‹ Clément d'AlexandrieChapitre 47 sur 149 · DU VÉRITABLE CARACTERE DES STROMATES · texte numérisé non relu

DU VÉRITABLE CARACTERE DES STROMATES

question avant d'aller plus loin ? C'est donc dans cet ordre de considérations et pas ailleurs qu'il faut chercher les raisons ([ui Tont décidé à écrire les Stromates et de cette manière, à intercaler entre sa deuxième et sa troisième partie un traité dont il ne semble pas avoir eu l'idée lorsqu'il ébauchait le plan grandiose de son ouvrage.

Il y a certains faits très significatifs, qui, si nous ne nous trompons pas, concordent avec l'explication que nous venons de donner des origines des Stromates et qui la justifient. Clément déclare expressément qu'il comptait d'abord qu'un seul livre lui suffirait pour épuiser le sujet qu'il voulait traiter dans les Stromates^ Voilà un aveu à retenir. Il prouve qu'à l'origine notre auteur n'avait aucunement rintention d'écrire le gros ouvrage qui est devenu les Stromates. II s'agissait dans sa pensée première d'un simple traité qui justifierait son dessein de faire usage de la philosophie et qui se placerait sans inconvénient entre le Pédagogue et le « Maître ». Il pensait sans doute que cela suffirait pour déblayer le terrain et lui permettre d'aborder les « grands mystères » .

La question que Clément comptait vider en un seul Stromate était de la plus haute importance. Elle était surtout extrêmement délicate. Il le savait mieux que personne. On verra avec quelles hésitations et quelles appréhensions il l'a abordée. Ne serait-ce pas précisément pour cela qu'il a choisi ce titre de Slroniales^ et qu'il a adopté un genre

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[xaTi j:£ptXa6eîv oùx èÇey^^^'^o- Voyez noire traduction, p. 103. Nous

adoptons l'interprétation de M. Zalin. On ne trouve pas, il est vrai, iudicjuée dans l'introduction des Stromates (rtpooi[i.îou), l'intention que Clément rappelle ici, mais il ne faut pas oublier que les premiers feuillets des Stromates manquent.

littéraire qui lui permettait de jeter un voile sur sa pensée, pénétrable ainsi seulement à quelques lecteurs choisis ? Ces précautions cadrent bien avec le caractère que nous attribuons A\\xS(ro?7iates. En outre, ce titre ne convenaitil pas à merveille à un traité qui ne devait être dans l'intention primitive de son auteur qu'une sorte de parenthèse entre les parties principales de l'ouvrage entier, une simple introduction à la dernière ? Du moment qu'il s'agissait d'un écrit qui devait être un hors-d'œuvre dans l'ouvrage total, Clément pouvait bien adopter un genre littéraire si différent de celui du Protrepticiis ou du Pédagogue et faire choix d'un titre qui tout ensemble jurait avec ceux qu'il avait donnés aux deux premières parties, et n'avait aucun rapport avec le sujet de la troisième partie, telle qu'il la projetait. Rien déplus naturel. Pourquoi ne pas le faire, puisqu'il avait de graves raisons pour s'y résoudre? Mais quel sens ce titre aurait-il eu appliqué à une partie de l'ouvrage que l'auteur avait déjà désignée de son titre naturel o SiSàa'xa).Oi;, et quelle raison notre catéchète auraitil pu avoir d'exposer des doctrines qu'il croyait parfaitement chrétiennes en les enveloppant des voiles que recherchaient les auteurs de Stromates? Voilà ce qu'on n'explique pas. Mais alors, demandera-t-on, pourquoi Clément a-t-il donné tant d'ampleur à un traité qui ne devait être qu'un hors-d'œuvre ou une introduction à la dernière partie? Efforçons-nous de bien nous mettre à la place de Clément et d'entrer pleinement dans ses préoccupations. Arrivé au milieu de son deuxième Stromate, après avoir amplement démontré l'utilité et même la nécessité de la culture grecque et de l'étude de la philosophie, il aurait pu, semble-t-il, mettre le point final à un traité qui n'avait pas été prévu au programme. Mais ne serait-ce pas mal connaître notre catéchète que de le supposer satisfait et

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