‹ Clément d'AlexandrieChapitre 54 sur 149 · L.V QUESTION · texte numérisé non relu

L.V QUESTION

Ainsi presque dès le premier jour se manifestent deux tendances eonlrairos. D'une part, chez un certain nombre d'esprits ouverts, instruits comme Justin ou Atiiénagore, on ne constate aucune méfiance à l'égard de la philosoj)liio. Au contraire, ils ont pour elle une tendresse toute filiale. Chez d'autres, moins instruits, tels que l'évèfjue d'Antioche, il n'y a au(uine intelligence de la pensée grecque, aucun goût pour elle, mais plutôt une instinctive antipathie. Mais, à mesure que le siècle avance, les sentiments que la philosophie inspire aux chrétiens continuent à se modifier. A partir de 180 environ, elle devient décidément moins populaire au sein de l'Eglise. Ce ne sont plus les protestations isolées de quelques hommes bizarres ou ignorants qui se font entendre. Ce sont des voix puissantes qui dénoncent la philosophie, c'est le sentiment populaire chrétien qui se déclare contre elle.

Qu'est-ce qui soulève ainsi l'instinct chrétien contre la philosophie, ? Qu'est-ce qui compromet l'alliance qui se faisait sous de si heureux auspices de la foi nouvelle et de ce que la Grèce avait de meilleur ?

C'est le gnosticisiue. Né dans la première moitié du IP siècle, il ne fait réellement sentir son influence au sein de l'Eglise qu'à partir de 150. Vers 180, il est devenu un formidable péril. Pas un évêque perspicace et intelligent qui ne l'aperçoive et qui ne le combatte par la parole et par la plum(\ La littérature anti-gnostique, dont seuls les monuments les plus considérables subsistent, a été très riche. Or, on commença, précisément vers le temps dont il s'agit, à s'apercevoir qu'il y avait un rapport étroit enirc la philosophie et l'hérésie. La plupart des chefs gnostiques étaient des lettrés et des philosoplies. Ils écrivaient de gros ouvrages très érudits.

Basilide composait un {ommentaire exégétiqiie de l'Evangile en 24 livres ! Son fils Isidore paraît avoir été très versé dans la philosophie grecque. Yalentin avait une grande réputation d'éloquence et de culture. Héracléon, Bardesane, Marcion étaient tous des hommes instruits et distingués. Impossihle d'en douter, c'était leur science, c'était la philosophie qui les avait égarés! Ce fut bientôt une opinion généralement admise parmi les fidèles. Chose curieuse, on n'arriva à cette conclu^ sion qu'assez tardivement. On est surpris de constater (pi'au temps de Justin Martyr, personne ne songe à rendre la philosophie responsable de l'hérésie. Justin parle des gnostiques dans deux endroits différents '. JNlais ni dans ces passages, ni ailleurs, il n'insinue que le gnosticisme tire son origine de la philosophie et qu'il en est le fruit. Pas un mot qui indique (pie pareille idée soit venue à qui que ce soit. Quant à lui, il explique l'origine de l'hérésie d'une manière fort simple. Ce sont les démons qui l'ont suscitée ^.

Tertullien est le premier qui accuse sans détour la philosophie d'avoir engendré l'hérésie ^ Aussi de quelle haine n'est-il pas animé contre la sagesse des Grecs ! 11 n'a que des injures et de grossières invectives pour les plus grands des philosophes. Or, Tertullien semble bien avoir exprimé le sentiment général qui régnait au sein de l'Eglise. Clément, lui-même, nous apprendra que vers la fin du 11* siècle, la philosophie et même toute culture étaient devenues suspectes à la majorité des fidèles. On en avait peur. Le gnosticisme avait fait remonter à la

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