‹ Clément d'AlexandrieChapitre 50 sur 149 · L\ PHYSIONOMIE INTELLECTUELLE DE CLEMENT · texte numérisé non relu

L\ PHYSIONOMIE INTELLECTUELLE DE CLEMENT

(11111110 puissaiile éljaiiclie. Or, c'est dans rébauche bien plus (|iie dans l'œuvre achevée, que se trahit l'artiste et se révèle l'originalité de son talent. Clément a l'esprit ibncièrenient synthéticpie ; il embrasse les idées dans leur ensemble et comme en un bloc ; il en aperçoit du premier coup et d'un seul regard tous les aspects. C'est la moins simpliste des intelligences. D'autre part, Clément est entièrement dépourvu de toute faculté d'analyse. Jamais il ne décompose une idée ou un fait; il semble incapable de ramener quoi que ce soit aux éléments constituants, de distinguer nettement ces éléments les uns des autres, de les considérer à part et dans leur simplicité. Son imagination n'évoque jamais que des objets complexes, multiples, surchargés d'accessoires.

C'est de cette manière qu'il a conçu son grand ouvrage. Ne vous figurez pas qu'il ne sache pas lui-même ce qu'il veut et qu'il n'aperçoive pas clairement le but qu'il a en vue. Sa conception vous paraît vague et nébuleuse. C'est qu'elle ploie sous le poids des idées qu'elle contient. Clément n'est pas un penseur nuageux ; ses idées sont très précises et ses doctrines ont des contours parfaitement arrêtés. Mais encore une fois, il les voit toutes ensemble et d'un seul coup. Cela lui suflit. Son esprit ne réclame rien de plus. Aussi l'idée ne lui vient pas, avant d'écrire, d'analyser sa pensée, d'en ordonner toutes les parties, d'en disposer avec soin lesélémcnts, en un mot de dresser un plan mûri et logique. Voilà, croyons-nous, l'explication de cette absence de classification, de ce défaut d'ordonnance, de cette incohérence qui caractérisent les Stromates. Ce qui manque à cet ouvrage, ce n'est pas la logique de la pensée ; c'est le talent d'en disposer en bon ordre les développements. Ce n'est pas tant le penseur qui est en faute que l'artiste.

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L'o])servation que nous venons de faire peut se vérifier à chaque page du livre de Clément. Qu'il s'agisse d'exposer les raisons que l'on peut faire valoir en faveur de l'étude de la philosophie, que notre auteur développe ses idées sur les rapports de la foi et de la gnose, ou encore qu'il nous donne son sentiment sur le martyre, ou enfin qu'il fasse le portrait de son gnostique, vous le verrez toujours jeter d'eml)lée et à la fois toutes ses vues sur le sujet. C'est un fleuve large et profond qui se décharge d'un seul flot dans l'Océan. Puis, une fois qu'il vous a ainsi révélé sa pensée dans toute son ampleur, il y revient ; il en fait le tour ; il en relève, au gré de l'association de ses idées, des caprices de son imagination ou des suggestions de son exégèse, les différents aspects; il les illustre; il les formule de cent manières différentes. Enfin il annonce qu'il va clore. Le voilà à la fin d'un livre. Vous croyez que vous allez passer à un autre sujet. Mais comment dans une exposition faite avec cette fougue et ce désordre, n'aurait-il pas oublié tel trait de sa pensée qu'il n'omettrait qu'à regret? De là cette habitude presque constante de reprendre, pendant deux ou trois chapitres au début de chaque nouveau Stromate, le sujet qu'il vient de quitter.

Telle est, pensons-nous, la physionomie particulière de cette haute intelligence. Clément avait l'àme sereine, mais l'imagination impétueuse et ardente. Quand il entre en matière sur un sujet quelconque, il fait l'effet d'un torrent de lave qui jaillit du volcan !

Voilà une nature d'esprit tout à fait particulière! Veut-on savoir ce qui a, plus que toute chose, contribué à la former ? C'est, estimons-nous, l'usage et l'abus de l'allégorie. Elle a donné à cette intelligence un pli ineffaçable.

Cela se comprend sans peine. Qu'est-ce en effet, que l'allégorie? C'est la méthode ou le procédé qui consiste à

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