‹ Clément d'AlexandrieChapitre 52 sur 149 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La Question.

Marquer l'attitude que devait prendre le christianisme en face de la philosophie grecque, et régler les droits réciproques de Tune et dePautre de cesdeux puissances spirituelles qui se disputaient alors l'empire des âmes d'élite, voilà au fond le véritable sujet des Stromates. C'est cette question qui oblige Clément d'écrire ce traité ; c'est elle qui en remplit les deux premiers livres ; on la retrouve de nouveau exposée, discutée au YP livre; en réalité elle est partout dans les Stromates ; toutes les autres questions que l'auteur traite dans ce livre se rattachent à celle-là, en dérivent et en sont comme des corollaires.

Faut-il s'en étonner? Certes, l'intérêt n'était pas médiocre de savoir comment se comporterait la religion nouvelle à l'égard de la culture gréco-romaine, et notamment à l'égard de la philosophie qui était comme la fleur et l'émanation suprême de l'antiquité. Mais il y a plus ; c'est la question capitale de l'époque. Pour l'Eglise, elle est vitale. Son avenir dépend de la solution qu'on lui donnera. Le christianisme se renfermera-t-il en lui-même ou Iraitera-t-il avec les grandes forces spirituelles (jui régissaient le monde, laquelle de ces deux alternatives

ouvrira à la foi nouvelle une ère de conquêtes et à l'humanité une ère de rénovation morale et religieuse, tel était le problème. Au temps de Clément, ce problème exigeait une solution immédiate. Quand notre catéchète se proposait de formuler des dogmes chrétiens, il anticipait sur l'avenir, La fixation des doctrines n'était pas encore à l'ordre du jour. En eût-il eu le temps, il est douteux qu'il eût pu réaliser son projet. Chaque époque a des questions qui lui sont propres, et malgré qu'ils en aient, ces questions enferment et retiennent les bons esprits.

Retraçons rapidement la suite des circonstances qui ont fait que cette grande question s'est posée avec ce caractère d'urgence vers la fin du 11^ siècle.

Les premiers rapports du christianisme avec la philosophie remontent presque à ses origines. Il y a eu contact dès l'âge apostolique. Ce premier rapprochement ne se fit pas directement, mais par intermédiaire. Ce fut par le judéo-hellénisme, dont Philon était le meilleur représentant, que la foi nouvelle noua quelques relations avec la philosophie grecque. 11 y a des traces certaines de philonisme dans le Nouveau Testament. L'épitre aux Hébreux et le IV^ Evangile ont reçu l'empreinte des conceptions et des méthodes du grand exégète d'Alexandrie. Le paulinisme lui-même trahit l'influence d'un courant d'idées qui était général et qui pénétrait partout. Le christianisme manifeste alors une remarquable aptitude à s'assimiler tout ce qu'il y avait de vivant et de durable autour de lui. Dès la fin du I®"" siècle survient un changement complet. Pendant près de cinquante ans, le christianisme vivra et se développera comme si la culture grecque et la philosophie n'existaient pas. 11 n'y aura même plus trace de ces premiers rapports que l'on constate dans l'âge apostolique. Les communications avec ce monde, dont Philon

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