelle ne s'écarte pas de la règle « de la vérité, — je devrais l'appeler plutôt une contem- « plation, — débute par une cosmogonie et de là s'élève «jusqu'à la théologie. »

Ily a beaucoup d'obscurité dans le passage qu'on vient de lire, mais au moins établit-il clairement deux points essentiels, c'est, d'abord, que les Stromates ne sont pas, dans la pensée de Clément, le couronnement de son grand ouvrage, puisqu'il annonce un écrit qui leur fera suite*; c'est en outre que cette dernière partie aura un caractère essentiellement doctrinal. Ce sera une véritable philosophie chrétienne. Elle sera faite sur le modèle des systèmes des philosophes grecs. Elle embrassera ce qu'embrassent ordinairement ces systèmes depuis la théorie de l'univers matériel jusqu'aux spéculations sur Dieu. Or, n'est-ce pas là justement le caractère que Clément assignait à sa troisième partie dans cette esquisse de son grand ouvrage que nous a àonnéele Pédagogue? IS^' acwows-nows pas, dans le passage du IV" livre des Stromates, précisé et plus nettement formulé le troisième article de son programme primitif?

1. Th. Zahu, Forscllungeti, 1. 111. ]>. 1 10, i 1 1. M. Zalni pense aussi que § 3 et même § 2 se v.ypporlcnl -.au faiidere tiaclicleren(Slrom.) Volloidung auszuarbcltendc Aliliaiidlungcn, el que ce sera dans ces écrits que Clément exposera sa doctrine. Notre interprétation est presque identique à celle de M. Zalin si ce n'est que ces écrits dogmatiques, dont il voit ici l'annonce, devaient, d après nous, constituer la 3= partie de l'ouvrage de Clément, le AiBâaxaXo;.

Ainsi Clément en était encore, an moment de commencer son IV® Stromate, à promettre la troisième partie de son grand ouvrage, et, en outre, il lui fallait encore disposer d'une foule de choses préliminaires qu'il jugeait indispensables. Aussi n'est-il pas surprenant qu'il ne soit guère plus avancé au VIP Stromate. « Notre tâche, en ce « moment, dit-il, est de peindre la vraie vie gnostique;ce « n'est pas de donner un enseignement théorique et doc- (( trinal, lequel nous exposerons plus tard au temps voulu ; « nous respecterons ainsi la suite et l'ordre des matières '. »

Les allusions et les renvois à la partie doctrinale de son grand ouvrage abondent dans les Stromates. Est-il rien de plus clair que ceci : « Lorsque notre écrit sera plus avancé, « nous reproduirons les figures du prophète -? » Ou bien encore : « Lesquelles choses, nous exposerons à l'endroit « approprié lorsque le discours sera plus avancé \ » Remarquez que c'est toujours de points de doctrine qu'il s'agit. Clément remet constamment la tractation doctrinale à une partie ultérieure de son ouvrage \

l.YII, Strom., 59. Voyez aussi VII, Stroiii.,8^ : aasivov 8è oiijLat urspôi-

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